L'amour en A, Snow & Hazel
Réunir toutes les petites affaires de Snow…
... A13
Réunir toutes les petites affaires de Snow me prend une bonne demi-
heure et j’ai cru à plusieurs reprises que ma blondinette allait faire marche
arrière. Il a fallu que je la rassure très régulièrement. Forcément, me voir
toucher à ses effets personnels pour les mettre dans ma voiture l’a rendue
anxieuse. Tant bien que mal, j’ai réussi à l’apaiser et j’étais vraiment
soulagé lorsqu’elle est montée dans ma caisse. Même si elle était très
agitée.
Je crois qu’elle essaie de canaliser ses émotions et que c’est loin d’être
simple. Je m’interroge sur ce qui va se passer une fois qu’on sera à la
maison. Snow va se retrouver dans un environ inconnu et entourée de gens
dont elle ignore tout. Nous allons partager une chambre, je vais bousculer
son quotidien, sa routine, tout ce qui la met en confiance, la rassure. Il va
falloir que je me montre patient, attentif et posé pour que la transition se
passe au mieux.
Il nous faut une petite vingtaine de minutes pour franchir la distance
entre Windsor Road et Sunset Heights où se trouve la baraque dont mes
parents ont fait l’acquisition au début de leur mariage. C’est une jolie
maison de banlieue dans un quartier calme et pavillonnaire. Ce n’est pas un
truc de dingue, mais elle est sympa et d’une taille carrément correcte. Une allée, sécurisée par un portail, remonte jusqu’au garage. C’est là que je
stationne ma voiture.
– On y est !
Curieuse, Snow se tord le cou pour regarder autour d’elle.
– Tu es d’accord pour qu’on aille se faire un petit-déj’ avant de
s’occuper de tes affaires ?
Elle reprend sa place sur son siège et j’ai la sensation que mon idée ne
lui plaît pas. Je m’approche d’elle.
– Elles ne craignent rien dans mon coffre…
Je dégage sa nuque de ses cheveux.
– On a eu un réveil un peu difficile, ce matin !
– Tu devais partir après que je me sois endormie. Tu avais promis !
Maintenant, mes affaires sont dans ta voiture et je ne sais pas ce que je dois
faire.
Mais c’est qu’elle est fâchée, ma Blanche-Neige…
– Tu as raison, c’est vrai ! Je t’ai regardée dormir et je me suis assoupi à
mon tour. Crois-moi, je le regrette énormément.
Je câline le dessus de sa main, mais elle s’éloigne.
– Je n’entre plus dans la bulle, Snow ?
– Pas ce matin !
– Parce que tu es en colère ?
– J’avais une chambre chez Sophie, tout était en ordre, elle m’avait
expliqué les règles, je savais où se trouvaient les choses…
– Et là, tu vas vers l’inconnu, j’en ai conscience. Je sais que ça
t’angoisse.
– Et je t’avais dit que les garçons sont interdits chez Sophie, hausse-t-
elle le ton en se renfrognant dans son coin.
– Hé !? articulé-je doucement un peu étonné par sa réaction.
Il faut avouer que d’ordinaire, elle ne montre pas ce qu’elle ressent de
manière aussi explicite.
– Ne sois pas en colère, s’il te plaît ! Laisse-moi te prouver que tu peux
être bien ici avec moi !
Comme ma belle boudeuse ne réagit pas, je décide de quitter la voiture.
J’en fais le tour et ouvre sa portière. Je lui offre ma main.
– Je vais te faire un bon thé !
– Chez Sophie, j’ai du thé au jasmin !
– On va entrer et vérifier si ma mère en a ! Si c’est pas le cas, je saute
dans ma bagnole pour aller t’en acheter, promis !
– Une promesse que tu vas tenir !?
Bam ! Prends-toi ça dans la gueule, Haze !
– Oui, je vais le faire, juré ! Je vais même aller te chercher tous les trucs
dont tu m’as parlé : ton savon à l’huile de je sais pas quoi et ta lessive…
– À l’huile d’olive ! Et c’est de l’assouplissant !
– Message reçu !
Elle s’extirpe enfin de ma voiture, mais me met un grand vent en ce qui
concerne la main que je lui tends ! Je soupire avant de l’inviter à me
suivre.
Elle franchit la distance qui nous sépare de la porte d’entrée en regardant
de droite à gauche. Je déverrouille la porte, moi-même songeur à l’idée de
devoir annoncer à ma mère que ma copine vient vivre à la maison avec
nous. Je passe la tête à l’intérieur et parcours les environs. Tout est calme,
ici ; seule ma sœur est assise autour de l’îlot dans la cuisine. Elle déjeune.
– Salut !
Elle me jauge avec un drôle d’air.
– Qu’est-ce que tu branles dehors à cette heure-là ?
– Maman n’est pas debout ?
– Non, elle dort encore. Pourquoi ?
– Eh bien…
J’ouvre suffisamment la porte pour permettre à Snow d’entrer. Dary
l’observe une minute avant de revenir vers moi.
– Pourquoi elle est là, bizarroïde ?
– Putain, arrête avec ça, merde ! Je te jure que ça me gonfle !
Elle brandit les mains en l’air pour calmer le jeu.
– Je rigolais !
Puis elle s’intéresse à blondinette.
– Salut, Snow ! Ça va ou quoi ?
– Eh bien, non, ça ne va pas ! s’empresse de répliquer ma voisine en
fonçant rejoindre ma sœur. Ton frère a dormi chez Sophie et elle est très en
colère contre moi !
Sur le moment, je ne sais pas si je dois me réjouir de la voir
communiquer si facilement avec Dary ou flipper qu’elle soit autant en
pétard contre moi.
En même temps, je ne l’ai jamais vue furieuse et c’est un peu déroutant.
En attendant de trouver la réponse à cette question, je décide d’aller
m’occuper de son thé et de me préparer un bon café.
Quelque chose me dit que je vais en avoir besoin !
– Il avait promis de s’en aller quand je dormirais, mais il ne l’a pas fait.
Maintenant, Sophie ne veut plus que je vive chez elle !
Ma sœur a un regard pour moi tandis que je fouille dans la boîte à thé de
ma mère. Je lève le nez vers Dary et hausse les épaules dans un geste
embarrassé.
– Elle s’est faite virée de chez elle et tu l’as ramenée ici ?
Sérieusement ?
– Tu voulais que je fasse quoi ?
Je mets enfin la main sur ce foutu thé au jasmin.
– Haha ! nargué-je Snow en agitant le sachet sous son nez. Tu vois que
j’ai du thé au jasmin !
– C’est ta mère qui en a, pas toi !
– Donc, elle est toujours en pétard ! maugrée-je dans ma barbe.
– Mes affaires sont en bazar dans le coffre de la voiture d’Hazel,
maintenant ! continue-t-elle de gémir auprès de Dary.
– Je t’ai expliqué qu’on allait s’en occuper après le petit-déj’ !
– Et je vais les ranger où ? Je ne connais pas cette maison !
– Dis donc, blondinette, quand t’es en pétard, t’arrives bien à faire passer
le message !
– Je sais ce que Sophie veut ! Je connais les règles ! Elle m’a expliqué
et j’ai fait tout ce qu’elle m’a demandé ! Je ne sais pas ! J’ignore ce que
toi, tu veux !
– Toi ! C’est toi que je désire ! Je te veux ici ! J’ai besoin de savoir ce
que tu fais ! D’être certain que tu vas bien ! D’être dans ta bulle tout le
temps ! J’aimerais t’embrasser, te serrer dans mes bras, te faire l’amour…
– OH ! Je suis là !
J’ignore la protestation de ma sœur.
– Je dois savoir ce qui se trame dans ta tête, mais c’est pas simple avec
toi ! J’apprends moi aussi, Snow !
– Qu’est-ce qui se passe ici ?
La question de ma mère qui apparaît à l’entrée de la cuisine me faire
taire. Je me tourne vers elle un peu flippé à l’idée de devoir lui expliquer
pourquoi il y a une étrangère chez elle.
– M’man…
Sans surprise, tout son intérêt se porte sur Snow. Elle l’étudie un moment
avant que Blanche-Neige lui montre le sachet de thé qu’elle m’a presque arraché des mains tout à l’heure.
– Hazel m’a donné un sachet de votre thé au jasmin. C’est mon préféré.
Nerveuse, elle joue de ses mains en les battant l’une contre l’autre.
– Est-ce que vous avez du savon à l’huile d’olive ou de l’assouplissant
qui rend les habits tout doux ?
Ma mère clairement surprise me regarde.
– C’est Snow, m’man, lui appris-je un sourire confus en coin.
– D’accord… bonjour, Snow…
– Vous ne m’avez pas dit si vous avez du savon…
Je lève les yeux au ciel.
– Viens ici ! la coupé-je en lui indiquant un tabouret de l’autre côté de
l’îlot, juste à côté de moi.
Mais la bougresse ne bouge pas d’un iota.
– Je vais aller te chercher ce que tu veux, Snow, mais en attendant,
assieds-toi ! Je vais te servir ton thé.
Elle capitule et s’installe à la place que je lui ai indiquée.
Je prends la bouilloire, la remplis d’eau et la pose sur le piano de cuisine.
– M’man, commencé-je un peu nerveux. J’ai fait une connerie, hier.
– De quel ordre ?
– Je t’ai dit que j’allais chez Snow pour fêter son anniversaire, mais
c’était pas vraiment prévu ! Je me suis faufilé dans sa chambre, mais
j’avais pas tellement le droit !
– Hazel…
– Je l’ai prévenu plusieurs fois que les garçons sont interdits chez
Sophie !
– C’est bon, Snow ! Lâche-moi un peu !
– Pourquoi tu m’accuses ?! Je ne tiens même pas !
Dary pouffe de rire dans son coin. J’échange un coup d’œil avec ma
mère qui semble s’étonner du comportement de Snow.
– Elle est… elle a…
– Elle est autiste !
Je balance un œil mauvais à ma sœur. Elle hausse les épaules.
– Quoi ? C’est pas un drame !
Elle se tourne vers Snow.
– C’est un drame que tu sois autiste ?
– Je ne crois pas, non ! Je le suis depuis que je suis petite, j’ai
l’habitude maintenant !
Ma sœur me lance un regard genre : « Tu vois ! Qu’est-ce que je
disais ? » !
– Et c’est qui Sophie ? poursuit Dary.
– La dame chez qui je vis !
– Snow est en famille d’accueil !
– Ça, ça craint un max !
– Enfin, jusqu’à ce que je fasse le con et qu’elle ne veuille plus d’elle…
– T’es qu’un blaireau !
Je ne prête pas attention à l’insulte de Dary.
– M’man, en septembre, elle entre à Exeter ! Elle vivra sur le campus,
mais en attendant, j’ai besoin qu’elle reste ici !
Ma mère se pince les lèvres en observant Snow qui a les yeux rivés sur
son sachet de thé.
– S’te plaît ! Je ne veux pas qu’elle s’en aille. Je pourrais sûrement
arranger le coup avec cette sorcière de Sophie, mais j’ai pas envie ! Je me
sens bien quand elle est près de moi !
Ma mère échange une œillade interrogatrice avec Dary.
– Je la vois déjà au bahut, je peux m’en sortir si elle crèche ici.
– Bon, OK ! Elle peut rester !
Je souris comme un gamin avant d’embrasser ma mère. La bouilloire se
met à siffler. Je m’empresse de servir Snow. Elle ne perd pas une minute
pour plonger son sachet de thé dans l’eau frémissante.
– Mais de rien, trésor ! C’est un plaisir !
Elle ne prête aucun intérêt à mes propos et reste focalisée sur sa tasse.
– Elle est de meilleure humeur d’ordinaire, dis-je à ma mère. Mais ce
matin, elle est en colère après moi.
– J’ai l’impression, oui !
Après avoir fait du café pour ma mère et moi, je m’installe sur le
tabouret voisin de celui de Snow.
– Tu veux manger un truc ?
Elle secoue la tête.
– Je vais te faire visiter la maison après. D’accord ?
– Elle est jolie.
Je souris.
– Je te l’avais dit !
Même si j’ai peur qu’elle me rejette, je me penche vers elle et l’embrasse
dans le cou. Pourtant, elle n’a aucune réaction.
– J’entre de nouveau dans la bulle ?
Elle me fait « oui » de la tête.
– Cool ! Ça va bien se passer, ne t’inquiète pas !
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... A14
– Merde, Hazel ! On va être à la bourre !
– Putain, lâche-moi Dary !
Voilà dix minutes que j’essaie de mettre la main sur ces foutues
oreillettes et toujours rien !
– Elles étaient posées là ! ne cesse de me répéter Snow, qui regarde
fixement le bureau dont j’ai vidé le contenu hier afin qu’elle puisse s’y
installer pour étudier.
Malheureusement, c’est à peu près la seule place que j’ai pu lui faire
dans tout mon foutoir. Pour le moment, ses fringues sont posées dans un
coin de la chambre. Je dois absolument m’occuper de ça aujourd’hui, mais
en attendant, dans tout ce désordre, elle a perdu ses oreillettes et c’est la
grosse merde !
– Trésor, tu viens de me le dire pas loin de vingt fois, mais je te jure que
ça m’aide pas à les retrouver plus vite !
– Les cours commencent dans dix minutes, bordel ! s’excite ma sœur
qui se tient sur le palier, les bras fermés sur le haut de son corps.
– Bah, sors-toi les doigts du cul et file-moi un coup de main pour trouver
ses putains d’oreillettes au lieu de gueuler ! Ça sera plus utile !
– Dix minutes, répète Snow. Je vais être en retard à mon cours de
mathématiques.
La voilà en train de consulter sa montre.
– Eh merde !
Je retourne tout ce qui peut l’être dans ma piaule à une vitesse grand V.
– Et elle est obligée de les avoir ?
– Ça la protège du bruit ! Elle y est très sensible ! Elle peut partir dans
un mauvais trip…
– Ouais, je suis au courant ! Je l’ai déjà vue faire !
– Elle a eu des crises au bahut ?
– Bah d’où tu crois que ça lui vient le surnom de « Bizarroïde » ?!
Quand une nana se met à se taper la tête contre le mur à la cantine, ça fait le
tour du lycée en quelques minutes.
– Vous êtes tous des demeurés, sérieux !
– À t’écouter, c’est moi qui lui ai donné ce surnom ! J’y suis pour rien
et je lui ai jamais rien fait !
– C’est vrai ! rebondit Snow. Dary n’est pas méchante !
Ma sœur a une moue sarcastique. Je m’assieds sur le lit et prends les
mains de Snow dans les miennes.
– Blondinette, je trouve pas tes oreillettes, mais là, j’ai plus le choix, je
vais devoir vous déposer au lycée…
– Je ne peux pas y aller sans !
– Je vais revenir et les chercher ! Tu les auras avant la fin de ton cours
de maths, je te le promets !
– Le bruit ça me fait…
– Souffrir ! Je sais ! Et je te jure que je rentre direct à la maison pour
les retrouver et dès que c’est fait je vous rejoins au lycée pour te les
donner !
– Je les avais posés sur le bureau, hier !
– Et c’est le foutoir ici, j’en ai conscience ! Ce soir, quand tu reviendras
des cours, ça sera nickel et tu pourras ranger tes affaires comme tu le sens.
Mais pour le moment, tu vas te rendre au lycée. En plus, tu es en maths, ce
qui veut dire que Dary sera avec toi !
Je me tourne vers ma sœur.
– Tu vas rester avec elle !?
– Oui, t’inquiète ! Je vais m’occuper de ta nana !
– Je sais très bien m’occuper de moi !
– J’en doute pas, trésor ! Mais rien ne t’oblige à être seule, là-bas. Tu
peux rester avec Dary, vous pouvez manger ensemble et étudier…
– Et se faire coller ensemble ! Vu que c’est ce qui va se produire
tellement on est en retard !
– Ouais !
Je me lève, prends les clefs de ma bagnole en tirant Snow derrière moi.
– Mais, mes oreillettes…
J’ignore ses protestations et la fais monter à l’avant de la voiture. Sur le
trajet entre mon domicile et le lycée, Snow est très silencieuse et je ne sais
pas vraiment comment l’interpréter. Finalement, je me gare devant la grille
du bahut deux minutes avant la sonnerie de leur premier cours. Snow
s’apprête à sortir quand :
– J’ai pas le droit à un baiser, ce matin ? lui réclamé-je avant qu’elle
descende.
Et je n’ai comme réponse que sa portière qui claque. Les doigts enfoncés
dans ma chevelure pour la ramener en arrière, je l’observe s’éloigner en
soupirant.
– T’es qu’un sale con ! me dis-je à moi-même en la voyant remonter
l’allée au pas de course.
Je m’y prends comme une bite avec elle ! J’enchaîne les boulettes et
c’est elle qui en subit les conséquences.
Pour la petite histoire, celle que je n’ai pas racontée à Snow sous peine
qu’elle me rejette, j’ai touché à ses oreillettes parce que je voulais voir un
truc dessus. Après, je les ai posées quelque part et je ne sais plus où !
Je redémarre direction la maison. Je dois absolument rattraper ma
connerie avant que ça ne dégénère en crise de panique.
Moins de dix minutes plus tard, je me gare devant chez moi. À
l’intérieur, ma mère est levée. Elle a suivi mon conseil de l’autre soir et a
pris quelques jours de vacances.
– Bonjour, m’man !
Je ne perds pas une minute et me rue vers l’escalier.
– Salut ! C’est moi où c’était un peu agité, ce matin ?
Je rebrousse chemin. Appuyé contre la rambarde, j’observe ma mère qui
fait la vaisselle dans la cuisine.
– J’ai paumé les oreillettes de Snow ! Je ne les ai pas encore retrouvées
et elle flippe à l’idée d’être au bahut sans les porter !
– Haze…
– Ouais, je sais… dis-je coupable. Je foire tout avec elle…
– Je pense que tu ne mesures pas ce que ça implique de vivre avec une
personne autiste…
– Bah, non ! Clairement pas ! Mais je m’en tape qu’elle soit autiste !
C’est elle que je désire !
– Mais Snow et son TSA ne sont pas différenciables ! La vouloir, c’est
accepter l’autisme ! Ce qui t’impose de t’adapter à elle !
– J’en ai conscience et ça me fait pas peur, mais je suis perdu, moi !
– Tu as peut-être besoin qu’on te guide ! Je ne suis pas très calée sur le
sujet, mais je peux peut-être demander autour de moi.
– Snow va dans un groupe dédié aux autistes ! Je pourrais peut-être y
assister avec elle, question d’en apprendre un peu plus.
– Ça me semble être une bonne idée si tu as le droit de t’y rendre.
– Je verrai ça avec elle !
– Ensuite, il faut que tu lui demandes ce dont elle a besoin pour se sentir
bien ici. Personne n’est mieux placé qu’elle pour te faire part de ce qu’il lui
faut pour trouver son équilibre dans cette maison.
– Tu as sûrement raison ! Je me suis bien débrouillé avec elle jusque-
là ! Je l’ai mise en confiance et j’ai pu créer un lien avec elle. Finalement,
c’était facile lorsqu’il était question de la séduire ou de terminer dans son
lit, mais quand il s’agit de vivre avec elle 24 heures sur 24, j’enchaîne les
boulettes.
– En parlant de finir dans son lit… me dit ma mère avec une certaine
hésitation. Je suis trop jeune pour devenir grand-mère, Hazel Keegan !
Je glousse.
– T’inquiète ! C’est mort ! J’ai déjà assez à faire avec ma nana ! Et
puis, elle est hyper calée sur le sujet ! Pas de contraception, pas de sexe !
C’est sa devise !
– Je suis heureuse de l’entendre !
– Par contre, il faudrait que je m’occupe de ça… je pourrais l’amener
chez ton médecin… tu sais… pour toutes ces histoires de pilules…
Ma mère se marre, sûrement parce que j’ai l’air niais en parlant de ça
avec elle. D’ordinaire, mes coucheries ne durent pas suffisamment pour que
je me soucie de ce genre de détail. Du coup, j’ai jamais baisé sans capote !
Mais entre Snow et moi, les choses sont différentes. Je dois anticiper que
cette fois, je désire que ça aille plus loin…
Bien plus loin…
– Je peux prendre rendez-vous chez mon médecin, pas de problème ! Et
si tu préfères, je la conduirai !
– Je vais lui en toucher deux mots ! Maintenant, je vais aller trouver ces
foutues oreillettes pour lui amener au plus vite !
– OK !
Je franchis le seuil de la chambre quand :
– Dary –
Putain, grouille-toi, Haze ! Elle va pas bien !!!
– Hazel –
Où est-elle ? Elle fait une crise ?
– Dary –
En cours ! Non, mais elle est super nerveuse !
– Hazel –
Je fais au plus vite !
Terrifié à l’idée que Snow puisse être prise d’une autre crise de panique à
l’école, je redouble d’efforts pour retrouver ses oreillettes. Je retourne tout
dans la pièce qui finit s’en dessus-dessous en moins de deux. Toujours
rien !
– Mais putain, c’est une blague !
Je commence à défaire les draps, le matelas, tout y passe. Et là,
alléluia ! Je les repère enfin ! Elles avaient glissé dans l’encadrement du
lit. Je me jette sur mon portable pour rassurer Dary.
– Hazel –
Je les ai, j’arrive !
Ma sœur prévenue, je remonte dans ma voiture et roule jusqu’à au lycée
où je me rends au service administratif. Je tombe sur une conseillère qui
bossait déjà là quand j’étais élève ici. Elle sortait de l’université lorsqu’elle
s’est fait embaucher. C’était il y a plus de quatre ans pendant ma dernière
année de lycée.
– Oh, bonjour, Hazel !
– Bonjour !
– C’est un plaisir de te revoir, me dit-elle avec un grand sourire.
– Ouais, j’imagine que j’ai manqué à ce bahut…
Elle ricane, mais ce n’est pas mon cas. Surtout quand elle s’empourpre.
– Euh… je dois voir une des élèves de terminal.
– Dary, je suppose !
– Non, Snow Ashford ! J’ai ses oreillettes ! Elle les a oubliées à la
maison, ce matin.
– Snow ?
– Ouais, elle est en maths en ce moment ! Il faut qu’elle ait ses
oreillettes, sinon elle risque de se sentir agressée par le bruit et faire une
crise de panique. D’ailleurs, faudrait changer deux ou trois trucs dans son
dossier ! Elle vit chez moi maintenant ! Et…
Je prends le stylo posé sur le comptoir et un bout de papier qui traîne là,
un dépliant pour je ne sais pas trop quoi, et y inscris mes coordonnées.
– Au moindre problème avec elle, je dois être averti immédiatement.
– Mais Snow est placée…
– Snow est une adulte ! Elle n’a plus besoin de l’assistance de qui que
ce soit ! Alors, elle était peut-être sous la tutelle de cette Conley, mais c’est
fini maintenant qu’elle est majeure !
– Je suppose oui ! Il faudrait voir avec la psychologue s’il n’y avait pas
une curatelle due à son handicap…
– Elle est autiste, pas handicapée ! Et si elle est sous curatelle,
j’aimerais bien en être informé parce que c’est mort, elle n’a pas besoin de
ça !
– C’est sûrement plus complexe que ça !
– Pas de mon point de vue ! Snow est intelligente et parfaitement
autonome. Mais si le psy et les services sociaux faisaient convenablement leur boulot, ils sauraient qu’elle était plus que livrée à elle-même chez cette
vieille bonne femme aigrie ! Elle arrive très bien se gérer ! Alors, je sais
pas moi, faites votre job…
Son regard s’embrase lorsque je lui balance ça à la tronche...
Et je m’en tape « royal » !
– Mettez mes coordonnées dans son dossier que je sois prévenu si quoi
que ce soit ne va pas avec elle. Si la psy, ou je ne sais qui, veut qu’on en
parle, pas de souci de mon côté, mais Snow reste avec moi ! Maintenant,
ma copine a besoin de ses oreillettes, dans quelle classe se trouve-t-elle ?
– En 12-B, me répond-elle agacée.
Je lui sors mon sourire le plus hypocrite.
– Merci !
– Attends, Hazel ! Tu ne peux pas y aller tout seul !
– Ouais, super ! Vous fatiguez pas, je connais le chemin !
– Mais…
J’ai déjà claqué la porte.
Quitte à venir jusqu’ici, je vais faire passer un message à tous ces petits
connards qui l’emmerde.
Je quitte la partie administrative pour me rendre dans le bâtiment
principal. Sur trois étages, il accueille près de deux mille élèves. Comme ce
bahut n’a aucun secret pour moi, je ne mets pas de temps à rejoindre la salle
de cours en question. Je toque et ouvre la porte. Forcément, tous les regards
se tournent vers moi. Tous sauf celui qui m’intéresse. Je jette un coup d’œil
au prof de maths.
Lui aussi je le connais et pas qu’un peu !
C’est Oliver, le père de Charlie et accessoirement le meilleur pote du
mien.
– Hazel ?
– Salut, Oliver ! Je dois parler à Snow !
– Snow ?
– J’en ai pour une minute. Elle a oublié ses oreillettes, ce matin !
– Oh… je la trouvais nerveuse depuis le début du cours.
– Ouais, c’est de ma faute !
Mais ma Blanche-Neige n’a toujours pas capté que j’étais là. Non, elle
est agitée sur sa chaise et tente de se concentrer sur son bouquin, mais à sa
manière de se triturer les cheveux, je sais qu’elle lutte contre ses angoisses.
– Trésor !?
Mais Snow ne réagit pas. C’est Dary qui s’approche pour lui taper sur
l’épaule. Snow abandonne son livre de maths. Ma sœur échange un mot
avec elle. Elle lève enfin les yeux vers moi. Je lui tends la main.
– Viens !
Elle marche dans ma direction, une main à son oreille.
– Il y a trop de bruit…
La voir le regard rempli de larmes me rend dingue. J’ai envie de foncer
sur elle pour la prendre dans mes bras, mais je risquerais de faire éclater la
bulle.
– Je sais. Je les ai retrouvées.
Elle sort. Je ferme la porte derrière elle et la guide jusqu’aux toilettes les
plus proches. Là, je la positionne contre les lavabos et lui présente la boîte
où sont rangées ses oreillettes. Elle semble soulagée en les voyant.
– Elles avaient glissé dans le lit.
– Mais elles étaient sur mon bureau.
– Je sais, mais hier, je les ai prises pour regarder un truc.
Je fais la moue.
– Je suis désolé, blondinette. C’est de ma faute tout ça…
– Pourquoi as-tu fait ça ?
– Je voulais connaître la marque pour vérifier quelque chose. Je
t’expliquerai ça à la maison. Je devais faire des recherches sur le Net.
Pardonne-moi de ne pas les avoir remises à leur place.
– Je déteste ne pas les avoir !
– Je sais, pardon !
J’entre dans un cabinet et prends un bout de papier pour essuyer sa jolie
bouille.
– Je suis nul, excuse-moi. Je veux tout faire bien et je suis à côté de la
plaque à chaque fois !
– Je ne comprends pas…
J’ai un rictus.
– C’est pas grave. On en parlera, ce soir. Il faut qu’on mette une
organisation en place à la maison pour que tu te sentes bien. Là, je vais
ranger ma chambre. Quand tu rentreras, tu n’auras plus qu’à installer tes
affaires, d’accord ?
– OK !
– Maintenant, tu vas retourner en maths et bosser !
– Oui !
– Je veux que tu tiennes compagnie à Dary quand tu n’es pas en cours.
Déjeune avec elle à midi. Je suis plus tranquille de vous savoir ensemble.
Depuis la mort de mon père, elle reste toute seule dans son coin. Ça lui fera
du bien à elle aussi de ne plus être en retrait des autres.
– Je mangerai avec elle.
– Et moi, je vous attendrai devant le bahut à 15 h !
Lentement, je pose une main sur sa joue et m’approche avec prévenance
avant de l’embrasser tendrement. Elle se laisse faire. Mon baiser redouble et
Snow répond en desserrant les lèvres. Je ne rejette pas une invitation aussi
belle et enfouis ma langue entre elles. Je la sens clairement se familiariser avec nos baisers et ça me donne des ailes. Je pose mes mains sur ses
hanches et l’attire à moi de sorte que nos corps soient plaqués l’un contre
l’autre.
– Je tiens tellement à toi, Snow, chuchoté-je contre sa bouche en
l’abandonnant à regret.
Dans un geste adorable, elle fait courir son pouce sur ses lèvres. Je
souris.
Capturant sa main dans la mienne, je la guide à travers le couloir pour la
ramener à sa salle de cours. Je lui ouvre la porte et l’invite à regagner sa
place. Je fais un pas dans la pièce et m’adresse à l’ensemble de la classe.
– Le premier qui l’emmerde encore une fois, je vais le retrouver et lui
enfoncer la tête si profondément dans son cul qu’il ne reverra plus jamais la
lumière du jour.
– Hazel ! s’exclame Oliver.
Du bout de mon index, je balaie l’ensemble de la classe.
– Je serais plus que ravi de foutre une branlée aux petits enfoirés qui font
chier ma nana ! Faites bien passer l’info !
– Tu as fini ton numéro !?
Je lève les mains.
– J’ai rien d’autre à ajouter.
Je croise le regard de ma sœur qui se marre. Je lui fais un clin d’œil et
me casse.
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