Désolations
Chapitre 15
I RENE ÉTAIT ÉTENDUE, éveillée, et elle paniquait. La douleur était devenue ingérable, ce qui voulait dire plus de sommeil, plus de pensées, plus de raison. Il fallait qu’elle se lève, elle ne pouvait pas rester allongée là.
Elle aurait voulu ingurgiter un autre Tramadol, mais elle en avait déjà pris quatre en moins d’une heure et elle craignait l’overdose. Elle erra dans la maison, fit les cent pas dans la petite cuisine, devant la cheminée jusqu’à la chambre, retour à la cuisine, la tête entre les mains, la serrant, implorant que tout s’arrête. Elle n’était pas croyante mais se retrouva à prononcer quelque chose qui ressemblait à une prière. Je vous en prie, supplia-t-elle.
Elle sortit dans le froid, sous un ciel nocturne sans nuages. Vêtue de son simple pyjama et de ses bottes. Elle espérait que le froid étoufferait la douleur, elle descendit l’allée jusqu’à la route, ses bottes crissant sur le gravier. Une soirée silencieuse, sans vent. Elle frissonnait.
Les arbres tout autour ressemblaient à un public, debout à l’attendre, à l’observer. Des sentinelles de l’ombre cachées dans la nuit sans lune. Elle ne s’était jamais habituée à cet endroit, ne s’y était jamais sentie chez elle. La forêt semblait maléfique, bien qu’elle la connût parfaitement, le nom de chaque arbre, de chaque buisson, de chaque fleur. Cela fonctionnait pendant la journée, de nommer les choses, mais la nuit, la forêt redevenait une présence, un ensemble animé, sans nom.
Irene fit volte-face et rentra à la hâte, le crissement de ses propres bottes semblant se rapprocher alors qu’elle gagnait en vitesse. Elle aperçut l’ombre furtive d’une chouette qui croisait son chemin plus loin, la longue descente en piqué, silencieuse. Un augure, de ceux qu’elle ne savait pas lire. Disparue entre les arbres. Sans un cri.
Elle se précipita à l’intérieur, elle ferma la porte et avança à tâtons dans le noir jusqu’au canapé devant la cheminée où elle s’étendit, épuisée. Cherchant désespérément le sommeil, les paupières lourdes, mais la douleur ne lui accordait aucun répit. Elle fut contrainte de se relever, de bouger. Rester immobile permettait à la douleur de se concentrer plus vite en elle.
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