Chapitre premier
Chapitre 902
Chapitre 38
Haletant et presque à bout de forces, Oba émergea du rideau de végétation et déboucha dans la prairie. Ébloui par le soleil, il dut cligner plusieurs fois des yeux. Terrorisé, affamé, assoiffé et furieux, il crevait d'envie d'arracher le cœur du foutu petit voleur ou de l’écorcher vif
Mais il n'y avait plus personne dans la prairie.
—Clovis? beugla le fils de Darken Rahl. Clovis? Où es-tu, mon cher ami ?
Bien entendu, il n'y eut aucune réponse...
Oba se demanda si le colporteur, un peu inquiet, hésitait à sortir de sa cachette. Il devait sûrement redouter que son client ait découvert la disparition de la bourse - et déduit sans peine qui en était responsable.
—Clovis, montre-toi, bon sang! Nous devons partir! Il faut que j’aille au palais le plus vite possible. Clovis!
Le souffle court, Oba attendit une réponse qui ne vint jamais. Les poings
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plaqués sur les hanches, il cria encore plusieurs fois le nom du maudit petit voleur.
Comprenant qu'il n'aurait pas de réponse, Oba s'agenouilla à côté du feu que le colporteur avait allumé le matin et plongea les doigts dans les cendres grises. Il n’avait pas plu dans la prairie, pourtant, elles étaient froides comme la peau d’un mort.
Oba sonda l'étroit défilé par lequel ils étaient passés, le matin même. Alors que le vent frisquet lui ébouriffait les cheveux, le fils de Darken Rahl se plaqua les mains sur la tête comme s'il voulait l'empêcher d’exploser.
Car il venait de comprendre l'atroce vérité!
Ce Clovis de malheur n'avait pas enterré la bourse afin de venir la chercher plus tard. Cette manœuvre n'avait jamais fait partie de son plan. Ce vermisseau avait filé avec l'argent dès qu'Oba s'était un peu enfoncé dans le marécage. Oui, ce misérable avait fichu le camp avec la
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fortune de son «client».
L'estomac retourné, Oba comprit enfin ce qui s'était passé - tout ce qui s'était passé. Personne n'avait jamais tenté d'entrer dans le marécage par l'arrière. Clovis l'avait encouragé à essayer parce qu'il était persuadé qu'il n'en reviendrait pas vivant. Oui, convaincu que son pigeon se perdrait, Clovis avait pensé qu'il ne le reverrait jamais. En somme, il l'avait joyeusement sacrifié aux monstres censés protéger la demeure d'Althea.
Pourquoi le petit salopard aurait-il enterré l'argent, puisqu'il pensait qu'Oba était mort? Tout content, il s'en était allé avec la fortune de sa victime.
Mais Oba était invincible, et il avait survécu au marécage. Après sa victoire éclatante contre le serpent, aucun monstre n'avait osé sortir de sa cachette pour l'affronter.
Clovis avait sans doute pensé que le marécage aurait raison de sa victime. Mais même dans le cas contraire, deux autres éléments jouaient en la faveur du
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colporteur.
Primo, Althea n'avait jamais invité Oba à lui rendre visite, et les magiciennes, c'était bien connu, détestaient qu'on prenne à la légère leurs injonctions. Quand ça arrivait, elles avaient tendance à réduire en bouillie les gens qui leur tapaient sur les nerfs.
Mais Clovis ne pouvait pas savoir qu'Oba était invincible...
Secundo, il y avait les plaines d'Azrith. Présentement, c'était tout ce qui assurait encore la sécurité de Clovis. Et là, Oba avait vraiment un problème. Seul dans un coin perdu, il n'avait pas de nourriture, aucun récipient pour emporter de l'eau et pas de cheval. En outre, il avait laissé à Clovis sa veste de laine, qui lui semblait inutile dans un marécage. S'il quittait la prairie sans vivres ni vêtements chauds, il ne survivrait pas, surtout après les épreuves qu'il avait endurées dans le marécage d'Althea.
Oba était épuisé et il avait du mal à mettre un pied devant l'autre. Les choses étant ce qu'elles étaient, s'il quittait la
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prairie et s'exposait au froid, il crèverait comme un chien, c'était garanti. Bien qu'il fasse un peu plus frais dans la prairie que dans le marécage, il suait comme un porc et sa tête lui faisait très mal.
Oba se retourna et sonda le marécage. Chez Althea, il trouverait tout ce qu'il lui fallait: des vivres, un manteau et un récipient pour transporter de l'eau. Ayant passé sa vie à se débrouiller, il serait capable de s'improviser un paquetage suffisant pour son voyage jusqu’au palais.
Dans la maison de la magicienne, il trouverait à coup sûr de quoi se nourrir. Son mari ne pouvait pas l'avoir abandonnée sans rien à se mettre sous la dent. En principe, les gens ne traitaient pas les infirmes comme ça...
Quant aux vêtements, Oba n'aurait qu'à puiser dans la garde-robe du mari. Traversant souvent les plaines d'Azrith, ce gaillard devait avoir de quoi se protéger du froid, et il possédait sûrement un manteau de rechange. Sinon, Oba se débrouillerait avec des couvertures et tout ce qui lui
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tomberait sous la main.
Mais il y avait le risque que le mari d'Althea revienne au mauvais moment. Selon toute vraisemblance, il arriverait par le chemin de devant. En fait, il pouvait être déjà là et avoir découvert le cadavre de sa femme...
Oba ne s'inquiétait pas trop de cette éventualité, car il se sentait de taille à affronter un veuf éploré. De plus, le type lui serait peut-être reconnaissant de l'avoir débarrassé d'une épouse infirme qui exigeait des soins constants.
A quoi pouvait servir une femme dans un état pareil? Tout bien pesé, le mari avait toutes les raisons de payer un coup à boire à Oba pour célébrer la fin de son calvaire.
Cela dit, le fils de Darken Rahl n'était pas d'humeur à faire la fête. En crevant toute seule, le Gardien seul savait comment, Althea l'avait privé de la récompense qu'il méritait amplement après avoir fourni tant d'efforts pour dénicher sa proie. Décidément, les magiciennes n'étaient jamais dignes de confiance ! Mais
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au moins, celle-là pourrait lui fournir ce qu'il lui fallait pour retourner au Palais du Peuple - le fief de ses ancêtres.
Certes, mais une fois au palais, il n'aurait plus un sou en poche. Sauf s'il parvenait à trouver Clovis, bien sûr. Hélas, il ne se donnait guère de chances d'y parvenir. Après s'être approprié une telle fortune, le petit voleur pouvait avoir décidé de voyager dans tout le royaume et de dépenser son butin dans les plus belles auberges. S'il n'était pas stupide, le colporteur serait parti depuis longtemps...
Oba était de nouveau fauché comme les blés. Comment allait-il survivre? Il n'était pas question qu'il en revienne à la vie qu'il menait avec sa mère - une existence de minable, véritable cauchemar qui lui donnait à présent la nausée. Maintenant qu'il avait découvert qu'il était un Rahl, soit presque un roi, il ne pouvait plus se résoudre à vivre comme un mendiant.
Non, il ne reviendrait pas à son ancienne vie. Ce n'était pas envisageable.
Bouillant de rage, Oba s'engagea de
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nouveau sur la corniche rocheuse qui s'enfonçait dans le marécage. Il se faisait tard, et il n'avait pas de temps à perdre.
Oba prit garde à ne pas toucher le cadavre.
En règle générale, il n'était pas effrayé par les morts, bien au contraire. car ils le fascinaient. Mais cette femme lui donnait la chair de poule. Même crevée, elle semblait l'observer tandis qu'il fouillait sa maison et empilait au centre de la pièce les vêtements et les vivres qu'il comptait emporter.
La vieille harpie étendue sur le sol avait quelque chose de maléfique et... d'obscène. Même les mouches qui volaient pourtant un peu partout dans la maison n’osaient pas s'approcher d'elle. Lathea était déjà malsaine, mais sa sœur battait tous les records. Se fichant des obstacles qu'Oba avait surmontés pour arriver jusqu'à elle, cette garce avait utilisé sa magie pour disparaître au plus mauvais moment et le priver des réponses qu'il était en droit d'attendre.
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Bien sûr, il savait depuis toujours que les magiciennes étaient une sale engeance. Mais celle-là était sûrement la pire de toutes. Plus que malsaine, elle était impie. Oui, c'était le mot juste: impie. N'avait-elle pas réussi à voir en lui, un exploit qui avait toujours été hors de portée de Lathea? Dans sa jeunesse, il avait cru qu'elle lisait ses pensées, mais c'était faux. En revanche, Althea était capable de tout.
Elle avait même su qu'il entendait la voix.
Du coup, il ne se sentait pas en sécurité en sa présence, même si elle ne respirait plus. Vu qu'il était invincible, c'était sûrement un effet de son imagination, mais un homme n'était jamais assez prudent.
Dans la chambre, Oba trouva des chemises d'homme en laine.
Trop petites pour lui, certes, mais en faisant craquer les coutures aux bons endroits, ça irait pour ce qu'il voulait en faire.
Quand il les eut élargies, il jeta ses trouvailles sur la pile. Désormais, il ne
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risquerait plus de mourir de froid dans les plaines. Assez satisfait, il regarda un moment son butin et eut un rictus mauvais.
Le mari d'Althea n'était pas revenu, et il le regrettait. Pour ne plus penser à la magicienne morte dont le regard semblait toujours peser sur lui, il fallait qu'il tue quelqu'un. Sinon, il risquait de devenir fou. Une mégère ferait tout à fait l'affaire. Quelqu'un qui aurait l'air méchant, comme sa mère. Méchant et stupide... Dans tous les cas, un être humain devrait payer pour tous les malheurs qui s'étaient abattus sur Oba. Ce n'était pas juste, à la fin ! Pourquoi le destin s'acharnait-il sur lui?
La nuit étant tombée, il dut allumer une lampe pour continuer sa fouille. Malgré tous ses malheurs, ce devait être son jour de chance, car il trouva une outre à eau au fond d'une armoire. Agenouillé sur le sol, il farfouilla dans un tas de vieux chiffons, de tasses ébréchées, d'ustensiles de cuisine brisés et d'autres objets mis au rebut. Il trouva aussi une réserve de cire et de mèche, et, tout au fond, un petit rouleau de
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toile. Éprouvant la résistance du matériau, il la trouva satisfaisante. Avec un peu de fil et une aiguille, il pourrait se coudre un sac à dos convenable. Pour les sangles, il utiliserait des vêtements ou des draps. Cerise sur le gâteau, il venait de voir un nécessaire à couture posé sur une étagère basse, dans la chambre...
Toutes les choses vraiment utiles étaient rangées assez près du sol, sans doute pour que la magicienne infirme puisse y avoir accès.
Une magicienne sans pouvoir... Enfin, d'après ce qu'elle disait. Oba n'y croyait pas vraiment. Il pensait surtout qu'elle était jalouse parce que la voix l'avait choisi et pas elle. Elle avait mijoté quelque chose, sûrement, mais raté son coup...
Trouver tout ce qu'il lui fallait puis fabriquer le sac allait lui prendre du temps, il le savait. Du coup. il ne pourrait pas repartir ce soir.
Traverser le marécage de nuit serait un suicide. Et Oba était invincible, pas idiot...
Posant la lampe près de lui, il s'assit à
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l'établi et entreprit de se coudre un sac. Dans la pièce principale, Althea rivait toujours sur lui ses yeux morts. Avec une magicienne, lui jeter une couverture sur la tête aurait été peine perdue. Si elle pouvait l'espionner depuis le royaume des morts, un morceau de tissu ne serait certainement pas capable de l'aveugler. Il devrait se résigner à travailler sous son regard...
Quand le sac fut terminé, Oba le posa sur l'établi et commença à le remplir. En matière de nourriture, il avait trouvé de la viande fumée, des saucisses, du fromage, des fruits secs et des biscuits qui seraient très pratiques à transporter. Il avait laissé de côté les divers bocaux, trop fragiles, et tous les aliments qui exigeaient d'être cuits. Dans les plaines d'Azrith, il ne trouverait pas de quoi faire du feu, et il n'allait certainement pas s'embarrasser d'une réserve de bois mort. En voyageant aussi léger que possible, rejoindre le palais devait lui prendre à peine quelques jours.
Mais que ferait-il une fois qu'il y serait? Sans argent, il n'irait pas bien loin, c'était
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certain. Bien sûr, il pouvait devenir voleur, mais ce n'était pas dans sa nature, et un homme de son importance ne devait pas s'abaisser ainsi. Bref, il ignorait comment il s'en sortirait, une fois au Palais du Peuple. Mais il devait y aller, c’était une certitude.
Quand il eut terminé ses «bagages», les yeux d'Oba se fermaient tout seuls et il bâillait à s'en décrocher la mâchoire. Après avoir tant travaillé, il suait comme un porc. Même la nuit, la chaleur était insupportable dans ce foutu marécage. Comment la magicienne, avec tout son pouvoir, avait-elle pu supporter de vivre dans cet enfer? Il n'était pas étonnant que son mari aille au palais à la première occasion. En ce moment, il devait être en train de vider des chopes de bière en se lamentant devant ses amis parce que le moment de retourner chez lui approchait.
Oba n'aimait pas l'idée de devoir dormir sous le même toit que la magicienne. Mais elle était morte, après tout... Pourtant, il se méfiait toujours, comme si elle-lui réservait encore un sale tour...
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Il bâilla encore et essuya la sueur qui ruisselait sur son front.
Deux nattes bien rembourrées reposaient sur le sol, dans la chambre. L'une était très proprement faite, et l'autre avait à l'évidence récemment servi. Logiquement, celle qui n'avait pas été utilisée devait appartenir au mari d'Althea. Puisqu'elle gisait morte dans la pièce d'à côté, Oba ne voyait pas pourquoi il se serait privé d'une nuit confortable dans sa chambre.
Le mari ne risquait pas de rentrer en pleine nuit, dans un coin pareil. Du coup, le fils de Darken Rahl n'avait pas à craindre d'être réveillé par un fou furieux résolu à l'étrangler. Malgré tout, il jugea plus prudent, avant de se retirer pour la nuit, de coincer le dossier d'une chaise sous la poignée de la porte d'entrée. Se sentant en sécurité, il s'étira et bâilla. Alors qu'il se dirigeait vers la chambre, passer à côté du cadavre d'Althea lui donna de nouveau la chair de poule.
Il s'endormit comme une masse, mais ne
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trouva pas vraiment le repos, car des cauchemars le perturbèrent.
Il faisait une chaleur d'enfer dans la maison. L'hiver sévissant partout, sauf dans le marécage, Oba n'était pas habitué à dormir dans une telle fournaise. De plus, les insectes et les prédateurs nocturnes faisaient un tel boucan, dehors, qu'il en était dérangé jusque dans son sommeil.
Le fils de Darken Rahl se tourna et se retourna sur sa natte pour tenter d'échapper au regard accusateur de la magicienne. Mais ses yeux morts le suivaient quoi qu'il fasse, l'empêchant de dormir pour de bon.
Il se réveilla tout à fait aux premières lueurs de l'aube, et constata qu'il avait glissé sur le lit d'Althea.
Il s'assit en sursaut, se débarrassa du drap et de la couverture et roula sur le côté pour fuir ce qui avait été la couche de la magicienne. Alors qu'il s'appuyait de tout son poids sur le rembourrage, une de ses mains le traversa. Affolé, Oba retira la literie et souleva la natte pour voir quel
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mauvais tour la maudite Althea lui jouait par-delà la mort. Elle savait qu'il viendrait la voir. Donc, elle avait eu tout le temps de mijoter quelque chose...
À l'endroit où avait reposé la natte, Oba vit qu'une latte du plancher était disjointe. C'était pour ça qu'il avait eu l'impression de passer à travers la literie.
Très soupçonneux, Oba étudia la latte et vit qu'elle était traversée par une sorte d'axe afin de pouvoir basculer sur elle-même. Du bout des doigts, il appuya sur une extrémité. Loutre se souleva, révélant un compartiment secret où reposait une boîte en bois.
Oba s'en empara et tenta de l'ouvrir, mais elle était hermétiquement fermée. Il n'y avait pas de trou pour une clé, et on ne distinguait pas la séparation qui aurait dû délimiter le couvercle. Une boîte magique, sans doute, qu'il fallait ouvrir avec un sort.
La boîte était rudement lourde. La secouant, Oba entendit seulement un bruit sourd - pas du tout celui qu'auraient produit des bijoux, par exemple. Il
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s'agissait peut-être d'une arme que la vieille harpie gardait sous son lit afin de pouvoir écraser un serpent ou une araignée géante, en cas d'attaque surprise...
Hum... une hypothèse qui ne paraissait pas très vraisemblable.
La boîte sous un bras, Oba approcha de l'établi, s'assit sur la chaise et réfléchit à ce qu'il allait faire. Quand il s'empara d'un petit marteau et d'un burin, il remarqua que la magicienne morte continuait de le regarder.
—Qu'y a-t-il dans cette boite? lança-t-il à Althea.
Bien entendu, elle ne dit rien, car elle n'avait aucune intention de lui faciliter la vie. Sinon, elle aurait répondu à ses questions avant de mourir. Se souvenir de la façon dont la vieille peau lui avait faussé compagnie, après avoir fait son truc avec la pierre, donnait encore des frissons à Oba. Sa rencontre avec Althea faisait partie des expériences qu'il espérait oublier très vite.
Utilisant le burin pour tenter d'ouvrir la boîte, il n'obtint aucun résultat, même s'il
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avait fini par repérer des joints. Il tapa avec le marteau, mais le manche lui resta dans la main. Agacé, il songea qu'il perdait son temps. C'était sûrement une arme qu'Althea gardait à portée de la main. Et lui, il devait partir au plus vite.
Il faillit se lever, fatigué de résoudre les énigmes imbéciles de la magicienne, mais une impulsion l'incita à n'en rien faire et à pousser plus loin sa réflexion au sujet de la boite. Quand on se munissait d'une arme pour dormir, on se débrouillait pour qu'elle soit facile à saisir. Donc, on ne la cachait pas sous une latte du parquet. Cette boîte avait une très grande importance, son intuition le lui soufflait, et il devait s'y fier.
Résolu à trouver une solution au problème, il choisit un burin plus fin et un autre petit marteau. Avec une infinie patience, il introduisit la petite lame dans une jointure, près d'un coin de la boîte. Gêné par la sueur qui dégoulinait de son front, il plissa les yeux pour mieux voir et fit levier avec le burin afin d'entrouvrir ce qu'il pensait être le couvercle.
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Il y eut un grincement, quelques échardes de bois volèrent dans l'air, et la boîte explosa plus qu'elle s'ouvrit. Des pièces d'or et d'argent en jaillirent comme les boyaux d'une carpe qu'on est en train de vider. Ebahi, Oba regarda la fortune éparpillée sur l'établi. La boîte n'avait pas fait de bruit parce qu'elle était pleine à craquer. Il y avait là de quoi acheter la moitié de D'Hara.
Eh bien, voilà qui était amusant...
La moitié du royaume valait sans doute plus cher que ça, mais il y avait bien vingt fois la somme dont ce maudit Clovis s'était emparé. Jusque-là, Oba s'était cru condamné à la pauvreté par le petit voleur. Et voilà qu'il se retrouvait plus riche que dans ses rêves les plus fous! Décidément, il était bel et bien invincible. Depuis sa naissance, il avait survécu à des malheurs qui auraient eu raison de plus d'un homme, et le destin le récompensait enfin de n'avoir jamais baissé les bras. Il y avait dans cette affaire une intervention divine, c'était incontestable.
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Oba adressa un sourire méprisant au cadavre de la magicienne.
Fouillant dans les tiroirs de l'établi, il y trouva trois bourses de cuir qui contenaient de minuscules outils de graveur. On les avait sans doute rangés ainsi pour protéger leur pointe d'une incroyable finesse. Dans une quatrième bourse, en tissu, celle-là, le fils de Darken Rahl découvrit un jeu de compas. D'autres petits sacs de cuir ou de tissu contenaient toute une variété d'outils précieux. Le mari d'Althea semblait être un maniaque du rangement. Vivre dans un marécage avec sa magicienne infirme avait du finir par le rendre un peu cinglé.
Après avoir essuyé la sueur, sur son front, Oba fit plusieurs piles avec les pièces, afin de savoir exactement à combien se montait sa fortune.
Quand ce fut fait, il remplit soigneusement les bourses et les répartit sur toute sa personne. Dans ses poches, bien entendu, mais aussi dans ses bottes et à l'intérieur de son pantalon, à un endroit où nul n'aurait l'audace de fouiller. Cela dit,
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il devrait se méfier des belles dames aux mains lestes, qui risquaient sinon de repartir avec bien plus d'argent qu'il aurait voulu leur donner...
Oba Rahl avait retenu la leçon. A partir de ce jour, il ne mettrait plus jamais tous ses oeufs dans le même panier. Un homme devait veiller sur ses possessions, car le monde grouillait de voleurs.
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