L'amour en A, Snow & Hazel
La nuit commence à tomber lorsque je…
... A41
La nuit commence à tomber lorsque je gare ma caisse près d’un endroit
isolé à l’orée de la forêt de Dunnottar. C’est ici que je veux planter notre
tente avant qu’il ne fasse trop sombre. Si je suis emballé à l’idée de ce
camping sauvage, je doute que ce soit un sentiment réciproque pour ma
voisine.
Il faut dire que l’inédit n’est pas une notion dont ma belle blonde raffole.
Mais je sens qu’elle livre une bataille contre elle-même, contre ses
angoisses, pour vivre l’instant présent. J’aimerais m’en réjouir, si j’étais
convaincu de ses motivations. Que Snow fasse de nouvelles expériences
pour elle, pour découvrir des choses différentes ne peut que me rendre fier
et heureux, mais si les efforts qu’elle fournit ont pour but de me contenter,
je tique un peu plus. Bien sûr que ça me touche de savoir qu’elle m’aime et
que cet état de fait la motive à me faire plaisir, mais je veux avant tout
qu’elle vive les choses pour elle.
Il y a eu quand même de petits détails qui laissent à penser que Snow
prend du bon temps avec moi.
Par exemple, le coup de main qu’elle m’a apporté pour monter notre
tente, ou encore sa manière très méticuleuse de ranger nos affaires dedans.
Pendant qu’elle me faisait son numéro de la parfaite petite femme
d’intérieur, je me suis occupé de nous préparer un feu de camp. Non pas qu’il faille nous réchauffer, c’est davantage pour ajouter au romantisme de
notre escapade en amoureux.
Mais après notre installation, alors que nous sommes assis autour des
flammes, je constate que Snow est de plus en plus nerveuse. Cet
environnement, pourtant si calme et apaisant avec ces bruits d’animaux, ou
encore de cette légère brise qui fait craquer les branches des arbres, ne lui
fait pas le même effet qu’à moi. Le moment serait sûrement idéal pour lui
jouer un morceau, histoire de focaliser son esprit sur autre chose que sur
l’endroit où nous sommes, mais j’ai voulu ne me consacrer qu’à nous
pendant ces quelques heures, ce qui fait que je n’ai pas pris ma guitare.
Espérant rassurer Snow, je me penche dans sa direction et dépose un
baiser dans son cou.
– Ça ne va pas ?
– Je ne sais pas…
– Tu ne sais pas si ça va ?
– Ce qu’on fait ici !
– On passe un moment rien que tous les deux ! C’est ce que font les
couples parfois, ils s’accordent du bon temps !
– Comment ?
– Eh bien, on peut discuter, se balader, se faire des trucs cochons ou je
sais pas moi… danser…
– Danser ?!
Aurais-je piqué sa curiosité…
– Comme lors du bal ?
– Si tu veux, mais on peut aussi rendre ça plus amusant !
– Comment ?
– Attends, je reviens !
Je me bouge et récupère ce dont j’ai besoin dans la tente avant de la
rejoindre, une idée bien précise en tête.
– Donne-moi ton téléphone, s’te plaît !
Elle fait ce que je lui demande. Je manipule son portable de sorte d’y
relier deux casques audio. Je lui tends le sien.
– Mets ça et choisis une chanson que tu aimes et sur laquelle tu vas
pouvoir trémousser ton joli petit cul, Blanche-Neige !
– Me trémousser ?
– Tu m’as dit que tu adorais écouter de la musique.
– Oui, c’est vrai !
– Et j’imagine que ça t’est arrivé de danser sur des morceaux entraînants.
– Je le fais parfois.
– Alors, choisis la chanson qui te donne le plus envie de danser. Je
l’aurai dans mon casque, toi dans le tien, et on se remue ensemble. Ça te
tente ?
– OK !
– Maintenant, mets ton casque et balance ton titre.
– Et on va danser !
– Oui, trésor !
– Cool !
Non, sérieux, elle vient vraiment de dire ça ?!
J’éclate de rire en passant mon casque. Snow trifouille son portable un
court instant avant qu’un son arrive dans mes oreilles.
Les premières notes ont une influence clairement pop, dont le rythme est
plus calme que je ne l’aurais imaginé, vu que le but de la manœuvre est de
bouger. Pourtant, Snow commence à remuer dans une succession de gestes
aériens et parfaitement synchros avec cette chanson qui me rappelle
vaguement quelque chose. Je devrais probablement me mettre à danser moi aussi, mais je suis figé sur place. Ce petit bout de nana se dandinant comme
jamais personne n’a dû oser le faire un jour, m’a totalement subjugué. Ses
mouvements sont vaporeux, elle habite l’espace qui l’entoure comme si elle
cherchait à envoûter la nature autour d’elle.
La nature, je sais pas ! Mais moi, elle y arrive carrément !
Les yeux fermés, elle laisse la mélodie s’emparer d’elle et faire de son
corps tout ce qu’elle désire comme s’il ne répondait plus qu’à elle. Elle est
sublime et, comme chaque jour depuis que j’ai posé le regard sur elle, elle
fait grandir mon cœur. Il y a de la magie dans tout ce qu’entreprend cette
belle nana. Mais la contempler est si captivant que la chanson s’achève sans
que je n’aie bougé le petit orteil. Snow est tellement fabuleuse que le simple
fait de la dévisager me remplit de joie et d’admiration. Il n’y a qu’en
rencontrant ses grands yeux bleu lagon que je retrouve mes esprits.
– Hazel ? Tu n’as pas dansé…
Je cligne deux fois des paupières avant de faire un pas vers elle pour lui
retirer son casque.
– Je sais que je ne peux pas honnêtement te demander de me promettre
de ne jamais cesser de m’aimer. Tu auras toujours ta liberté…
J’encadre son visage de mes mains.
– Si un jour tes sentiments doivent disparaître alors, je l’accepterai. Mais
je peux te jurer de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’on n’en
arrive jamais là, tous les deux. Tu es l’être le plus beau que cette terre ait
porté, Snow. Tu es solaire mon amour, et il n’y a que toi qui peux illuminer
ma vie !
– Ce que tu dis me fait très plaisir, mais pourquoi le faire maintenant ?
– Tout à l’heure, on a parlé de ces moments particuliers incroyablement
intenses qui rendent notre histoire aussi belle et tu viens encore de m’offrir
un de ces instants précieux que je chéris par-dessus tout.
Capturant son poignet entre mes doigts, je l’attire à moi et pose sa main
contre mon cœur.
– Celui où je réalise un peu plus combien je suis chanceux d’avoir gagné
ta confiance et ton amour.
– J’ai simplement dansé, Hazel…
Je souris tout en frôlant sa joue de mon pouce.
– Et rien que de te regarder le faire me rend heureux et encore plus fou
de toi !
– Mais tu ne veux pas danser avec moi…
– Si ! Lance une nouvelle chanson et je te suis.
Elle reprend son téléphone en main.
– Par contre, il était temps que je débarque dans ta vie pour t’apprendre
ce qu’est la bonne musique ! C’est quoi ce truc tout pourri que tu m’as fait
écouter ? Je vais devoir saigner ma guitare pendant des jours, histoire de
me purger les oreilles !
– Ça, ce n’est pas gentil ! J’adore Moby Rich ! Tu m’as dit de mettre
la chanson que je désirais !
– Affirmatif ! Tu as bien raison d’aimer ce que tu veux, trésor.
Je la pousse doucement.
– Mais ça ne m’empêche pas de te charrier ! C’est une plaisanterie, sans
aucune arrière-pensée, je te le promets ! Je te taquine, rien de plus !
– Alors, je peux choisir une nouvelle musique !?
– Vas-y, blondinette ! m’amusé-je, en sautillant sur mes jambes comme
si je commençais un entraînement. Je suis hyper chaud !
Snow me jauge d’un œil curieux. Je remets son casque sur ses oreilles.
– Fais péter le son, trésor !
Encore quelques secondes avant qu’une nouvelle chanson vienne
m’effleurer les oreilles.
Ce second titre, toujours du même groupe, est plus rythmé que son
prédécesseur. Snow se met à remuer et cette fois-ci je la suis. Et je me
régale de cette soirée à danser avec ma copine, avec nos casques respectifs
collés aux oreilles, et la musique qu’elle a sélectionnée pour nous.
**
– Snow, viens te baigner !
Courant sur la plage, où nous nous sommes posés depuis une bonne
heure maintenant, je retrouve Snow qui bouquine depuis notre arrivée,
tandis que je me régale de cette belle météo en me baignant. Notre réveil
s’est fait tout en douceur, ce matin ! J’étais le premier debout, j’en ai
profité pour faire bouillir de l’eau pour son thé. Snow a mis plus de temps
pour émerger. Il faut dire qu’on s’est endormis très tard ! Entre notre petite
séance de danse et la partie de jambe en l’air qui a suivi, la nuit a été courte.
– Je n’en ai pas envie !
Je coule une main dans mes cheveux et les secoue. L’eau dont ils sont
gorgés tombe en pluie sur elle.
– Viens avec moi !
– Non, arrête ! râle-t-elle en s’agitant sur sa serviette.
– C’est rien que des gouttes !
Je m’allonge sur ma serviette.
– Et je n’aime pas ça !
– Tu n’aimes pas l’eau ?! C’est nouveau ça ?
– J’ai horreur de la sensation sur ma peau.
– Pourtant, je t’ai déjà vue toute nue sous la douche…
– Forcément ! Je suis propre !
Je grimace.
– Ouais… t’imagines l’odeur sinon…
– C’est répugnant !
Je ricane un instant avant de froncer les sourcils.
– C’est pour ça que t’as pas voulu qu’on baise sous la douche la dernière
fois ?!
L’autre jour quand je lui ai proposé de venir la savonner, Snow a finir par
accepter, mais même si mes caresses ont réveillé son désir, elle n’a pas cédé
à mes avances.
Enfin… pas tout à fait…
– J’ai essayé, mais ça me perturbe trop. Je n’arrive pas à me détendre !
J’arque un sourcil.
– Tu y es vite parvenue une fois qu’on est sorti de la cabine de douche !
– J’ai aimé la manière dont tu m’as touchée…
– Je m’en suis rendu compte.
Je lui fais un clin d’œil.
– J’ai pigé le principe : je ne peux pas te manger le minou sous l’eau,
mais contre la paroi de la douche là, y’a pas de lézards !
– De quoi est-ce que tu parles ? Manger le minou…
Chose rarissime, ma Snow rit. Forcément, je limite. Pas vraiment à cause
de ce qu’elle vient de dire, simplement parce qu’elle rit et que c’est juste
magique d’entendre ce son !
– C’est une métaphore pour parler du cunni…
– Elle est horrible cette métaphore !
– J’oubliais, ricané-je, en roulant sur ma serviette de sorte de finir sur le
dos. T’es allergique au chat…
Après un moment de silence, pendant lequel je laisse mon corps sécher
au soleil, tandis que Snow s’en est retourné à sa lecture, je me redresse sur
les coudes pour contempler le paysage devant nous.
Et je nous considère réellement chanceux d’être en ce lieu magnifique
par un temps si radieux. La crique que nous avons trouvée à quelques
bornes du château de Dunnottar est vraiment belle et incroyablement calme.
Il n’y a que nous dans cet écrin de nature. Dissimulée entre deux immenses
falaises, cette plage de sable est l’endroit idéal.
– J’aimerais tellement pouvoir rester là plus longtemps ! J’ai pas envie
de rejoindre les autres !
Je dépose un baiser sur l’épaule de Snow.
– Il n’y aurait plus que nous…
– Mais tu dois jouer ce soir !
– Je suis mieux ici avec toi !
J’attrape quelques cailloux que je trouve dans le sable avant de les jeter
un peu plus loin.
– Et puis, c’est notre dernier concert en Angleterre ! Dans deux jours,
on reprend la route de Londres pour filer en Europe et j’en ai pas envie !
– Pourquoi ça ? Tu étais ravi de faire cette tournée !
– Et je le suis toujours, mais quand je vais aller à Londres, toi tu vas
rentrer à la maison et on ne se reverra pas avant le mois de septembre.
Snow referme son livre avant de faire glisser ses doigts le long de la
tranche.
– J’y ai songé également…
Lentement, je caresse son bras dénudé.
– Tu sais, ce matin, pendant que tu dormais, j’ai repensé à ton histoire de
liste et j’ai voulu en faire une moi aussi.
– Une liste des choses que tu aimes chez moi…
– Celle-là je l’ai écrite y’a un bail, trésor et elle contient un seul et
unique mot : tout !
Je m’étire suffisamment pour pouvoir l’embrasser.
– Je suis dingue de tout ce que tu es, Snow !
– De quoi tu parles alors ?
– De la liste des arguments que je pourrais t’exposer pour te convaincre
de venir avec moi en Europe…
Je risque un regard en biais pour jauger la réaction de ma voisine, mais
Snow se contente de fixer la mer sans rien montrer des émotions que
peuvent provoquer mes paroles en elle.
– J’ai tenté d’y réfléchir en pensant à toi et uniquement à toi ! J’ai mis
de côté ce que je désire et j’ai analysé la situation de ton point de vue.
– Et qu’as-tu noté sur ta liste, Hazel ?
– Là aussi, elle n’est pas bien longue. J’en suis arrivé à la conclusion
qu’il n’y a qu’une chose de bien pour toi à venir en Europe…
Je presse mes lèvres contre son épaule.
– Tu serais avec moi…
Toujours captivée par son livre, Snow reste de marbre.
– Pour être le plus neutre possible, j’ai aussi dressé la liste de toutes les
choses qui ne seraient pas bonnes pour toi si tu acceptais. Là, y avait déjà
plus de matière.
– Et ça t’a peiné ?
– Oui et non… Bien sûr que je préférais que tu viennes avec moi, mais je
t’aime suffisamment pour accepter qu’on trouve une manière différente
d’être ensemble, même si ça veut dire vivre éloigné l’un de l’autre pendant
de longues périodes…
Snow redevient silencieuse et je devine sans mal qu’elle est songeuse.
Son livre reste clos et son regard est ancré dans le vague. Un peu coupable
d’avoir jeté un voile sur notre moment à deux, je me relève et lui tends la
main.
– Quoi ?
– Je voudrais te montrer un truc que j’aime bien.
– OK !
Elle l’accepte. Je la conduis au bord de l’eau.
– Non, Hazel ! Pas dans l’eau, s’il te plaît !
– Pas toi ! Juste tes pieds !
– Mais…
– Regarde tes pieds !
Elle m’obéit.
– Maintenant, avance de quelques pas !
Elle fait ce que je lui dis, mais recule lorsqu’une vague fonce sur elle.
– Mais non ! me marré-je. Arrête de paniquer !
Elle revient et laisse la vague s’écraser jusqu’à hauteur de ses chevilles.
Ma pauvre Snow grimace. Sans lâcher sa main, je me place à ses côtés.
– Enfonce tes pieds dans le sable mouillé !
– Pourquoi faire ?
– Parce que c’est trop cool comme sensation !
– Tu crois ?
– Ouais ! C’est comme de marcher dans la neige !
– J’ai horreur de la neige !
Je m’esclaffe.
– Tu parles d’une ironie !
– Quoi ?
– Bah, ton prénom c’est Snow ! C’est hyper con de ne pas aimer la
neige quand on s’appelle Snow !
Elle esquisse un sourire.
– C’était une drôle idée de prénom !
– J’imagine qu’il y a une histoire derrière lui, seulement tu ne la connais
pas…
– Peut-être…
– Mais ne nous détournons pas du problème ! Enfouis tes pieds dans le
sable, blondinette !
L’air renfrogné, elle obtempère et, sans cesser de fixer ses pieds, elle se
prend au jeu et enfonce ses orteils dans le sol pendant que les vagues vont et
viennent.
– Alors ?
– C’est étrange…
– Étrange, amusant ou étrange, désagréable !
– Je dirais amusant !
– Tu vois, trésor, parfois faut surpasser ses a priori pour se rendre compte
que les choses ne sont pas comme tu les imagines !
Je la regarde faire encore quelques minutes en souriant avant de me
pencher à son oreille.
– Tu as déjà fait l’amour sur une plage ?
– Bien sûr que non ! Tu le sais aussi bien que moi !
Je ris.
– C’était une manière de te proposer de tenter l’expérience, tu vois…
– OK !
– OK, on fait l’amour sur la plage ?
– Je veux bien !
Je saisis sa taille effilée et la soulève dans mes bras. Même si ça la
surprend, elle se laisse aller contre moi lorsque ma bouche se referme sur
son sein, que j’ai déjà dans le creux de ma main. Tout en aspirant son téton
entre mes lèvres, je nous ramène en direction de nos serviettes.
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... A42
Notre trajet jusqu’à Glasgow s’est fait dans une ambiance relativement
étrange. Même si nous avons passé une journée vraiment superbe, si nous
nous sommes particulièrement entendus, l’idée de quitter cet endroit
reposant où nous a mis le moral en berne à l’un comme à l’autre. Même
chez Snow, c’est perceptible à sa manière de se comporter depuis notre
départ. Elle a fait du « hand clapping » sur la quasi-totalité du retour.
Comment ne pas la comprendre ?
Reprendre la route n’implique pas seulement de retrouver la bande et
notre « habitation » commune. Non, ça signifie entamer notre dernière
date avant de nous lancer dans notre tournée européenne et, par voie de
conséquences, ça veut dire voir les filles reprendre la route de Barnstaple.
Ça me mine et je sais que Snow y songe de son côté également.
J’ai légèrement pété une case à notre arrivée au bus. Il faut dire que je
redoute la séparation un peu plus à chaque seconde qui passe. Mais pas
que !!! Non, je crains bien davantage la manière dont elle va le
supporter !
Ma seule préoccupation, mon unique désir, est de tout mettre en œuvre
pour que nos dernières heures ensemble se déroulent au mieux, que Snow
parte avec la tête remplie de bons souvenirs. Alors quand je suis entré dans
le bus pour ranger nos affaires, et que j’ai trouvé un bordel sans nom dans notre petit espace de vie, que notre couchette avait disparu sous un tas de
fringues appartenant à Reece et Jake, j’ai vite foutu Snow sous la douche
avant de leur souffler dans les bronches ! Et ils n’ont pas perdu de temps
pour détaler et ranger leur bordel !
– Ça ce n’est pas bien passé ?
À l’écoute de cette question posée par ma sœur, je tire l’une des chaises
pliantes et me laisse tomber dessus en soupirant. J’ouvre ma bière, sors une
clope que j’allume, avant de jeter ma tête en arrière tout en recrachant ma
fumée.
– Si, c’était top !
– À te voir, on ne dirait pas ! Même Snow n’avait pas l’air dans son
assiette !
– C’était parfait, D ! J’ai adoré chaque seconde avec elle…
Je me redresse.
– Mais revenir ici équivaut à renouer avec notre réalité !
Je prends une gorgée de ma bière.
– Qui est de devoir la laisser partir ! Figure-toi que j’ai rien, mais
vraiment que dalle sur quoi miser pour tenter de la convaincre de me suivre
au moins jusqu’à votre entrée à la fac !
– Je suis désolée, Haze…
– Elle veut qu’on fasse comme toi et Charlie, mais sérieux, Dary, y’a
combien de chance qu’on s’en sorte comme ça ?! Et puis, c’est tout le reste
qui me fait flipper ! Six mois, c’est pas la mer à boire, OK ! Mais qu’est-
ce qui va se passer si on signe pour un album ? Je vais me barrer en
tournée et mettre mon couple en stand-by toute ma vie !?!
– Je sais combien votre situation est délicate, mais fais-lui confiance !
Laisse-lui le temps de se familiariser avec tout ce que tu es, tout ce que
t’aimer, et faire partie de ta vie implique, et avise ! Tu as voulu brusquer les choses une fois et vous en avez souffert tous les deux ! S’il y a un truc
que j’ai compris avec Snow, c’est qu’il faut y aller en douceur avec elle !
– J’ai retenu la leçon, crois-moi ! Je mesure chaque mot que je lui dis,
mais je ne peux pas non plus me voiler la face ! Ça va être hyper complexe
d’allier ma « peut-être » future carrière et notre histoire !
– Mais ce n’est pas impossible ! Laisse-la te surprendre !
Je souris.
– Ça, c’est un truc qu’elle fait déjà tous les jours !
J’échange un regard tendre avec ma sœur.
– J’ai pas envie que vous partiez demain, lui dis-je avec émotion. Je suis
qu’une pauvre merde sans elle !
– Pourtant, tu n’as pas le choix, Haze ! Tu dois prendre ton mal en
patience !
Dary abandonne sa place pour m’encercler de ses bras. Je les lui serre à
mon tour.
– Ne retiens qu’une chose de ces derniers jours, Snow est venue ici
d’elle-même ! J’ai passé des semaines à la voir se débattre avec tout ce
qu’entretenir une relation avec un mec veut dire parce qu’elle t’aime !
Pourquoi te demandes-tu encore si ça peut marcher ? Tu connais la
réponse ! C’est déjà le cas ! Il faut simplement que tu laisses le temps
faire les choses.
– Tu as raison !
J’embrasse ma sœur, plus confiant.
– Merci, Bloody Dary ! Je suis fier de toi, tu sais !
– Je t’aime, Haze !
– Moi aussi !
**
Lorsque Snow me rejoint après sa douche, j’ai réussi à chasser tous les
sentiments négatifs qui avaient influé sur notre début de journée. J’aurais
bien le temps de souffrir de son absence après son départ, à quoi bon gâcher
les instants qu’ils nous restent à être ensemble. Mais rien n’est moins
simple de son côté. Je la sens vraiment tendue, même si elle me laisse la
détourner du problème.
C’est ainsi que nous nous sommes occupés la plus grande partie de la
journée en flânant, en nous câlinant, ou encore en discutant de tout et de
rien. C’est naturel et très agréable. Probablement un peu trop, car les heures
passent trop vite et la soirée se pointe avant que nous ayons vraiment profité
de notre journée.
Il est tout juste 18 h lorsque je lâche mon carnet de compo tandis que
Snow regarde un film sur la banquette voisine. Je quitte le canapé et me
dirige vers elle.
– J’ai la dalle ! Je vais aller nous chercher un truc à bouffer !
Snow, étant tellement absorbée par ce qu’elle fait, je n’obtiens aucune
réaction.
– Trésor ?!
– Tu m’as parlé ? me dit-elle en levant enfin le nez de son écran.
– Bah ouais, un peu !
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Est-ce que tu as faim ?
– Quelle heure est-il ?
– 18 h, mais faut qu’on bouffe tôt si on veut être tranquille avant d’aller
jouer.
– Je veux bien manger.
– OK ! Je m’absente un moment, le temps d’aller nous chercher à dîner.
Tu restes là ?
– Je finis ça ! Après, je dois terminer mon livre. Je n’ai plus que deux
chapitres à lire.
– Entendu ! Je l’ai vu traîner à l’avant du bus.
– D’accord.
J’embrasse son front.
– À tout de suite !
Elle est déjà retournée à son film lorsque je quitte le petit salon. Après
avoir pris mes clopes et mon portefeuille, je sors et trouve la bande qui
glande dehors.
– Qui veut à bouffer ? me renseigné-je tout en allumant ma cigarette.
– Carrément ! s’exclame Jake.
– Je vais venir avec toi ! me prévient Charlie, avant d’embrasser ma
sœur.
Après que nous nous soyons entendus sur notre repas, nous sommes
prêts à partir.
– Snow va bouquiner, informé-je Dary. Elle est dans le salon.
– OK ! Je vais en profiter pour prendre ma douche.
– Ça marche !
Charlie et moi, nous nous engageons sur le chemin conduisant au
festival. Les premiers mètres se font dans un drôle de silence. Mon pote
semble avoir la tête ailleurs lui aussi. Je décide d’ouvrir ma gueule parce
que ça me stresse quand personne ne cause.
– C’est la merde, bro…
Charlie me lance une œillade en coin. Il ne faut pas plus que ce regard en
biais pour savoir qu’il a parfaitement saisi où je veux en venir.
– Bordel, soupire-t-il. T’as pas idée…
– Bah, si justement !
– Ouais… c’est vrai…
– Je suis désolé, man, lui dis-je avec véritable culpabilité dans la voix.
– Pourquoi ça ?
– Bah, même si je joue les abrutis la plupart du temps, je ne le suis pas
pour autant ! Dary pourrait rester ! Rien ne l’empêche de nous
accompagner en Europe ! Si elle s’en va, c’est pour ne pas laisser Snow
toute seule !
– Pourquoi tu te prends la tête avec ça ?! Dary avait prévu de venir pour
le week-end. Finalement, elle a passé plusieurs jours avec moi. Et puis, il ne
s’agit pas que de Snow. Même si elle ne le dit pas vraiment, je pense qu’elle
n’a pas tellement envie de laisser Lorna toute seule.
– Peut-être… c’est encore un peu tendu entre elles…
– Mais si j’en crois tout ce qu’elle m’a raconté depuis notre départ, ça
leur a fait du bien de se retrouver toutes les trois !
Il se tait un instant.
– Haze, je voudrais te dire un truc, mais j’ai peur que tu le prennes
mal…
Le sourcil levé, j’examine mon ami l’air grave.
– Si ce que tu t’apprêtes à me dire termine par « j’ai mis ta sœur
enceinte », « je vais épouser ta sœur » ou « je vais larguer ta sœur », je
ne serai pas assez clément pour t’accorder ton dernier repas, mec…
Mon voisin se marre franchement.
– Mais qu’est-ce que tu peux être con, sérieux ! Ça n’a rien à voir avec
notre histoire !
– OK ! Alors, je t’écoute…
– Je flippe juste que tu te vexes alors que ce que j’ai envie de te dire n’a
rien de négatif…
– Bon, vas-y accouche, bordel !
– Je connaissais assez ton vieux pour savoir qu’il serait devenu ouf de
voir sa femme et sa fille se battre comme elles le font depuis des mois.
– C’est pas faute de leur avoir dit !
– Je m’en doute ! Tu as essayé de gérer la situation, tu tenais vraiment à
arranger les choses entre elles, mais peut-être que le mieux que tu avais à
faire était de t’en aller !
Je me fige sur place.
– Pardon ?! Tu crois que je foutais la merde !
– Mais non ! Dis pas de conneries ! Je pense juste que tu prenais trop
de place entre elles pour qu’elles puissent enfin se…
– Je quoi ?! dis-je outré. Mais, c’est quoi ton problème ?
– Arrête d’être aussi susceptible ! Tu as super bien réagi quand Dan est
mort ! Ta seule préoccupation a été de veiller sur ta mère et ta sœur, et tu
as assuré ! Je ne pense pas que tu étais le problème entre Lorna et Dary,
mais que ta présence les empêchait de le résoudre simplement parce que tu
étais toujours là pour faire l’abrite, pour temporiser. On est parti. Depuis,
elles doivent se débrouiller seules et ça leur fait du bien ! Tu les as trop
couvées !
– J’ai voulu protéger ma famille !
– Et c’est tout à ton honneur, mon frère ! T’es un mec bien, Hazel !
Maintenant, j’aimerais vraiment que tu t’en rendes compte tout seul ! Déjà
avant la mort de ton père, tu pensais que tu ne serais jamais à sa hauteur et
je trouve ça tellement con ! Je te l’ai dit, vous n’aviez pas du mal à vous
parler, tous les deux, c’est toi qui n’écoutais pas ! Tu as une idée en tête et
tu n’en démords pas ! C’est comme avec Snow ! Tu étais persuadé
qu’elle ne t’aimait pas et tu as agi avec elle selon cette idée, quitte à la
blesser ! Cesse de penser qu’il n’était pas fier de qui tu es, de croire que tu lui dois quelque chose en jouant de sa Gibson devant des milliers de gens
pour lui montrer qu’il n’a pas eu tort à ton sujet ! Vis ta vie telle que tu
aspires à la vivre, pas comme tu penses qu’il aurait souhaité que tu la
mènes. Ton père voulait que tu sois heureux, rien de plus !
– Donc, je perds mon temps en étant ici à faire cette tournée ?!
– Parfois, il débarquait chez nous en s’arrachant les cheveux après avoir
parlé avec toi, et je capte mieux pourquoi il était autant désespéré !
Charlie presse son poing contre mon torse.
– T’as vingt-deux ans, bro ! Et comme tu l’as dit, t’es loin d’être un
abruti ! Tu as compris ce que je viens de te dire ! Tu vois parfaitement ce
que je veux que tu piges ! Mène la vie que tu désires, point barre ! Si ce
que tu souhaites, c’est tout ça, me dit-il, en désignant l’entrée du festival à
quelques pas de nous. Alors, fonce !
– Puisqu’on en est à se parler franchement ! dis-je vexé par cette leçon
de moral.
Bon, si je suis piqué au vif, c’est parce qu’il y a un gros fond de vérité
dans ses paroles, hein…
– Je ne sais plus pour quelle raison je te déteste le plus : parce que tu te
tapes ma sœur, ou que tu connaissais mieux mon vieux que moi !
Il fronce les sourcils.
– Tu me quoi ? Attends, t’es sérieux là !?
– Bah, c’est évident, non ?!
– T’es vraiment un trou du cul, Keegan ! Va te faire foutre, putain !
J’en ai plein le derche de me casser la tête pour toi !
Il se remet en route avant de revenir sur ses pas.
– Et finalement, t’es réellement un abruti !
Je ris en le regardant partir en boudant.
– Et c’est moi qui suis susceptible ?
Je reçois comme réponse un doigt d’honneur.
– Charlie, reviens !
– Ta gueule, connard !
– Mais tu sais que je t’aime, ma poule !
– Je m’en branle !
Je me retrouve à courir derrière lui alors qu’il a déjà passé la sécurité qui
fait barrière à l’entrée destinée aux participants.
– T’es pire qu’une gonzesse, bordel ! me plains-je en revenant à sa
hauteur.
– Lâche-moi, Hazel ! Je suis sérieux, là !
Accélérant le pas, je le dépasse de quelques enjambées avant de me
tourner face à lui et de me laisser tomber à genoux devant lui, les mains
croisées dans un signe de pénitence.
– Je suis désolé, Charlie ! Pardonne-moi…
– Putain, mais t’es con ou quoi ! Tout le monde nous regarde…
– Eh bien, je m’en tape que tout le monde le sache, Charlie ! m’écrié-je.
Je t’aime et je ne veux plus me cacher !
– Mais ta gueule !
Il me contourne et j’en profite pour m’accrocher littéralement à son froc.
– Non, bébé, reste ! Ne me quitte pas !!!
– Putain, mais qu’il est con !!!
Cet abruti me donne des coups de pied pour se dégager.
– Je t’implore de m’accorder une autre chance ! Je ne peux pas vivre
sans toi, Charlie Walsh !
– Mais ferme-la !!!
– Tu es le meilleur coup que j’ai jamais eu et je ne peux pas croire que ce
qui vient de se passer dans les chiottes soit notre dernière fois !
– Bon, ça va ! s’écrie-t-il en me chopant par le bras pour me contraindre
à me relever. J’ai compris !
– Alors, tu me reprends, Charlie ?
– Ouais, ouais, je te reprends, marmonne-t-il les dents serrées.
– Oh, mon amour !
Je le serre dans mes bras dans une étreinte clairement douteuse.
– On va être si heureux tous les deux !
– Arrête ton numéro, Haze ! Tout le monde nous mate.
Je jette un coup d’œil autour de nous et effectivement, il y a pas mal de
regards pointés sur nous.
– C’est bon ! dis-je à leur attention. Tout est arrangé !
Je porte une main à mon cœur.
– Y’a eu plus de peur que de mal.
Charlie me chope par le coude et me force à avancer.
– T’es un sale enfoiré !
Nous faisons quelques pas. Je prends une clope et l’allume avant de lui
jeter un regard en biais. Même s’il se veut sérieux, il a bien du mal à cacher
ce rictus qui s’est formé au coin de sa bouche.
– Putain, mais t’es vraiment un abruti ! souffle-t-il finalement avant
d’exploser de rire.
J’en fais autant.
– C’est la honte, mec !
– Tu remarqueras que j’ai mis en avant tes prouesses sexuelles !
– Ouais, super !!!
– C’est cool entre nous ?
Je lui présente mon poing.
– C’est cool, dit-il d’un air las en entrechoquant nos poings. Tout le
monde va nous prendre pour un couple, mais tout est hyper cool !
– Tu pourrais trouver pire que moi, tu sais !
– Ça, c’est toi qui le dis…
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