L'amour en A, Snow & Hazel
À mon réveil, le lendemain matin, je…
... A26
À mon réveil, le lendemain matin, je me réjouis de découvrir Snow
paisiblement endormie auprès de moi. Finalement, elle a réussi à trouver le
sommeil, même si elle a été agitée pendant un moment avant de rendre les
armes. J’ai bien essayé de bavarder avec elle, de la rassurer, mais rien n’est
moins simple avec elle. Lorsque la fatigue l’a enfin emportée, j’ai pu
m’assoupir à mon tour et ce n’était pas de refus. J’étais vanné !
Mais ma nuit n’a pas été des plus longues. Après avoir dormi moins de
quatre heures, me voilà fraîchement douché et habillé à siroter un café dans
une cuisine désertique. Ma mère est rentrée à l’aube du travail, ma blonde
dort à poings fermés, ma sœur également.
La tête un peu en vrac, comme si j’avais trop picolé la veille, je prends
ma tasse de café et mes clopes avant de me rendre dans le jardin. Assis sur
le banc en bois qui borde la façade de la maison, je m’en grille une alors
que le soleil réchauffe déjà l’air.
De l’agitation à l’intérieur attire mon attention, il ne s’agit
malheureusement que de Dary. Lorsqu’elle s’aperçoit de ma présence, elle
ouvre la porte de la cuisine et sort pour se joindre à moi.
– T’es venu la kidnapper pendant la nuit ?
Elle s’assied près de moi et me taxe une clope.
– Non, mais tu l’as tellement bien surveillée que tu n’as pas vu qu’elle
s’était relevée au beau milieu de la nuit…
– La surveiller ? C’est pas une gosse !
– Je n’ai pas dit ça, mais c’est comme ça avec Snow, faut toujours avoir
un œil sur elle quand elle ne se sent pas bien !
– Et c’est à cause de qui ?!
– De toi !
– Pardon !?
– Tu n’avais pas à débarquer comme tu l’as fait en l’exposant ainsi !
J’allais tout lui dire pour la tournée, j’allais lui proposer en douceur de
m’accompagner ! Mais tu n’as pas pu t’empêcher de venir nous faire ton
petit numéro et ma copine en a payé les frais !
J’écrase ma clope dans le cendrier avec autant de colère que l’attitude de
ma sœur provoque en moi.
– Je sais que tes intentions étaient bonnes et je pense que tu aimes
beaucoup Snow, mais tu aurais pu lui éviter de vivre une soirée aussi
pénible. Maintenant, elle tourne en rond dans la cuisine en pleine nuit parce
qu’elle ne sait plus où elle en est !
– J’étais furieuse quand Charlie m’a parlé de la tournée, de la fête que
vous aviez organisée…
– Sauf que ta colère était dirigée contre Charlie et que finalement, c’est
ma Snow qui a payé l’addition.
– Je ne voulais pas…
– Je sais…
Je lui ébouriffe sa tignasse noir ébène.
– Vous avez discuté cette nuit ?
– Ouais, et c’est pas gagné !
– Tu lui as parlé du fait qu’elle pourrait partir avec toi ?
J’acquiesce.
– Et ?
– Et elle souhaite aller étudier à l’université ! Elle n’a que ce mot à la
bouche !
– Laisse-lui le temps d’y penser !
– J’ai pas tellement le choix…
– Je suis désolée d’avoir fichu la merde entre vous.
– Je ne nous ai pas facilité les choses en acceptant de partir !
Ma sœur me tapote doucement le bras.
– Hazel !
Je suis son regard et découvre Snow qui patiente devant la porte.
– Trésor !
Je me précipite dans sa direction et rentre dans la maison, suivi par Dary.
– Salut !
– Bonjour !
– Salut, Snow !
– Bonjour, Dary !
Ravie qu’elle soit enfin debout, qu’une nouvelle journée s’offre à nous
après le désastre de la veille. Je coule mes mains dans celles de Snow pour
la conduire autour de l’îlot afin de lui servir son petit-déjeuner.
– Je te fais un thé ! Après, on va s’habiller et aller faire un tour ! Il faut
qu’on parle de tout ça…
Mais Snow me repousse doucement. Le regard arrêté sur ses pieds, elle
reste plantée au milieu de la cuisine.
– Trésor ?
– Je ne veux plus être ta petite-amie, Hazel !
Je plisse le front.
Hein ?
– Qu’est-ce que tu as dit ?
– Tu vas t’en aller et je n’ai pas envie de venir avec toi ! Tu as menti, tu
n’as pas tenu ta promesse ! Je ne peux plus être ta petite…
Une vive sensation de panique s’empare de moi alors qu’elle s’apprête à
répéter ces quelques mots. J’ai l’impression soudaine de suffoquer.
– Non, mais attends…
De son côté, Snow semble encaisser la chose bien plus facilement que
moi. Avec un naturel déroutant, compte tenu du fait qu’elle vient de me
plaquer en présence de ma sœur, elle s’adresse à celle-ci.
– Dary, est-ce que je peux rester avec toi ? Je ne sais pas où je peux
aller ?
– Où tu peux aller ?
– J’ai emménagé dans votre maison parce qu’Hazel voulait que j’habite
avec lui, mais il va partir alors…
– Trésor, l’appelé-je la gorge nouée.
Elle ne relève même pas que je viens de m’adresser à elle.
– Dary, je peux vivre avec toi, s’il te plaît ?
– Euh…
Dary me lance une œillade hésitante. Clairement, elle ignore comment
réagir face à Snow.
– Bien sûr…
– Mais Snow !
Avec prévenance, j’attrape son poignet, mais elle se retire et prend, sans
attendre, la direction du premier étage.
– Blanche-Neige ?
Sans parvenir à réaliser ce qu’il vient de se produire, je la regarde
disparaître.
– Mais qu’est-ce qu’elle me fait ?
– Tu devrais aller lui parler !
– J’ai pas l’impression qu’elle a vraiment envie de ça…
– Haze, elle pleurait ! Je crois que tu devrais aller la voir !
– Eh merde !
Je prends les escaliers.
– Je suis désolée…
Les excuses de ma sœur ne me font pas réagir. Je suis trop paumé entre
mon futur départ et le fait que ma nana vient de me jeter pour avoir envie
d’y prêter intérêt.
En me rendant au premier, je fais un rapide crochet par notre chambre
afin de m’assurer que Snow n’y soit pas. Vu qu’elle est absente, je peux
supposer qu’elle a déjà pris ses quartiers dans celle de Dary. Ni une ni deux,
je m’y rends avec la ferme intention de couper court à cette connerie de
rupture ! Lorsque je pousse la porte de la chambre laissée entrebâillée, je
découvre ma blondinette assise sur le rebord du matelas. Le dos tourné, elle
semble regarder par la fenêtre.
– Snow ?
N’obtenant aucune réponse de sa part, je contourne le lit pour prendre
place sur la chaise de bureau de Dary. Je dois la jouer serrée pour la
ramener vers moi et lui donner l’impression que je l’étouffe ne m’aidera pas
aujourd’hui.
– Est-ce qu’on peut parler de ce que tu viens de me faire ?
Tout ce que je recueille ce sont de nouvelles larmes.
– Eh merde…
Brisant la réserve que j’ai souhaité instaurer entre nous, je m’agenouille
devant elle et prends son visage entre mes mains en dégageant ces larmes
que je ne supporte pas.
– Pourquoi est-ce que tu pleures, trésor ?
– Je ne sais pas…
– Es-tu certaine de désirer qu’on se sépare, Snow ? Parce que moi je
crois que l’idée de ne plus être ma copine te rend malheureuse ! Je me
trompe ?
– Je ne sais pas…
De nouvelles larmes apparaissent.
– Pourquoi tu ne veux plus qu’on soit ensemble ?
– Tu vas partir !
– Et je t’ai demandé de venir avec moi ! Tu n’en as pas envie ?
Elle secoue la tête.
– Pourquoi ?
– Je dois aller à l’université pour étudier.
– Mais tu pourras le faire, même si tu m’accompagnes pendant la
tournée ! Je peux te montrer !
– Ça me fait peur ! C’est trop compliqué pour moi !
– Tu n’as pas à ressentir ça, tu seras avec moi…
– Tu m’as menti, Hazel !
– Snow, me lamenté-je en enfonçant ma tête dans ses jambes. Ne fais pas
ça, s’te plaît ! Viens avec moi, je t’en prie ! Je ne veux pas te perdre !
– Reste avec moi !
– Je ne peux pas, j’ai pris un engagement !
Je sens ses doigts dans mes cheveux encore humides.
– Je t’aime, Snow, marmonné-je, la voix déformée par ma peine. J’ai
jamais eu envie de faire un choix entre toi et la musique. J’ai vraiment
pensé que tu viendrais avec moi…
– Je ne suis pas assez simple pour être avec toi…
Je me redresse brusquement.
– Tu fais erreur ! Tu es parfaite pour moi. Si tu m’accompagnais, je
pourrais te le prouver.
– Tu veux aller faire tes concerts et je n’ai pas envie de venir avec toi !
C’est trop pénible pour moi ! J’aime ta musique, mais ça fait trop de
bruit ! J’ai besoin de mes habitudes, il faut que je vive dans un endroit que
je connais, je veux étudier à Exeter avec Dary.
Je lève mes yeux embués de larmes, eux aussi vers elle. Du bout des
doigts, je câline sa joue.
– Et moi, tu ne m’aimes pas, c’est ça ?
– Je l’ignore…
– Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? J’ai conscience d’être
parfois maladroit, mais je t’aime plus que tout ! J’ai eu l’impression que tu
étais heureuse avec moi.
– J’adore vivre ici avec toi, Dary et Lorna. J’aime quand on fait l’amour
ou que tu me prends dans tes bras parfois, mais je ne connais pas l’amour !
Tu es gentil, mais comment savoir si je suis amoureuse de toi ?
– Snow, je t’en supplie, viens avec moi, trésor, l’imploré-je en saisissant
sa taille entre mes mains. Tu ne trouveras jamais la réponse à cette question
si on n’est plus l’un près de l’autre. Je te désire tellement !
– L’amour est trop complexe pour les autistes.
– Tu te trompes, je t’assure ! Tu en as peur, mais ça ne veut pas dire
que…
– Je n’ai pas peur de l’amour, je ne le ressens pas !
– Tu m’as dit l’autre jour que tu aimais être avec Dary, que passer du
temps en sa compagnie était agréable. Tu n’éprouves pas la même chose
avec moi ?
Pour toute réponse, elle secoue la tête.
Alors, le problème est là !
Depuis le début de notre relation, j’essaie de la rendre heureuse qu’elle
se sente épanouie auprès de moi avec l’espoir qu’elle me destinera des mots
doux, des gestes tendres, et j’ai la sensation d’échouer quand je n’ai que ses
silences. Je me disais que je m’y prenais comme un pied, que je n’arrivais
pas à faire d’elle une jeune femme bien dans sa peau. Mais pour faire toutes
ces choses, elle doit être amoureuse ! Et visiblement, ce n’est pas le cas !
Je le redoutais ! Aujourd’hui, c’est une évidence !
J’esquisse un sourire discret avant de glisser mes doigts dans ses
cheveux.
– Je pense que tu peux vivre une vraie relation avec un mec que tu
aimeras, que ce n’est pas aussi difficile que tu le crois. Le problème c’est
que je ne suis pas ce type-là ! Ce n’est pas toi qui ne vas pas, c’est moi !
Je dépose un baiser sur sa joue.
– Je t’ai forcé la main depuis le premier jour parce que je me suis épris
de toi. J’ai voulu que tu voies, que tu éprouves les choses comme je les
ressentais, mais la vérité, c’est que tu as essayé de me faire plaisir avant
tout, quitte à sacrifier ce que tu désires. Je te demande pardon, Snow…
J’embrasse une dernière fois ses lèvres renversantes de sensualité, elle
me laisse faire comme toujours.
– Je t’aime…
J’abandonne sa bouche pour me relever.
– Je vais prendre mes fringues et me tirer chez Charlie en attendant
qu’on aille à Londres. Tu peux rester dans ma chambre !
Je dégage son épaule de sa longue chevelure blonde.
– Dary et ma mère veilleront sur toi, ne t’inquiète pas ! Tu es chez toi
ici, même si on est plus ensemble, tu comprends ?
– Oui !
J’attrape son menton et la force gentiment à lever le nez vers moi.
– Snow, ce n’est pas à cause de ton TSA que ça n’a pas marché ! Tu ne
ressens simplement rien pour moi, c’est tout ! N’arrête pas de croire en
l’amour !
J’embrasse le haut de sa tête.
– Je t’aime, mon trésor…
Après m’être accordé un instant pour la regarder une dernière fois, je fais
le tour du lit et quitte la pièce en la laissant derrière moi. Dans ma chambre,
je prends un sac de voyage et y fourre le plus de fringues possible.
– Hazel ?
Je n’arrête pas ce que je suis en train de faire quand Dary apparaît sur le
seuil.
– Je m’en vais chez Charlie !
– Mais…
– Elle ne veut pas de moi ! m’écrié-je en jetant un nouveau tee-shirt
dans mon sac avant de me redresser en poussant un soupir frustré.
J’assène un coup de pied dans la porte qui revient aussitôt vers moi. Je la
frappe à nouveau.
– Fais chier !!!
– Elle est seulement déboussolée parce que tu t’en vas !
– Non, Dary !
Je me laisse tomber sur mon lit avant d’enfouir mon visage dans mes
mains.
– Elle ne m’aime pas, c’est tout ! Il y a un moment que je le redoute,
mais j’ai pas voulu voir la vérité en face parce que je l’aime trop pour me
l’avouer. Sauf que là, je ne peux plus me voiler la face !
– Alors tu t’en vas ?
– Jusqu’à ce qu’on se tire à Londres, oui !
– Tu fais une connerie, Hazel !
– Non, pour la première fois depuis que je suis tombé amoureux de cette
nana, je fais vraiment un truc pour elle : je me casse loin d’elle !
Je me pince l’arête du nez pour chasser les larmes qui me menacent.
– Ce qui me fait le plus chier dans tout ça, c’est que tout ce qu’elle m’a
donné, tout ce qu’elle m’a laissé lui faire au cours des dernières semaines,
elle l’a fait pour me faire plaisir !
– Hazel…
– Merde, m’écrié-je en pressant la paume de mes mains contre mes
paupières humides. C’est quoi mon putain de problème ?!
– T’es amoureux, me dit gentiment Dary.
– Ouais…
Je ferme mon sac de voyage et m’en empare.
– Bah, l’amour c’est de la merde !
– Je peux faire un truc pour toi ?
Sur le palier, je me retrouve nez à nez avec Snow qui joue des mains
comme d’habitude.
– Veille bien sur elle, c’est tout !
Je dégringole les marches avec empressement. Tout ce que je veux est
me tirer de là.
– Et dis à m’man qu’elle m’appelle quand elle sera debout !
La réponse de ma sœur ne me parvient pas. J’ai déjà quitté la maison.
OceanofPDF.com