Chapitre premier

Dominique · Chapitre 52 sur 60

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Chapitre premier

Chapitre 1253

Chapitre 53

Friedrich se frayait un chemin à travers les roseaux qui poussaient en rangs serrés sur la rive du lac. En avançant, il essayait d'oublier qu'il crevait de faim, mais la façon dont son estomac gargouillait lui laissait peu d'espoir d'y parvenir.

Un poisson n'aurait pas été mal du tout, histoire de changer un peu. Mais il aurait fallu le cuire - en supposant qu'il réussisse à en pêcher, ce qui n'était pas gagné d'avance.

Friedrich sonda le bord de l'eau. Des cuisses de grenouille ne lui auraient pas déplu, tout bien réfléchi. Cela dit, avaler un peu de viande fumée serait beaucoup plus rapide. Pourquoi n'avait-il pas songé à sortir un biscuit sec de son sac, la dernière fois qu'il avait marqué une pause? S'il y avait pensé, il aurait au moins eu de quoi mâchouiller...

A certains endroits, une herbe grasse relativement basse remplaçait les hauts «murs» de roseaux, facilitant la progression

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du doreur. Mais ça ne durait jamais très longtemps. Alors que le soleil disparaissait déjà derrière des collines, à l'horizon, ses derniers rayons conféraient à l'onde paisible des reflets argentés d'une touchante beauté.

Friedrich s'arrêta un moment, s'étira pour se délasser les muscles et sonda les ombres, entre les arbres qui se dressaient à présent devant lui. Tandis qu'il se reposait les jambes, il pensa à ce qu'il allait faire. Devait-il avaler un peu de viande et un biscuit puis reprendre son chemin? Ou était-il temps de se chercher un abri pour la nuit?

La région qu'il traversait, une succession de petites collines, était assez curieuse. Sur les pentes des buttes plus ou moins importantes, tout allait très bien. Mais dans les «vallées» qui séparaient ces éminences, le terrain marécageux se révélait difficile à négocier. Sans compter qu'il rappelait de très mauvais souvenirs au veuf d'Althea...

Friedrich chassa un nuage de moustiques qui menaçaient de s'en prendre

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à sa tête, puis il ajusta les sangles de son sac à dos. Il était toujours aussi indécis. Que devait-il faire? Camper ou continuer? Même s'il était fatigué, son long voyage l'avait remis en forme, et il était capable d'exploits physiques qu'il aurait crus à jamais hors de sa portée.

En marchant, il parlait mentalement à Althea, lui décrivant tout ce qu'il voyait. Là où elle était, espérait-il, elle pouvait peut-être l'entendre et sourire parce qu'il se souciait toujours autant d'elle.

Finalement, le doreur prit une décision. Il se faisait tard, et il n'avait aucune envie de voyager dans le noir. La lune en étant à son premier quartier, il n'y verrait plus rien dès que la pâle lumière du crépuscule se serait dissipée. Heureusement, il n'y avait pas de nuages. Cette nuit, la lueur des étoiles serait visible. Un soulagement pour Friedrich, qui détestait l'obscurité totale. Sans doute parce qu'elle lui rappelait celle de la tombe.

Mais la lumière des étoiles ne suffisait pas pour voyager dans une région

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inconnue. Par une nuit presque d'encre, il était ridiculement facile de se tromper de chemin et de se perdre. Cela impliquait de retourner sur ses pas dès le lendemain, pour prendre la bonne route. Bref, ça revenait à gaspiller le temps qu'on pouvait passer à se reposer.

Le doreur opta donc pour le campement! Comme il faisait assez chaud, il n'aurait pas besoin d'un feu. Pourtant, et sans savoir pourquoi, il avait envie d'en allumer un.

Bon sang! C'était idiot. Sur un terrain pareil, un feu de camp serait repérable à des lieues à la ronde. Même si contempler des flammes l'aurait réconforté, le jeu n'en valait pas la chandelle.

C'était dit, il se contenterait de la lumière des étoiles!

Bien! il allait camper... Mais en continuant sur quelques centaines de pas, il sortirait du marécage et pourrait s'installer à un endroit qui risquerait moins d'être infesté de serpents. Grands amateurs de chaleur, les reptiles adoraient venir se blottir contre les dormeurs. N'ayant guère

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envie de se réveiller avec un serpent lové dans ses bras, Friedrich se prépara à marcher encore un peu.

Il allait partir quand un petit bruit attira son attention. Ce n'était presque rien, mais ça ne correspondait à rien qu'on pouvait raisonnablement penser entendre dans un endroit pareil. Aucun oiseau. Aucun écureuil ni aucun batracien ne produisait un son de ce type.

Friedrich tendit l'oreille et ne capta rien de plus.

—Je me fais trop vieux pour ces âneries..., marmonna-t-il en se remettant en route.

Une autre raison, sans rapport avec la nature du terrain, poussait le doreur à continuer. Depuis son plus jeune âge, il détestait s'arrêter quand il était si près du but. Bien sûr, il pouvait lui rester plusieurs journées de marche - c'était impossible à déterminer précisément -, mais il s'était énormément approché du seigneur Rahl. Et il se pouvait même que s'arrêter pour la nuit soit une erreur. Dans l'affaire dont il

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s'occupait, le temps était une valeur essentielle.

Marcher encore un peu ne lui ferait aucun mal, de toute façon. Quand il en aurait assez, trouver un endroit où camper serait encore possible.

Devait-il tenter d'aller au-delà du lac et de dormir en terrain plat, près de la piste qu'il suivait? A priori, être endormi près d'une route ne lui disait rien, même en D'Hara. Alors dans l'Ancien Monde, où les patrouilles étaient quasiment incessantes...

Depuis le début, Friedrich évitait les agglomérations et il s'efforçait d'avancer en ligne droite. En cours de route, il avait cependant dû faire plus d'un détour pour éviter les patrouilles et les colonnes de soldats. Eue arrêté et interrogé ne lui disait rien, même s'il pensait qu'un vieil homme voyageant seul risquait assez peu d'éveiller les soupçons. Après tout, qu'auraient eu à redouter de lui les vaillants soldats de l'Ordre?

Mais il avait entendu dire que ces guerriers n'hésitaient jamais à torturer les

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gens, pour peu que l'envie leur en prenne. Les mauvais traitements incitant les prisonniers à avouer n'importe quoi pour qu'on cesse de s'acharner sur eux, les bourreaux s'en tiraient toujours avec l'agréable satisfaction du devoir accompli. Et quand leurs victimes citaient en plus le nom de complices imaginaires, c'était un pur bonus. A condition d'être assez déterminé et de ne reculer devant rien, un tortionnaire pouvait vivre avec l'illusion qu'aucun innocent ne lui passait jamais entre les mains.

Très curieusement, et dans tous les camps, la plupart des bourreaux adoraient avoir la conscience tranquille.

Entendant un craquement dans son dos, Friedrich se retourna et sonda le terrain.

Partout, des prédateurs nocturnes se préparaient à une longue nuit de traque. Les hiboux, les ratons laveurs, les opossums et les campagnols - entre autres -devenaient très actifs après le coucher du soleil.

Friedrich attendit un peu, mais il

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n'entendit ni ne vit rien de plus. Il reprit son chemin et accéléra le pas. Il avait dû s'agir d'un animal en quête de viande fraîche...

Un peu essoufflé, car cavaler ainsi n'était plus de son âge, Friedrich aurait volontiers bu un peu. Mais s'arrêter pour prendre sa gourde et l'ouvrir ne lui disait rien du tout.

Il se laissait emporter par son imagination, c'était évident En terre étrangère, dans une forêt inconnue, alors que la nuit tombait... D'habitude, il ne se laissait pas effrayer par de ridicules petits bruits. Ayant vécu des années avec Althea dans le foutu marécage, il en savait long sur les bêtes sauvages et les monstres. Il avait aussi appris à reconnaître les animaux qui menaient leur vie sans avoir même l'idée de s'en prendre aux humains. Si étrange que cela paraisse, c'étaient de loin les plus nombreux...

Peut-être, mais le vieux doreur n'avait plus la moindre envie de camper.

Il regarda par-dessus son épaule. Même

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s'il ne vit rien, il aurait juré qu'on le suivait et l'épiait.

Et cette idée le terrifiait.

Il tourna plusieurs fois la tête et ne repéra jamais rien d'inquiétant. À part peut-être un calme trop beau pour être vrai...

Allons, il devait mettre un frein à son imagination!

Le cœur battant b chamade, Friedrich accéléra encore le pas. S'il se dépêchait, il sortirait peut-être de la forêt avant de devoir camper. Une nouvelle fois, il regarda derrière lui.

Des yeux étaient rivés sur lui!

Bouleversé, il s'emmêla les pieds et s'étala de tout son long. En jurant comme un charretier, il se releva à demi et sonda la route.

Il y avait bien des yeux brillants, cette fois ce n'était pas son imagination. Deux yeux jaunes qui luisaient au milieu de la végétation. Un grognement retentit au moment où la bête sortit de sa cachette.

Deux fois plus grande qu'un loup, elle

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avançait lentement en reniflant le sol.

Elle suivait la piste d'une proie.

Comprenant qu'il s'agissait de lui, Friedrich tourna les talons et détala comme un lapin. Quand on avait si peur, l'âge ne comptait plus!

Jetant un coup d'œil derrière lui, le doreur vit que la bête fauve le poursuivait. Et elle n'était plus seule, car toute une meute sortait à présent de la forêt.

Friedrich courut, mais il n'était pas assez rapide. Quand la première bête lui sauta dessus, s'écrasant sur son dos, il bascula en avant et tomba une deuxième fois.

Alors qu'il se débattait pour échapper à l'animal, celui-ci planta les dents dans son sac à dos et l'éventra sans efforts.

Friedrich comprit que son corps subirait bientôt le même sort. Il vivait ses dernières secondes.

 

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