La mort de l'innocence: Thriller (Trilogie Sarski - Volume 1) (La trilogie Sarski) (French Edition)

Chapitre 33

 

 

Quand Johann arriva au siège de la PM, rue de Chambière, Franchet l’attendait de pied ferme en compagnie du directeur. Il tapotait du bout des doigts sur le bureau de ce dernier, et se leva avec un peu trop d’impatience quand il vit Johann remonter le couloir, escorté par un agent.

-Ah, c’est pas trop tôt ! lança-t-il en écartant les bras d’un geste ample et inutilement grandiloquent.

Johann le fusilla du regard tout en serrant la main du directeur de la municipale.

Gros, chauve et proche de la retraite, l’homme avait la réputation d’être un fonctionnaire tatillon qui veillait sur son périmètre d’action comme un chien sur un os. Johann l’avait rencontré à deux ou trois occasions, et l’avait à chaque fois trouvé exaspérant d’arrogance. Ses agents venaient de recueillir la dernière victime en date d’un prédateur sexuel activement recherché ; qu’ils contribuent encore à identifier le tueur de Molvange et le type ne toucherait plus terre.

-Qu’est-ce que vous avez ? demanda Johann.

-Regarde ça, répondit Franchet en étalant plusieurs feuilles sur le bureau.

Extrait de casier judiciaire, procès-verbaux d’interpellations, signalements divers… En haut de la première page trônait la photo d’un homme au visage juvénile. Barbe de trois jours, cheveux noirs en bataille, nez camus, yeux caves et pupilles en tête d’épingle typiques d’un accro à l’héroïne. Un chèche enroulé autour du cou complétait le tableau. En détaillant le portrait, Johann ressentit une impression de déjà-vu, comme s’il avait croisé le punk à chien par le passé, ailleurs que sur la vidéo du bureau de tabac.

C’est juste que t’en as vu des dizaines comme lui, du temps de la patrouille.

-Hugo Kelmès, vingt-six ans, sans domicile fixe, décrivit Franchet. Un habitué de nos services. Détention et vente de stupéfiants, coups et blessures, vol à l’arraché, la panoplie classique. Et le summum…

Il pointa du doigt une ligne stabilotée en jaune parmi les nombreux faits d’armes du marginal.

-En 2015, vol avec effraction.

-Qu’est-ce que ça a de spécial ?

-Avec deux complices, deux Roumains de passage si j’ai tout compris, il est entré dans l’ouvrage du Hackenberg, à Veckring. Ils ont forcé une issue située à l’opposé du circuit de visite et se sont installés à l’intérieur. Pendant trois jours, ils ont fait cramer des kilomètres de vieux câbles pour récupérer le cuivre. Quand ils en ont eu assez, les Romanos se sont fait la malle avec la ferraille en laissant ce pauvre Kelmès sur place, complètement shooté à l’héro. Quand il est redescendu de son trip, ce con a totalement vrillé et s’est mis à errer dans les galeries à la lumière de son briquet. Il a fini par être repéré par une caméra, et les flics sont venus le cueillir.

Comme tout le monde dans la région, Johann connaissait le Hackenberg, le plus gros ouvrage visitable de la Ligne Maginot. Trois fois plus grand que celui de Molvange, et si vaste qu’une partie de la visite se faisait à bord du train électrique qui servait initialement à transporter les munitions de l’entrée jusqu’aux blocs de combat. Cette particularité avait inspiré aux gérants du site un slogan que Johann avait toujours trouvé parfaitement ridicule : « Visitez la Ligne Maginot en métro ! ».

-On a donc un mec qui menace notre victime de mort deux jours avant qu’elle ne meure effectivement, et qui en plus connaît ces foutus bunkers souterrains. C’est notre homme, Sarski, j’en suis convaincu.

-Et on va tout faire pour le localiser, intervint pour la première fois le directeur de la PM, soucieux de ne pas être en reste. Mes services le connaissent bien, ce lascar. Il traîne toujours aux mêmes endroits. C’est une question de jours, voire d’heures, avant qu’on ne lui mette la main dessus.

-S’il ne s’est pas envolé, évidemment, répliqua Johann. C’est ce qu’on est en droit d’attendre de quelqu’un qui commet un crime pareil, pas vrai ?

Franchet lui lança un regard digne d’un gamin à qui on aurait annoncé, le vingt-trois décembre, que Noël était reporté au mois d’août.

-C’est un camé et un dealer qui a ses attaches ici, ses fournisseurs et ses clients. Je suis persuadé qu’il est toujours dans le coin.

C’est ton instinct de super flic qui te dit ça, ou juste ton flair inné pour la solution de facilité ?

-D’ailleurs, poursuivit Franchet d’un air supérieur, le directeur Monnier m’a proposé d’accompagner ses agents chargés de retrouver Kelmès.

Il jeta un coup d’œil complice au directeur. Ces deux-là allaient décidément bien ensemble, le fonctionnaire carriériste et le gendarme imbu de sa personne. Deux hommes qui avaient depuis longtemps dépassé leur seuil d’incompétence.

Ne sachant trop quoi ajouter, Johann acquiesça en silence et quitta les locaux de la PM. Il ouvrit en grand les vitres de sa voiture pour tenter d’en chasser l’air chauffé à blanc et prit la direction de la Boîte. Il mit en route son iPod en mode aléatoire pour chasser la mauvaise humeur qu’il sentait monter en lui. La guitare sèche de Tired of being sorry emplit l’habitacle.

Encore un truc qui me correspond bien…

Il adressa un clin d’œil complice à l’iPod bleu électrique et se fit la réflexion qu’il ressemblait à un cimetière rempli de souvenirs. Pratiquement aucune des musiques qui s’y trouvaient n’était sortie après 2008, et presque toutes lui rappelaient quelque chose. Un moment, une émotion… Il se souvenait du morceau qu’il écoutait en fumant sa première cigarette, des chansons qui passaient en boîte quand il avait pris sa première cuite, des notes qui avaient accompagné sa première fois avec Tania…

La vérité était toute simple : son baladeur était un gros carton de madeleines de Proust qu’il avalait encore et encore jusqu’à la nausée, dans une pulsion parfaitement masochiste de nourrir et d’entretenir sa nostalgie. Certaines chansons lui rappelaient une époque où il était heureux et insouciant, d’autres des moments de tristesse après sa rupture avec Tania, quand il tentait en vain de comprendre et de recoller les morceaux. Mais toutes le ramenaient surtout à une période bénie de sa vie où ses amis étaient à ses côtés. Et où la mort n’avait pas encore dressé une barrière définitive entre lui et la fille dont il était amoureux.

Il émergea de sa rêverie au moment où il se garait sur le parking de la Boîte et regarda autour de lui d’un air surpris. Il aurait été incapable de dire s’il s’était arrêté à un feu rouge ou même quel chemin il avait emprunté.

Au moins, ça marche, la musique. T’as arrêté de penser…

Ce simple constat suffit à remettre son cerveau en marche. Tandis qu’il montait les escaliers à la peinture défraîchie et aux marches patinées par les milliers de semelles qui les avaient arpentées, il se dit que, décidément, sa journée se résumait pour le moment à du temps perdu. Diprowsky et Morella ne lui avaient rien apporté de neuf, à part d’autres questions sans réponses. Quant à la piste du punk à chien, c’était un bide en puissance, malgré les certitudes de Franchet. En 2008, Kelmès avait seize ans. Impossible d’imaginer un gamin de cet âge commettre un quintuple meurtre et s’en tirer.

Au moment où il arrivait dans l’open-space, Ish était en train de déposer des papiers sur son bureau. Son collègue l’aperçut et se dirigea vers lui, jetant au passage un œil dans le couloir pour voir si Johann était accompagné.

-T’as encore semé ton coéquipier ? Il a appelé tout à l’heure pour annoncer que vous étiez à la PM avec, je cite, « des informations de premier ordre ».

-On fait voitures séparées… Il part en maraude avec les municipaux, à la recherche d’un punk à chien qu’il considère comme son seul et unique suspect.

Johann résuma brièvement ce qu’ils avaient découvert un peu plus tôt sur les vidéos du bureau de tabac.

-Et toi tu n’y crois pas, c’est ça ?

-Absolument pas. J’ai beau tourner ça dans tous les sens, je suis incapable d’imaginer un sans-abri toxico commettre un crime aussi élaboré. D’autant plus que, sur les vidéos, on le voit partir vers la place Saint-Jacques tandis qu’Hélène Marck, elle, se dirige dans la direction opposée. Il ne l’a pas suivie et il n’avait aucun moyen de connaître son identité ou son adresse.

-Et Franchet est quand même persuadé que c’est lui qui a fait le coup ? s’étonna Ish.

Johann lui adressa un clin d’œil.

-Tu n’as pas vraiment essayé de le dissuader, c’est ça ?

-Eh, il est lieutenant de police judiciaire, non ? Il est censé être assez malin pour penser à ça tout seul. Fischer nous a mis tous les deux à la tête de l’enquête, il ne nous a pas demandé de ne suivre qu’une piste à la fois. Que Franchet s’occupe de la sienne… Pendant ce temps, moi, je peux bosser tranquille.

-En parlant de bosser, j’ai étudié de près les relations professionnelles d’Hélène Marck.

-Et ?

-Rien à signaler. J’ai passé au fichier les patrons de toutes les boîtes dont elle gère les comptes, mais aucun n’a d’antécédents particuliers. Rien non plus dans ses mails. Quelques échanges un poil tendus avec des gérants d’entreprises en difficulté, mais ça s’arrête là. Rien qui puisse constituer un mobile.

Toujours la même question qui revient...

Johann s’assit à son bureau, la tête dans les mains, et entreprit de réfléchir à la question. Il était parfaitement conscient que, dans la plupart des affaires de meurtre, trouver le mobile revenait à identifier l’assassin. La vraie vie ne réserve la plupart du temps pas de surprise aux enquêteurs, pas de rebondissement digne d’un roman policier où le meurtrier s’avère être une personne insoupçonnable animée par des motivations complexes. Dans le monde réel, presque tous les meurtres ont pour mobile l’argent ou le sexe ; l’associé floué ou le conjoint trompé constituent le plus souvent des suspects évidents, et des coupables tout aussi naturels.

Mais cette affaire était différente. Quelle obscure motivation avait bien pu pousser quelqu’un à assassiner cinq adolescents puis à patienter durant une décennie avant de tuer à nouveau ? Et quel sombre lien expliquait que ses amis et Hélène Marck aient été la cible du même meurtrier ?

S’il répondait à ces deux questions, il serait tout proche de résoudre l’affaire, il en était persuadé. Mais pour l’instant, il était aussi près d’y parvenir que de serrer à nouveau Tania dans ses bras.

Son téléphone fixe sonna, le tirant de ses pensées. L’écran affichait un numéro interne. Il reconnut celui de Ludovic Getto, le technicien spécialisé en informatique.

-Johann, tu peux descendre me rejoindre à la cave ?

Les TIC avaient leurs bureaux et leur laboratoire au sous-sol du bâtiment. Ils se plaignaient souvent de ne pas beaucoup voir la lumière du jour, et un déménagement de leur service était régulièrement évoqué puis repoussé faute de budget.

-J’ai réussi à entrer dans l’ordinateur d’Hélène Marck. Y’a deux ou trois trucs que tu dois voir.

-Le temps de prendre mon matériel de spéléo et j’arrive.

Johann attrapa son paquet de clopes et se dirigea vers l’ascenseur. Il y avait une bouche d’aération bien pratique au sous-sol qui permettait aux TIC d’en griller une sans avoir à sortir, et il comptait en profiter avant de remonter.

Arrivé au niveau -1, il remonta un long couloir éclairé par des néons blafards et pénétra dans l’antre des Experts. Antre était vraiment le mot qui convenait ; il y faisait sombre et l’air était chargé d’un complexe mélange d’odeurs de produits chimiques, de plastique chaud et de transpiration.

Johann dépassa une paillasse sur laquelle deux flics en blouses blanches étaient en train d’analyser une substance qui ressemblait à de l’huile de vidange – son odorat lui confirma au passage que c’en était effectivement – et gagna l’aile réservée aux geeks du service.

Ludovic Getto trônait à son bureau au milieu d’un fatras d’ordinateurs, d’écrans et de disques durs, sa tête garnie d’une épaisse tignasse noire dépassant à peine derrière ses trois moniteurs de trente pouces.

-Ah, te voilà, lança-t-il en apercevant Johann. J’ai eu peur que tu te sois perdu dans les dédales de nos souterrains.

-Je me suis simplement arrêté en chemin pour admirer quelques peintures rupestres. Qu’est-ce que tu as ?

Getto se leva et désigna du doigt un ordinateur portable posé sur une table. Il avait dû repousser un enchevêtrement de composants informatiques pour lui faire une place.

-Première chose intéressante, ce PC est un vrai coffre-fort. J’ai rarement vu un ordinateur personnel aussi bien protégé, ce qui explique que j’ai mis un peu plus de temps que prévu à y pénétrer. Je t’épargne le jargon technique, mais l’accès nécessite une double authentification. D’abord, tu tapes le mot de passe, puis tu reçois une demande de validation sur ton smartphone, que tu approuves avec ton empreinte digitale.

Joignant le geste à la parole, le geek démarra l’ordinateur et tapa le mot de passe demandé par l’écran d’accueil. Au lieu d’arriver sur le portable d’Hélène Marck, qui avait de toute façon brûlé avec ses affaires de jogging, la demande de confirmation bipa sur son propre téléphone. Il valida le mot de passe en appliquant son pouce sur le lecteur d’empreinte et l’écran de verrouillage laissa place au bureau de l’ordinateur.

Getto regarda Johann d’un air pas peu fier, et celui-ci se retint de lui dire qu’il aurait pu contourner la sécurité de l’ordinateur en moins de deux heures, puisqu’il utilisait exactement le même protocole pour son propre PC. Il évitait en général d’étaler ses capacités en matière d’informatique, considérant que ce genre de talent était plus utile s’il restait discret. Ainsi, personne ne risquait de le soupçonner si des informations utiles à une enquête tombaient du ciel en provenance d’une « source anonyme ».

-Deuxième chose, reprit Getto, je suis allé faire un tour dans les mails personnels de la victime et sur sa page Facebook. Rien de spécial côté mails, excepté le fait que cette nana était une vraie fondue de yoga et de cures détox. Par contre, il y a des choses intéressantes dans sa messagerie Facebook.

Il ouvrit une page web et accéda en quelques clics aux messages privés. Son ordinateur était certes sécurisé, mais Hélène Marck avait dû considérer qu’il était inutile d’en faire autant avec son compte Facebook. Le mot de passe était enregistré et la connexion se fit automatiquement.

-J’ai parcouru les différentes discussions, reprit Getto, et je suis tombé sur une conversation plutôt tendue avec un certain Anthony Hirsch, qui a l’air d’être son mec.

Il cliqua sur le fil de discussion en question. La photo de profil de Hirsch apparut. Il affichait un air charmeur et sûr de lui, renforcé par sa coupe gominée et son bronzage impeccable.

-C’est bien son mec, confirma Johann. C’est lui qui a signalé sa disparition.

-Vu la teneur de leurs derniers échanges, répondit le geek, je crois qu’il vaudrait mieux parler d’ex-petit ami. Ils se sont frittés toute la semaine dernière, et elle a fini par l’envoyer chier. Tiens, regarde. La partie intéressante commence mardi dernier.

Il s’écarta pour laisser Johann s’installer face à l’ordinateur. Celui-ci remonta le fil de la conversation jusqu’au 26 juin et commença à lire. Tout partait d’une demande d’explication à propos du montant d’un virement qu’avait fait Hirsch à Hélène Marck. Elle s’étonnait de la faiblesse de la somme compte tenu du « volume important de clients apportés le mois dernier ». Hirsch se défendait en invoquant des délais, des frais supplémentaires… et Hélène Marck finissait par le traiter d’escroc et lui demandait « d’aller se faire foutre ».

Cette partie de la conversation s’étendait jusqu’au jeudi ; Hirsch y avait mis fin en s’abstenant de répondre. Le vendredi matin, il avait renvoyé un message pour se confondre en excuses et supplier Hélène d’accepter de le voir afin qu’il puisse « tout lui expliquer ». Pas de réponse jusqu’en fin d’après-midi, où la jeune femme lui opposait une fin de non-recevoir, le priait de déposer les clés de son appartement dans sa boîte aux lettres et terminait en précisant que tout était fini entre eux, « à tous les niveaux ».

-Ok, ce n’était donc pas une simple engueulade comme Hirsch l’a prétendu, dit Johann quand il eut achevé sa lecture. C’est normal que je pige que dalle à la raison de leur prise de tête ?

-Ça vient, ne t’en fais pas. C’est la troisième chose intéressante que j’ai trouvée.

Getto reprit la souris et ouvrit un dossier appelé « Pro_extra ». À l’intérieur, une multitude de sous-dossiers, tous nommés d’après ce qui semblait être des noms d’entreprises. Le technicien en ouvrit un au hasard. Il contenait des fichiers PDF – des copies d’échanges de mails – et des feuilles Excel qui répondaient à des noms doux comme Tableau d’amortissement ou Calcul TAEG.

-Je te fais la version courte. Si j’ai bien compris ce qu’il y a là-dedans, Hélène Marck réorientait des dossiers de prêts refusés par sa banque vers son petit ami, qui est courtier. Celui-ci se chargeait alors de trouver des crédits aux entreprises éconduites, moyennant une commission qu’il partageait ensuite avec elle. Visiblement, leur dispute vient du fait que le dernier virement effectué par Hirsch lui paraissait un peu faiblard, compte tenu du nombre de clients qu’elle lui avait envoyé.

-C’est lucratif, ce genre de magouilles ?

-Si j’en crois le nombre de dossiers et le montant des commissions, plutôt, oui.

-Étonnant qu’on n’en ait trouvé aucune trace sur ses relevés bancaires. Elle devait avoir un compte à part pour ses bakchiches. Sans être spécialiste en la matière, ça ne me semble pas vraiment illégal, ceci dit.

-Peut-être pas si elle s’était contentée de réorienter des clients à qui on a légitimement refusé un prêt. Mais, d’après les échanges de mails, j’ai l’impression qu’elle prenait l’initiative de rejeter elle-même certaines demandes sans en référer à quiconque, y compris à des boîtes dont la situation me paraît saine. Évidemment, je ne suis pas un spécialiste non plus, il faudra filer ça à un expert de la délinquance financière pour en avoir le cœur net.

-Si je résume : il la roule sur les commissions, elle l’envoie paître… et il la tue dans la foulée ? Ça a du sens, pour toi ?

-Eh, je ne suis que le mec qui craque les ordis, mon grand. Je ne suis pas payé pour comprendre le pourquoi du comment, ça c’est ton job. Mais si tu veux mon avis, le voilà : oui, j’ai l’impression que ça a du sens. Dès qu’il y a du pognon en jeu, ça en a toujours.

Johann médita ces sages paroles tandis qu’il regagnait l’ascenseur. Getto avait raison, bien entendu.

Dès que l’argent entre en scène, le mobile n’est jamais loin. Ajoutez-y des sentiments et du sexe, et vous obtenez le cocktail parfait…

S’il s’était agi de n’importe quelle autre affaire, il aurait sauté au plafond, car les éléments que Getto venait de découvrir désignaient Hirsch comme le suspect idéal. Il l’aurait convoqué immédiatement pour le cuisiner, tout en passant sa vie au crible pour trouver une preuve directe de sa culpabilité.

Mais dans cette affaire-ci, il restait un élément essentiel à éclaircir : si Hirsch avait bien tué Hélène Marck, pourquoi s’en était-il pris à ses amis dix ans plus tôt ? Sauf à admettre que les deux affaires de Molvange n’étaient pas liées – ce à quoi il n’était pas absolument pas prêt –, il était encore un peu tôt pour se fendre d’une danse de la joie.

En sortant de l’ascenseur au troisième étage, une pensée lui remonta toutefois le moral.

Mon courtier véreux fait un bien meilleur suspect que le clodo de Franchet.

-Les enfants, lança-t-il à la cantonade en arrivant dans l’open-space, on braque les projecteurs sur monsieur Hirsch !

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