L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 3 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

Cheveux en pagailles

... A9

 

 

Cheveux en pagailles :

Haleine fraîche :

Parfum :

Paraître détendu : y’a encore du boulot !

– Lundi – 15h01 – bahut de Barnstaple –

La sonnerie annonçant la fin des cours vient de retentir dans l’enceinte

du lycée. Adossé contre la carrosserie de ma voiture, j’attends que ma petite

beauté se pointe. Je bats la mesure contre mon jeans en luttant contre une

furieuse envie d’en griller une. Vu que l’odeur du tabac lui pose problème,

j’ai plutôt intérêt à trouver un autre moyen pour gérer mon stress.

Je crois que jamais une nana ne m’a mis dans un tel état ! En fait, c’est

même sûr !

J’ai attendu ce moment dès l’instant où je l’ai déposé devant chez elle

samedi après-midi. Dimanche, on a échangé quelques messages, mais si

Snow n’est pas loquace lorsque je la vois en chair en os, c’est encore pire

quand je lui parle virtuellement.

Je sais qu’elle a passé la plus grande partie de son dimanche à lire son

nouveau livre. J’ai appris qu’elle le trouvait passionnant, mais je n’ai pas eu

beaucoup plus de détails sur le déroulement de sa journée.

Elle m’a confirmé que je pouvais venir la chercher à la sortie des cours,

c’est à peu près tout ce que j’ai obtenu d’elle au cours des dernières heures.

Je lui ai envoyé un SMS ce matin pour lui souhaiter une bonne journée, il

est resté sans réponse.

Je continue à tapoter sur mon froc en me repassant un air sur lequel j’ai

travaillé hier histoire de me focaliser sur autre chose que sur tous ces

lycéens qui sortent au compte-gouttes, mais rien n’est moins simple. Bien

évidemment, je croise les demoiselles qui me dévorent des yeux.

Cependant, cet après-midi, je ne leur rends pas le même intérêt.

La première à arriver est ma sœur, Dary. Elle est surprise de me trouver

là.

J’aurais omis de lui dire que je passerais les prendre ?

Je hausse les épaules.

Probablement…

– J’imagine que tes journées sont si remplies que tu ne dois plus savoir

où tu en es, mais on est lundi, Haze, se moque-t-elle en arrivant à ma

hauteur.

– Je sais quel jour on est ! Monte et lâche-moi, s’te plaît !

Elle fait le tour de la voiture, s’apprête à s’installer du côté passager. Ma

main rencontre le toit de ma caisse.

– Dégage à l’arrière !

– Mais qu’est-ce qui t’arrive, aujourd’hui ? C’est pas la peine de faire le

déplacer si t’es con, Hazel !

– Sauf que c’est pas pour toi que je suis là !

– Quoi ?

Son regard m’abandonne pour se fixer devant moi. Je tourne la tête et

découvre que Snow vient de s’arrêter à deux pas de moi.

– Hé ! Salut !

– Bonjour, Hazel !

Comme d’habitude, elle joue avec son livre.

– Ça a été tes cours ?

Elle fait une drôle de moue.

– Je n’aime pas le lundi !

– Pourquoi ça ?

– J’ai français et espagnol et j’ai du mal avec les langues étrangères.

– Oh… j’étais pas mauvais avec les langues…

J’entends glousser dans mon dos.

– Tu as dit « avec les langues » ou « avec la langue » ? J’ai pas

bien compris…

Je balance une œillade incendiaire à ma sœur.

– Tu vas rentrer en bus, toi ! dis-je les dents serrées.

Cette chieuse se marre avant de se glisser sur la banquette arrière. Je

m’intéresse à Snow.

– Si je peux t’aider pour les cours, n’hésite pas…

– D’accord !

– Suis-moi, l’invité-je alors.

Elle s’exécute. Je fais le tour de ma caisse et lui ouvre la portière.

– Mademoiselle…

Elle monte. Lorsque je reviens de mon côté, je vois la bande de

gonzesses en chaleur regarder dans notre direction, l’air médusé.

Je leur fais un signe de la main.

– À demain, les meufs !

Une fois derrière le volant, je balance un petit coup d’œil à ma voisine.

– T’es prête ?

Elle acquiesce.

– On se débarrasse de la passagère clandestine à l’arrière et je te ramène

chez toi.

– Oh, ferme-la, Haze !

Je démarre tandis que Snow fronce les yeux.

– La passagère clandestine ?

– Dary ! Je la jette vite fait devant chez moi…

– J’ai beaucoup de mal à te comprendre…

– Pardon… je vais faire plus léger… je dépose ma sœur et je te ramène

chez toi après, ça te convient ?

– Oui !

Mais un silence gêné s’instaure entre nous et je pense que la présence de

ma sœur n’y est pas pour rien.

– Vous avez eu cours de maths ensemble aujourd’hui ?

– Oui !

– D’ailleurs, j’ai rien compris à ce qu’il nous a raconté sur les fonctions

exponentielles ! Je suis larguée total ! se lamente Dary.

– C’est assez simple….

– Forcément, t’es la première de la classe…

– Sérieux ?! T’es une tête, Blanche-Neige ?

À la grimace qu’elle me sort, je suppose qu’elle n’a rien pigé à ce que

j’entends par là…

– Tu es douée à l’école ?

– Les maths, les sciences et l’histoire-géo, ça va, mais l’anglais et les

cours de langues, j’ai plus de difficultés.

– Un peu l’inverse de Dary ! Finalement, vous pourriez vous compléter

si vous bossiez ensemble !

Je lance un coup d’œil dans le rétro et, à la tronche de ma sœur, je devine

que ma tentative de les rapprocher ne trouve pas tellement grâce à ses yeux. Je l’ignore et poursuis :

– Tu vois, Snow, c’est ce qu’on appelle un échange de bon procédé. Toi,

tu files un coup de main à Dary dans les matières où tu es la plus forte. Elle,

de son côté, elle peut te venir en aide pour l’anglais, le français et

l’espagnol…

– Je comprends le principe, mais je ne crois pas que ce soit une bonne

idée.

Ma sœur se redresse.

– Et pourquoi ?

Mais c’est un vrai pitbull, celle-là !

– Parce que tu n’as pas envie d’être avec moi !

Hahaha !

Je me marre en moi-même ! Pour une fois que je ne suis pas celui qui se

prend sa franchise comme un foutu Ice Bucket Challenge qu’on n’aurait pas

réellement eu envie de relever.

– Tu ne veux être avec personne…

Elle est observatrice, ma beauté…

– C’est parce que ton père est mort ?

Euh… bon là, je rigole beaucoup moins…

Qu’elle aborde ce sujet avec moi ne me gêne pas plus que ça, mais ce

n’est pas le cas de Bloody Dary.

– Dary ! interviens-je sans attendre en lui jetant un regard implorant

dans le rétro.

Si j’en crois l’expression furibarde de ma sœur, elle n’est pas loin

d’exploser. Cependant, elle entend ma supplique et se ravise.

– Ouais, baragouine-t-elle en s’enfonçant dans son siège. Ça doit être à

cause de ça.

– Le besoin de solitude est normal lorsqu’on est en deuil, j’ai lu ça dans

un livre de psychologie. Je crois que tu es dans la phase de déstructuration.

– La phase de quoi ?

– Il y a quatre grandes phases dans le deuil : la phase de sidération, celle

de la fuite puis de déstructuration et enfin la phase de reconstruction.

– Et qu’est-ce qui se passe dans la phase de déstructuration ?

– La personne en deuil comprend que le disparu ne reviendra pas, mais

n’arrive pas à l’accepter. Cette étape est la plus douloureuse. Les émotions

comme la peur, la colère, la solitude ou la culpabilité sont décuplées. Mais

si tu crois que ça ne passera jamais, tu te trompes. Il n’y a pas trois phases,

mais quatre. Tu finiras par atteindre celle de la reconstruction.

– T’es psy ou quoi ?

– Non ! J’ai seulement lu un livre sur le deuil…

– Ouais, bah, c’est bizarre d’avoir ce genre de lecture !

Un long silence faite suite au petit échange entre les deux occupantes de

ma voiture. Honnêtement, je ne vois pas bien comment je pourrais relancer

le dialogue entre elles après ça. Snow regarde fixement par la vitre tandis

que Dary boude dans son coin.

Je suis soulagé lorsque je m’engage dans ma rue. Dary aussi, si j’en crois

la vitesse à laquelle elle saute à l’extérieur de la voiture.

– Merci, c’était très… instructif…

Même s’il y a une nuance d’ironie dans ses propos, je la remercie d’un

sourire de ne pas avoir pété un plomb en présence de Snow.

– Je la dépose et je rentre. OK ?

– Fais ce que tu veux !

Je redémarre tandis que Snow reste passive sur son siège. Elle trifouille

son livre. Je dégage son visage de cette grosse mèche de cheveux derrière

laquelle elle essaie de se cacher.

– C’est pour ça que j’aime être seule…

– Pourquoi ?

– Parce que je dis toujours des choses qui agacent les gens. Je le sais, on

me l’a déjà expliqué, mais je suis incapable de déterminer ce qui est

convenable ou pas !

– Moi, j’aime tout ce que tu dis !

Elle se tourne vers moi.

– Tu dis la vérité, Snow. Maintenant, c’est vrai que les gens peuvent ne

pas apprécier qu’on leur parle en toute honnêteté. Ça ne fait pas de toi

quelqu’un de désagréable. C’est eux qui ne sont pas en mesure d’accepter la

réalité.

– Et toi, tu t’en moques ?

– Pour être franc, je n’aime pas ça habituellement, mais lorsque c’est toi

qui me parles ainsi, ce n’est pas la même chose…

– Pourquoi ?

– Pour la même raison que j’ai eu envie de danser nu sous la pluie

lorsque tu m’as permis de venir te chercher au lycée. Tu es belle, Snow !

Tu me plais sincèrement ! Tellement que je m’en fous quand tu me dis que

je pue.

– Pas aujourd’hui !

Je ris.

– C’est vrai ?

– Tu sens très bon.

– Je ne me vexe pas et je fais ce qu’il faut, lui dis-je dans un clin d’œil.

Je ne désespère pas de te faire un câlin un de ces jours. J’ai intérêt à être au

top.

– J’ai demandé à Sophie ce qu’on ressentait lorsqu’un garçon nous

serrait dans ses bras et elle n’a pas été contente du tout.

Là, j’éclate de rire.

– Quelque chose me dit que ça n’a pas dû lui arriver souvent…

– D’après elle, le seul homme dont je dois me préoccuper est Jésus !

Mon hilarité redouble.

– Je peux t’assurer qu’aucun homme ne l’a jamais fait grimper aux

rideaux ! 

– Grimper aux rideaux ?

– Tu sais quand deux personnes font… quand ils font l’amour…

– Oh ! Tu parles de sexe !

Il y a des mots dans sa bouche qui ont tendance à me rendre vraiment

dingue.

Je me réajuste sur mon siège.

– Ouais…

– Je n’ai jamais croisé d’homme chez Sophie. Enfin, un jour, il y a bien

eu ce monsieur très gentil qui est venu ! Mais il était là pour la plomberie,

je crois…

– Je n’ai jamais vu cette Sophie, mais j’ai tendance à être d’accord avec

toi, y’a que la plomberie qui l’a poussé à se pointer, rien de plus ! dis-je

moqueur. Ne te préoccupe pas de Jésus ou tu finiras comme Sophie ! Vis ta

vie comme tu l’entends, fais tes propres expériences ! Tant que tu ne te

mets pas en danger, bien sûr !

– Je veux faire l’amour !

Hein ? Quoi ?

La bouche m’en tombe !

– Excuse-moi ?

– Je veux faire l’expérience du sexe !

– Oh…

– On en a souvent parlé lors des réunions pour les autistes et j’ai toujours

pensé que j’aimerais faire l’amour avec un garçon !

En voilà une sacrée nouvelle… et si j’étais ledit garçon…

– Bah, ce n’est pas moi qui t’encouragerais à ne pas le faire !

On se demande pourquoi… salopard…

– Le sexe, c’est trop cool !

– Mais un participant de mon groupe a parlé de la sodomie…

Bon, soyons sérieux une minute ! C’est quoi son plan ? Elle veut me

faire bander pour que je lui saute dessus, ma parole ?!

– … et j’ai trouvé cette idée vraiment très étrange.

Étrange, étrange… pas tant que ça…

Je me racle la gorge.

– Eh bien, eh bien… ils vous apprennent des choses très intéressantes

dans ton groupe…

– C’est pour nous préparer à vivre notre sexualité au mieux, pour qu’on

sache de quoi il est question et qu’on soit prudents…

– C’est très bien, je trouve ! Et vous avez parlé d’autres pratiques qui

t’ont semblé plus acceptables ?

– On nous a expliqué l’importance de se protéger ! Pas de

contraception, pas de sexe ! C’est la règle !

Je souris à sa manière de me répéter ça. C’est juste adorable !

– C’est primordial !

– Ensuite, ils nous ont appris des choses comme ce qu’est un orgasme…

Inspire, expire, inspire, expire…

– … ou une fellation…

Sa bouche… m’extasié-je en moi-même sans pouvoir retenir cette image

de ses lèvres fermées sur ma… Putain, ouvre-les yeux, abruti ! Regarde la

route ! me hurle soudainement ma conscience.

Je fais une légère embardée avant de me ressaisir.

– Tout un programme, bredouillé-je en serrant fermement les mains sur

mon volant comme pour tordre le cou à la frustration qui me consume

intérieurement. C’est important que tu te sentes prête à vivre quelque chose

d’aussi fort que le sexe…

– Oui, je le suis !

J’ai un sourire coincé, presque intimidé quand je m’engage sur Windsor

Road. Sur le moment, je ne sais pas si je suis ravi qu’on soit arrivé pour

pouvoir me tirer vite fait et calmer l’incendie qui me ravage l’entrejambe

sous une bonne douche où je pourrais me masturber, ou si je regrette de

devoir la quitter.

Non, j’ai clairement pas envie de la laisser… je me branlerai plus tard…

– Quel est ton planning pour la soirée, blondinette ?

Ma question n’a qu’un seul et unique but : la retenir quelques minutes de

plus.

– J’ai des devoirs en maths.

– Les fameuses fonctionnalités exponentielles…

– Oui !

– Si Dary galère, elle pourra t’appeler pour que tu l’aides ?

– Je ne crois pas qu’elle en ait envie, mais je veux bien.

– C’est gentil ! Et après avoir bossé tes cours ?

– Je dois faire le dîner…

– Et dans tout ça, tu as un petit créneau pour que je t’appelle ?

– Après mes devoirs…

– Alors, envoie-moi un texto quand tu as fini, OK ?

Elle acquiesce.

Avec une certaine appréhension, je prends appui sur l’accoudoir présent

entre nous. J’ai la peur au ventre à l’idée de la faire flipper, qu’elle pique une crise comme l’autre jour avec Liam parce que je la touche. Pourtant, je

dois bien me jeter à l’eau pour juger de ce que je peux faire avec elle.

Doucement, mes lèvres frôlent sa joue. Je prends une seconde pour

analyser sa réaction, mais elle n’en a pas. Je me rapproche et l’embrasse de

manière plus directe. Elle a le regard porté sur l’extérieur, ses mains sont

crispées sur son livre et je me demande si elle ne retient pas sa respiration.

Ça me semble tranquille et maîtrisé alors, je lui donne un second baiser puis

un troisième toujours plus bas en direction de son cou. Mon nez joue avec

le lobe de son oreille, mon souffle s’écrase sur sa peau à la naissance de ses

cheveux. Le quatrième baiser est plus insistant, ma langue entre en contact

avec elle et elle sursaute. Je m’éloigne immédiatement. Je n’ai pas le temps

de dire un mot, sa main est déjà sur la poignée de la portière. Elle l’ouvre et

saute de la voiture comme si elle venait de se rappeler qu’elle avait laissé

quelque chose sur le feu.

Je défais ma ceinture et me précipite derrière elle. Lorsque j’aborde le

trottoir, elle est déjà sur la première marche du perron.

– Snow, attends !

– Je dois faire mes devoirs, dit-elle avec un léger bégaiement.

– Je suis désolé ! Je ne voulais pas… j’ai cru que ça pourrait te plaire…

Elle ouvre la porte.

– J’ai aimé !

Et elle disparaît à l’intérieur. Je fixe la porte close, interloqué. Mais ça ne

dure pas longtemps…

Elle a aimé !!! m’écrié-je en moi-même comme un foutu cri de victoire.

Je me pince les lèvres avant de jouer quelques notes du légendaire

Hendrix version « Air Guitar ».

 

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– Vendredi soir – Windsor Road – 21 h 15 –

Je monte les quelques marches qui me séparent de Snow en sifflotant cet

air que je bosse depuis le début de la semaine avec les gars. À l’image de

celle qui me l’a inspiré, il a dû mal à me sortir de la tête…

Rien d’étonnant, je n’en ai pas envie…

Les quelques jours qui viennent de s’écouler ont été vraiment géniaux !

Tous les après-midi, j’ai été devant le bahut à la fin des cours pour

récupérer Snow et Dary. Comme la première fois, je déposais ma sœur à la

maison avant de rouler jusqu’à Windsor Road. Les échanges entre elles

deux sont plus simples après quelques trajets. Dary se familiarise

doucement avec la manière très particulière qu’a Snow de communiquer.

Autant dire que tout baigne !

Même si j’ai un peu flippé lorsque je l’ai embrassée et qu’elle a filé. J’ai

retenté l’expérience et Snow ne s’est plus sauvée en courant. Bon, elle reste

là sans bouger pendant que je lui fais des baisers dans le cou, mais rien dans

son comportement ne m’indique qu’elle n’aime pas ça.

Tous les soirs, après ses devoirs, elle a pris l’habitude de m’envoyer un

SMS pour que je l’appelle, parfois même en vidéo, mais elle est moins à

l’aise avec ce concept. J’ai aussi le droit à un message avant qu’elle se couche. J’entre progressivement dans sa routine. J’en conclus donc qu’on

avance…

J’actionne la sonnette sans être vraiment certain que Snow vienne

m’ouvrir. Je sais qu’elle est seule, vu que Sophie passe tous ses vendredis

soir dans un club.

Sûrement dédié au troisième âge d’ailleurs !

L’occasion était trop belle pour que je partage un moment avec Snow.

Cependant, comme je le pensais, la demoiselle est prudente. Elle n’ouvre

pas la porte. Je rédige un message à son intention :

– Hazel – 

C’est moi qui sonne ! Ouvre-moi, Snow !

Le texto envoyé, je la vois apparaître derrière le rideau de la fenêtre la

plus proche de l’entrée. Je lui fais un signe de la main. Ma beauté disparaît

et quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre.

– Hazel ?

– Salut !

En étudiant sa tenue de plus près, je suppose qu’elle s’apprêtait à aller se

coucher. Elle est vêtue d’un pantalon de pyjama de couleur crème et un

débardeur bleu. Je reste là à loucher sur ce maudit bout de tissu parce que

de toute évidence, Snow ne porte pas de soutien-gorge en dessous et je

trouve ça vraiment sexy.

– Qu’est-ce que tu fais ici ?

Sa question a au moins le mérite de me détourner de sa jolie poitrine.

– Comment ça, qu’est-ce que je fais là ? Il n’y a pas une histoire de bal,

ce week-end ?

– Le bal ? Mais c’est demain ! Et puis, je ne peux pas m’y rendre, je te

l’ai déjà dit !

– Techniquement, c’est demain, mais ce soir Sophie est absente ! Je sais

que tu ne peux pas aller au bal alors, j’ai fait en sorte qu’il vienne à toi…

– Comment ça ?

– Eh bien, si tu voulais bien enfiler quelque chose d’un peu plus chaud,

je pourrais te montrer…

D’ailleurs, je me paie une sacrée chanceuse, car il fait un peu frais, mais

le temps n’est pas désagréable. J’aurais eu plus de mal à organiser cette

surprise si la météo n’avait pas été aussi clémente.

– Mais, je suis en pyjama, il est tard…

– Snow, s’te plaît ! J’ai tout préparé rien que pour toi ! Alors, oui, je

bouleverse un peu tes habitudes, mais si tu prenais au moins deux minutes

pour venir voir ce que j’ai fait, tu serais peut-être contente de ne pas te

mettre au lit tout de suite et de passer la soirée avec moi…

Elle regarde autour d’elle, semble s’interroger.

– Je vais m’habiller !

– Je t’attends…

Moins de cinq minutes plus tard, Snow revient vêtu d’un jeans et d’une

doudoune courte.

– Mais où est-ce qu’on va ?

– Pas loin, je t’assure ! On ne prend même pas la voiture.

– Oh…

Je coule ma main dans la sienne et la guide derrière moi.

– J’attends cette soirée depuis des jours, lui avoué-je alors que nous

remontons le trottoir. Depuis que tu m’as dit que Sophie n’était pas là le

vendredi soir.

La rue pavillonnaire s’arrête. Je me stoppe et lui glisse à l’oreille.

– Si je mets mes mains sur tes yeux deux petites secondes pour te faire

découvrir ta surprise, tu es d’accord ?

– Je… je ne sais pas… on peut essayer…

Je me place dans son dos et recouvre ses yeux.

– Fais quelques pas devant toi, je te guide, t’inquiète !

Elle obéit et sa démarche incertaine me fait glousser.

– Y’en a que pour deux secondes, promis.

Lorsque nous arrivons à ce petit lopin de terre à quelques mètres de la

route où sont plantés quelques arbres, je lui intime de s’arrêter.

– Compte jusqu’à trois…

– 1… 2… 3…

J’ôte mes mains et laisse Snow découvrir cet endroit qui semble

n’appartenir à personne et que j’ai décoré pour l’événement J’ai piqué dans

le garage quelques guirlandes lumineuses que j’ai accrochées dans les

arbres en fleurs. Grâce à l’aide de Charlie, j’ai trimballé un vieux canapé

jusque-là autour duquel j’ai allumé je ne sais pas combien de bougies. J’ai

aussi ramené de la nourriture et des boissons entreposées sur une couverture

de pique-nique.

– Voilà ton bal, trésor !

– Tu as… tu as fait ça ?

– Rien que pour toi, murmuré-je à son oreille.

Snow fait quelques pas en tournant sur elle-même. Les yeux levés au

ciel, elle observe les lumières dans les arbres.

– C’est beau !

– Je suis pas mécontent du résultat !

– Pourquoi tu as fait ça, Hazel ?

– Parce que tu as le droit à ton bal ! Il n’y a pas de bruit, pas de monde,

seulement toi et moi !

Je lui indique mon étui à guitare.

– Et pour la musique, tu as la chance d’avoir un guitariste sous la main…

– Tu vas jouer pour moi ?

– Toute la nuit, si tu veux !

– Sophie doit rentrer dans moins d’une heure et je ne vais pas pouvoir

rester longtemps…

– Alors, on va commencer la soirée !

J’attrape sa main – un geste qui semble acquis entre nous – et la guide

jusqu’au canapé.

– Assieds-toi !

Elle s’exécute.

– Tu veux un truc à boire ? J’ai pris de la bière, mais comme t’as pas

encore dix-huit ans, je vais me contenter de te servir un jus de fruits…

– Je préfère ça !

Je le lui donne et me prends une bière avant de la rejoindre sur le canapé.

– À notre soirée, ma beauté !

– C’est un drôle d’endroit pour organiser un bal…

Appuyé contre le dossier, j’avale une gorgée de ma boisson en riant.

Snow est à quelques centimètres de moi et j’ai une telle envie de la prendre

par la taille pour l’attirer contre moi. Mais je me contente de passer mes

doigts dans ses cheveux.

– Mais c’est joli comme ça…

– Je suis d’accord avec toi !

– Au lycée, tous les élèves de terminale ne parlent que de la tenue qu’ils

vont porter, de la personne avec qui ils vont se rendre au bal…

Elle marque une longue pause.

– Est-ce que ça veut dire que tu es mon cavalier ?

Je me penche pour me rapprocher d’elle.

– Snow, l’appelé-je doucement.

Elle se tourne suffisamment pour que j’aperçoive la nuance de bleu qui

sublime son regard.

– Je pense qu’on peut dire que je suis un peu plus que ton cavalier,

non ?

Elle ne soutient pas mon regard plus longtemps.

– Comment ça ?

– Eh bien, je viens te voir tous les jours après les cours, on se téléphone

aussi souvent, et ce soir, on assiste à ce bal un peu spécial ensemble. Je te

trouve incroyablement sublime et déroutante tant tu es attachante. Selon tes

critères de beauté, je suis au-dessus de cinq cents espèces différentes de

crapauds, et tu ne te sauves plus lorsque je te fais des baisers dans le cou.

Est-ce qu’on peut en conclure que tu es ma petite-amie ?

– Je n’ai jamais été une petite-amie… j’ignore ce que ça implique…

Merde… cette nana me flingue tellement elle est adorable…

– Eh bien, ça signifie qu’on passe du temps tous les deux pour apprendre

à se connaître, qu’on ait des gestes tendres l’un envers l’autre comme

lorsque je te prends par la main, que je t’embrasse, que je te câline les

cheveux… tu as le droit de le faire toi aussi !

– Je n’aime pas trop tes cheveux…

Je glousse.

– Tu mets trop de gel ! Par contre, j’apprécie avoir ma main dans la

tienne ou quand tu me fais des baisers dans le cou. Mais je me suis sentie

bizarre la première fois.

– C’est pour ça que tu t’es sauvée ?

Elle acquiesce.

– C’était comme un picotement étrange qui m’a parcouru et j’ai été

surprise.

– Et il n’y a plus de « picotement », maintenant ?

– Si ! Toujours ! Mais il ne me fait plus vraiment peur…

– Si je te promets de me calmer sur le gel, tu acceptes d’être ma petite-

amie ?

– Si je suis ta petite-amie, est-ce que ça veut dire qu’on va faire

l’amour ?

– Euh… bafouillé-je en me frottant la nuque. Je pense qu’il faut qu’on y

aille en douceur, mais c’est ce qu’on fait souvent lorsqu’on est en couple.

Est-ce que ça te poserait un problème de faire l’amour avec moi ?

– Non, pas du tout ! Et je veux bien que tu mettes moins de gel aussi !

Je ricane.

– Je suis le mec le plus veinard de tout ce foutu bal tu sais…

Son regard balaie les environs.

– On est que tous les deux. Tu es le seul garçon…

– Crois-moi, Snow, y’a plus d’un mec qui serait fou de jalousie.

Je me lève et récupère ma guitare acoustique.

– Que dirais-tu que je te joue un morceau ?

– J’aimerais beaucoup ! J’ai toujours adoré la musique !

– Bah, je pouvais pas trouver mieux comme petite-amie alors…

Je m’installe près d’elle et commence à jouer l’une de mes chansons que

j’aime particulièrement travailler en acoustique. Elle parle de mon père, de

ce sentiment de ne pas être à la hauteur…

Bizarrement, j’ai le cœur battant quand je lui expose ma création.

D’ordinaire, je m’en fous de me soumettre au regard des autres, de livrer

mon travail et de recevoir leur jugement, mais ce n’est pas la même chose

face à elle.

C’est la première fois que je redoute sa franchise…

Snow est très calme, elle m’observe jouer les premiers instants avant de

s’enfoncer dans le canapé en ramenant ses jambes sous elle. Un peu

curieux, je la reluque en biais. La tête en arrière contre le dossier du sofa, les yeux clos, elle paraît attentive. Elle est si paisible que je pourrais penser

qu’elle dort.

Les notes sortent de ma guitare et mon angoisse monte crescendo. L’idée

qu’elle n’ait pas aimé ma chanson me fait vraiment flipper. Je gratte une

dernière fois la corde avant de prendre une grande inspiration. Je recule

dans le canapé de sorte de me retrouver face à elle. Son beau visage est

toujours pressé contre le tissu usé. Ses yeux sont encore fermés.

Cette fois, je ne peux me contenir, j’ai besoin de la toucher, c’est plus

fort que moi, plus fort que son autisme, plus fort que tout… mes doigts

viennent apprécier sa joue légèrement rosie par le froid…

– N’ouvre pas les yeux, lui intimé-je avec douceur quand je la sens

revenir à l’instant présent.

J’en doutais franchement, mais elle m’écoute et garde les paupières

closes. Lentement, comme si j’avais besoin de ce laps de temps pour me

préparer à ce que je m’apprête à faire, je réduis la distance qui nous sépare

jusqu’à sentir son souffle sur mes lèvres.

– Ça va probablement te picoter un peu, murmuré-je en faisant

subtilement danser ma bouche sur la sienne.

J’ai une trouille d’enfer lorsque je l’épouse plus fermement, mais

toujours avec une douceur aussi bénéfique pour elle que pour moi.

Je la goûte, la découvre et c’est parfait !

Snow reste très calme, presque impassible, mais j’ai conscience que sa

réaction est due plus à son ignorance de la chose qu’à son manque d’envie

que je l’embrasse. Elle se laisse guider, car elle ne sait rien de ce qu’elle

peut faire dans ce baiser. Mais ce n’est pas grave, elle va apprendre… je

fais longuement connaissance avec ses lèvres fines sans rendre ça trop

sensuel pour ne pas la brusquer. Mon pouce câline sa joue tandis que je

l’embrasse encore et encore. 

– Snow, susurré-je dans un souffle éperdu en faisant glisser mon nez

contre le sien. Tu es sublime, tes lèvres sont magiques…

Je bifurque en direction de son cou. Ma bouche va et vient sur sa peau

délicieusement parfumée à la rose.

– Je ne crois pas que ce soit possible…

Mon rire s’échoue sur sa nuque.

– Je peux rouvrir les yeux ?

– Oui, trésor, me marré-je sans pour autant m’éloigner. Tu sens tellement

bon…

Je me réinstalle contre le dossier du sofa et retrouve ses beaux yeux

bleus.

– Tu sais, dans un bal, il est très commun de danser… ça te dirait ?

– Je n’ai jamais dansé avec un garçon…

– C’est l’occasion dans ce cas…

Je me jette sur mes pieds et lui tends la main pour l’inviter à me

rejoindre. Elle l’accepte.

– Avec ou sans musique ? Je peux mettre un morceau sur mon

téléphone si tu veux…

– Tu as l’une de tes chansons ? J’aime beaucoup ta voix.

Bah… c’est déjà ça…

– Puis-je en déduire que ce que j’ai fait t’a plu ?

– Beaucoup ! C’est juste, recherché, et très bien chanté…

– Alors, je vais essayer de trouver un morceau sur lequel on puisse

danser ensemble…

Je fouille dans la mémoire de mon portable et dégote une seconde

chanson toujours enregistrée en acoustique.

– Tu t’y connais un peu en danse ? Tu as bien dû lire un livre sur le

sujet…

– Non, mais je peux le faire…

– Je crois qu’on va directement passer à la pratique. Ce soir, poursuivis-

je, en l’entraînant à quelques pas du canapé, je vais t’initier au slow.

– Qu’est-ce que je dois faire ?

– Un truc que tu vas devoir t’habituer à faire en ce qui concerne notre

relation…

Je lui fais un clin d’œil.

– Me laisser te guider !

De nouveau, elle me fait cette petite moue illustrant à merveille qu’elle

cherche à assimiler mes propos.

– Pour commencer, je vais poser mes mains sur tes hanches. Toi, tu peux

enrouler tes bras autour de mon cou ! Cela dit, comme je suis grand et que

tu es une toute petite nana vraiment trop mignonne, je pense que ça te serait

plus confortable de mettre tes mains sur mes épaules.

Elle fait un pas vers moi prête à suivre mes instructions.

– Je me dis aussi, dis-je pour l’interrompre. Comme tu m’as appris

l’autre jour que personne ne t’avait jamais pris dans ses bras et si l’idée te

tente de lever le mystère sur les bienfaits d’un bon petit câlin, tu peux te

blottir contre moi pendant que je passe mes bras autour de toi. C’est toi qui

vois ce dont tu te sens capable, Snow ?

– Je peux essayer…

Bon, je fais le malin avec elle, mais en fait, j’en mène pas large parce

que je n’ai pas de foutue boule de cristal pour savoir comment elle va gérer

de se coller à moi pendant que je l’étreins. J’empoigne sa belle petite

hanche divinement sculptée et l’attire délicatement contre moi.

– Si tu sens que c’est trop pour toi, tu as simplement à me demander de

te relâcher et dans la seconde, je te rends ton espace, OK ?

– Entendu !

Son langage corporel en dit long sur son niveau de nervosité. Pourtant,

elle ramène ses bras frêles contre elle et entre en contact avec moi.

Elle parlait de picotement…

Eh bien, c’est tout à fait l’effet qu’elle me procure à cet instant. Sentir

son corps contre le mien est juste poignant.

Comme tout ce que je vis avec elle depuis quelques jours. C’est

bouleversant d’authenticité, de simplicité, d’elle…

Ces foutus picotements se répandent partout sous ma peau, dans ma

chair, du bout de mes orteils jusqu’à mon cuir chevelu.

– Euh… maintenant, je vais enrouler mes bras autour de toi…

Je mets mes paroles en application et l’enveloppe avec douceur et une

certaine méfiance quant à sa réaction. Même si elle est totalement raide

sous mes doigts, elle semble supporter notre proximité. Je lance la musique

et balance mon portable sur le canapé.

– Là, normalement, on est supposé se mettre à tourner sur nous-mêmes

au rythme de la mélodie.

– C’est obligé ?

– Tu préfères qu’on reste comme ça ?

Elle opine du chef.

– Comme ça, c’est parfait, Hazel…

 

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