Chapitre premier

Dominique · Chapitre 42 sur 60

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Chapitre premier

Chapitre 1015

Chapitre 43

Oba ouvrit les yeux. Cette fois, il comprit immédiatement qu'il était dans l'obscurité, le dos reposant sur un sol de pierre. Sa tête lui faisait un mal de chien, mais moins que son entrejambe, qu'il entreprit de masser sans obtenir de grands résultats.

Cette garce de Nyda s'était révélée aussi néfaste que toutes les femmes qu'il avait rencontrées. On eût dit que son destin était de souffrir sous le joug de maudites mégères. Elles se vengeaient parce qu'elles étaient jalouses de son importance, voilà tout. En l'humiliant, elles espéraient le rabaisser à leur niveau.

Cela dit, il commençait à en avoir assez de se réveiller dans des cellules glacées. On eût dit que l'incarcération était sa malédiction personnelle. Durant son enfance, il avait eu plutôt chaud, quand sa mère le confinait dans l'enclos. Adulte, il expérimentait la version glaciale. Mais de toute façon, il était toujours malheureux.

Il se demanda si sa cinglée de mère et

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les deux magiciennes mortes étaient pour quelque chose là-dedans. Ces trois harpies étaient rancunières, et il pouvait très bien leur devoir ses dernières mésaventures.

A un détail près : elles étaient mortes! Encore que... Il n'aurait pas juré qu'avoir trépassé suffise à les empêcher de nuire. Maléfiques de leur vivant, elles ne risquaient pas de s'être amendées port mortem.

En réfléchissant, Oba dut quand même admettre que tout était sans doute la faute de Nyda, la catin en rouge. Faisant à merveille semblant de ne pas tenir debout, elle s'était laissée traîner par le gardien jusqu'à l'endroit où elle pourrait frapper à coup sûr. Bon sang, c'était une sacrée pétroleuse! En vouloir à une femme qui vous désirait tellement n'était pas facile.

À coup sûr, elle avait détesté l'idée de ne pas être seule avec Oba, Oui, c'était sûrement ça qui l'avait énervée, et il ne pouvait pas l'en blâmer.

Maintenant qu'il avait révélé sa véritable identité, il devait s'attendre à rencontrer de

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plus en plus de femmes de cette qualité. Elles brûleraient de passion pour lui parce qu'il était un Rahl, et il allait devoir se montrer à la hauteur.

Le futur prince changea de position, grogna de douleur, puis parvint à s'asseoir, le dos appuyé contre le mur. La conquête de ses futures concubines risquait de lui valoir bien des souffrances, mais à vaincre sans péril, on triomphait sans gloire...

Il avait entendu cette phrase un jour. Peut-être murmurée par la voix...

Oba se leva, regarda autour de lui et repéra un rayon de lumière.

Encore un guichet, pensa-t-il, mais plus petit que celui de la cellule précédente.

Une main contre le mur, il avança et atteignit très vite un coin.

Se déplaçant latéralement, il fit à peine quelques pas avant de se trouver devant un autre mur.

Il fit le tour de sa cellule et frissonna de terreur. Il était enfermé dans un véritable trou à rats! Il avait dû être couché dans le sens de la longueur, car la pièce n'était pas

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assez large pour qu'il puisse s'y étendre d'une autre façon.

La vieille angoisse de la claustrophobie le prit à la gorge. Il essaya de respirer et eut l'impression que l'air refusait de pénétrer dans ses poumons. S'il restait longtemps dans cette geôle, il allait devenir fou!

Ce n'était peut-être pas Nyda, tout compte fait. Ce genre de torture portait la marque de sa mère. Elle le regardait peut-être depuis le royaume des morts, se demandant sans cesse comment elle pouvait le martyriser. Lathea et Althea avaient sans doute proposé de l'aider, puisque Oba était leur souffre-douleur préféré. En unissant leurs forces, les trois femmes avaient sans doute pu aider la catin Nyda à faire enfermer leur victime favorite dans une minuscule cellule.

Oba fit plusieurs fois le tour de la pièce, terrifié à l'idée que les murs se referment sur lui. Il était bien trop grand et fort pour rester dans un endroit pareil et finir par y mourir étouffé.

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Il se plaqua contre la porte, le visage collé au guichet, et tenta d'aspirer un peu d'air frais.

Pleurant sur son propre sort, il repensa pour se consoler à la façon dont il avait tué sa mère. Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir lui flanquer sur le crâne deux ou trois coups de pelle supplémentaires!

Quand il se fut un peu calmé, il écouta la voix, qui entreprit de le rassurer, de le conseiller et de lui redonner courage. Il était malin, lui dit-elle, et il avait toujours triomphé de ceux qui complotaient contre lui. Il sortirait de cette cellule, c'était certain. Il devait se reprendre et agir comme l'homme hors du commun qu'il était.

Oba Rahl. Bientôt un prince... Oba l'invincible.

Il tenta de regarder par l'ouverture du guichet et ne vit rien, à part une autre petite pièce sombre. Était-il prisonnier dans une boîte elle-même rangée dans une boite? Bouleversé par cette idée, il frappa à la porte en hurlant de terreur.

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Comment pouvait-on être si cruel avec lui? Traiter un Rahl ainsi était une indignité! Les gens importants avaient droit à des égards. Lui, on avait commencé par l'enfermer avec de vulgaires criminels de droit commun - la lie de la terre, en vérité. Ensuite, on l'avait jeté dans une oubliette! Tout ça parce qu'il avait infligé un juste châtiment à une vermine de petit voleur!

Oba tenta de penser à autre chose. Sinon, il deviendrait fou pour de bon.

Il se souvint de l'expression de Nyda, la première fois qu'il l'avait regardée dans les yeux. Elle l'avait reconnu immédiatement. Cette garce avait su au premier coup d'œil qu'il était le fils de Darken Rahl. Pas étonnant qu'elle l'ait désiré comme une folle. Il était un homme important, et les femmes voulaient toutes fréquenter les hommes d'élite... et les rabaisser à leur niveau. Chez Nyda, tout s'expliquait par la jalousie. C'était à cause de ça qu'il croupissait dans une cellule. Tout bêtement...

Il réfléchit à ce qu'il avait lu dans les

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veux de Nyda, lorsqu'elle l'avait vu pour la première fois. À l'évidence, c'était à cause de ses yeux qu'elle l'avait identifié, et ce détail lui permit de faire s'emboîter deux nouvelles pièces de son puzzle mental.

Jennsen avait les mêmes yeux que lui. Elle était sa sœur... et un «trou dans le monde», comme lui.

Quel dommage qu'elle soit une parente! Une femme si séduisante - et rousse, par-dessus le marché! Voilà qui manquait à sa collection...

Mais il était trop à cheval sur les principes pour la considérer comme une amante potentielle. C'était regrettable, considérant ses formes épanouies, mais ils avaient le même père, et ce n'était pas rien.

Même s'il éprouvait une agréable sensation de chaleur entre les cuisses en pensant à elle - ces derniers temps, son entrejambe était rarement une source de satisfaction -, il n'était pas question qu'il s'autorise une telle entorse à la morale. Oba Rahl n'était pas un vulgaire animal en rut.

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Darken Rahl avait également engendré Jennsen. C'était une idée intrigante, et il ne savait pas trop quoi en penser. Jennsen et lui avaient des points communs. Tous les deux, ils devaient affronter des légions de jaloux qui tentaient de leur barrer le chemin de la grandeur.

Le seigneur Rahl ayant envoyé des quatuors à ses trousses, Jennsen ne le portait sûrement pas dans son cœur. Avec un peu de chance, elle pourrait faire une excellente alliée pour Oba.

Mais il n'avait pas oublié l'angoisse de Jennsen, quand elle avait croisé son regard. L'avait-elle identifié? Avait-elle vu dans ses yeux qu'il était aussi le fils de Darken Rahl? Dans ce cas, elle pouvait bien se méfier de lui parce qu'elle avait ourdi des plans où il n'avait pas sa place... Son existence la gênait peut-être, et il devrait la tenir pour une adversaire redoutable de plus.

Le seigneur Rahl, leur demi-frère, voulait les tenir sous le boisseau parce qu'ils étaient des concurrents dangereux. Ce petit malin ne désirait sûrement pas

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partager avec Oba et Jennsen un trésor dont une partie leur revenait pourtant de droit.

Jennsen était-elle aussi égoïste? Tout bien pesé, cette tendance semblait dominante dans la famille. Oba faisait exception à la règle, mais c'était un petit miracle.

Oba explora ses poches et ses diverses cachettes, comme lors de son premier réveil dans une geôle, et constata qu'elles étaient toujours aussi vides. Les sbires du seigneur Rahl l'avaient dépouillé avant de le jeter en prison. Ils avaient sans doute gardé le butin pour eux. Décidément, le monde grouillait de voleurs qui en avaient tous après le pécule bien mérité d'Oba.

Le fils de Darken Rahl entreprit de marcher de long en large dans la cellule en tentant d'oublier à quel point elle était exiguë. Tout en faisant de l'exercice, il écouta les conseils de la voix. De plus en plus de points se mettaient en place sur ses listes mentales. Désormais, la toile d'araignée de mensonges et de trahisons

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dont il était victime lui apparaissait dans toute son ampleur. Et il commençait à comprendre.

Sa mère avait toujours su qu'il était important, ça ne faisait pas de doute. Désireuse de le rabaisser à son niveau -toujours la même chose -, elle l'avait enfermé dans le maudit enclos et forcé à boire les immondes potions d'une magicienne. Cette folle avait été jalouse de son propre fils ! Fallait-il que son esprit ait été malsain...

Lathea était également au courant de tout, et elle avait tenté de l'empoisonner. Aucune de ces deux femmes n'aurait eu le courage de le tuer, tout simplement. Elles n'avaient pas les tripes pour ça! Mais elles le détestaient à cause de son importance, et elles adoraient le torturer. Un lent empoisonnement, voila qui avait du leur plaire! Et pour apaiser leur conscience, elles avaient baptisé ça un «traitement».

Sa vie durant, sa mère l'avait accablé de

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corvées, humilié à la moindre occasion et contraint à aller acheter lui-même le poison qui le tuait peu à peu. Étant un bon fils, il ne s'était jamais révolté et n'avait jamais douté de l'amour que lui portait sa génitrice.

Sa mère et Lathea, les deux plus grandes garces du monde, avaient eu le châtiment qu'elles méritaient.

Et maintenant, le seigneur Rahl tentait de dissimuler l'existence de son frère en l'enfermant dans un trou à rats!

Oba continua à réfléchir. Il y avait encore trop de choses qu'il ignorait.

Quand il fut satisfait de sa méditation, il obéit à la voix. Approchant de la porte, il colla ses lèvres au guichet.

Il était invincible, non?

—J'ai besoin de vous..., murmura-t-il.

Il n'avait pas besoin de crier. La voix qui vibrait à l'intérieur de son crâne porterait ses paroles à leurs destinataires.

—Venez à moi, dit-il à l'unisson avec la voix. Oui, venez à moi, c'est un ordre…

Aucun esprit inférieur ne serait en

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mesure de résister à sa suggestion. Il était Oba Rahl, un prince au destin glorieux. Pas un crétin qui pouvait se permettre de croupir en prison. Il en avait plus qu'assez de ces petits jeux stupides. Il était temps pour lui d'assumer son ascendance et tout ce qui faisait de lui un être à part.

—Venez à moi, répéta-t-il.

Il continua à réciter ces trois mots sans perdre patience, car il savait que des serviteurs obéissants se présenteraient bientôt devant lui. Il ne s'inquiéta pas du temps qui passait, puisque ses sauveurs étaient déjà en chemin.

—Venez à moi...

Une porte grinça dans le couloir.

Des bruits de pas retentirent.

—Venez à moi, répéta Oba en même temps que la voix.

Deux hommes venaient de s'arrêter devant la porte de la pièce contiguë à sa cellule.

—Que me voulez-vous? demanda l'un d'eux d'une voix hésitante.

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—Tu dois venir à moi, dit Oba.

Le gardien parut surpris par une demande si innocente et pourtant impérieuse.

—Viens! ordonnèrent Oba et la voix avec une autorité soudain tranchante.

Le fils de Darken Rahl entendit une clé tourner dans la serrure de la première porte, qui s'ouvrit en grinçant.

Un garde entra dans la pièce adjacente et l'ombre d'un autre homme, derrière lui, occulta la lumière qui filtrait du couloir. Les yeux écarquillés, le premier gardien approcha du guichet.

—Que voulez-vous? demanda-t-il d'un ton hésitant.

—Nous désirons partir, dirent Oba et la voix. Ouvre la porte. Il est temps pour nous de sortir d'ici.

L'homme se pencha et déverrouilla la seconde porte. Quand il l'eut ouverte, son compagnon vint se placer dans son dos. Lui aussi avait le regard vide et l'absence d'expression d'une marionnette.

—Que devons-nous faire? demanda le

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premier gardien.

—Nous devons partir, dirent Oba et la voix. Guidez-nous hors d'ici.

Les deux hommes hochèrent la tête puis tournèrent les talons pour montrer le chemin de la liberté au fils de Darken Rahl.

Maintenant que la voix le conseillait, Oba ne serait plus jamais enfermé dans des trous à rats. La voix l'aidait et il était invincible. Heureusement, il s'en était souvenu à temps...

Althea avait eu tort de médire de la voix. Elle était jalouse, comme toutes les autres. Oba était vivant et la voix l'avait soutenu. La magicienne, elle, était morte. Dans le royaume des morts, elle devait tirer une drôle de tête!

Oba ordonna aux deux gardiens de refermer la porte de sa petite cellule. Ainsi, on ne découvrirait pas tout de suite qu'il s'était volatilisé. Pour échapper au seigneur Rahl, avoir un peu d'avance ne lui ferait pas de mal.

Les gardiens le guidèrent dans un dédale de couloirs étroits et obscurs.

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Avançant prudemment, ils évitèrent tous les passages d'où montaient des échos de conversations et des bruits de pas. Oba voulait s'éclipser le plus discrètement possible. Il valait mieux filer comme ça que devoir se battre, surtout dans son état de fatigue.

—Je dois récupérer mon argent, dit-il. Savez-vous où il est?

—Oui, répondit un des hommes d'un ton monocorde.

Ils franchirent une série de portes de fer et remontèrent des couloirs aux murs de pierre brute. Dans le plus long, des cellules s'alignaient des deux côtés et des mains avides, se tendant à travers les barreaux, griffèrent l'air sur leur passage.

Les gardiens se firent copieusement insulter et couvrir de crachats.

En revanche, rien ne se produisit sur le passage d'Oba. Le silence revint, les mains disparurent et pas un crachat ne vola dans l'air.

Au bout du couloir, un des gardiens s'engagea dans un escalier en colimaçon.

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Oba le suivit, l'autre homme fermant la marche.

En haut de l'escalier, le premier gardien ouvrit une porte bardée de fer et fit signe au fils de Darken Rahl d'entrer avec lui.

Les lampes des deux hommes illuminèrent des rangées d'étagères où étaient empilés les objets les plus divers. Des vêtements, des armes, des objets personnels de toutes sortes.

Oba étudia tout avec sa curiosité habituelle et se hissa même sur la pointe des pieds pour voir ce qu'il y avait sur les étagères les plus hautes. Tout ce fouillis, devina-t-il, appartenait aux prisonniers, et on le leur avait retiré avant de les enfermer.

Sur une étagère, il repéra le manche de son couteau. Derrière, il reconnut les haillons qu'il avait volés chez Althea afin de pouvoir traverser les plaines d'Azrith. Le couteau qu'il cachait dans sa botte était là aussi, près des diverses bourses qui contenaient sa fortune.

Il fut soulagé de récupérer son argent, et

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positivement ravi de pouvoir de nouveau refermer les doigts sur le manche en bois de son cher couteau.

—Vous m'escorterez, dit-il aux deux gardiens.

—Où? demanda l'un d'eux.

Oba prit le temps de la réflexion.

—C'est ma première visite, et j'aimerais voir une bonne partie du palais.

Il avait failli dire de mon palais, mais il s'était retenu à temps.

L'heure viendrait de prendre possession de son bien. Pour le moment, il avait des affaires plus urgentes à régler.

Il suivit les deux gardiens le long d'une interminable série de couloirs et d'escaliers. Voyant qu'il était accompagné par des hommes en uniforme, les patrouilles ne lui accordèrent pas la moindre attention.

Après avoir franchi une ultime porte en fer, Oba et ses deux guides débouchèrent dans un grand couloir au sol de marbre poli.

Oba fut émerveillé par la splendeur de

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ce lieu. Les colonnes, la voûte, les arches -tout lui paraissait somptueux.

Le couloir débouchait dans une immense cour plus belle que tout ce qu'Oba avait vu dans sa vie. Bouche bée, le fils de Darken Rahl admira un long moment le grand bassin bordé d'arbres sur un côté qui occupait une bonne partie de l'espace. On se serait cru dans une forêt - sauf que tout cela était à l'intérieur, sous une voûte magnifique. Un muret de marbre faisait le tour du bassin dont le fond était constitué de petits carreaux bleus.

 

Des poissons rouges s'ébattaient dans ces eaux si pures. De vrais poissons, à l'intérieur d'un bâtiment!

Oba n'avait jamais été pétrifié ainsi par la splendeur d'un lieu.

—C'est le palais? demanda-t-il.

—Une toute petite partie, oui...

—Une toute petite partie? Le reste est aussi magnifique?

—Plus magnifique, la plupart du temps...

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Souvent, les plafonds sont plus hauts et de grandes colonnes soutiennent plusieurs niveaux de balcons.

—Des balcons? A l'intérieur?

—Oui. En se baladant, les gens peuvent regarder ce qui se passe sur les places ou le long des grandes promenades.

—Dans certains couloirs, ajouta l'autre gardien, on peut acheter à peu près tout ce qui se vend. Certaines zones sont publiques, mais il y a aussi des casernes pour les soldats et des résidences pour les fonctionnaires. A certains endroits, les visiteurs peuvent louer des chambres.

—Quand j'aurai un peu visité le palais, dit Oba à ses deux esclaves, je voudrai me reposer dans une chambre. Il faudra qu'elle soit luxueuse, bien sûr, mais tranquille. Un endroit discret où on ne me remarquera pas. Avant de l'occuper, je dois acheter des vêtements décents et quelques autres choses. Ensuite, vous monterez la garde pendant que je prendrai un bon bain puis m'offrirai une longue nuit de sommeil.

—Pendant combien de temps devrons-

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nous veiller sur vous? demanda un des gardiens. Si nous quittons notre poste pendant trop longtemps, on nous cherchera, et votre disparition sera vite découverte. Si des soldats fouillent le palais, vous...

—Si tout va bien, je partirai demain. Votre absence sera-t-elle remarquée d'ici là?

—Non, répondit un des hommes. (Dans ses yeux brillait uniquement la volonté de plaire et d'obéir à Oba.) Nous avions fini notre service au moment où vous nous avez appelés.

Oba sourit. La voix avait choisi les hommes qu'il fallait...

—Au moment où vous devrez le reprendre, je serai parti depuis longtemps. Mais jusque-là, je veux profiter de mon séjour au palais. (Oba laissa glisser la main sur la garde de son couteau.) Ce soir, j'aimerais peut-être dîner avec une femme. Une personne discrète, si vous voyez ce que je veux dire...

Les deux hommes s'inclinèrent

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humblement.

Avant de partir, Oba s'arrangerait pour qu'il ne reste d'eux qu'un petit tas de cendres sur le sol d'un couloir isolé. Ils ne pourraient jamais dire à personne pourquoi sa cellule était vide.

Dehors, le printemps approchait, et en cette saison, tout semblait possible. Oba avait bien l'intention de se laisser porter par sa fantaisie. Il avait un objectif, cependant retrouver Jennsen.

 

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