Chapitre premier
Chapitre 761
Chapitre 32
Laissant les plaines derrière eux, les deux jeunes gens commencèrent un difficile voyage sur un terrain accidenté et enneigé qui les conduirait lentement dans les montagnes. Sebastian avait accepté d'emmener son amie dans l'Ancien Monde, où elle espérait être libre et en sécurité pour la première fois de sa vie. Et sans le jeune homme aux cheveux blancs, ce rêve n'aurait pas été possible.
La chaîne de montagnes qu'ils allaient traverser pour aller vers le sud constituait la frontière occidentale de D'Hara. Ils ne risqueraient pas d'y rencontrer beaucoup de voyageurs et finiraient par déboucher dans l'Ancien Monde.
Une fois dans les montagnes, isolés de tout par des pics majestueux, ils chevauchèrent plein sud, lancés sur la piste de la liberté et du bonheur.
Avec l'altitude, le climat devint plus rigoureux encore. Plusieurs jours durant, les deux fugitifs durent marcher afin de
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ménager leurs montures. Rouquine et Pete mouraient de faim et ils ne trouvaient rien à brouter à cause de la neige. Très affaiblis, les chevaux parvenaient pourtant à tenir le coup à force de volonté. En cela, ils étaient les fidèles reflets de leurs maîtres.
Un soir, alors que le ciel s'assombrissait et que des flocons de neige commençaient à tomber, ils eurent la chance de trouver un petit village. Us y passèrent la nuit, les chevaux bien à l'abri dans une petite écurie où le foin semblait délicieux.
Le village n'ayant pas d'auberge, Sebastian et Jennsen durent débourser quelques pièces de cuivre pour pouvoir dormir dans le grenier à foin de l'écurie. Après tant de nuits passées à la belle étoile, la jeune femme eut le sentiment d'être dans un palais.
Au matin, une tempête de neige se déchaîna. Des grêlons se mêlant aux flocons, voyager dans de telles conditions aurait été atrocement pénible et mortellement dangereux.
Jennsen fut ravie de cet événement,
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surtout pour les chevaux, qui bénéficieraient ainsi d'un jour supplémentaire de repos.
Tandis que leurs montures mangeaient, Jennsen et Sebastian se racontèrent presque joyeusement des histoires de leur enfance. Quand son compagnon évoqua ses mésaventures de jeune pêcheur, Jennsen adora voir ses yeux briller d'amusement rétrospectif.
Le lendemain, à l'aube, il n'y avait plus un nuage dans le ciel.
Malgré un vent violent, les deux fugitifs estimèrent que s'attarder plus longtemps serait trop dangereux.
Ils repartirent, continuant à emprunter les pistes et choisissant les plus difficiles pour réduire les risques de faire de mauvaises rencontres. Toujours très prudent, Sebastian semblait pourtant assez confiant. Réconfortée par la présence du couteau à sa ceinture, Jennsen trouvait également préférable qu'ils empruntent des pistes, quitte à s'exposer un peu, au lieu de s'enfoncer dans des territoires non balisés
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couverts de neige. Couper par les bois était toujours difficile, parfois dangereux et souvent carrément impossible, considérant la configuration de ces montagnes.
L'hiver n'arrangeait rien, bien entendu. Sous la neige, beaucoup de pièges pouvaient se cacher, et que feraient-ils si un de leurs chevaux se cassait une jambe?
Une raison de plus de limiter les risques...
Cette nuit-là, alors que Jennsen leur improvisait une tente avec des branches de sapin baumier, Sebastian partit comme d'habitude en exploration.
Il revint au camp au pas de course, haletant et les mains rouges de sang.
—Un soldat..., dit-il entre deux inspirations saccadées. Jennsen n'eut pas besoin de plus d'explications.
—Mais comment ont-ils pu nous suivre? demanda--elle. Ils n'auraient pas dû nous repérer.
—Les sorciers du seigneur Rahl sont à tes trousses, voilà tout! N'oublie pas que Nathan Rahl t'a vue, au Palais du Peuple.
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Tout ça n'avait aucun sens. Pour les détenteurs du don, Jennsen était un trou dans le monde. En d'autres termes, ils ne pouvaient pas la voir.
De toute façon, suivre une piste dans la neige n'est pas difficile, don n'a pas le don, fit Sebastian, conscient du trouble de sa La neige... Oui, c'était sûrement ça.
—Ton soldat faisait partie d'un quatuor? demanda Jennsen, les tripes nouées par la peur.
—Je n’en suis pas sûr... En tout cas, c'était un D'Haran. Il m'a sauté dessus et j'ai dû lutter pour ma vie. Après l'avoir tué, je t'ai rejointe aussi vite que possible au cas où il n'aurait pas été seul.
Jennsen était bien trop effrayée pour polémiquer. Qu'il fasse nuit ou non, ils devaient repartir. L’idée qu'une attaque pouvait se produire à 'reporte quel moment les incita à harnacher très vite leurs chevaux.
Sautant en selle, ils galopèrent aussi longtemps qu'ils le purent.
Quand la lumière ne suffit plus, ils
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sautèrent à terre et marchèrent à côté des bêtes pour les laisser se reposer un peu. -Sebastian affirma qu'ils avaient sûrement semé leurs poursuivants. La neige améliorant la visibilité nocturne, ils purent continuer à marcher jusqu'à l'aube.
Après une brève halte, ils reprirent leur chemin et ne s'arrêtèrent plus avant le crépuscule, épuisés au point de se ficher du risque d'être capturés. Ils dormirent assis, appuyés l'un contre l'autre, devant les flammes d'un tout petit feu.
Les jours suivants, ils avancèrent lentement mais régulièrement et ne virent pas trace d'éventuels poursuivants.
Jennsen n'en fut pas rassurée pour autant. Les sbires du seigneur Rahl, elle avait payé pour le savoir, n'abandonnaient jamais si facilement...
Puis le temps devint plus clément, leur permettant de progresser plus vite. Là non plus, Jennsen ne s'en réjouit pas, car cela vaudrait aussi pour leurs ennemis, également avantagés parce que leurs proies laisseraient une piste de plus en plus
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facile à suivre.
«Heureusement, il y eut une nouvelle tempête. La rage au ventre, les deux jeunes gens continuèrent à voyager malgré le blizzard. Tant qu'ils pouvaient voir les pistes et mettre un pied devant l'autre, ils devaient en profiter pour avancer, car la tempête brouillait presque instantanément leurs empreintes. Après tant d'années passées dans les bois, Jennsen savait que suivre des traces était impossible dans de telles conditions.
Ils avaient enfin une chance de glisser leur cou hors du nœud coulant!
Désormais, ils choisissaient au hasard les pistes ou les routes qu’ils empruntaient. Devant chaque carrefour, Jennsen se réjouissait, car leurs ennemis auraient une chance supplémentaire de se tromper.
En quelques occasions, ils coupèrent par les bois afin de brouiller davantage leur piste avec l'aide de la neige, devenue leur plus fidèle alliée.
Malgré son épuisement, Jennsen commença à se sentir un peu moins
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oppressée.
Voyager dans des conditions si dures était tout de même un calvaire, d'autant plus que le temps ne semblait pas vouloir s'améliorer.
Il finit pourtant par le faire. En fin d'après-midi, un beau jour, le vent cessa soudain, et les choses redevinrent à peu près supportables.
Ce même soir, ils rattrapèrent une femme qui avançait dans la même direction qu'eux. Alors qu'ils approchaient, Jennsen vit qu'elle portait une assez lourde charge.
Même s'il faisait meilleur, de petits flocons continuaient à voler dans l'air. Entre les nuages, le soleil parvenait à laisser filtrer quelques rayons qui conféraient une touche d'orangé à la lumière de cette journée pourtant grisâtre.
Entendant arriver les cavaliers, la femme s'écarta de leur chemin. Mais elle tendit un bras vers eux quand ils la dépassèrent.
—Vous voulez bien m'aider?
Jennsen eut l'impression que la femme
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avait dans les bras un enfant enveloppé de plusieurs couvertures.
Voyant l'expression de Sebastian, elle eut peur qu'il décide de continuer sans s'intéresser à la voyageuse. Si elle lui demandait pourquoi, il répondrait que s'arrêter quand on avait des tueurs et un sorcier aux trousses était de la folie.
C'était exact, en théorie, mais ils avaient pris assez d'avance et pouvaient se permettre d'être un peu moins rigoureux.
Alors que Sebastian tournait la tête vers elle, Jennsen parla avant qu'il ait l'occasion de dire quoi que ce fût.
—Il semble que le Créateur ait décidé de s'occuper de cette femme, puisqu'Il nous a envoyés pour lui prêter assistance.
Sebastian tira sur les rênes de sa monture. Parce que le discours de Jennsen l'avait convaincu, ou à cause de la référence au Créateur, toujours impressionnante pour un croyant tel que lui? Jennsen n’en savait rien, mais en tout cas, elle avait obtenu ce qu'elle désirait quand son compagnon eut mis pied à terre
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et saisi la bride des deux chevaux, Jennsen se laissa glisser du dos de Rouquine. S'enfonçant presque jusqu'aux genoux dans la neige, elle approcha de la voyageuse.
La femme lui tendit son fardeau comme si ça suffisait à tout expliquer. On aurait juré qu'elle était prête à accepter l'aide du Gardien en personne, s’il l’avait fallu.
Jennsen écarta un peu les couvertures et découvrit le visage tout rouge et couvert de boutons d'un petit garçon de trois ou quatre ans. Les yeux fermés, il ne bougeait pas et brûlait de fièvre.
Jennsen prit l'enfant à la femme qui tremblait d'épuisement.
—Je ne sais pas ce qu'il a, dit la voyageuse, au bord des larmes. Il est tombé malade d'un coup...
—Que faites-vous dehors parce temps? demanda Sebastian.
—Mon mari est parti à la chasse il y a deux jours et il ne reviendra pas avant une bonne semaine. Je ne pouvais pas attendre seule chez moi, sans personne pour m'aider.
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—Certes, mais où comptez-vous aller? intervint Jennsen.
—Voir les Raug'Moss...
—Les quoi?
—Des guérisseurs..., dit Jennsen.
La femme caressa la joue du petit garçon. Puis elle leva les yeux vers les deux voyageurs.
—Pouvez-vous m'aider à aller jusque-là? J'ai l'impression que le petit va de plus en plus mal...
—Je crains que nous..., commença Sebastian.
—Où vivent les Raug'Moss? coupa Jennsen.
La femme tendit un bras.
—Par là, dans la direction où vous allez. Et pas très loin d'ici.
—Quelle distance, exactement? demanda Sebastian.
Ses nerfs craquant, la femme éclata en sanglots.
—Je n'en sais rien... J'espérais être arrivée ce soir, mais la nuit ne tardera plus à tomber. J'ai peur que ce soit trop loin
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pour mes pauvres jambes. Vous ne voulez pas m'aider, c'est sûr?
Jennsen berça l'enfant malade et sourit à sa mère.
—Mais si, bien entendu!
—C'est vrai? (La femme prit le bras de Jennsen et le serra très fort.) Je suis désolée de vous déranger...
—Allons, ce n'est rien! Nous n'aurons même pas besoin de faire un détour.
—Et nous ne pouvons pas vous laisser ici avec un enfant malade, renchérit Sebastian. Nous irons tous ensemble chez les guérisseurs.
—Laissez-moi monter sur mon cheval, puis redonnez-moi l'enfant, dit Jennsen avant de rendre le petit garçon à sa mère.
Quand elle fut en selle, elle tendit les bras. Redoutant d'être séparée de son fils, la femme hésita un peu, puis elle se rendit à la raison. Jennsen installa l'enfant sur ses genoux et s'assura qu'il y était bien calé et ne risquait pas de glisser. Pendant ce temps, Sebastian avait aidé la femme à monter derrière lui. Quand les chevaux se
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mirent en route, elle passa les bras autour de la taille du cavalier mais ne quitta pas du regard le petit garçon blotti sur les genoux de Jennsen.
Celle-ci prit la tête afin que la mère puisse voir en permanence l'inconnue qui lui avait arraché son fils... pour le sauver. Devinant que le petit n'était pas endormi mais rendu inconscient par la fièvre, Jennsen talonna Rouquine afin qu'elle accélère le pas.
Dans les tourbillons de neige, les deux chevaux avançaient pratiquement à l'aveuglette. Très inquiète pour l'enfant et désireuse de l'aider, Jennsen eut le sentiment que la route ne s'achèverait jamais. Le sommet de chaque butte ne révélait rien d'autre que la forêt, interminable et monotone, et une cruelle déception attendait la jeune femme au sortir de chaque tournant.
Jennsen avait d'autres raisons de s'inquiéter. S'ils continuaient à les pousser comme ça, Rouquine et Pete ne tiendraient plus très longtemps.
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Tôt ou tard, malgré l'urgence et la nuit qui approchait, il faudrait que les chevaux se reposent.
Entendant Sebastian siffler, Jennsen tourna la tête.
—Par là! lança la femme en désignant une piste latérale plus étroite que la route actuelle.
Jennsen poussa Rouquine vers la droite, s'engagea sur ce nouveau chemin et constata qu'il montait très abruptement. Les arbres qui poussaient sur le flanc de la montagne étaient énormes - des troncs dont trois hommes n'auraient pas fait le tour en se tenant les mains - et incroyablement hauts. Leurs branches serrées les unes contre les autres formaient une frondaison impénétrable sous laquelle régnait un éternel crépuscule.
Personne n'ayant récemment précédé Jennsen et son compagnon sur la piste, ils ne devraient pas compter sur des empreintes pour se repérer. Cela dit, le chemin bordé d'arbres et de rochers serait assez facile à suivre, même avec une
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visibilité réduite.
Jennsen baissa les yeux sur l'enfant et vit que son état ne s'était pas amélioré. Vaguement inquiète, elle sonda la forêt, autour d'elle, mais ne repéra rien d'inquiétant. Après avoir été au palais, dans le marécage d’Althea et dans les plaines d'Azrith, elle aimait beaucoup de retrouver le décor familier des bois. Sebastian, lui, n'appréciait pas particulièrement la nature. Quant à la neige, il la détestait, alors que Jennsen avait toujours trouvé apaisants et réconfortants les paysages drapés d'un manteau blanc.
Une odeur de fumée - du bois de chauffe- lui apprit qu’ils n’étaient plus très loin de leur destination. Jetant un coup d'œil à la mère du petit, elle eut confirmation de ce qu'elle pensait.
Arrivant au sommet d'une butte, les trois voyageurs découvrirent plusieurs petites cabanes érigées sur un des côtés de la route. Dans une clairière, derrière ce hameau, Jennsen
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remarqua un grand enclos et une écurie. Campé derrière la clôture, les oreilles dressées, un cheval regardait approcher les visiteurs. Quand il hennit pour les saluer, Rouquine et Pete lui rendirent la politesse.
Alors que sa jument se dirigeait vers l'unique cabane dont la cheminée fumait, Jennsen porta deux doigts à sa bouche et émit un long sifflement.
La porte de la cabane s'ouvrit, et un homme la franchit en finissant d'enfiler son manteau.
Ce guérisseur avait l'âge requis pour être un des rejetons de Darken Rahl, constata Jennsen. Hélas, il releva la capuche de son manteau avant qu'elle ait eu le temps de bien étudier ses traits.
—Nous vous amenons un petit garçon malade, dit-elle tandis que l'homme prenait Rouquine par la bride. Seriez-vous un des guérisseurs qu'on nomme les Raug'Moss?
L'homme hocha la tête.
—Qu'on porte cet enfant dans la cabane.
Ayant déjà mis pied à terre, la mère
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attendait impatiemment que Jennsen lui rende son petit.
—Je remercie le Créateur de vous avoir rencontrés aujourd'hui, dit-elle aux deux jeunes gens.
Le guérisseur posa une main sur l'épaule de la femme et la poussa gentiment vers l'entrée de la cabane.
—Mettez vos chevaux dans l'enclos avec le mien, dit-il à Sebastian, puis rejoignez-nous chez moi.
Tandis que son compagnon conduisait leurs montures jusqu'à l'enclos, Jennsen suivit le guérisseur et la femme dans la cabane.
Gênée par la capuche et la chiche lumière du crépuscule, elle n'avait toujours pas pu voir en détail les traits de l'homme.
Qu'il s'agisse de Drefan aurait été trop beau, elle le savait. Mais au moins, c'était un Raug'Moss, et il saurait répondre à la question qui l'obsédait...
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