Chapitre premier
Chapitre 800
Chapitre 34
Jennsen s'assit à même le sol devant la cheminée où brûlait un feu allumé pour elle par Sebastian. Les yeux rivés sur les flammes, elle laissait son esprit vagabonder dans un néant où ni l'angoisse ni le désespoir ne pouvaient la rattraper.
Elle se souvenait à peine d'avoir fait ses adieux au guérisseur et à la mère du petit malade. Après, elle avait marché sous la neige pour rejoindre la cabane - enfin, elle devait l'avoir fait, sinon, comment serrait-elle arrivée dans son refuge?
Depuis quand était-elle assise ainsi, le regard perdu dans le vide et l’esprit hanté par de sombres pensées qui lui paraissaient presque aussi lointaines que le monde extérieur, dont elle ne sentait plus vraiment l’existence?
Dans sa rage de l'éliminer, Richard Rahl avait commencé par lui arracher sa mère. Depuis, il ne lui restait rien qui la raccrochât à la vie.
Jennsen se languissait de sa mère et son
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deuil lui paraissait insupportable. Pourtant elle n'avait pas le choix et devait faire avec. Quant à pleurer, elle n’en était plus capable. Lorsqu'on approchait du bout de la nuit, même le chagrin devenait inaccessible.
C’était cela, glisser lentement vers la mort. Elle le comprenait, maintenant.
Quand Althea lui avait parlé de Drefan, elle s'était dit que trouver son demi-frère, un autre bâtard de Darken Rahl condamné à être un trou dans le monde, lui donnerait un peu de force pour aller jusqu'au bout de son destin. En s’unissant, deux enfants du monstre avaient peut-être une chance de trouver une solution au problème qui leur empoisonnait la vie. Mais elle ne saurait jamais si c'était exact, car Drefan n'était plus de ce monde.
Elle avait espéré que ce n'était pas le cas, et elle s'était trompée, y perdant le peu d'espoir qui lui restait. Richard Rahl avait tué Drefan et il lui ferait subir le même sort dès qu'il lui mettrait la main dessus.
L’issue était inéluctable, elle le savait.
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Quoi qu'elle fasse, Richard Rahl la trouverait un jour ou l'autre.
Jennsen.
Des pensées contradictoires tourbillonnaient dans la tête de Jennsen: l'espoir et l'accablement, la terreur et l'indifférence, la colère et un calme plus profond que celui de la mort...
Tu vash misht. Tu vask misht Grushdeva du kalt misbt
Dominant le tumulte de ses émotions, la voix lui soufflait des promesses séduisantes avec une assurance qu'elle ne lui avait jamais connue.
Mais la colère prenait le dessus sur tout le reste, occultant jusqu'au chant de cette sirène-là.
Jennsen. Renonce.
Elle avait tout essayé, et il ne lui restait plus d'autres possibilités. Le seigneur Rahl ne lui laissait pas d'autres options, et elle n'avait plus le choix.
Désormais, elle savait ce qu'il lui restait à faire.
Jennsen se leva, envahie par une paix
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intérieure comme elle n'en avait jamais connu. Elle avait pris sa décision, et cela la soulageait au-delà de tout ce qu'elle aurait pu imaginer.
Après avoir enfilé son manteau, elle sortit et avança dans la nuit. Comme elle l'avait prévu, l'air était glacial au point que le respirer devenait douloureux. Sous ses pieds, la neige givrée crissait tandis qu'elle se dirigeait vers la dernière cabane.
Tremblant à cause du froid — ou peut-être de l'énormité de ce qu'elle venait de décider -, elle tapa doucement à la porte de Sebastian.
Le jeune homme aux cheveux blancs entrouvrit le battant pour voir qui venait lui rendre visite à une heure si tardive. Dès qu'il eut reconnu Jennsen, il ouvrit en grand pour la faire entrer.
La jeune femme franchit le seuil et fut aussitôt enveloppée par une délicieuse chaleur.
Sebastian était torse nu. Voyant la serviette pliée sur une de ses épaules, Jennsen devina qu'elle l'avait dérangé
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pendant ses ablutions. Il avait probablement rempli d'eau une cuvette dans la cabane de la jeune femme, mais elle ne s'en était pas aperçue.
Les sourcils froncés, Sebastian regarda son amie, attendant visiblement de savoir ce qui l'amenait.
Jennsen vint se camper devant son compagnon et le regarda calmement, les poings plaqués sur les hanches.
—J'ai décidé de tuer Richard Rahl, annonça-t-elle.
Sebastian ne broncha pas, comme s'il savait depuis toujours qu'elle en viendrait tôt ou tard à cette conclusion. Il ne dit rien, attendant la suite de ce que Jennsen avait à lui confier.
—Tu as raison depuis le début... Si je ne l'élimine pas, je ne serai jamais en sécurité, ni en mesure de vivre librement ma vie. Je suis la seule personne capable de tuer ce monstre, et je dois le faire!
Jennsen ne précisa pas pourquoi il en était ainsi. Les explications viendraient plus tard.
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Sebastian lui prit le bras et riva son regard dans le sien.
—Tu auras du mal à approcher assez de cet homme pour accomplir ton devoir. Je t'ai déjà dit que des magiciennes luttent aux côtés de l'empereur Jagang pour mettre fin au règne du seigneur Rahl. Avant de passer à l'action, laisse-moi te conduire auprès d'elles.
Jennsen s'était concentrée sur sa décision, laissant dans l'ombre les «détails» pratiques. En particulier, elle n'avait pas encore réfléchi aux moyens d'échapper à la vigilance de tous les gens qui protégeaient le seigneur Rahl. Or, pour en finir avec lui, elle devrait être assez près pour frapper. Jusque-là, elle s'était seulement imaginée en train d'abattre sur lui le couteau qu'elle portait à la ceinture. Hurlant de haine, elle criait à ce monstre qu'elle l'abominait et lui souhaitait de souffrir beaucoup afin d’expier ses crimes. Dans son esprit, elle s'était attardée sur la façon de donner le coup de grâce, pas sur les aspects pratiques de la traque. Mais si elle voulait
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réussir, il fallait qu'elle leur accorde de l'importance.
—Tu crois que ces femmes pourront m'aider en utilisant la magie dont tu m'as parlé? Celle qui vise à éradiquer la magie, justement? Tu penses qu'elles me diront comment accéder à Richard Rahl?
—Si je n'en étais pas persuadé, je ne te proposerais pas une telle rencontre. Jennsen, j'ai vu de mes yeux les ravages que fait le pouvoir des sbires du seigneur Rahl. Nos magiciennes ont heureusement pu limiter les dégâts. Elles sauront t'aider, j'en suis certain, même si leur don ne leur permet pas de tout faire.
Jennsen se tint bien droite, le menton pointé.
—Leur concours me serait précieux, et je l'accepterais sans arrière-pensée.
Sebastian eut un petit sourire.
—Mais n'oublie jamais ce que je vais te dire! Avec ou sans leur aide, je suis résolue à tuer Richard Rahl. Si je dois l'affronter seule et à mains nues, ça ne me découragera pas. Et tant que ce ne sera pas
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fait, je n'aurai pas de repos, car il m'empoisonne la vie. C'est lui qui me pousse à agir ainsi. Je suis fatiguée de fuir, et je passe à l'offensive.
—Je comprends... Et je te conduirai jusqu'aux magiciennes.
—Où sont-elles dans l'Ancien Monde? Nous faudra-t-il longtemps pour les rejoindre?
—Pour l'instant, nous n'irons pas dans l'Ancien Monde. Demain matin, nous chercherons un col qui mène vers l'ouest, car nous allons prendre le chemin des Contrées du Milieu.
Remarquant que Sebastian regardait fixement la mèche de cheveux qui pendait sur son front, Jennsen l'écarta d'un geste vif.
—Je croyais que l’empereur et les Sœurs de la Lumière étaient dans l'Ancien Monde...
Un éclair malicieux passa dans les yeux bleus du jeune homme.
—Non... Nous ne pouvions pas permettre au seigneur Rahl de semer le vent chez
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nous sans récolter la tempête en échange. Nous avons décidé de nous battre et de lui faire payer le prix de son agression, comme tu viens de te résoudre à le faire. L'empereur Jagang est avec notre armée dans les Contrées du Milieu, où il conduit en personne le siège d'Aydindril, le fief de la femme du seigneur Rahl. Au printemps, nous prendrons la ville et: le Palais des Inquisitrices, brisant ainsi l'échine du Nouveau Monde.
—Je n'aurais pas imaginé une chose pareille... Tu sais depuis longtemps que l'empereur prépare une manœuvre si audacieuse?
—Jennsen, je suis son conseiller et son stratège...
—Tu veux dire que... Hum... Ce serait ton idée?
—Ce n'est pas si simple... Jagang règne sur l'Ancien Monde parce qu'il est un génie. Dans le cas qui nous occupe, il y avait deux possibilités: attaquer d'abord D'Hara ou prendre pour cible les Contrées du Milieu. Le droit étant de notre côté, le frère Narev
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n'avait pas de préférence, puisqu'il était sûr que le Créateur nous accorderait la victoire finale.
»L'empereur penchait depuis le début pour Aydindril, mais il a patiemment écouté toutes les opinions. Finalement, c'est la mienne qui a prévalu. Jagang n'adopte pas toujours mes plans, mais là, il a partagé mon point de vue. Selon moi, prendre la ville et le palais de la femme du seigneur Rahl ne sera pas une simple victoire militaire, mais un coup mortel porté au moral de nos ennemis.
Jennsen revit Sebastian sous les traits de l'homme important qu'elle avait reconnu en lui dès le jour de leur rencontre. Le genre d'individu qui fait et défait l'histoire. Le destin des nations et d'une partie de l'humanité reposait sur les épaules de son compagnon.
—L'empereur a peut-être déjà conquis la ville et le palais, avança Jensen.
—Non, affirma Sebastian. Il n'est pas question de sacrifier de valeureux soldats lorsque le climat est contre nous. Au
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printemps, quand cet ignoble froid aura disparu, nous lancerons l'attaque décisive. Si nous nous dépêchons, nous avons une chance d'arriver à temps pour assister au triomphe de l'Ordre Impérial.
Jennsen fut enthousiasmée à l'idée d'être témoin d'un tel événement. Voir les forces de la liberté frapper le seigneur Rahl lui mettrait du baume au cœur. Bien entendu, cela entraînerait peu après la chute de D'Hara. Mais en réalité, ce serait simplement la fin d'une tyrannie...
Cette nuit était décidément exceptionnelle. Le monde changeait, et Jensen allait avoir un rôle à jouer dans tous ces bouleversements. Et elle s'était métamorphosée aussi, elle le sentait.
Le rouge lui montant soudain aux joues, la jeune femme s'avisa qu'elle n'avait jamais vu Sebastian sans chemise.
Un spectacle des plus plaisants...
—L'empereur sera content de te connaître, dit le jeune homme aux cheveux blancs en prenant l'autre bras de son amie.
—Moi? Mais je suis insignifiante!
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—Tu te trompes, Jennsen! Crois-moi, l'empereur sera ravi de te contrer. Voyons, il voudra encourager en personne la femme qui est résolue à prendre tous les risques pour sauver l'humanité d'un tyran nommé Richard Rahl! La chute d'Aydindril et la prise du palais étant des événements historiques, le frère Narev prévoit de venir dans les Contrées du Milieu pour assister à la victoire. Fais-moi confiance, lui aussi demandera sans doute à te rencontrer.
—Le frère Narev...
Jennsen pensa aux événements extraordinaires qui se préparaient. Jusque-là, elle n'en avait rien su, et voilà qu'elle allait y prendre part. Et en plus de tout, elle rencontrerait peut-être Jagang le Juste - un empereur! - et le frère Narev, que Sebastian tenait pour le plus grand guide spirituel que le monde ait jamais connu.
Sans le jeune homme aux cheveux blancs, rien de tout ça n'aurait été possible. C'était vraiment un être exceptionnel. En lui, tout était hors du commun: les yeux, les cheveux, le sourire... et l'intelligence.
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—Puisque tu as participé à la préparation de cette campagne, je me réjouis que tu assistes à son point d'orgue. Quant à moi, je serai honorée d'être en présence d'hommes comme l'empereur Jagang ou le frère Narev.
Bien que Sebastian eût l'air aussi modeste que d'habitude, Jennsen crut voir de la fierté passer dans son regard.
Mais il se ressaisit très vite.
—Quand tu rencontreras l'empereur, ne te laisse pas angoisser parce que tu verras.
—Que veux-tu dire?
—Le Créateur a doté Jagang d'yeux qui peuvent voir bien plus de choses que ceux d'un homme ordinaire. Les imbéciles sont souvent effrayés par son regard. Je tenais à te prévenir. Ne va pas avoir peur d'un tel grand homme à cause de son apparence.
—Ne t'en fais pas, je me souviendrai de ta recommandation.
——Dans ce cas, tout est réglé.
Je souscris à ta nouvelle stratégie, dit Jennsen en souriant. Dès demain matin, nous partirons pour les Contrées du Milieu
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afin de rejoindre l'empereur et les Sœurs de la Lumière.
Sebastian sembla avoir à peine entendu ce que disait la jeune femme. Il la dévisageait intensément, comme s'il ne parvenait pas à en croire ses yeux.
—Tu es la plus belle femme que j'aie rencontrée, dit-il. Il serra plus fort les bras de Jennsen et l'attira vers lui.
—Je suis honorée de ce compliment, répondit la jeune femme.
Sebastian était le conseiller d'un empereur et elle, une simple fille des bois. Alors qu'il faisait l'histoire, elle passait son temps à fuir le monde. Mais c'était terminé, à présent.
De plus, si important qu'il fût, Sebastian restait le compagnon avec lequel elle voyageait. Un ami qui conversait avec elle en partageant des repas frugaux. Un être humain tout à fait banal qu'elle avait vu bâiller de fatigue avant de s'endormir comme une masse.
Sebastian était un fascinant mélange de noblesse et de naturel. Il semblait ne pas
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aimer qu'on le regarde avec des yeux admiratifs, mais son comportement altier éveillait l'admiration des gens - à se demander d'ailleurs s'il ne la recherchait pas, malgré les apparences.
—Ces mots ne sont pas assez forts, dit-il, l’air accablé par son manque d'imagination. J'aimerais te dire tellement de choses plus complexes et profondes...
—Vraiment?
Ce n'était pas seulement une question mais une demande pleine d'anticipation.
Sebastian enlaça Jennsen et l'embrassa.
La jeune femme garda les bras écartés, car elle redoutait un peu de toucher la peau nue d'un homme. Le dos raide, elle ne parvenait pas encore à s'abandonner à l'étreinte de son compagnon.
Ses lèvres pressées contre celles de Jennsen, Sebastian ne se contentait pas de l'enlacer: il la protégeait entre ses bras.
Se détendant, Jennsen ferma les yeux et se laissa aller. Le corps de Sebastian était si ferme contre le sien!
Il prit Jennsen par la nuque et la serra
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plus fort contre lui. Puis sa langue se fraya un chemin entre les lèvres de la jeune femme.
Assaillie par de délicieuses sensations, Jennsen eut le tournis, - comme si ses genoux allaient se dérober.
Le monde semblait tanguer, mais elle se sentait tellement en sécurité entre les bras de Sebastian qu'elle ne s'en souciait pas.
Elle eut l'impression de basculer en arrière, et ses mollets percutèrent ce qui paraissait être le pied d'un lit.
Une seconde plus tard, elle se retrouva allongée sur le dos, Sebastian sur elle...
Comment devait-elle réagir? Que fallait-il faire dans une situation pareille?
Elle aurait voulu dire à Sebastian de ne pas aller plus loin. Pourtant, elle craignait de faire quoi que ce fût qui pût lui laisser penser qu'elle le repoussait.
Ils étaient seuls dans cette cabane -absolument seuls! Cela inquiétait Jennsen. En même temps, ça l'excitait. Puisqu'il n'y avait personne d'autre, elle seule pouvait faire en sorte que les choses aillent plus
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loin ou non. Le choix qu'elle ferait n'engagerait pas qu'elle, mais infléchirait aussi le destin de Sebastian. Savoir cela donnait à Jennsen l'impression d'avoir un contrôle rassurant sur les événements.
Cela dit, il s'agissait seulement d'un baiser. Plus sensuel qu'au palais, mais un baiser quand même.
Jennsen s'abandonna et osa utiliser sa langue, comme son compagnon, que cette réaction stimula au plus haut point.
Alors que Sebastian lui caressait le dos, ses mains s'insinuant sous sa tunique, Jennsen eut pour la première fois de sa vie le sentiment d'être une vraie femme - une femme désirable.
Cette expérience lui faisait tourner la tête, tant elle était grisante.
—Jeun, murmura Sebastian, je t'aime!
La jeune femme en resta muette de stupéfaction. Elle ne pouvait pas avoir bien entendu. Ou alors, elle rêvait. Avait-elle été projetée par erreur dans le corps de quelqu'un d'autre?
En réalité, elle avait parfaitement
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entendu les trois mots prononcés par Sebastian. Mais tout ça continuait à ne pas lui sembler réel.
Son cœur battait si fort qu'elle eut peur qu'il explose. Sebastian haletait, comme si le désir lui faisait perdre la raison.
Jennsen se pressa contre lui, avide de l'entendre répéter les mots magiques.
En même temps, elle refusait d'y croire. Un tel bonheur ne pouvait pas être accordé à une fille comme elle. Les princes de ce monde ne tombaient pas amoureux de femmes insignifiantes...
—Tu... tu ne penses pas ce que tu dis? murmura-t-elle.
—Si! Je ne peux rien y faire, Jennsen. Je t'aime. C'est comme ça, voilà tout...
Sentir le souffle de Sebastian contre sa bouche fit frissonner la jeune femme de la tête aux pieds.
A cet instant, et pour une raison inconnue, l'image de Tom se forma dans l'esprit de Jennsen. Elle le vit tel qu'en lui-même, souriant et bienveillant, comme à son habitude.
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Tom ne se serait pas comporté comme Sebastian. Sans savoir pourquoi ni comment, Jennsen en avait la certitude. Face à l'amour, il n'aurait pas eu la même approche...
Et il lui manquait terriblement, en cet instant précis!
—Sebastian...
—Demain, nous partirons pour accomplir notre destinée...
Jennsen hocha la tête, émerveillée par la beauté et la noblesse de ces quelques mots. «Leur destinée...»
Sebastian lui caressait les hanches, à présent, et un de ses genoux faisait tendrement mais fermement pression sur ses jambes pour qu'elles s'écartent.
Qu'allait-il dire maintenant? Peut-être quelque chose qui l'effraierait et lui donnerait la force de reculer au dernier moment. Elle l'espérait. En même temps, elle priait pour que ce ne soit pas le cas.
—Mais cette nuit nous appartient, Jennsen, et il ne tient qu'à toi d'en faire une petite éternité.
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Jennsen.
—Sebastian...
—Je t'aime, Jenn, je t'aime!
Pourquoi l'image de Tom refusait-elle de s'effacer?
—Sebastian, je ne sais pas...
—Je n'avais pas prévu ça... Il n'a jamais été dans mes intentions d'éprouver des sentiments pareils, mais c'est ainsi. Je t'aime, et je ne m'y attendais pas. Cher Créateur, pardonne-moi, mais je ne peux pas m'en empêcher. Jenn, je t'aime!
Fermant les yeux tandis que Sebastian lui embrassait le cou, Jennsen eut le cœur serré par les quelques mots qu'il venait de dire. Une confession douloureuse mêlée de colère et d'angoisse mais pourtant éclairée par un extraordinaire espoir.
—Je t'aime..., murmura-t-il encore.
Jennsen.
La jeune femme embrassa le cou, la joue et l'oreille de son compagnon. Comme il était grisant de se savoir une femme et de sentir qu'on éveillait le désir d'un homme! Jusque-là, elle ne s'était jamais crue
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particulièrement séduisante. Mais à présent, elle avait la certitude d'être belle, attirante et fascinante.
Renonce.
Jennsen se pétrifia quand Sebastian glissa les mains sous sa jupe, ses paumes remontant le long de ses genoux puis de ses cuisses.
Le choix lui appartenait, se souvint-elle. C'était à elle de décider.
Elle poussa un petit cri, écarquilla les yeux et fixa un instant les poutres sombres du plafond.
La bouche de Sebastian couvrit la sienne, l'empêchant de souffler le mot qui lui brûlait les lèvres. Furieuse de ne pas pouvoir expulser de sa gorge cette unique syllabe qui lui semblait si importante, Jennsen tapa du poing sur l'épaule de son compagnon - une seule fois.
Puis elle lui saisit la tête à deux mains pour l'écarter d'elle et être de nouveau libre de parler. Mais cet homme, se souvint-elle, lui avait sauvé la vie. Sans lui, elle serait morte avec sa mère, cette terrible
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nuit.
Elle lui devait chaque battement de son cœur... Le laisser la toucher ainsi n'était rien, considérant la dette qu'elle avait t envers lui. En quoi cela était-il mal? Comparé à la façon dont il lui aimait ouvert son cœur, ce n'était rien du tout...
De plus, elle aimait beaucoup Sebastian, un homme dont toute femme sensée aurait voulu. Il était beau, intelligent et... important. En outre, elle trouvait excitant et flatteur qu'il la désire.
Que pouvait-elle vouloir de plus?
Se concentrant sur Sebastian et ce qu'il lui faisait, Jennsen réussit à chasser l'image indésirable de Tom.
Les caresses de son amoureux l'affaiblissaient d'une manière presque douloureuse. Le plaisir était tel qu'elle sentit des larmes lui monter aux yeux.
La jeune femme oublia le mot qu'elle voulait prononcer. Elle se demanda même pourquoi cette idée lui avait traversé l'esprit.
Elle posa une main sur la nuque de
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Sebastian, pressa l'autre contre le flanc nu du jeune homme, et gémit d'extase à cause de ce qu'il lui faisait. Ces sensations la submergeaient, la laissant impuissante et heureuse de l'être.
—Sebastian... Sebastian...
—Je t'aime tant, Jenn!
La forçant à écarter les genoux, il s'insinua entre ses cuisses tremblantes.
—J'ai besoin de toi, Jennsen... Tellement besoin! Tu sais, je ne pourrais pas vivre sans toi.
C'était censé être son choix, se souvint Jennsen. Eh bien, elle se dit que ça l'était...
—Sebastian...
Renonce.
—Oui! Oui! Que les esprits du bien me pardonnent, mais c'est oui!
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Chapitre 35
Oba s'adossa au flanc peint en rouge d'un chariot rangé un peu à l'écart de la cohue. Les mains dans les poches, il surveillait le marché en plein air sans avoir trop l'air d'y toucher.
Les gens paraissaient de bonne humeur, peut-être parce que le printemps n'était plus très loin, même si l'hiver ne semblait pas encore disposé à lever le camp. Malgré le froid encore mordant, tout le monde bavardait, marchandait ou se chamaillait gentiment dans une atmosphère quasiment festive.
Aucun de ces imbéciles ne savait qu'un homme très important était présent sur le marché. Oba en sourit de satisfaction. Un Rahl frayait avec cette populace. Un membre de la famille régnante.
Depuis qu'il était invincible, Oba était peu à peu devenu un homme nouveau. Quelqu'un qui désirait avoir une place dans le monde. Au début, après la, mort de la magicienne et de sa folle de mère, il avait
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savouré sa liberté enfin conquise sans que l'idée d'aller au Palais du Peuple lui traverse seulement l'esprit. Mais en réfléchissant aux évènements cruciaux qui s'étaient déroulés récemment et à toutes les nouvelles choses qu'il avait apprises, il lui avait semblé que ce voyage était incontournable.
Cette femme, Jennsen, avait dit que des quatuors la pourchassaient. Or, ces équipes de tueurs ne poursuivaient que des cibles importantes. Comme il était un prince - en quelque sorte -, Oba avait peur que ces chasseurs s'intéressent soudain à lui. Comme Jennsen, il était un «trou dans le monde». Lathea ne lui avait pas fourni d'explications, mais ça signifiait que cette femme et lui n'étaient pas comme tout un chacun. Ils avaient des points communs et un lien spécial les unissait.
Le seigneur Rahl avait peut-être appris l'existence d'Oba - qui sait, par l'intermédiaire de cette fichue magicienne -et il s'inquiétait du défi que pouvait représentera pour lui un rival de son sang.
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Après tout, Oba était aussi un fils de Darken, Rahl. Donc, en un sens, l'égal du seigneur actuel. Car si celui-ci avait le don, Oba, lui, était invincible.
Conscient que sa situation se compliquait, il avait jugé judicieux, et conforme à ses intérêts, d’aller rendre une petite visite au fief ancestral de sa lignée et d'apprendre tout ce qu'il pourrait.
Malgré tous les soucis qui lui tourbillonnaient dans la tête, visiter de nouveaux endroits lui avait plu, et il avait encore enrichi et approfondi ses connaissances. Mentalement, il avait dressé une liste très complète: les lieux, les curiosités géographiques, les gens. Dans la vie, tout avait de l'importance. Dès qu'il était un peu tranquille, il tentait de trier ces données, de les organiser et d'en tirer la substantifique moelle. Un homme devait sans cesse avoir l'esprit en éveil, avait-il toujours aimé dire. Aujourd'hui, il était libre de choisir son chemin et de faire ce qui lui plaisait. Mais ça ne le dispensait pas de continuer à apprendre et à se
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développer.
Cela dit, il n'aurait plus jamais besoin de nourrir les bêtes, de jardiner ou de réparer des clôtures, des portes et des enclos. Le temps où il trimait comme un esclave sous les ordres de sa mère, une folle furieuse, était révolu, et il ne devrait plus avaler les ignobles potions de la magicienne.
Fini les regards en coin que lui lançait Lathea! Terminé les tirades humiliantes de sa mère et secs éternelles insinuations malveillantes.
Dire que cette mégère avait eu l'audace de le forcer à s'échiner sur un tas de fumier gelé. Lui, le fils de Darken Rahl! Comment avait-il pu supporter ça? Il n'en savait trop rien, mais c'était sans doute à cause de son inépuisable patience - une autre de ses fabuleuses caractéristiques.
Sa mère ayant toujours insisté pour qu'il ne dépense pas son argent avec les femmes de mauvaise vie, Oba avait décidé de fêter dignement sa libération. Une fois arrivé dans une ville de bonne taille, il s'était empressé de rendre visite à la catin la plus
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recherchée (et la plus coûteuse) du coin. Il avait ainsi compris pourquoi la vieille peau dont il s'émit si judicieusement débarrassé l'avait contraint à rester loin des femmes. Parce que c'était formidablement agréable, bien entendu!
Cependant, il avait vite découvert que les filles de joie pouvaient également être très cruelles avec un homme sensible comme lui. Parfois, elles aussi le faisaient se sentir petit et insignifiant. Et il leur arrivait souvent de river sur lui le regard calculateur et condescendant qu'il détestait tant.
Oba soupçonnait que sa mère tirait les ficelles dans l'ombre. Depuis le royaume des morts, elle s'arrangeait pour continuer à le harceler en s'insinuant dans le cœur glacé des catins qu'il fréquentait.
Ainsi, elle pouvait se moquer de lui à des moments qui auraient dû être triomphants. Sans nul doute, sa voix morte murmurait des horreurs à l'oreille des filles, les incitants à ridiculiser Oba. Ce genre de comportement était typique de sa mère.
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Même morte — et proprement incinérée -, elle s'acharnait à lui empoisonner la vie.
Oba n'était pas du genre à jeter l'argent par les fenêtres, loin de là, mais la petite fortune qui lui était fort justement revenue lui avait permis de s'offrir quelques plaisirs mérités. Dormir dans de bons lits, bien manger et boire et se distraire en compagnie de très jolies femmes. Craignant d'être de nouveau sans le sou, il dépensait avec parcimonie et se méfiait par-dessus tout des personnes que sa bonne santé financière rendait envieuses.
Mais avoir les poches pleines, avait-il découvert, était cependant un excellent moyen de se gagner les faveurs des gens -et en particulier des femmes. S'il payait à boire à ces dames ou leur offrait une babiole – dans le genre bijou à trois sous -, elles lui faisaient les yeux doux et le conduisaient souvent dans un endroit tranquille où elles entendaient passer un moment seules avec lui. Il pouvait s'agir d'une allée, d'une clairière voire d'une chambre.
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Bien entendu, la plupart de ces filles avaient l'intention de le délester de son argent. Ça ne l'empêchait pas de tirer d'elles tout le plaisir que pouvait lui apporter la gent féminine. Souvent, il utilisait un couteau très affuté, pour que ce soit plus amusant...
Devenu un homme libre, Oba connaissait les femmes, désormais, et il en avait eu beaucoup, car il savait comment leur parler puis les satisfaire.
Dans chaque village, des filles se lamentaient, implorant le ciel qu'il daigne un jour revenir vers elles. De nombreuses épouses avaient quitté leur mari pour tenter de conquérir son cœur.
Les femmes ne pouvaient pas lui résister. Elles se pâmaient devant lui, admiraient sa prestance, s'émerveillaient de sa force et vantaient ses talents d'amant. Elles adoraient tout particulièrement qu'il leur fasse mal.
Mais bien entendu, un individu moins sensible que lui n'aurait pas été capable de reconnaître leurs larmes de joie.
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Malgré son goût prononcé pour la compagnie des femmes, Oba avait pris garde à ne pas s'engager dans une relation amoureuse. Puisqu'il pouvait multiplier les conquêtes à volonté, pourquoi se serait-il lié les mains? Toutes ses idylles étaient brèves, et certaines, très brèves.
Pour l'heure, il n'avait pas trop de temps pour la bagatelle. Mais bientôt, comme son père, il pourrait avoir dans son lit toutes tes beautés qu'il voulait.
Oba leva les yeux vers le palais qui se dressait au sommet du haut plateau. Le Palais du Peuple, son véritable foyer. Un jour, il en serait le seigneur et maître. La voix le lui avait prédit.
Un colporteur approcha d'Oba, l'arrachant à ses agréables rêveries sur son avenir.
—Un petit charme pour vous, seigneur? Une amulette qui vous portera bonheur?
—Pardon? grogna Oba en foudroyant du regard le colporteur au dos voûté.
—Un peu de magie pour améliorer la vie... Et tout ça pour un sou d'argent!
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—Et à quoi ça me servirait ?
—Eh bien, la magie est la magie, pas vrai? N'avez-vous pas besoin d'un coup de pouce pour affronter les difficultés de la vie? Et si tout allait bien pour vous, histoire de changer un peu? Un pauvre sou d'argent, ce n'est pas beaucoup...
Depuis qu'il était débarrassé de sa mère, Oba trouvait que les choses n'allaient pas trop mal pour lui. Mais il restait avide de nouvelles connaissances et d'expériences inédites.
—Quels sont les effets de ta magie, l'ami?
—Ils sont fantastiques, seigneur! Formidables! Ils vous donnent de la force. Et de la sagesse. Beaucoup plus que n'importe quel homme normal.
—Je n'ai pas besoin de magie pour ça, fit Oba avec un sourire.
Le type en resta bouche bée pendant un moment. Puis il regarda à droite et à gauche, pour être sûr que personne ne l'épiait, et approcha de son client potentiel afin de lui parler au creux de l'oreille.
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—Vous multiplierez les succès féminins, seigneur, faites-moi confiance...
—Les femmes sont déjà à mes pieds, lâcha froidement Oba.
Le colporteur n'avait aucun intérêt, puisque sa magie permettait d’obtenir... ce qu'on avait déjà. Autant promettre au client qu'il aurait deux bras et deux jambes!
Le petit homme crasseux s'éclaircit la gorge et se pencha un peu plus sur son pigeon récalcitrant.
—Seigneur, aucun homme ne peut cracher sur une amélioration, de...
—Un sou de cuivre si tu me dis où je peux trouver la magicienne Althea, coupa Oba.
L'haleine du type empestant, il le poussa en arrière.
—Vous êtes un sage, seigneur, et ce n'est rien de le dire! Au premier coup d’œil, j'ai vu que nous étions faits pour nous entendre. Bravo, parce que vous avez repéré le seul homme, ici, capable de répondre à votre question. (Le colporteur se tapota fièrement la poitrine.) Moi, bien
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entendu! Je peux vous dire tout ce que vous voulez savoir sur la magicienne. Mais comme vous vous en doutez, ô puits infini de sagesse et de savoir, ces informations si particulières vous coûteront beaucoup plus qu'un sou de cuivre. Beaucoup plus, j'ose le dire, et j'affirme que c'est justifié.
—Combien?
—Une pièce d'argent.
Oba éclata de rire et s'éloigna du bouffon crasseux. Il avait largement de quoi payer, mais il détestait qu'on le prenne pour un idiot.
—Je vais poser la question ailleurs... Quand on leur demande l’adresse de quelqu'un, les gens normaux se contentent d'un «merci beaucoup» en guise de récompense.
Le colporteur suivit Oba, se collant à lui, avide de négocier l'affaire au mieux de ses intérêts. Tandis qu'il pressait le pas pour ne pas être distancé, les pans de son manteau se gonflaient comme des vagues dans le vent
—Oui, seigneur, vous êtes un homme
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très avisé, vraiment... J'ai peur de ne pas être à la hauteur, face à vous. Battu à plate couture, voilà ce que je suis, il faut l'avouer. Mais il y a cependant des données très... délicates... dont vous ne savez rien et qu'un homme tel que vous, avec sa sensibilité et son intelligence, devrait absolument connaître. Il s'agit de votre sécurité, seigneur, et de risques que je ne voudrais pour rien au monde vous voir prendre. Et là, les «gens normaux» ne vous seraient d’aucun secours.
Oba était intelligent, de ce côté-là, le minable colporteur qui trottinait à côté de lui ne se trompait pas.
—Un sou d'argent, puisque tu insistes... C'est à prendre ou à laisser.
—Eh bien, va pour un sou d'argent, soupira l'homme. Pour des informations que vous n'obtiendriez nulle part ailleurs, ce n'est pas cher payé, seigneur!
Oba cessa de marcher, satisfait que le colporteur ait rendu les armes face à une intelligence supérieure. Les mains sur les hanches, il regarda le pauvre minable qui
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se léchait d'avance les babines. Les largesses financières n'étaient pas dans la nature d'Oba, mais il avait beaucoup d'argent et le discours du colporteur avait éveillé sa curiosité.
Il glissa une main dans sa poche et tira un sou d'argent de sa bourse de cuir.
—Je t'écoute, dit-il en lançant la pièce à son informateur. (Au moment où le bouffon attrapait le sou, il lui saisit le poignet au vol.) Comme tu vois, je te paie rubis sur l'ongle. Mais si je ne te crois pas, ou si j'ai l'impression que tu me caches quelque chose, je reprendrai ma pièce et il faudra que j'essuie le sang qui la souillera - ton sang! - avant de la remettre dans ma poche.
Le colporteur déglutit péniblement.
—Seigneur, je n'ai pas l'intention de vous tromper, surtout après vous avoir donné ma parole.
—Il vaudrait mieux pour toi que tu n'essaies pas... Alors, où est-elle? Où puis-je trouver Althea?
—Elle vit dans un marécage. Je peux vous dire comment y aller, contre...
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—Tu me prends pour un crétin? (Oba tordit le poignet du type.) Je sais déjà que des gens vont voir cette magicienne qui les reçoit dans son foutu marécage. Si tu veux mériter ton sou, tu as intérêt à m'en dire plus long que ça.
—Oui, oui, bien sûr, fit l'homme en grimaçant de douleur. À l'instant, j'allais ajouter que votre paiement, si généreux, m'incitait à vous révéler le chemin secret qui conduit chez la magicienne. Les autres gens vous auraient indiqué l'itinéraire que tout le monde emprunte, mais moi, je vous en donne plus! C'est une information détenue par une poignée d'initiés, seigneur, et tout ça pour un simple sou d'argent! Mais je ne ferai pas de cachotteries à un homme tel que vous.
—Un chemin secret? grogna Oba. S'il en existe un que tout le monde connaît et utilise, à quoi ça me servira?
—Les gens vont voir Althea pour avoir des prédictions. C'est une sacrée magicienne, soit dit entre nous. Mais pour lui rendre visite, il faut y avoir été invité.
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Personne n'ose s'aventurer chez Althea sans invitation.
Comme tous les clients suivent la même route, elle peut les voir venir de loin et interdire d'attaquer aux bêtes sanguinaires qui surveillent le chemin. (L'homme eut un sourire matois.) Selon moi, si vous aviez été invité par Althea, vous n'auriez pas besoin de demander le chemin à un inconnu. Je me trompe, seigneur?
Oba éluda la question.
—Tu parles d'un chemin secret donc...
—Et il existe bel et bien! Il faut passer par l'arrière du marécage. Un excellent moyen de s'introduire chez Althea tandis que ses monstres gardent l'accès frontal. Un homme intelligent, et le Créateur sait que vous l'êtes, préférerait sans doute approcher de la magicienne par un chemin qui n'est pas surveillé.
Cette fois, ce fut Oba qui regarda autour de lui pour voir si personne n'écoutait.
—Je n'ai pas besoin d'un chemin secret, parce que cette magicienne ne me fait pas peur. Mais puisque je t’ai payé, je veux en
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avoir pour mon argent. Dis-moi tout sur les deux façons d'entrer dans le marécage et répète-moi tout ce que tu sais au sujet la magicienne.
—Eh bien, si vous préférez, vous pouvez simplement chevaucher tout droit vers l'ouest, comme le font les invités d'Althea. Il vous suffira de voyager vers l'ouest jusqu'aux montagnes. Après le pic le plus haut couvert de neige, vous devrez obliquer vers le nord et longer le pied des falaises. Le terrain descend en pente douce jusqu'au marécage. Quand vous y serez, suivez le chemin balisé très bien entretenu. Surtout, ne vous en écartez pas, parce que ça pourrait être dangereux. Cette voie mène tout droit à la demeure d'Althea.
—Mais à ce moment de l'année il doit faire un froid mortel dans ce marécage!
—Non, mon seigneur. C'est le repaire d'une redoutable magicienne et de sa terrifiante magie. Le fief d'Althea se fiche de la mauvaise saison.
Oba tordit de nouveau le poignet du colporteur, qui cria comme un cochon
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qu'on égorge.
—Tu me prends pour un crétin? En hiver, tous les marécages sont gelés.
—Demandez aux gens! cria le type, des larmes de douleur aux yeux. Tous vous diront que le marécage d'Althea ne se plie pas aux lois de l'hiver telles que les a pourtant dictées le Créateur. Toute l'année, il y fait une chaleur d'enfer.
Oba lâcha le poignet de son interlocuteur.
—Tu as parlé d'un second chemin?
Pour la première fois, l'homme hésita.
—Il est difficile à trouver... Il y a peu de points de repère, et les localiser n'est pas un jeu d'enfant. Si je vous donne l'itinéraire, vous risquez de vous perdre quand même et de m'accuser de vous avoir menti. En fait, ce ne sera pas ma faute, mais simplement parce qu'il est dur de s'orienter quand on ne connaît pas très bien la région.
—Je pense sérieusement à reprendre ma pièce, menaça Oba.
—Je me soucie avant tout de votre
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sécurité, seigneur! Et je ne voudrais surtout pas vous fournir des informations incomplètes puis le regretter jusqu'à la fin de mes jours. Il faut que je sois d'une parfaite précision, et ce n'est pas aisé.
—Je t'écoute.
Le colporteur s'éclaircit la gorge, cracha sur le sol et se nettoya la bouche du dos de la main.
—Seigneur, le meilleur moyen de ne pas commettre d'erreur serait que je vous serve de guide.
Oba regarda passer un couple d'âge mûr, puis il reprit le poignet du type.
—Dans ce cas, allons-y!
Le colporteur enfonça les talons dans le sol.
—Un petit moment! J'ai promis de parler, et je le ferai. Mais ça risque de ne pas vous avancer beaucoup. Cela dit, comment pourrais-je abandonner ma profession pendant plusieurs jours? J'ai besoin de revenus réguliers, comme tout un chacun.
—Et combien veux-tu pour me servir de
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guide?
L’homme réfléchit, remuant les lèvres comme s'il se livrait à un calcul mental compliqué.
—Eh bien, seigneur, dit-il en levant un index, je veux bien m'absenter quelques jours en échange d'une pièce d'or.
Oba éclata de rire.
—Je ne te donnerai pas une pièce d'or -ni d'argent, d'ailleurs - pour quelques journées de voyage. Un autre sou d'argent, voilà tout ce que tu auras. Si tu n'acceptes pas, rends-moi celui que je t'ai déjà donné et fiche le camp.
Le colporteur hocha la tête en continuant de marmonner. Puis il leva un regard résigné sur son coriace interlocuteur.
—Ces derniers temps, mes amulettes ne se vendent pas très bien... Pour être franc, deux sous d'argent me dépanneraient bien. Vous m'avez encore eu, seigneur! Je vous guiderai pour un sou d'argent supplémentaire.
—En route! lança Oba en lâchant le
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poignet de l'homme.
—Pour traverser les plaines d'Azrith, il nous faudra des chevaux.
—Tu voudrais que j'achète des canassons? As-tu perdu l'esprit, espèce de crétin?
—Marcher n'est pas très bon, dans ce coin-là... Ici, je connais des gens qui passeraient avec vous un marché avantageux. Si nous leur ramenons les bêtes en bon état, je suis sûr que mes amis accepteraient de nous les racheter - moins une petite commission pour le voyage, bien sûr.
Oba réfléchit longuement. Il avait hâte de visiter le palais, mais il lui semblait pourtant plus judicieux de voir d'abord la sœur de Lathea. Il y avait des choses à apprendre, et ça ne pouvais pas attendre.
—Une bonne idée, colporteur... Allons trouver des chevaux, dans ce cas...
Les deux hommes remontèrent une petite voie latérale tranquille et s'engagèrent sur une large route qui grouillait de monde. Oba repéra une
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multitude de femmes séduisantes qui fondirent toutes quand elles le virent, comme d'habitude. Il les gratifia de sourires pleins de promesses et constata qu'elles avaient du mal à contenir leur excitation.
Mais il lui vint à l'esprit qu'il s'agissait de vulgaires paysannes. Au palais, il rencontrerait sûrement les femmes de qualité qu'il recherchait. Et qu'il lui fallait, car il était un prince - et peut-être plus que ça - et ne pouvait se contenter de banales gueuses.
—Comment t'appelles-tu? demanda-t-il au colporteur. Autant que je le sache, puisque nous allons voyager ensemble...
—Clovis.
Oba ne daigna pas mentionner son nom. Il aimait qu'on lui donne du «seigneur», et c'était parfaitement approprié.
—Avec tous les gens qui traînent dans le coin, comment se fait-il que tes amulettes ne se vendent pas? Et comment peux-tu être sans le sou?
C'est une triste histoire, soupira le
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colporteur, et je ne veux pas vous ennuyer avec ça.
—Puisque je t'ai posé la question, la réponse m'intéresse...
—Si vous y tenez... (Le colporteur mit une main en visière pour ne pas être ébloui par le soleil tandis qu'il regardait son client.) Eh bien, seigneur, il y a quelque temps, au plus fort de l'hiver, j'ai rencontré une très belle jeune femme...
Oba regarda le petit type bossu et ridé qui marchait à côté de lui.
—Toi? Tu as «rencontré» une beauté?
—Pour dire la vérité, je voulais lui vendre une amulette... (Clovis plissa le front comme si une idée venait soudain de le frapper.) Ce sont ses yeux qui m'ont fasciné. De grands yeux bleus comme on en voit rarement. Le fait est, seigneur, qu'ils ressemblaient beaucoup aux vôtres!
—Aux miens? grogna Oba.
Clovis hocha la tête avec conviction.
—Oui, seigneur. Elle avait des yeux semblables aux vôtres. Imaginez ça: un air de famille entre elle et vous. Voilà qui m'en
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bouche un coin, je l'avoue...
—Quel rapport avec tes difficultés financières? Tu lui as donné tout ton argent sans réussir à te frayer un chemin entre ses cuisses? Clovis parut choqué par ces insinuations.
—Non, seigneur, ce n'est rien de ce genre. J'ai voulu lui vendre un de mes charmes pour que la chance soit avec elle. En récompense, elle m'a détroussé.
Oba eut un grognement sceptique.
—Dis plutôt qu'elle t'a fait de l'œil pendant qu'elle explorait tes poches, et que tu t'es laissé avoir comme un bleu!
—Là encore, vous vous trompez, seigneur... Les choses ne se sont pas passées ainsi. Elle m'a envoyé un homme qui m'a dépouillé de tout. C'est lui qui a agi, mais sur son ordre à elle, j'en suis sûr. Ces deux-là m'ont pris tous les fruits d'une vie de dur labeur.
Quelque chose alerta la mémoire d'Oba, qui révisa mentalement sa liste de bizarreries à éclaircir. Certaines pièces du puzzle se mettaient en place...
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—Cette femme aux yeux bleus, elle ressemblait à quoi?
—Elle était superbe, seigneur, avec sa crinière rousse.
Même si cette fille l'avait soulagé de ses économies, le colporteur était visiblement toujours sous le charme.
Son visage ressemblait à l'incarnation d'un esprit du bien, et sa silhouette avait de quoi vous couper le souffle. Mais à voir ses cheveux roux, j'aurais dû nie douter que sa beauté cachait quelque chose de malfaisant.
Oba cessa de marcher et prit Clovis parle bras.
—Elle se nommait Jennsen?
—Désolé, seigneur, mais je n'ai jamais su son nom. Cela dit, je doute qu'elle ait un sosie en ce monde. De tels yeux bleus, des cheveux pareils, un visage si fin...
Oba était d'accord avec Clovis. La description correspondait parfaitement bien à Jennsen.
Eh bien voilà qui était amusant...
—Nous y sommes, seigneur! Voici
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homme qui voudra sûrement nous vendre des chevaux.
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