Désolations

David Vann · Chapitre 6 sur 40

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Désolations

Chapitre 6

A U TOURNANT QUI MENAIT AU TERRAIN DE CAMPING de Lower Salmon River, Monique se tenait près d’un des igloos bleus en ciment qui abritaient jadis des magasins de souvenirs, avec l’air d’une auto-stoppeuse ou d’une bikeuse, peut-être. La culpabilité et la peur harcelaient déjà Jim. Il pensa un instant continuer sa route, mais elle était là à le regarder.

 

Sympa, la bagnole, dit-elle en sautant sur le siège passager. Il y a de la place pour douze personnes.

Ouais, c’est assez spacieux, dit Jim. Ce n’était qu’un Suburban Chevrolet et il ne savait pas trop si elle se moquait de lui. Comment ça se fait que tu te sois installée ici ? C’est à plus de vingt minutes de Soldotna.

Carl aime bien bouger, voir des endroits différents. Il a dans l’idée que plus il verra de choses, mieux ce sera.

Carl ?

Ouais, Carl.

C’est qui, Carl ?

C’est mon copain. On est venus ici ensemble.

Oh, dit Jim, comme si le monde venait soudain de s’effondrer.

Peu importe, dit Monique. C’est pas comme si on était mariés.

Non. Non, dit Jim. C’est vrai. C’est pas comme si tu étais mariée. Hé, c’est pas comme si j’étais marié, moi non plus.

Tu sors avec quelqu’un ?

Non, pas vraiment.

Hmm, fit Monique, et Jim se demanda si elle était déjà au courant, pour Rhoda. Il se souvint alors qu’il avait rencontré Monique par l’intermédiaire du frère de Rhoda, Mark. Monique avait déjà dû entendre parler de Rhoda, elle l’avait peut-être même rencontrée. Elles pourraient bientôt devenir bonnes amies, pour ce qu’il en savait.

Eh merde, dit Jim à voix haute.

Quoi ?

Oh, pardon. J’ai oublié un truc important à faire aujourd’hui.

Je déteste quand ça m’arrive.

Ouais. Jim se demanda comment passer les vingt prochaines minutes. Il s’était imaginé qu’ils flirteraient un moment, puis tomberaient dans les bras l’un de l’autre une fois chez lui.

Alors, d’où tu viens ? demanda-t-il.

De Washington D.C. Où rien n’est beau et où il n’y a pas de montagnes.

Et que font tes parents là-bas ? Il espérait avoir ainsi une idée de son âge.

Ma mère est une grosse légume au sein de l’AID.

Ah, dit Jim. Il ne pouvait pas simplement admettre qu’il ne savait pas ce qu’était l’AID. Un organisme quelconque, sans doute, ou un truc gouvernemental. Il ne lisait pas beaucoup les journaux.

Et qu’est-ce qu’elle y fait exactement ?

Elle s’occupe surtout de missions sanitaires. Elle a fait des études d’anthropologie médicale. Elle passe son temps à voyager dans des endroits où elle refuse de m’emmener, et elle revient toujours avec des chaussures ou des trucs comme ça. Ça nous arrive de voyager ensemble, parfois.

Et ton père ?

Il est mort.

Oh, je suis désolé.

C’est rien, vraiment. C’est pas grave. On est plus heureuses sans lui.

Ah, dit Jim.

Et toi, alors, chéri ? lui demanda-t-elle en imitant une actrice célèbre qu’il aurait dû connaître. Parle-moi de toi.

Mon père était dentiste, lui aussi.

Une belle et glorieuse tradition. Et ta mère ?

Elle ne travaillait pas.

Tu veux dire qu’elle élevait les enfants, s’occupait des tâches ménagères et des factures ?

Quel âge as-tu ? demanda Jim.

Je pourrais être ta grand-mère.

Jim éclata de rire. Elle est bonne, celle-là.

Ouais, dit-elle.

De son côté, Carl était de retour au camping, recroquevillé dans la tente pour se protéger de la pluie, et il écrivait des cartes postales. Il saluait ses amis à Washington, leur racontait comment il allait, comment allait Monique, puisqu’elle ne daignait pas écrire de cartes. Monique ne daignait pas non plus dormir sous la tente, apparemment. Elle avait trouvé une meilleure offre quelque part. Son mot annonçait juste : À demain. Cela le mit en rogne. Il aurait pu courir sous la pluie, arracher ses vêtements et hurler comme le roi Lear, mais personne n’était là pour le voir. Monique s’en serait moquée, elle n’aurait pas écouté. Au final, il se serait seulement retrouvé avec des vêtements déchiquetés et le corps trempé. La situation craignait vraiment.

C’était le genre de choses qui se produisaient sans arrêt depuis leur arrivée à Soldotna. Le premier jour, Carl et Monique avaient entendu dire qu’on péchait à la traîne aux hameçons triples sur la barre de gravier d’Homer et ils s’étaient précipités pour louer une voiture. C’était à l’époque où Carl avait encore de l’argent.

Monique trouvait Homer magnifique. Elle avait arpenté le port tandis que Carl préparait son équipement. À l’autre extrémité de la baie, les montagnes jaillissaient de la mer en une rangée discontinue, leurs sommets encore enneigés. Des vols de cormorans frôlaient la plage de sable noir, l’eau se parait de joyaux sous les rayons de fin d’après-midi et, en regardant vers la baie, la main en pare-soleil, Monique avait aperçu le jet d’une baleine à bosse gicler, doré et scintillant, et s’envoler dans le vent à la surface de l’eau. Je pourrais vivre dans un endroit pareil, avait-elle pensé. Puis elle avait avancé jusqu’aux docks, avait regardé les bateaux et rencontré un pêcheur aux yeux bleus et aux cheveux sombres qui lui avait parlé des crabes royaux, des flétans et de la douceur nocturne de la mer.

Carl était au courant de tout cela car Monique le lui avait raconté en détail, après coup. Elle était comme ça. Il ne lui venait jamais à l’esprit qu’elle pouvait marcher sur un terrain miné.

À des lieues du beau brun aux yeux bleus et de ses conneries sur la douceur de la mer, Carl s’était approché d’une barre de gravier partiellement recouverte d’eau trouble. Large d’une trentaine de mètres et trois fois plus longue, elle ressemblait à un étang saumâtre. Il y devinait de petites nappes irisées d’essence à la surface. Mais les saumons chinook y venaient quand même, accompagnant apparemment la marée haute.

La marée était spectaculaire le long de Cook Inlet, avec un courant aussi puissant que celui d’une rivière, et quand elle monta, aux alentours de 20 heures, elle monta vite. Carl était impressionné. Les saumons arrivaient en masse et la centaine de pêcheurs parmi lesquels il se trouvait avaient lancé dans toutes les directions d’énormes hameçons triples lestés et dépourvus d’appâts pour tenter d’accrocher au passage les poissons qui se précipitaient devant eux. Un hameçon se détachait souvent et volait à travers les rangées de pêcheurs pour aller s’enfoncer dans la barre de gravier derrière eux. C’était idiot et dangereux. Il n’était pas inhabituel de se faire hameçonner et déchiqueter, avait dit un des habitués à Carl avec un ricanement. Des enfants de dix ans agitaient leurs cannes à tout-va sans même regarder derrière eux, et des vieillards chancelant sous l’effet de l’alcool et des médicaments avaient leurs vestes et leurs chapeaux recouverts d’un amas d’hameçons et de fils entortillés. C’était ridicule et humiliant. Les saumons que l’on finissait par ferrer étaient lacérés et épuisés, déjà blessés par tous les hameçons précédents dont ils étaient parvenus à se libérer.

Carl écrivit une carte postale à la mère de Monique : Tout est magnifique, ici. Monique et moi profitons bien de l’Alaska, des paysages, des gens et de la pêche. Nous avons rencontré un pêcheur qui nous a parlé de crabes royaux et de flétans, tout ça après avoir vu des cormorans par vols entiers. Carl déchira la carte. La mère de Monique ne le trouvait pas assez vif. Elle le surnommait dans son dos Carl l’ahuri. Monique le lui avait dit. Carl se roula en boule dans la partie la plus sèche de son sac de couchage et essaya de trouver le sommeil.

Monique et Jim rencontraient eux aussi des problèmes en ce qui concernait l’organisation de la nuit à venir. Ils venaient de dîner d’un agréable repas de saumon, de riz sauvage et de vin blanc, terminé par une omelette norvégienne à l’allure quelque peu flapie mais plutôt délicieuse, selon Jim qui l’avait préparée lui-même. Yo-Yo-Ma interprétait un morceau sur la chaîne hi-fi et Jim imaginait une magnifique partie de jambes en l’air à venir. C’est alors que Monique lui demanda où elle dormirait cette nuit-là.

Quoi ? fit Jim.

Je suis un peu crevée, dit-elle. J’ai veillé tard hier soir, alors je me disais que je pourrais me coucher tôt après un si merveilleux dîner. C’était super, vraiment. Tu es un sacré chef. Elle leva son verre en son honneur.

Euh, fit-il. Hmm. Je pensais plutôt te ramener au camping dans la soirée. Jim paniquait. Rhoda dormait parfois chez ses parents après avoir dîné avec eux, mais ce n’était pas toujours le cas, c’était même assez rare.

Tu n’imagines quand même pas me ramener au camping au beau milieu de la nuit ?

Non, non, bien sûr que non. Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête.

C’est Rhoda ? Elle vient passer la nuit ici ?

Oui.

Tu ne vis pas seul ici, pas vrai ?

Non.

Et Rhoda a prévu de t’épouser, c’est ça ?

L’érection de Jim s’était évanouie. Il ferma les yeux et se massa les tempes.

Jim, dit Monique. C’est un peu mal planifié, ton truc, tu crois pas ?

Jim émit un léger gémissement et essaya d’y penser sans pour autant trop réfléchir.

Écoute, dit Monique. Un bon hôtel fera l’affaire. Je ne veux pas te causer de problème avec Rhoda.

C’est vrai ? demanda Jim, revigoré. T’es la meilleure.

Ça me gêne pas.

Jim l’emmena donc au King Salmon Hôtel, où il espérait ne pas connaître le réceptionniste qui serait en poste à cette heure-là. Mais après avoir attendu à l’accueil et avoir sonné, il vit apparaître l’une de ses patiente qui lança, le sourire aux lèvres, Bonjour, docteur Fenn.

Jim dut jeter un coup d’œil rapide à son badge.

Salut, Sarah.

Que puis-je faire poux vous ? Elle adressa un sourire à Monique.

Voici ma nièce, Monique, dit-il. Elle nous rend visite quelque temps mais on fait des travaux à la maison et on s’est dit qu’il valait mieux l’installer ici de façon temporaire, le temps que l’odeur des bâches et de la peinture s’estompe, vous voyez. Il plissa le nez pour illustrer l’odeur de peinture et Sarah fronça le sien en réponse.

Monique éclata de rire lorsqu’ils arrivèrent dans la chambre. Merci, mon Oncle.

Ne m’appelle pas Oncle.

Elle lui accorda alors un long baiser avant de le pousser dehors.

Tandis que sa mère s’efforçait de trouver le sommeil, Rhoda inspecta la cuisine en quête d’une idée pour le dîner. Des haricots en conserve, du maïs en conserve, de la purée en flocons dans un sachet. Ce serait bien assez simple. Elle mit la bouilloire en marche pour la purée, réchauffa le maïs au micro-ondes et versa la boîte de haricots dans une casserole. Quand la bouilloire s’éteignit, son père arriva au volant de son vieux pick-up F-150 déglingué. Personne dans la famille ne conduisait de voiture digne de ce nom.

Son père avança jusqu’à mi-chemin de la maison, il s’arrêta et regarda autour de lui. Les arbres, la montagne, les ramures décorant le toit, les parterres de fleurs. Il faisait toujours ça. Elle l’avait toujours vu faire, d’aussi loin que remontaient ses souvenirs. Elle ne savait pas à quoi cela rimait.

Salut Papa, dit-elle quand il entra enfin. Tu regardais les arbres ?

Quoi ?

Tu t’arrêtes toujours pour regarder autour de toi avant d’entrer dans la maison, ou dans n’importe quel bâtiment, d’ailleurs, ou avant de monter dans une voiture ou un bateau. C’est quoi, cette manie ?

Comment ça ? demanda-t-il. J’en sais rien.

Tu vas avoir des ennuis avec Maman.

Quoi ?

Tu l’as laissée seule toute la journée. Elle a des envies de meurtres.

Je lui ai demandé si elle voulait que je l’emmène voir un médecin, dit-il.

Je sais.

Tu sais ?

Elle me l’a dit. J’ai pris ton parti. Et j’ai fait venir un docteur, Bishop. D’après lui, elle a une sinusite et elle doit aller faire une radio demain matin.

OK, dit son père.

OK ? Je m’inquiète pour elle, Papa. Elle a l’air vraiment malade. La douleur la rend folle.

Ah, dit-il, puis il longea le couloir jusqu’à la porte qu’il entrouvrit doucement. Il entendait la respiration rauque d’Irene, sa gorge obstruée. Il referma la porte avec précaution et fit le tour du lit dans le noir, s’allongea derrière sa femme et passa son bras autour d’elle.

Hmm, fit-elle en se blottissant contre lui, un geste si naturel et si simple. Il ferma les yeux, cherchant à s’accrocher à cela, à cet instant de plus en plus rare entre eux. Un réconfort élémentaire, eux deux, le besoin qu’ils avaient l’un de l’autre. Pourquoi n’était-ce pas suffisant ?

Son attirance pour Irene avait été instantanée. Il était doctorant médiéviste à Berkeley, mais il était distancé et il le savait. Il ne pouvait pas tenir le rythme des autres étudiants. Il se débrouillait sur les œuvres principales mais faiblissait sur les textes secondaires, les épopées, les registres, les almanachs, les journaux en moyen anglais. Les documents religieux en moyen anglais, en vieil anglais et en latin. Tous les ouvrages critiques, les analyses et les articles récents. C’était trop pour lui. Il n’avait jamais appris le français ni le vieux français, ce qui posait un gros problème.

Un ami de son programme lui avait présenté Irene lors d’un dîner à plusieurs dans un petit restaurant. Elle avait de longs cheveux blonds, les yeux bleus. Elle ressemblait à un personnage tout droit sorti d’une saga islandaise. Elle ne s’exprimait pas dans un jargon universitaire. Institutrice de maternelle, elle travaillait dans le milieu de l’éducation sans être intimidante. Il sentait qu’il pouvait enfin respirer. Elle était sans danger.

Gary tint Irene dans ses bras et essaya de se rappeler l’époque de leurs vingt-quatre ans, essaya de ressentir ce qu’il avait ressenti alors, mais c’était bien trop lointain. Irene gémit encore, s’éloigna de lui et tenta de se racler la gorge, puis elle rejeta brutalement les couvertures.

Je n’arrive pas à avaler, dit-elle. Je ne peux déjà plus respirer, et voilà que je ne peux plus déglutir. Comment est-ce que je suis censée aspirer de l’air ?

Elle marcha jusqu’à la salle de bains et Gary s’assit sur le lit. Je peux faire quelque chose ?

Fais en sorte que ça s’arrête, dit-elle. Je ne peux plus respirer. Je ne peux plus dormir. La douleur ne disparaît pas. Et maintenant j’ai des vertiges. Le Vicodin. Elle se fit un gargarisme, essaya de se racler la gorge une fois encore.

Viens te recoucher.

Je suis en train de me noyer, dit-elle. Peut-être qu’un peu de nourriture m’aidera. Et du thé.

Elle s’habilla et ils allèrent à la cuisine. Rhoda avait installé le repas sur la table et préparé une tasse de thé.

Merci, dit Irene avant d’embrasser Rhoda sur le front. Gary chiffonna un journal devant la cheminée, fit un tas de petit bois, y ajouta quelques morceaux plus épais et une bûche, puis il alluma le feu sur les bords et l’éventa jusqu’à ce que de belles flammes jaillissent.

Irene se mit à pleurer. Elle essayait de manger de la purée et des haricots lorsqu’elle éclata en sanglots.

Maman, dit Rhoda.

Irene, fit Gary, et ils s’installèrent chacun à côté d’elle pour l’enlacer.

Ça fait vraiment mal, dit-elle. Ça ne s’arrête jamais. Mais elle savait qu’elle ne pleurait pas seulement de douleur. Elle avait enfin une excuse pour pleurer sans se cacher, et il lui était impossible de s’arrêter. Ses sanglots avaient du volume et de la profondeur, ils occupaient un espace physique en elle, comme une voûte, la sculpture vide d’un tout. Gary s’apprêtait à la quitter après trente ans passés dans cet endroit glacial et impitoyable. Elle ne savait pas comment empêcher cela, comment ralentir l’engrenage de toutes ces années, comment lui faire ouvrir les yeux.

Quand Jim revint de l’hôtel où il avait déposé Monique, Rhoda était déjà rentrée. Devant l’évier, elle lavait la vaisselle du dîner.

Hé, dit-elle. Tu as mis les petits plats dans les grands. Comment se fait-il que j’aie jamais droit à une omelette norvégienne, moi ? Elle souriait. Cherchait à faire la paix. Et elle était jolie, aux yeux de Jim. Il l’attira contre lui et l’embrassa.

Hé, attends. Laisse-moi d’abord me rincer les mains.

Jim enlevait déjà le jean de Rhoda, juste là, devant l’évier.

J’en conclus que la rencontre s’est bien passée ? demanda Rhoda, dont la voix s’était faite plus grave.

Jim s’agenouilla devant elle sur le sol de la cuisine.

Peu importe, murmura-t-elle.

Ensuite, ils jouèrent au Yahtzee sur la table de la cuisine. Rhoda fit un yahtzee de un. Elle jubila et il grogna. Au tour suivant, elle fit un autre yahtzee de un en seulement deux jets de dés.

Ouh là, dit Jim. Les dieux sont de sortie, ce soir.

Il fit un lancer merdique, tout sauf un trois, se rabattit sur les deux, en eut un deuxième mais rien de plus.

Très bien, dit-il. C’est alors que Rhoda fit un troisième yahtzee, avec les un, une fois encore.

Ah ! s’écrièrent-ils ensemble. Rhoda porta les mains à sa bouche et commença à bondir sur sa chaise. Jim cria, sérieusement effrayé. Ils se levèrent tous deux et se mirent à courir à travers la pièce en époussetant instinctivement leurs vêtements et en frissonnant, comme si la chance s’accrochait encore à eux de ses minuscules mains semblables à des ailes de chauve-souris.

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