Chapitre premier

Dominique · Chapitre 9 sur 60

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Chapitre premier

Chapitre 164

Chapitre 9

Se sentant très chic avec sa veste et son chapeau, Oba descendait une série d'allées étroites en sifflotant un air qu'il avait entendu jouer par une flûte alors qu'il passait devant une auberge. S'immobilisant pour céder le passage à un cavalier, il remarqua que le cheval avait tourné la tête et pointé les oreilles vers lui. Oba avait un cheval, jadis, et il adorait le monter. Mais sa mère avait décidé que l'animal coûtait trop cher. De fait, les boeufs étaient plus utiles et travaillaient davantage, mais ils ne faisaient pas des compagnons très agréables.

Quand il s'engagea sur le sentier qui menait à la maison de Lathea, Oba croisa un couple qui en revenait. Quel traitement ces gens avaient-ils pu demander à la magicienne? En tout cas, la femme, en passant, avait jeté un regard noir au paysan. Rien d'étonnant, dans un coin aussi sombre - d'autant moins que la taille d'Oba effrayait souvent ces dames.

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Le type, en revanche, avait soutenu son regard, ce que peu de gaillards, même costauds, osaient se permettre.

Le comportement des deux inconnus rappela le gros rat à Oba. Il sourit à ce souvenir - comme il était bon de faire sans cesse de nouvelles expériences! -, et les deux passants crurent qu'il s'adressait à eux.

Oba porta la main à son chapeau pour saluer la femme, qui lui répondit d'un sourire creux très répandu chez les membres du beau sexe.

Exactement le genre qui donnait à Oba l'impression d'être un crétin.

Alors que le couple s'éloignait dans la rue obscure, il fourra les mains dans les poches de sa veste et continua son chemin vers le fief de Lathea. Il détestait aller voir la magicienne à la nuit tombée. Cette fichue bonne femme était déjà assez inquiétante en plein jour...

Oba ne redoutait pas les affrontements physiques. En revanche, il se sentait impuissant face aux mystères de la magie.

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Quant aux potions de Lathea...

Ces horribles breuvages lui brûlaient l'œsophage! Non contents de lui faire mal, ils le transformaient en une bête sauvage incapable de contrôler ses instincts. Une ignoble humiliation...

Mais en ville, on parlait de gens qui avaient déplu à la magicienne et connu un sort bien pire: des langueurs, une soudaine cécité, voire une lente agonie... Devenu fou, un homme, nu comme un ver, s'était enfoncé dans un marécage. D'après ce qu'on disait, il avait gravement offensé la magicienne. On l'avait retrouvé dans une mare, son corps déjà à demi pourri couvert de morsures de serpent...

Que pouvait avoir fait cet idiot pour s'attirer ainsi l'ire de Lathea? S'il avait été malin, il ne se serait pas montré pareillement imprudent avec la vieille harpie.

Certaines nuits, Oba faisait des cauchemars au sujet de la sorcellerie. Il imaginait que Lathea, avec son pouvoir, était en mesure de lui infliger des dizaines

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de coupures, de l'écorcher vif, de carboniser ses yeux dans leur orbite ou de faire gonfler sa langue jusqu'à ce qu'il s'étrangle avec.

Il accéléra le pas. Plus vite il en aurait fini, mieux ça vaudrait. Une précieuse leçon que lui avait apprise la vie.

—C'est Oba Schalk, dit-il en frappant à la porte. Ma mère a besoin de son médicament.

La porte s'entrebâilla, comme d'habitude. Une magicienne, Lathea aurait en principe dû le voir à travers le bois, sans avoir besoin d'ouvrir. Enfin, selon Oba... Mais ce n'était pas le cas, visiblement.

Parfois, quand il attendait dehors que la magicienne ait achevé ses préparations, d'autres clients venaient frapper à la porte. À ceux-là, Lathea ouvrait directement en grand. Mais quand il s'agissait d'Oba, elle jetait toujours un coup d'œil avant de le laisser entrer.

—C'est toi..., soupira la magicienne sans aucun enthousiasme.

Le battant s'ouvrit en grand. Oba avança

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lentement, très impressionné, et regarda avec respect autour de lui, même s'il connaissait par cœur l'antre de la magicienne. Avec Lathea, il prenait toujours soin de se montrer circonspect...

La femme le poussa sans ménagement afin de pouvoir refermer sa porte au plus vite.

—Les genoux de ta mère? Comme toujours?

Oba baissa les yeux sur la pointe de ses chaussures.

—Ils lui font très mal, et elle a besoin de votre potion... (Hélas. il fallait dire également la suite...) Elle veut que vous lui donniez quelque chose pour moi...

Lathea eut un sourire sournois.

—Pour toi, Oba?

Elle le torturait à plaisir, sachant parfaitement ce qu'il voulait dire. Il ne lui achetait jamais que deux potions: le médicament de sa mère et l'horrible breuvage qui lui torturait les entrailles.

Lathea voulait qu'il soit précis, et il devrait se plier à son caprice.

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—Maman veut un remède pour moi.

Son méchant sourire toujours sur les lèvres, Lathea dévisagea un moment le paysan.

—Une cure contre la perversité? siffla-t-elle. Oba, c'est ça que ta mère t'a envoyé chercher?

Oba hocha la tête. Devant le sourire de cette femme, il se sentait tout petit. Mais pourquoi l'étudiait-elle ainsi? Quelles mauvaises idées tournaient dans sa tête? Quel plan machiavélique y mijotait?

Lathea alla afin chercher des ingrédients dans son armoire spéciale dont la porte s'ouvrit en grinçant sinistrement. S'emparant de plusieurs flacons, elle approcha de sa table de travail et les posa dessus.

—Elle essaie toujours, pas vrai, Oba? lança Lathea d'un ton lointain, comme si elle se parlait à elle-même. Elle s'acharne même si elle ne peut rien changer...

Oba.

A la lueur d'une lampe à huile, la magicienne examina longuement ses fioles

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et ses flacons. Elle réfléchissait, c'était évident. Peut-être à la composition de l'ignominie qu'elle allait donner à Oba pour le purger du «mal» qui l'habitait depuis toujours - sans qu'il sache pourquoi, ni de quelle sorte de force maléfique il s'agissait.

Les bûches qui brûlaient dans la cheminée fournissaient une agréable lumière. Chez eux, Oba et sa mère avaient une fosse à feu au milieu de la perte commune. Avec une cheminée, la fumée s'évacuait beaucoup mieux que par un trou creusé au plafond, et sans envahir d'abord tout l'espace. Un jour, il faudrait qu'Oba construise un véritable foyer dans sa ferme. À chacune de ses visites chez Lathea, il regardait comment était conçue la cheminée. Dans la vie, il ne fallait jamais cesser d'apprendre...

Oba gardait aussi un œil sur Lathea pendant qu'elle mélangeait plusieurs liquides dans une grande cornue. Chaque fois qu'elle ajoutait un nouvel ingrédient, elle remuait avec une tige de verre...

Apparemment satisfaite, elle versa de la

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potion dans un flacon et le boucha hermétiquement.

—Pour ta mère, dit-elle en tendant le médicament à Oba.

En échange, il donna la pièce d'argent à la magicienne, qui s'en empara en le regardant droit dans les yeux et la glissa prestement dans sa poche.

Puis elle se plaça de nouveau devant sa table de travail, choisit quelques flacons et se lança dans une autre préparation.

Le maudit «traitement» d'Oba !

Le paysan n'aimait pas parler avec Lathea, mais le silence était une expérience encore plus pénible. Afin de le briser, il dit la première chose qui lui passa par la tête:

—Maman sera contente. Elle espère que ce médicament guérira ses genoux.

—Et que l'autre fera du bien à son fils?

—Oui, ma dame, marmonna Oba, qui regrettait déjà d'avoir engagé la conversation.

—J'ai dit plusieurs fois à maîtresse Schalk qu'il n'y avait guère d'espoir, fit Lathea tout en continuant à travailler.

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Sur ce point, Oba était d'accord, mais sûrement pas pour la même raison. En fait, il ne se sentait pas «pervers» et ne voyait pas de quoi on aurait dû le guérir. Enfant, il s'était dit que sa mère savait ce qu'elle faisait et ne l'aurait sûrement pas soigné s'il n'avait pas été malade. Avec les années, il avait changé d'avis. Aujourd'hui, il ne voyait plus sa génitrice comme une femme intelligente et consciente de ses actes.

—S'occuper de moi est son devoir, et elle l'accomplit dignement...

—Ou alors, elle espère que cette potion la débarrassera de toi! lança Lathea, toujours concentrée sur son travail.

Oba!

Oba leva les yeux et regarda fixement le dos de la magicienne. Cette idée ne lui avait jamais traversé l'esprit. Sa mère et Lathea étaient peut-être de mèche pour avoir sa peau. Ces deux femmes se voyaient de temps en temps, et elles pouvaient avoir mis au point un plan afin d'en finir avec lui.

Depuis toujours, il pensait qu'elles s'efforçaient de lui faire du bien. Était-ce en

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réalité le contraire? Complotaient-elles afin de l'empoisonne' discrètement?

S'il mourait, sa mère n'aurait plus besoin de le nourrir, et elle se plaignait souvent de son «appétit d'ogre». Régulièrement, elle lui rappelait qu'elle trimait dur presque exclusivement pour qu'il se remplisse l'estomac. A cause de lui, se plaignait-elle, elle n'avait jamais pu mettre de l'argent de côté. Et si elle avait épargné, au lieu de lui payer un coûteux traitement, elle aurait sans doute un bas de laine bien rempli, depuis toutes ces années.

Mais sans lui, se souvint-il, elle aurait dû faire tout le travail...

Les deux femmes lui voulaient peut-être du mal par pure méchanceté, sans avoir réfléchi à toutes les conséquences de leurs actes. L'étroitesse d'esprit de sa mère étonnait souvent Oba. La magicienne et elle avaient peut-être simplement décidé de le faire souffrir, parce que c’était amusant...

Le paysan regarda les reflets des flammes danser dans les cheveux raides de la magicienne.

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—Aujourd'hui, ma mère a dit qu'elle aurait dû suivre vos conseils, avant ma naissance...

Lathea continua à verser un liquide noir dans sa cornue, mais elle regarda Oba par-dessus son épaule.

—Elle a enfin compris?

Oba!

—Quels conseils lui avez-vous donnés, à l'époque?

—Ça ne te paraît pas évident?

Oba en eut les sangs glacés.

—Vous voulez dire qu'elle aurait dû me tuer?

Oba n'avait jamais été aussi franc et direct face à la magicienne. En fait, c'était la première fois qu'il osait l'affronter, car elle le terrorisait. Mais aujourd'hui, les mots étaient sortis tout seuls de sa bouche, lui rappelant un peu la voix qui parlait dans sa tête. Il les avait prononcés agas réfléchir ni se demander s'il était sage ou non d'agir ainsi.

À l'évidence, il avait réussi à prendre Lathea par surprise, la déconcertant encore

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plus qu'il ne l'était lui-même. Ses flacons pour un

moment oubliés, elle le regardait comme s'il venait de se métamorphoser devant ses yeux.

Et c'était peut-être bien ce qui arrivait.

En tout cas, dire le fond de sa pensée était une chose très agréable, et il aimait beaucoup ça. Depuis qu'il la fréquentait, il n'avait jamais vu Lathea perdre pied ainsi. Sans doute parce que les choses n'existaient pas vraiment tant qu'on ne les avait pas dites à haute et intelligible voix. Les pires crimes, ainsi, pouvaient rester... virtuels...

—Qu'as-tu conseillé à ma mère, Lathea? demanda Oba, passant d'instinct au tutoiement. D'éliminer son bâtard de fils?

La magicienne parvint à sourire.

—Ce n'est pas ce que tu penses, mon garçon... (Pour une fois, Lathea ne parlait pas du ton hautain qui humiliait tant le paysan.) Pas du tout... (Elle s'adressait à Oba comme à un homme, pas comme à un fichu bâtard qu'elle supportait très mal. Il y

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avait presque de la.., douceur... dans sa voix.) Les femmes sont parfois plus heureuses quand un bébé... eh bien... ne naît jamais. Tu vois ce que je veux dire? Ce n'est pas un meurtre, parce qu'il ne s'agit pas encore d'une personne...

Oba, renonce!

—Tu veux dire que c'est plus facile, c'est ça?

—Oui... Enfin, c'est l'idée générale, et...

Oba entendit sortir de sa gorge une voix qui exprimait une violence et une froide colère qu'il ignorait avoir en lu).

—Si je comprends bien, tu trouves ça plus facile parce que la victime ne peut pas se défendre.

Décidément, il était doué pour tout, y compris l'ironie glaciale. C'était la nuit de toutes les révélations!

—Non, ce n'est pas ce que je veux dire...

Oba était sûr du contraire. Mais Lathea ne voulait pas qu'il sache la vérité, maintenant qu'elle le respectait.

—Oba, comprends-moi : c'est plus simple quand ça se passe avant qu'une femme

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aime son enfant... Tu saisis? Avant qu'il s'agisse d'une véritable personne, avec une conscience... Pour la mère, il est moins déchirant de...

Oba était en train d'apprendre quelque chose de nouveau, nais il n'avait pas encore mis ensemble toutes les pièces du puzzle. Ce qu'il aurait bientôt assimilé était d'une importance capitale, et il lui fallait encore quelques minutes...

—Comment la mort d'un enfant peut-elle être une bonne chose pour sa mère?

Lathea posa le flacon qu'elle tenait.

—Eh bien, parfois, avoir un enfant est un fardeau. Pour le nouveau-né, la vie peut être une épreuve plus qu'autre chose, et il vaut mieux qu'il ne vienne jamais au monde.

La magicienne alla prendre un autre flacon dans l'armoire. Quand elle revint devant sa table de travail, elle se plaça de façon à ne plus tourner le dos au paysan.

Oba n'avait pas idée de ce qu'étaient la plupart des ingrédients de son «traitement». Mais s'il n'aurait su dire à

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quoi servaient ces poudres et ces liquides, il savait parfaitement ce que contenait le flacon que Lathea était allée chercher, des pétales séchés de rose à fièvre des montagnes.

La magicienne ajoutait souvent un pétale marron - un minuscule cercle orné de petites étoiles juste au centre - à la potion d'Oba. Cette fois, elle en prit plusieurs, les émietta entre ses doigts et les jeta dans la cornue.

—Pour l'enfant aussi, il est préférable de ne pas naître? demanda Oba.

—Eh bien, parfois oui... souffla Lathea. (Elle semblait pressée de changer de sujet, mais sans savoir comment s’y prendre.) Il arrive qu’une naissance soit une menace pour une femme et pour ses autres enfants.

—Maman n'en avait pas...

Lathea ne sut qu'objecter à cette remarque.

Oba. Renonce...

Le jeune homme écouta son étrange voix intérieure et trouva qu'elle avait beaucoup changé. Comme si elle était devenue

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beaucoup plus... importante.

—C'est vrai, dit enfin la magicienne, mais tu menaçais quand même d'être un fardeau pour elle. Élever un enfant seule n'est jamais facile pour une femme, surtout quand... (Lathea s'interrompit brusquement.) Eh bien, c'est difficile, voilà tout!

—Pourtant, maman a réussi. Tu t'es trompée, Lathea ! Toi, pas maman! Elle m'a toujours désiré, mais tu ne trouvais pas ça bien.

—A cause de toi, elle ne s'est jamais mariée! cria Lathea avec quelque chose de son ancienne autorité méprisante. Si elle avait trouvé, un époux, elle aurait eu une chance de fonder une véritable famille, au lieu d'avoir simplement un...

—... Un bâtard? acheva Oba.

Lathea ne répondit pas et elle semblait regretter des être engagée autant sur ce sujet. Sa colère soudain envolée, elle recommença à émietter des pétales de rose à fièvre pour les ajouter à la potion. Puis elle prit un flacon bleu, se tourna vers la

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cheminée et étudia à la lueur des flammes le liquide qu'il contenait.

Oba avança vers la table de travail.

Lathea l'entendit et se retourna.

—Créateur bien-aimé..., murmura-t-elle quand son regard croisa celui du jeune homme. Quand je vois ces yeux bleus, j'ai l'impression d'être face à...

Le flacon glissa des mains de la magicienne, roula sur la table et tomba sur le sol, où il explosa en mille morceaux.

Oba, renonce à ta volonté...

C'était nouveau. La voix n'avait jamais dit une chose pareille.

—Tu voulais que maman me tue, pas vrai, Lathea?

Oba fit un autre pas en avant.

—N'approche plus! cria la magicienne.

De la peur brillait dans ses petits yeux de fouine. Encore une nouveauté. Oba apprenait tellement de choses en si peu de temps qu'il aurait certainement du mal à se souvenir de tout.

Il vit la magicienne lever les mains - les armes les plus redoutables des femmes

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comme elle.

Il s'immobilisa, prêt à tout.

Renonce, Oba, et tu seras invincible!

Cette nouveauté-là était carrément stupéfiante!

—Lathea, je crois que tu essaies de me tuer avec tes « traitements». Avoue: c'est une manière de m'empoisonner, n'est-ce pas?

—Non, non! Oba, je te jure que ce n'est pas ça! Il faut me croire!

Oba fit un pas de plus pour déterminer si la voix lui disait la vérité.

—Reste où tu es! lança la magicienne d'une voix soudain plus assurée. Sinon...

Renonce, Oba, et tu seras invincible!

Le paysan sentit qu'il venait de percuter la table avec ses cuisses. Les cornues et les flacons oscillèrent. Lathea tenta de rattraper une petite bouteille, mais elle réagit trop tard, et un liquide rouge se répandit sur le bois usé par les ans de la table.

Les traits tordus par la haine et la colère, Lathea leva ses mains aux doigts

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recourbés comme des serres et déchaîna son pouvoir contre Oba.

Des éclairs blancs aveuglants jaillirent des doigts de la magicienne et percutèrent la poitrine du paysan.

Des coups mortels, comprit-il. Mais qui n'avaient aucun effet sur lui.

Derrière lui, l'énergie magique avait percé un trou de la taille d'un homme dans la cloison de bois et les éclairs crépitaient encore dans la neige.

Oba toucha sa poitrine, qui aurait dû être en bouillie. Mais il était indemne. Pas une égratignure, pas une goutte de sang, rien...

Une fois encore, Lathea semblait plus surprise que lui. Elle en était même restée bouche bée, les yeux écarquillés.

Toute sa vie, Oba avait eu peur de cet épouvantail ambulant...

Lathea se ressaisit vite et lança une autre attaque. Du feu bleu, cette fois, qui satura vite l'air d'une odeur de soufre et d'ozone, comme pendant un orage.

Un assaut mortel pour n'importe qui,

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comprit Oba, mais pas pour lui. La cloison brûla dans son dos, mais il ne sentit rien et se contenta de sourire.

Lathea décrivit des arabesques dans l'air en murmurant une incantation incompréhensible. Une colonne de lumière se matérialisa devant Oba, ondulant comme un serpent - et prête à tuer, ça ne faisait aucun doute.

Oba leva les mains, les plongea dans la masse de tentacules lumineux et eut l'impression que rien de tout ça n'existait -une simple illusion, ou une image venue d'un autre monde, mais sans la moindre substance.

Il semblait bien que le fils Schalk était invincible, tout compte fait...

Avec un cri d'indignation, Lathea leva de nouveau les mains. Trouvant que ce petit jeu avait assez duré, Oba la prit à la gorge.

—Non! cria-t-elle. Non! Je t'en prie!

Une nouveauté de plus. Oba n'avait jamais entendu la magicienne implorer quiconque.

Lui serrant le cou, il tira Lathea vers lui,

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par-dessus la table, renversant ses fioles, ses flacons et ses cornues.

Oba referma sa main libre sur les cheveux de la magicienne, qui se débattit et tenta de nouveau d'utiliser son pouvoir. Hystérique, elle récita des formules dont le paysan ne comprit pas un traître mot, même s'il en saisit le sens général. La femme voulait le tuer, mais il avait renoncé à sa volonté, comme le demandait la voix, et il était devenu « invincible ».

Quand il en eut assez de contempler la fureur de la magicienne, il déchaîna la sienne, propulsant Lathea contre l'armoire de toutes ses forces.

Le souffle coupé, elle cessa de se débattre.

—Pourquoi voulais-tu que maman se débarrasse de moi?

Les yeux de la magicienne, ronds comme des soucoupes, étaient rivés sur l'objet de toutes ses terreurs: Oba Schalk. Sa vie entière, elle s'était amusée à faire peur aux autres. Aujourd'hui, c'était son tour...

—Pourquoi voulais-tu que maman se

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débarrasse de moi ?

La magicienne émit une série de gémissements pathétiques.

—Pourquoi?

Oba arracha sa robe à Lathea, et des pièces d'or et d'argent roulèrent sur le sol.

—Pourquoi?

Il déchira aussi les dessous de la femme.

—Pourquoi?

Lathea tenta de s'accrocher à ses sous-vêtements en lambeaux, mais il l'en dépouilla en la secouant comme une poupée de chiffon. Ses seins flasques oscillant ridiculement, la magicienne était nue comme au jour de sa naissance et elle n'avait plus aucun pouvoir.

Elle cria, mais Oba l'envoya une nouvelle fois percuter l'armoire, d'où tombèrent des fioles et des bocaux remplis d'immondices. S'emparant d'une bouteille, Oba la cassa sur l'arête du meuble.

—Pourquoi, Lathea? demanda-t-il en plaquant le goulot cassé sur le ventre de la magicienne. Pourquoi? (Lathea hurla. Impitoyable, il lui déchiqueta les chairs.)

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Pourquoi?

—Au nom du Créateur, par pitié! Non, non!

—Pourquoi, Lathea?

—Parce que... Parce que tu es le bâtard d'un monstre nommé Darken Rahl!

Oba en fut déconcerté. Une nouvelle stupéfiante, si elle était vraie...

—Maman a été violée, elle me l'a dit... Mon père était un inconnu qui l'a prise de force.

—C'est faux! En ce temps-là, elle travaillait au palais. Elle avait de gros seins et de grandes ambitions, à l'époque... Mais elle n'était pas assez futée pour comprendre qu'elle serait un simple jouet pour un homme qui pouvait avoir toutes les femmes de D'Hara. Celles qui voulaient de lui, comme elle, et toutes les autres...

Une nouvelle fascinante! Darken Rahl avait été l'homme le plus puissant du monde. Si son sang coulait dans les veines d'Oba, les implications avaient de quoi lui donner le tournis.

En supposant que la magicienne ne

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mente pas.

—Si elle avait été enceinte de Darken Rahl, dit Oba, ma mère serait restée au Palais du Peuple.

—Tu n'as pas le don, espèce d'idiot!

—Peut-être, mais un père se soucie de son fils...

Malgré sa souffrance, Lathea parvint à gratifier Oba du sourire méprisant qu'il abominait.

—Tu n'as pas le don! Pour lui, toi et tes demi-frères et demi-sœurs ne valiez pas mieux que de la vermine. Darken Rahl a toujours fait tuer ses bâtards. S'il avait connu ton existence, ta mère aurait été torturée à mort. Quand elle a compris ce qui l'attendait, elle s'est enfuie du palais.

L'esprit saturé de nouvelles, Oba commençait à perdre pied. Il fallait qu'il y voie plus clair.

—Darken Rahl était un puissant sorcier, dit-il en tirant la magicienne vers lui. Si ce que tu racontes est vrai, il nous aurait fait poursuivre. (De nouveau, il propulsa Lathea contre l'armoire.) Il m'aurait traqué, c'est

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sûr! J'en suis persuadé!

—Et tu as raison, mais il était incapable de voir les trous dans le monde...

Mais Lathea n'en avait plus pour longtemps. Du sang coulait de son oreille droite, et elle n'était pas de taille à résister au traitement que lui infligeait Oba.

—Que racontes-tu? J'ai peur que tu perdes la raison, vieille femme...

—Seule Althea peut...

Oui, la magicienne avait perdu l'esprit. Mais depuis quel moment racontait-elle n'importe quoi?

Oba la secoua un peu.

—J'aurais pu nous sauver tous... J'en ai eu l'occasion... Althea se trompait...

Oba secoua plus fort sa victime, mais il n'en tira plus rien, à part des gargouillis et des bulles de sang répugnantes. Elle ne lui servirait plus à rien désormais, cette vieille charogne!

Il se souvint des ignobles potions, ces horreurs qui le consumaient de l'intérieur, et des journées passées dans son enclos.

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Des heures à vomir sans pour autant se sentir un tout petit peu mieux.

-Oba souleva la magicienne squelettique et la propulsa de nouveau contre l'armoire. Ses cris matriculés le stimulèrent, car il jubilait de sentir quel point elle souffrait, réduite à l'état d'une victime impuissante.

Décidément, c'était un jour extraordinaire - celui de la connaissance et de la vengeance.

Oba jeta la vieille femme sur la table, brisant le meuble en même temps que les os de la magicienne. Il recommença, les cris de Lathea devenant plus faibles et plus inhumains chaque fois.

Quand elle se tut, il ne s'arrêta pas pour autant. Car il commençait à peine à extérioriser sa haine et sa colère...

 

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