Chapitre premier
Chapitre 1098
Chapitre 46
Ses cheveux roux ébouriffés par la brise, Jennsen, très droite sur sa selle, contemplait le splendide Palais des Inquisitrices, dans le lointain. Sebastian était à côté d'elle, perché sur son bon vieux Pete, qui semblait particulièrement nerveux. Son magnifique étalon gris renâclant d'impatience, Jagang attendait également de passer à l'action. Des officiers et des conseillers l'entouraient, mais ils n'osaient pas ouvrir la bouche.
Le regard de l'empereur était rivé sur le palais, et des formes plus sombres, tels des nuages d'orage, dansaient dans ses yeux uniformément noirs.
Jusque-là, la marche sur Aydindril n'avait ressemblé à rien de ce qu'attendaient les attaquants. Du coup, tous avaient les nerfs à fleur de peau.
Derrière l'empereur et ses proches, des Sœurs de la Lumière testaient un peu à l'écart, se concentrant sur leur mystérieuse magie. Même si aucune d'elles n'avait eu
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l'occasion de parler à Jennsen, toutes étaient conscientes de sa présence et elles gardaient en permanence un œil sur elle.
Tandis que l'empereur guidait la colonne de cavalerie vers la lisière de la cité - un assez long chemin à travers d'immenses champs cultivés -, des magiciennes et des éclaireurs étaient partis dans toutes les directions pour remplir d'énigmatiques missions.
A présent, la grande cité se dressait devant ses conquérants. Mais pas un bruit n'en montait.
La nuit précédente, Sebastian avait dormi à poings fermés. Jennsen le savait, parce qu'à la veille d'une si grande bataille elle n'avait pas réussi à fermer l'œil. Par bonheur, l'idée de pouvoir utiliser bientôt le couteau accroché à sa ceinture lui faisait oublier sa fatigue.
Derrière les Sœurs de la Lumière, plus de quarante mille cavaliers de l'Ordre Impérial armés de lances, de piques, d'épées ou de haches attendaient le moment d'attaquer. Tous ces hommes, le
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plus souvent barbus et chevelus, portaient un anneau à la narine gauche et certains avaient noué des porte-bonheur dans leurs cheveux crasseux.
Jennsen avait remarqué quelques guerriers au crâne rasé qui avaient sans doute sacrifié leur crinière pour ressembler à l'empereur
Tendus à craquer, tous ces soldats attendaient de se lancer dans la bataille décisive pour l'avenir et le bonheur de l'humanité.
Les cavaliers et leurs officiers partageaient avec les Sœurs de la Lumière un point commun qui les distinguait de Jennsen et de Sebastian: tous avaient vu la Mère Inquisitrice de près!
D'après ce qu'avait compris Jennsen, cette drôle de femme avait dirigé en personne des attaques surprises contre des camps de l'Ordre Impérial. C'était là que les soldats et les Sœurs de la Lumière l'avaient vue. Pour cette charge héroïque, Jagang avait choisi des hommes et des magiciennes qui sauraient reconnaître au
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premier coup d'œil la Mère Inquisitrice. Il n'était pas question que cette femme parvienne à s'enfuir en se fondant dans la foule ou en se faisant passer pour une humble blanchisseuse.
Les sangs glacés par le vent et par les lueurs meurtrières qu'elle voyait danser dans les yeux de tous les soldats, Jennsen serra très fort le pommeau de sa selle pour tenter d'empêcher ses mains de trembler.
Jennsen.
Pour la centième fois de la matinée, la jeune femme vérifia que le couteau coulissait bien dans son fourreau. S'étant rassurée, elle remit l'arme en place et la lâcha.
Elle était en compagnie de ces soldats parce qu'elle combattait avec eux. Elle avait un rôle à jouer dans cette guerre. Une mission à accomplir, même...
Renonce.
Il y avait quelque chose de fascinant dans toute cette histoire. L'arme que Richard Rahl avait confiée à un homme pour qu'il la tue finirait par lui transpercer
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le cœur. Etait-ce cela, la justice immanente?
Au moins, Jennsen était désormais le chasseur, plus le gibier. Et ça changeait tout.
Dès qu'elle sentait sa détermination vaciller, la jeune femme pensait à sa mère, à Althea, à Friedrich, à Lathea et même à Drefan, son demi-frère inconnu. Tant de vies avaient été dévastées à cause de la maison Rahl. Et Richard avait sans broncher repris le flambeau de son père.
Renonce à ta volonté, Jennsen. Renonce à ta chair...
—Fiche-moi la paix! s'écria la jeune femme, agacée que la voix ne la laisse pas tranquille à un moment si important.
—Pardon? demanda Sebastian, le front plissé.
Navrée d'avoir parlé à voix haute et perturbé son compagnon, Jennsen lui fit signe de ne pas s'inquiéter. Pensif, il se replongea dans la contemplation de la cité que l'Ordre Impérial allait bientôt conquérir. Tout était là: les bâtiments, les
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rues, les places, les allées étroites. Un seul élément manquait à l'appel, et c'était ça qui inquiétait les assaillants.
Du coin de l'œil, Jennsen vit que les Sœurs de la Lumière conversaient entre elles. Une seule se taisait, sœur Perdita, celle qui avait cassé un vase le soir du dîner avec Jagang.
Quand cette femme la regardait, Jennsen avait l'impression qu'elle pouvait lire jusqu'au fond de son âme. Mais elle se faisait probablement des idées, car la Sœur de la Lumière n'avait sûrement aucune mauvaise intention à son égard.
Mal à l'aise, elle lui sourit poliment et détourna la tête.
Comme tous les autres, elle riva les yeux sur le palais bâti au sommet d'une colline. Considérant la façon dont cet édifice dominait la cité, il était difficile de ne pas le voir. Et en découvrant son incontestable beauté - sa splendeur, même, il ne fallait pas avoir peur des mots -, Jennsen se demandait comment ce bâtiment pouvait être le fief d'un être aussi maléfique et
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cruel que la Mère Inquisitrice. Avec ses hautes fenêtres, ses colonnades, son dôme et ses murs de marbre blanc, ce palais aurait dû être la résidence d'une reine au cœur bienveillant et à l'âme pure.
La sinistre forteresse du Sorcier, bâtie à flanc de montagne, derrière le palais, aurait été une tanière mieux adaptée à l'épouse du seigneur Rahl.
Jennsen avait remarqué que ses compagnons, comme elle, n'aimaient pas lever les yeux vers la détestable forteresse. Dès qu'on pouvait regarder ailleurs, on n'hésitait pas un instant.
Ce bâtiment était plus grand que tous ceux que Jennsen avait vus, à part le Palais du Peuple, en D'Hara. Derrière des murs d'enceinte d'une incroyable hauteur, la forteresse semblait être un incroyable complexe dont les divers composants étaient reliés par une multitude de chemins de ronde, de remparts, de passerelles, de ponts et de tourelles. Mais comment un simple lieu, fait de pierre et de mortier, pouvait-il avoir l'air si... menaçant?
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Jennsen chercha à se rassurer en regardant Sebastian. Ses cheveux blancs hérissés, ses yeux pleins de sagesse, les contours familiers de son visage... Sa beauté la réconfortait, même quand il n'avait pas les yeux posés sur elle. Quelle femme n'aurait pas été honorée d'être aimée par un tel homme? Sans lui, Jennsen ignorait si elle aurait tenu le coup après la mort de sa mère.
Sebastian avait ouvert son manteau pour exposer une partie de ses armes, et il observait le théâtre des opérations avec un calme studieux. Jennsen aurait donné cher pour être si sereine. Hélas, elle tremblait de peur à l'idée que son compagnon soit obligé de dégainer ses armes et de se battre pour sa vie. Elle ne voulait pas qu'il soit en danger...
—Qu'en penses-tu? demanda-t-elle en se penchant sur sa selle. Qu'est-ce que ça signifie?
Sebastian regarda durement la jeune femme et haussa les épaules. À l'évidence, il n'était pas d'humeur à bavarder, et il
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entendait qu'elle se taise, comme les quarante mille hommes qui guettaient le moment de passer à l'action. Jennsen savait qu'elle n'aurait pas dû parler, mais l'angoisse lui déchirait les entrailles. Quelques mots l'auraient réconfortée. La réaction de Sebastian, tellement atypique, lui donnait de nouveau l'impression d'être une personne insignifiante.
Son compagnon avait de graves soucis, elle le savait, mais ça ne l'empêchait pas de se sentir offusquée - presque comme s'il l'avait giflée. Surtout après la nuit précédente, où il avait cherché du réconfort auprès d'elle avant de s'endormir. Jamais il ne l'avait désirée ainsi, et elle l'avait compris. Même si la présence de gardes devant leur tente l'avait troublée, car ces hommes avaient dû tout entendre, elle ne s'était pas refusée à son amant.
A présent, il n'était pas vraiment en mesure de la rassurer, elle s'en doutait, car lui-même devait être crispé par l'imminence de la bataille. Mais être repoussée faisait mal quand même.
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Par-dessus les gémissements du vent et les craquements des grands érables aux branches dénudées qui bordaient la route, Jennsen entendit des roulements de sabots.
Toutes les têtes se tournèrent pour regarder approcher une bande de cavaliers chevelus et barbus vêtus de peaux de bête qui flottaient au vent. Jennsen reconnut la robe blanche tachetée de noir du cheval de tête. Il s'agissait d'une des patrouilles envoyées par l'empereur quelques heures plus tôt. Dans le lointain, d'autres cavaliers revenaient de toutes les directions, mais ce groupe-là avait été chargé de faire le tour de la cité.
Quand la petite colonne arriva, Jennsen se couvrit la bouche avec col de son manteau pour ne pas avaler de poussière.
Le chef du détachement tira sur les rênes de sa monture et sauta à terre. Alors qu'il avançait vers Jagang, ses cheveux nattés oscillaient presque aussi violemment que la queue blanche de son étalon.
—Rien, Excellence! cria-t-il.
D'humeur massacrante, Jagang ne
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chercha pas à cacher qu'il était à bout de nerfs.
—Rien..., répéta-t-il d'un ton sinistre.
—C'est ça, Excellence... Pas de troupes à l'est, de l'autre côté de la ville ni sur les flancs des montagnes. Rien du tout! Les grandes voies et les petites pistes sont désertes. Pas de soldats, de traces, de crottin de cheval, d'ornières de chariot... On dirait qu'il n'y a plus personne dans le coin depuis très longtemps.
Jagang tourna la tête vers le Palais des Inquisitrices.
—Et la route qui conduit à la forteresse? L’ennemi est bien quelque part! Ne va pas me dire que nos éclaireurs, ces derniers temps, sont tombés dans des embuscades tendues par des fantômes?
Le colosse semblait plus féroce que toutes les brutes que Jennsen avait vues dans sa vie. Sa bouche à demi édentée contribuait à lui donner un air sauvage, mais comme souvent, tout venait de ses yeux: un regard de bête fauve!
—Excellence, il n'y avait pas de traces
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sur cette route-là non plus, dit-il.
—Es-tu monté jusqu'à la forteresse? demanda Jagang.
Le terrible guerrier blêmit sous le regard de son maître.
—Nous avons poussé jusqu'au pont qui franchit un fantastique abîme, Excellence. Et nous n'avons rien vu de plus. Le pont-levis était baissé, et la forteresse du Sorcier, au-delà, paraissait déserte.
—Ça ne veut rien dire! lança une voix de femme.
Jennsen tourna la tête, comme Sebastian, la majorité des conseillers et des officiers et l'empereur lui-même.
Sœur Perdita venait de parler, et elle parvint à conserver son rictus méprisant alors que tous les regards étaient braqués sur elle.
—Ça ne veut rien dire, répéta-t-elle. Sachez-le, Excellence, je n’aime pas ça du tout. Quelque chose ne colle pas.
—Et quoi donc, d'après toi? demanda Jagang, de plus en plus agacé.
Perdita sortit des rangs des Sœurs de la
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Lumière et, talonnant son cheval, approcha de l'empereur pour lui parler en privé.
—Excellence, dit-elle quand elle fut assez près de Jagang, vous est-il arrivé d'entrer dans une forêt, d'y marcher et de vous apercevoir qu'il n'y a aucun bruit, alors qu'il devrait y en avoir? Sur votre passage, tout devient calme, et ce n'est pas normal...
Jennsen avait fait cette expérience, et elle fut frappée par le choix judicieux de cette comparaison. Dans des cas semblables, on éprouvait un sentiment de catastrophe imminente d'autant plus inquiétant qu'il était indéfinissable. Le danger s'annonçait, mais sans rien révéler de sa nature...
—Quand je marche dans une forêt, ou partout ailleurs, le silence se fait toujours, répondit Jagang.
La sœur ne tenta pas de polémiquer et continua son raisonnement.
—Excellence, nous combattons ces gens depuis longtemps. Les magiciennes comme moi connaissent tout de leur maudite
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sorcellerie.
Nous savons quand nos ennemis utilisent le don, et nous repérons les pièges qu'ils nous tendent avec leur pouvoir, même quand les pièges en question ne sont pas de nature magique. Aujourd'hui, tout est différent. Quelque chose ne va pas.
—Peut-être, mais tu ne m'as toujours pas dit quoi, marmonna Jagang.
Aujourd'hui, il entendait qu'on entre vite dans le vif du sujet, parce qu'il avait encore moins de temps à perdre que d'habitude.
Consciente de l'agacement de l'empereur, sœur Perdita hocha humblement la tête.
—Excellence, si je savais de quoi il s'agit, je vous l'aurais déjà dit. Mais mon devoir est de vous informer du peu que nous avons découvert. Il n'y a aucune magie à 'œuvre. Pas d'embuscade où le don soit impliqué. Rien du tout!
»Mais ces constatations ne me rassurent pas. Encore une fois, je sens que quelque chose ne colle pas. Je tiens à vous prévenir, même si je ne peux pas être plus précise
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pour le moment. Si vous le désirez, sondez mon esprit, et vous verrez que je dis la vérité.
Jennsen se demanda de quoi pouvait bien parler la sœur. Mais l'argument devait avoir du poids, car Jagang se calma un peu.
—Tu es à bout de nerfs après un trop long hiver, Perdita. Comme tu l'as dit, les magiciennes savent tout sur la sorcellerie de l'adversaire. S’il y avait quelque chose, vous le sauriez...
—Je n'en suis pas si sure, insista Perdita. (Elle jeta un bref coup d'œil à la forteresse du Sorcier.) Excellence, les Sœurs de la Lumière en connaissent très long sur la magie. Mais la forteresse est vieille de plusieurs milliers d'années. Etant originaire de l'Ancien Monde, je ne sais pas grand-chose au sujet de ce lieu. En particulier, j'ignore quelle sorcellerie y est préservée. Mais j'ai une certitude: ce pouvoir-là est mortellement dangereux! Et un des objectifs de la forteresse est de protéger cette magie maléfique.
—C'est pour ça que je veux investir ces
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lieux, dit Jagang. Un pouvoir si dangereux ne peut pas rester entre les mains de nos adversaires.
—La forteresse est très bien défendue, Excellence. Je ne puis vous dire comment, car les sorts de protection ont été jetés par des sorciers et non par des magiciennes. Des défenses de cette nature peuvent ne pas avoir besoin de la présence d'êtres humains sur les lieux. Comme les pièges classiques, elles peuvent être activées par une intrusion, tout simplement. Certaines sont sans doute purement dissuasives, mais beaucoup d'autres doivent être conçues pour tuer. Même si la forteresse est déserte, nous en emparer risque d'être impossible. Les sorts de protection ne sont pas affectés parle passage du temps. Qu'on les ait mis en place il y a un mois ou mille ans ne change rien. Tenter de prendre la forteresse pourrait nous coûter des milliers de vies...
—Dans ce cas, dit Jagang, il faudra neutraliser ces défenses avant de passer à l'attaque.
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Avant de répondre, Perdita jeta un coup d'œil aux murs noirs de la forteresse.
—Excellence, comme j'ai déjà tenté de vous le dire, les compétences et le pouvoir des Sœurs de la Lumière ne sont pas suffisants face à ces sortilèges. Nous sommes très fortes, c'est vrai, mais ce n'est pas tout ce qui compte. Un ours, si puissant soit-il, n'est pas en mesure de trouver la combinaison d'un coffre-fort. La force brute n'est pas toujours la solution. Mais dans le cas qui nous occupe, je répète que quelque chose ne colle pas.
—Moi, j'entends surtout que tu as peur! Les Sœurs de la Lumière sont parfaitement armées pour affronter la sorcellerie, et c'est pour ça que vous êtes avec moi! (Arrivé au bout de sa patience, Jagang se pencha vers Perdita.) J'exige que les sœurs nous protègent de la sorcellerie sous toutes ses formes. Est-ce assez clair?
—Oui, Excellence...
Blanche comme un linge, Perdita talonna sa monture et alla rejoindre les autres sœurs.
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—Perdita! appela Jagang. (Il attendit que la femme se retourne. Nous devons prendre la forteresse du Sorcier. Je me fiche de ce que vous ferez, pourvu que cet objectif soit atteint!
Tandis que la sœur retournait vers ses collègues, Jagang et tous ses compagnons regardèrent un cavalier approcher à bride abattue. Celui-là venait directement de la cité.
Quand il fut assez près pour qu'on voie son visage, quelque chose dans son expression incita les guerriers à porter la main à leur arme.
L’homme tira sur les rênes de sa monture et sauta à terre. Couvert de sueur et de poussière, il avait les yeux écarquillés d'excitation, mais il parvint pourtant à parler d'un ton pondéré.
—Excellence, je n'ai vu personne dans la ville. Mais j'ai senti des chevaux!
Jennsen vit que cette nouvelle confirmait les appréhensions des officiers, qui refusaient de croire qu'Aydindril pût être vide. L'Ordre Impérial avait acculé dans la
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cité l'armée adverse et les civils qui y résidaient. Evacuer une telle mégalopole en plein milieu de l'hiver paraissait impossible. Mais comment dire cela à Jagang alors que ses yeux lui confirmaient qu'il n'y avait plus âme qui vive en ville?
—Des chevaux? répéta l'empereur. Tu es peut-être passé à côté d'une écurie.
—Non, Excellence... Je ne les ai ni vus ni entendus, mais sentis! Ce n'était pas l'odeur d'une écurie, mais de bêtes bien vivantes. Il y a des chevaux dans cette ville.
—Dans ce cas, dit un des officiers, l'ennemi est là, comme nous le pensons. Il se cache, mais il est bel et bien là.
Jagang ne dit rien et attendit la suite du rapport de l'éclaireur.
—Il n'y a pas que ça, Excellence! Comme je ne parvenais pas à trouver ces chevaux, j'ai décidé d'aller chercher des renforts, pour qu'ils m'aident à dénicher nos poltrons d'adversaires. Sur le chemin du retour, j'ai vu quelqu'un derrière une fenêtre du palais.
—Quoi?
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—Le palais de marbre blanc, Excellence! Quand je suis passé devant, traversant les jardins pour aller plus vite, j'ai vu quelqu'un s'écarter de derrière une fenêtre.
—Tu es sûr? demanda l'empereur en tirant sur les rennes de son étalon, qui piaffait de plus en plus d'impatience.
—Oui! Ces fenêtres sont très grandes, et je suis certain que quelqu’un me regardait passer.
Jagang sonda la route bordée d'érables qui conduisait jusqu'au palais.
—C'était un homme, ou une femme?
L'éclaireur essuya d'un revers de la main la sueur qui coulait sur son front.
—Bien que je l'aie à peine vue, je pense qu'il s'agissait d'une femme.
—La Mère Inquisitrice?
—Excellence, je n'en suis pas sûr... Il s'agissait peut-être d'un jeu de lumière, mais j'ai eu l'impression que cette femme portait une longue robe blanche.
C'était la tenue de la Mère Inquisitrice, avait appris Jennsen. Et la théorie de l'illusion d'optique ne tenait guère debout,
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il fallait l'admettre.
Cela dit, l'autre possibilité était absurde. Qu'aurait fait la Mère Inquisitrice seule dans son palais? Défendre un ultime bastion, pourquoi pas, mais se battre seule était ridicule! Cette femme était-elle l'unique personne qui ne crevait pas de peur dans les Contrées du Milieu?
—Je me demande ce qu'ils mijotent..., souffla Sebastian.
—Je crois que nous allons le savoir, répondit Jagang en dégainant. Son épée. (Il tourna la tête vers Jennsen.) Prépare-toi à utiliser ton couteau, ma petite chérie! Le moment dont tu rêves est peut-être arrivé.
—Mais, Excellence, comment est-il possible que...
Jagang se dressa sur ses étriers, lança son cri de guerre et leva son épée pour donner l'ordre tant attendu.
Quarante mille hommes rugirent de haine en se mettant en mouvement. Prise au dépourvu, Jennsen s'accrocha à l'encolure de Rouquine, qui s'était lancée d'elle-même au grand galop.
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