Chapitre premier

Dominique · Chapitre 51 sur 60

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Chapitre premier

Chapitre 1230

Chapitre 52

Une fois les chevaux attachés, Jennsen flatta les naseaux de Rouquine. Puis elle lui caressa la tête et pressa la joue contre son pelage.

—Sois sage jusqu'à mon retour..., murmura-t-elle.

La jument hennit doucement en réponse.

Jennsen aimait imaginer que sa monture la comprenait. Pendant des années, elle avait vu Betty hocher la tête et agiter la queue chaque fois qu'elle lui faisait des confidences. Du coup, elle croyait dur comme fer que les animaux pouvaient comprendre les humains.

Jetant un coup d'œil au ciel, Jennsen vit que des nuages s'accumulaient au-dessus de la cime des arbres, occultant la lumière de la lune.

—Tu viens?

—Oui, sœur Perdita.

—Alors, dépêche-toi! Les autres doivent déjà nous attendre.

Jennsen gravit une petite butte derrière la Sœur de la Lumière. Le sol couvert de

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feuilles mortes desséchées et de petites branches cassées aurait pu être traître, mais des racines affleurantes fournissaient assez de prises pour que l'ascension ne soit pas trop difficile. Au sommet, le terrain était plat, et Perdita s'enfonça d'un pas décidé dans un épais rideau de végétation. Pour une femme de sa corpulence, elle se déplaçait avec une grâce des plus surprenantes.

La voix se taisait toujours. À des moments délicats comme celui-ci, elle murmurait souvent dans la tête de Jennsen. Mais là, pas in mot. La jeune femme souhaitait en permanence que la voix lui fiche la paix. Parfois, pourtant, elle était plus angoissante quand elle se taisait.

Malgré les nuages, la pleine lune fournissait assez de lumière pour éclairer le chemin des deux femmes.

Alors qu'elle avançait dans la forêt, Jennsen constata que son souffle formait un nuage de buée devant elle. Le printemps commençait à peine, et les nuits restaient glaciales.

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Jennsen s'était toujours sentie à l'aise dans la forêt. Mais une Sœur de la Lumière ne la rassurait pas plus que ça...

Pour être franche, elle aurait préféré être seule que si mal accompagnée!

Depuis que Jennsen avait cédé afin de sauver Sebastian, Perdita la trairait avec un mépris souverain. Certaine d'avoir la situation bien en main, elle en profitait sans vergogne.

Au moins, elle avait tenu parole. Après la terrible conversation, et la capitulation de Jennsen, la sœur avait incité ses collègues à tout faire pour sauver Sebastian.

Tandis qu'une poignée de sœurs partaient en éclaireuses pour préparer la rencontre dans la forêt, Jennsen avait eu l'autorisation de voir Sebastian quelques minutes.

Avant de le quitter maintenant certaine que les sœurs faisaient le maximum pour le soigner -, Jennsen avait posé un baiser sur les lèvres de son amant et caressé ses magnifiques cheveux blancs. En silence, elle avait imploré sa mère de demander aux

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esprits du bien de veiller sur lui.

Perdita l'avait laissée en paix un moment. Puis elle l'avait tirée en arrière en murmurant que les magiciennes devaient continuer à travailler.

Avant de sortir du pavillon, Jennsen avait eu le droit de jeter un coup d'œil dans la chambre de l'empereur.

Quatre sœurs s'affairaient sur la jambe du maître de l'Ordre Impérial. Bizarrement, elles semblaient souffrir autant que leur patient et se plaquaient souvent les mains sur les oreilles, comme si elles avaient atrocement mal à la tête.

Jagang était inconscient, comme Sebastian. Mais il gémissait dans son coma...

Selon Perdita, la magie thérapeutique était une des plus complexes et on n'y recourait pas sans en payer le prix. Soigner l'empereur était une épreuve même s'il ne risquait pas de mourir, contrairement à Sebastian.

Jennsen écarta une branche basse et continua à suivre la sœur.

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—Pourquoi sommes-nous allées si loin du camp? demanda-t-elle.

La chevauchée avait duré de longues heures.

—Pour être tranquilles quand nous ferons ce que nous avons à faire, répondit Perdita en daignant se retourner à demi.

Jennsen aurait bien voulu avoir des explications précises, mais elle savait que la sœur ne les lui fournirait pas. Depuis leur départ, elle éludait toutes les questions en rappelant que Jennsen avait donné son accord et qu'elle devait maintenant obéir jusqu'à ce que les «choses soient arrivées à leur terme».

La jeune femme préférait ne pas imaginer ce que ça voulait dire. Pour se remonter le moral, elle pensait au lendemain matin, où elle se lancerait sur la piste de Richard Rahl avec Sebastian à ses côtés. Comme elle avait hâte de quitter le camp! La compagnie des gens lui avait toujours pesé, et celle des soldats de l'Ordre Impérial lui était insupportable.

Certes, ces hommes s'opposaient au

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seigneur Rahl, et cela suffisait à faire d'eux des héros. Mais ils lui donnaient des frissons dans le dos, tout bêtement. Parmi eux, elle se sentait comme une biche lâchée au milieu d'une horde de loups. Chaque fois qu'elle avait tenté de l'expliquer à Sebastian, il n'avait pas vraiment compris. Étant un homme, il devait avoir du mal à saisir ce qu'on éprouvait quand on se faisait reluquer à tout bout de champ. Alors, comment aurait-elle pu lui faire partager l'angoisse qu'elle ressentait lorsque ces hommes-là, des brutes aux yeux de prédateurs, la regardaient comme si elle était un trophée à conquérir?

Si Jennsen obéissait à Perdita, Sebastian et elle pourraient s'en aller dès le lendemain matin. Avec l'assistance des sœurs - quoi que cela pût vouloir dire -, elle aurait une chance supplémentaire de tuer Richard Rahl, et c'était tout ce qui comptait. Si ce tyran mourait, elle serait enfin libre. Sa vie lui appartiendrait, et même si elle périssait en accomplissant sa mission, elle aurait au moins débarrassé

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l'humanité du plus terrible boucher de l'histoire.

Les deux femmes avaient attaché leurs montures à des branches de chêne dénudées. La plupart des arbres devant encore faire leurs feuilles, la forêt, au début, n'était pas très dense. Mais à présent, des pins, des érables et des épicéas remplaçaient les chênes, et la frondaison devenait épaisse et oppressante.

Jennsen ayant passé la plus grande partie de sa vie dans la forêt, elle aurait pu suivre la piste laissée par un tamia. Mais alors que Perdita se déplaçait comme si elle avançait sur une avenue, sa compagne ne voyait rien qui puisse servir de point de repère. Le sol ressemblait à celui de toutes les forêts du monde, et on n'y distinguait pas l'ombre d'une empreinte. Pareillement, aucune brindille n'était cassée et personne n'avait piétiné les petits carrés de mousse. Pour Jennsen, la sœur et elle s'enfonçaient dans une forêt où nul n'avait jamais mis les pieds, et elles ne se dirigeaient vers aucune destination particulière.

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C'était faux, bien entendu. Perdita savait très bien où elle allait.

Jennsen capta soudain un son ténu. Puis elle vit une lueur entre deux branches basses, devant elle. Une étrange odeur de moisissure, inhabituellement douceâtre, flottait avec insistance dans l'air.

Avançant toujours derrière Perdita, Jennsen entendit un lointain murmure. En approchant, elle s'aperçut qu'il s'agissait d'une sorte d'incantation. Les mots étaient incompréhensibles, mais leur rythme lui semblait étrangement familier. Et même si elle ne saisissait pas les paroles, ce chant, comme l'odeur de moisissure, agressait ses sens et lui donnait la nausée.

Perdita se retourna pour s'assurer que Jennsen ne traînassait pas derrière elle. Un instant, un rayon de lune fit briller l'anneau que la sœur portait à la lèvre inférieure. Toutes les magiciennes en avaient un - une coutume que Jennsen trouvait révoltante, même si c'était une façon d'afficher leur loyauté envers l'Ordre Impérial.

Voyant que Perdita écartait pour elle

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une branche d'érable, Jennsen avança et déboucha dans une petite clairière vivement éclairée par l'astre nocturne désormais débarrassé de son rideau de nuages.

Des bougies disposées en cercle serré ajoutaient une lumière vacillante à l'illumination naturelle. Vu de loin, ce grand rond de flammes évoquait une enceinte magique destinée à emprisonner de sombres démons. A l'intérieur, un cercle concentrique composé de ce qui semblait être du sable blanc brillait sous les rayons de lune. Dans la zone ainsi délimitée, le sol était couvert de runes énigmatiques dessinées avec le même sable blanc.

Sept femmes étaient assises en rond au milieu du double cercle magique. Il y avait une huitième place, sans doute celle de Perdita, et ses sept collègues, les yeux fermés, l'attendaient en chantonnant une mélopée crispante.

—Tu devras t'asseoir au centre du cercle que nous formons, dit Perdita. Laisse tous tes vêtements ici.

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—Quoi? s'écria Jennsen.

Déshabille-toi et assieds-toi au milieu du cercle, face à la place vide.

C'était un ordre, et au ton de la sœur, Jennsen comprit que discutailler serait inutile.

Perdita prit le manteau de la jeune femme puis la regarda se dévêtir. Quand elle eut enlevé sa robe, Jennsen s'entoura les épaules avec ses bras pour ne pas frissonner. Elle claquait des dents, mais ce n'était pas à cause du froid...

Sous le regard impitoyable de Perdita, Jennsen retira ses sous-vêtements.

—Va t'asseoir! lui ordonna la sœur.

—Que devrai-je faire? demanda Jennsen d'une voix qui lui parut étonnamment puissante.

Perdita réfléchit un moment avant de répondre:

—Tu as l'intention de tuer Richard Rahl. Pour t'aider, nous allons ouvrir pour toi une brèche dans le voile qui nous sépare du royaume des morts.

—Non! s'écria Jennsen. Je ne participerai

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pas à une chose pareille! Inutile d'insister: je ne le ferai pas!

—Tout le monde franchit un jour le voile. Quand on meurt, on le traverse. La mort fait partie de la vie. Pour abattre le seigneur Rahl, tu as besoin d'aide, et nous allons te la fournir.

—Je n'irai pas dans le royaume des morts!

—Tu n'as pas le choix, car tu t'es engagée à nous obéir. Et si tu recules maintenant, combien de victimes fera encore le seigneur Rahl? Jennsen, obéis-nous, sinon tu auras sur les mains le sang de tous ces malheureux. Refuse, et tu signeras l'arrêt de mort de milliers d'innocents.

»Jennsen Rahl, tu dois aider tes frères humains! Veux-tu livrer à la mort des légions d'hommes, de femmes et d'enfants? Entends-tu devenir la messagère du Gardien en ce monde? Nous exigeons que tu te détournes de tout cela, et que tu frappes Richard Rahl, le seul responsable des malheurs de l'humanité.

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Tremblante, des larmes aux yeux, Jennsen mesura l'énormité du défi que Perdita lui demandait de relever. Elle invoqua sa mère, lui demandant conseil, mais n'obtint aucune réponse.

Et la voix se taisait toujours.

Jennsen Rahl avança dans le cercle.

Elle devait le faire. Le règne de Richard Rahl ne pouvait pas durer.

Par bonheur, quand elle approcha de sa place, Jennsen constata qu'une bienveillante pénombre régnait au milieu du cercle de femmes. Elle détestait être nue devant tant d'inconnues, mais elle avait d'autres raisons de s'angoisser, pour le moment.

À l'endroit où elle devait s'asseoir, une Grâce était dessinée sur le sol avec du sable blanc. Jennsen baissa les yeux et observa la figure qu'elle avait si souvent tracée elle-même - mais sans être guidée par le don.

—Assise! ordonna sœur Perdita.

Jennsen sursauta, car elle ne s'était pas aperçue que la sœur se tenait dans son dos.

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Sentant une pression sur ses épaules, elle se laissa tomber sur le sol et s'assit en tailleur au milieu de l'étoile à huit branches dessinée au centre de la Grâce.

Chacune des sept sœurs, remarqua-t-elle, avait pris place face à une pointe. La huitième restait libre.

Quand Jennsen, nue et tremblant de froid, se fut assise, les Sœurs de la Lumière recommencèrent à incanter.

Agitées par le vent, les branches des arbres claquaient comme les ossements des morts que les magiciennes semblaient avoir l'intention d'invoquer.

Soudain, elles se turent. Au lieu d'occuper la place libre, comme Jennsen l'avait cru, Perdita était restée debout derrière elle. Profitant du silence, elle déclama plusieurs mots courts et gutturaux dans la langue mystérieuse qu'elle avait affirmé connaître.

Au milieu de son incantation, la sœur répéta plusieurs fois un mot - Grushdeva -puis tendit les bras au-dessus de la tête de Jennsen et lâcha dans l'air deux poignées

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d'une étrange poudre qui s'embrasa avant de toucher le sol, inondant de lumière le cercle de magiciennes.

Alors que les flammes volantes s'estompaient, les sept sœurs parlèrent à l'unisson.

—Tu vash misht. Ta vase misht. Grusbdeva du kait misht.

Jennsen reconnut les mots et s'aperçut que la voix, dans sa tête, les récitait en même temps que les magiciennes.

Le retour de la voix était à la fois réconfortant et terrifiant. Pendant qu'elle se taisait, l'angoisse avait été si force...

—Tu vash misht. Tu vask misht. Grushdeva du kart misht.

La litanie eut un effet anesthésiant sur les nerfs de Jennsen. Plongeant en elle-même, elle repensa à tout ce qui l'avait conduite jusque-là. Depuis ses six ans, où elle avait fui le Palais du Peuple avec sa mère, sa vie était un cauchemar éveillé. En plusieurs occasions, le seigneur Rahl avait failli la coincer. Puis il y avait eu l'attaque de la cabane et la mort de sa mère. En

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revoyant la moribonde, Jennsen pleura à chaudes larmes. Quoi qu'il arrive dans sa vie, cette image ne s'effacerait jamais de son esprit.

Elle se souvint de la vaillance dont avait fait montre Sebastian. Grâce à lui, elle avait survécu. Mais avoir dû abandonner la dépouille de mère restait un pieu planté dans son cœur. Le remords la torturait.

—Tu vash misht. Tu vask misht. Grushdeva du kart misht.

Jennsen éclata en sanglots. Sa mère lui manquait, elle avait peur pour Sebastian et ne s'était jamais sentie aussi seule de sa vie.

Combien de gens avait-elle vus mourir, en quelques semaines? Il fallait que cela s'arrête!

—Tu vash misht. Tu vase misht. Grushdeva du kait misht.

Quand elle releva la tête, Jennsen vit à travers ses larmes une silhouette noire assise en face d'elle, sur la place libre. Les yeux de cet être brillaient comme des charbons ardents. Quand elle y plongea les

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siens, elle eut l'impression de regarder la voix elle-même.

—Tu vash misht, Jennsen! Tu vash misht! dirent en même temps la créature et la voix qui résonnait dans sa tête. Ouvre-toi à moi, Jennsen. Offre-toi à moi!

Hypnotisée par le regard de la créature, Jennsen comprit qu'elle était enfin face à face avec... la voix. Les choses ne se passaient plus dans sa tête. Le propriétaire de la voix était assis devant elle.

Dans son dos, sœur Perdita jeta de nouvelles poignées de poudre qui s'embrasèrent et éclairèrent la silhouette noire.

C'était la mère de Jennsen!

—Ma fille, murmura-t-elle, surengie!

—Quoi?

—Renonce...

—Maman! Maman! s'écria Jennsen.

Elle voulut se lever et se jeter dans les bras de sa mère, mais sœur Perdita lui appuya très fort sur les épaules pour l'en empêcher.

Les flammes volantes se dissipèrent et la

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créature sombre aux yeux brillants réapparut.

—Grushdeva du Iraitmisbt...

—Qu'est-ce que ça veut dire? gémit Jennsen, à bout de nerfs.

—Je suis la vengeance, traduisit la voix. Renonce, Jennsen. Renonce, et la vengeance sera à ta portée.

—Oui! s'écria la jeune femme. Je renonce! Je veux m'abandonner à la vengeance!

La créature sourit et on eût dit qu'une porte donnant sur le royaume des morts venait de s'ouvrir.

Puis l'être se redressa, ombre toujours indistincte, et se pencha vers Jennsen. Les rayons de lune jouèrent sur son corps, révélant des muscles puissants.

L'être avançait, son sourire dévoilant des crocs terrifiants.

Jennsen ne savait plus que faire, mais deux idées lui tenaient lieu de phare, l'empêchant de sombrer dans la folie. Primo, elle avait atteint la limite de sa résistance et supporté beaucoup trop de

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choses. Secundo, il fallait que cela cesse! Elle voulait tuer Richard Rahl! Assoiffée de vengeance, elle ne connaîtrait plus la paix tant que le tyran vivrait.

Elle voulait surtout qu'on lui rende sa mère!

La créature, en face d'elle, disposait d'un incroyable pouvoir. Et comme son corps, cette puissance appartenait en partie à ce monde - et en partie à un autre.

Au-delà du cercle de bougies, Jennsen aperçut soudain d'énormes silhouettes noires. Des animaux qui marchaient à quatre pattes. Il y en avait des centaines, leurs yeux jaunes brillant assez fort pour déchirer l'obscurité comme une lame déchire la chair.

S'ils semblaient venir d'un autre monde, ces monstres avaient bel et bien pris pied dans le royaume des vivants.

—Jennsen..., murmura la voix qui ne parlait plus dans la tête de la jeune femme mais près de son oreille. Jennsen...

—Quoi? Que me veux-tu? Et que sont ces créatures?

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—Les chiens de la vengeance, Jennsen. Enlace-moi, et je les lâcherai sur ton ennemi.

—Quoi?

—Abandonne-toi à moi, Jennsen. Renonce à ta chair et à ta volonté, et ces chiens serviront ta cause.

Jennsen recula, le souffle court et les yeux écarquillés. La créature se pencha un peu plus vers elle et un gémissement d'extase sortit de sa gorge.

Jennsen tenta d'invoquer le petit mot si important qu'elle n'avait pas dit à Sebastian, ce soir-là dans la cabane. Ce mot la sauverait, elle le savait, mais il semblait avoir disparu de son esprit.

—Grushdeva du kalt misht, dit la créature.

—Tu es la vengeance..., murmura Jennsen.

—Ouvre-toi à moi! Offre-toi à moi! Renonce et venge ta mère!

L'être passa un doigt démesurément long sur le visage de Jennsen. Aussitôt, elle sentit où était Richard Rahl, comme si elle

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partageait le lien avec tous les autres D'Harans.

Le tyran était très loin au sud, mais elle n'aurait aucun mal à le trouver, désormais.

—Enlace-moi..., murmura la créature.

Jensen s'avisa qu'elle était étendue sur le dos. Cette constatation la surprit et l'inquiéta, car elle ne se souvenait pas de s'être couchée ainsi. On eût dit qu'elle regardait une inconnue faire les choses à sa place.

L'être dont elle avait presque toute sa vie entendu la voix venait de s'agenouiller entre ses jambes écartées.

—Renonce à ta volonté, Jennsen! Renonce à ta chair! Offre-toi à moi, et je lâcherai les chiens sur Richard Rahl, pour t'aider à le tuer.

Jennsen fit un effort de volonté, mais elle ne parvint pas à se souvenir du petit mot si important.

—Je... Je...

—Offre-toi à moi, et la vengeance t'appartiendra! Richard Rahl ne t'échappera pas, je te le jure! Enlace-moi!

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Renonce à ta volonté. Offre-moi ta chair!

Elle s'appelait Jennsen Rahl! Et sa vie lui appartenait!

—Non! cria-t-elle à pleins poumons.

Les sœurs assises en cercle gémirent de douleur. Les mains plaquées sur les oreilles, elles hurlaient à la mort comme des chiennes. Les yeux brillants se rivèrent sur leur proie.

—Renonce, Jennsen! ordonna l'être avec une autorité qui semblait assez forte pour renverser des montagnes. Renonce à ta chair et à ta volonté! Alors, la vengeance sera tienne. Et Richard Rahl mourra!

—Non! répéta Jennsen en rampant en arrière, loin du monstre. Je veux bien renoncer à tout et m'offrir à toi, si c'est pour débarrasser le monde de ce tyran. Mais j'exige de le voir mort avant de m'abandonner à toi.

—Un marché? siffla l'être. Tu veux passer un marché avec moi?

—Exactement! Lâche tes chiens et aide-moi à tuer Richard. Quand je me serai vengée, tu auras ce que tu désires.

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Le monstre eut un rictus répugnant.

Une longue langue fine jaillit de sa gueule et lécha lentement le torse nu de Jennsen, qui frissonna comme si on venait de violer son âme.

—Marché conclu, Jennsen Rahl!

 

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