L'amour en A, Snow & Hazel
Bonsoir, ma jolie Blanche-Neige ! Qu’est-ce que…
... A11
– Hazel –
Bonsoir, ma jolie Blanche-Neige ! Qu’est-ce que tu fais en cette belle soirée ?
Étendu sur mon lit, le bras replié sous ma tête, je fais tourner mon
portable entre mes doigts en priant pour avoir une réponse de Snow. Je
l’attends, je l’espère, parce que ce soir encore le souper a été tendu entre ma
mère et ma sœur. Ça me rend dingue de les voir se chamailler de la sorte
alors que leur douleur est la même. Je comprends Dary. Je reconnais que ma
mère s’est un peu déconnectée de notre réalité à la maison au fil des mois.
Au début, juste après la mort de papa, elle était très présente pour nous.
Elle a mis sa peine de côté pour nous offrir un soutien dans cette
douloureuse période. Elle cachait ses sentiments. Mais avec le temps, elle
n’a plus été capable de l’ignorer. Je l’ai vue se perdre dans son chagrin et,
pas une seule fois, elle ne m’a pas laissé l’aider. J’ai souvent essayé de
discuter avec elle, en vain.
Dary a senti la descente aux enfers de ma mère. La dépression nous la
vole un peu plus chaque jour. J’ai la sensation que son travail lui permet
d’oublier l’absence de mon père. Je sais qu’elle voit un médecin, qu’elle
prend des cachetons, mais rien n’y fait !
Alors quand elles s’engueulent, je suis tiraillé entre la douleur de ma
sœur que je respecte et celle de ma mère qui est totalement paumée. Je suis impuissant, c’est ça le plus dur.
Voilà pourquoi je prie pour que Snow me réponde, je souhaite qu’elle
mette un peu d’elle dans ce foutoir, qu’elle chasse ce qui me noircit le cœur
grâce à cette aura de simplicité et de pureté qui l’enveloppe.
– Blanche-Neige –
Je lis. Et toi ?
« Et toi ? » ! Visiblement, elle se familiarise avec les règles d’usages
d’un dialogue entre deux personnes. Même si j’ai parfois la sensation de la
bousculer, ça porte ses fruits !
– Hazel –
Physique quantique ? Moi, je pense à toi !
– Blondinette –
Non ! Sophie m’a offert Alice aux pays des merveilles de Carroll Lewis. Je l’ai déjà lu, il y a
longtemps, mais j’aime bien le fait de le relire.
– Hazel –
Elle t’a fait un cadeau ?! Mais qu’est-ce qui lui prend ? Elle n’est pas si maléfique alors…
– Blondinette –
C’est à l’occasion de mon anniversaire !
Je me mets à l’équerre dans le lit.
Comment ça « mon anniversaire » ? C’est une plaisanterie ?!
Je compose son numéro. Elle décroche à la première sonnerie.
– Allô !
– C’est quoi cette histoire ?! Tu as fêté tes dix-huit ans ? C’est quand
ton anniversaire ?
– C’est aujourd’hui !
– Mais Snow ! C’est le genre d’infos que j’aimerais avoir à ton sujet.
– Pourquoi ?
– Tu te souviens lorsqu’on a parlé du fait que tu es ma petite-amie ?
– Oui…
– Eh bien, c’est exactement ce qu’on fait quand on est en couple ! On
célèbre nos anniversaires…
– Je ne pensais pas…
– Même sans parler de ça, tu as dix-huit piges ! C’est énorme ! Ça se
fête !
– Sophie m’a fait un gâteau et elle m’a offert un livre.
– Je m’en fous de ce que Sophie a fait ! Je te parle de moi ! J’aurais
voulu le célébrer, te faire un cadeau, être avec toi !
– Je ne savais pas…
– C’est pas grave… je vais faire en sorte de rattraper le coup au plus
vite…
– Si tu en as envie, d’accord…
– Je t’appelle demain pour te dire ce qu’on fait !
– OK !
– Je te laisse retourner à ta lecture…
– À demain !
– Hé ! Snow ! l’interpellé-je avant qu’elle raccroche.
– Oui, Hazel ?
– Bon anniversaire, trésor !
– Merci.
– Bye !
Mais ces quelques mots échangés ne suffisent ni à balayer le sentiment
amer que m’a laissé ce dîner avec ma famille et encore moins l’impression
de « rater » que me provoque le fait d’avoir loupé l’anniversaire de Snow.
Je n’arrive pas à réaliser qu’elle a dix-huit ans aujourd’hui et de ne pas
l’avoir vue à cette occasion. Je me souviens qu’à l’époque de mon dix-
huitième anniversaire, mes parents avaient organisé une grande fête pour
célébrer l’événement Il y avait notre famille et certains de mes potes. J’ai
passé un super moment. Et me dire que Snow ne connaîtra pas ça, qu’elle
ne l’a même jamais vécu, me fout les boules !
– Et puis merde !
Je bondis du lit et fonce en direction de ma commode. J’en sors un tee-
shirt et un jeans. Je les enfile en vitesse, attrape ma veste en cuir, les clefs
de ma bagnole, ma guitare, et je quitte ma chambre. Après quelques
marches, je comprends que ma mère est dans le salon. Installée sur le
canapé, enroulée dans un plaid, elle renifle.
– M’man ?
Je dévale le reste de l’escalier.
– Je suis désolée, pleure-t-elle, en prenant un nouveau mouchoir.
Je balance tout mon bordel dans le fauteuil avant de m’asseoir sur la
table basse.
– Tu n’as pas à t’excuser !
– Je voudrais être plus…
– Plus quoi ? Plus forte ?
Elle laisse échapper un couinement.
– M’man, faut que tu arrêtes ! Tu as le droit de craquer ! Bon sang,
t’es pas surhumaine ! Dary ne sait pas bien te dire ce qu’elle ressent parce
qu’elle a de la peine et qu’elle a peur, mais tu lui manques, rien de plus !
– J’ai la sensation, lorsque je suis près de vous, de vous véhiculer tout ça
et d’ajouter à ce que vous vivez déjà de votre côté !
– Eh bah, laisse couler ! Même si on se le prend dans la gueule, c’est
pas grave ! Le problème c’est qu’on a géré ça individuellement et,
franchement, quand je te regarde, que j’entends Dary, que je vois le merdier
que j’ai dans la tête, je me dis que c’est pas la bonne méthode ! Si on
vivait ça ensemble pour changer !?
– J’ai peur, Hazel.
– Je comprends, mais cette situation, c’est plus possible ! Tout le monde
souffre ! Il faut qu’on parle, mais qu’on le fasse vraiment ! Sans se soucier de raviver la peine de l’un ou de l’autre. De toute manière, on
morfle tous ! Et maman, je t’en conjure ! Ralentis avec l’hôpital ! On a
besoin que tu sois plus à la maison.
– Je suis tellement fatiguée !
– Très bien ! Alors, tu vas aller te coucher ! Demain, tu appelles ta
chef et tu lui dis que tu prends quelques jours…
– Mais Hazel…
– Tu ne discutes pas et tu me fais confiance, s’te plaît !
Elle me sourit et pose une main sur ma joue.
– Mon chéri… tu es mon gentil petit garçon ! Je suis fière de toi.
Je l’embrasse.
– Va dormir ! Tu en as besoin !
Je me lève.
– Où est-ce que tu vas ? s’enquit ma mère en me voyant prendre mes
affaires.
– Chez ma copine…
– Tu as une copine ?
– Ouais !
– C’est encore cette fille…
Elle fouille dans sa mémoire.
– Shanna ?
– Certainement pas ! Non, elle s’appelle Snow ! Elle est si belle,
m’man ! dis-je émerveillé.
Elle émet un rire discret.
– Je dois aller la voir parce qu’elle m’a fait des cachotteries à propos de
son anniversaire. Elle a dix-huit ans, aujourd’hui !
– Elle est au lycée avec Dary ?
– Ouais ! C’est là-bas que je l’ai rencontrée. Je peux l’inviter à manger
à la maison dimanche ? J’aimerais que tu fasses sa connaissance…
– Bien sûr !
– Cool !
Je l’embrasse une nouvelle fois.
– Dors bien, m’man…
Je me rue vers la porte d’entrée lorsque je suis pris d’une idée. Je fais
marche arrière, récupère deux ou trois trucs avant de me sauver.
Une pluie diluvienne s’écrase sur le pare-brise de ma voiture lorsque je
me gare sur Windsor Road, un peu en retrait de cette petite baraque où
crèche Snow. Je ramasse mon foutoir en me demandant comment je vais
pouvoir me glisser en douce dans sa chambre avec tout ça. Téméraire, je
sors et marche discrètement en direction de chez elle. La maison est dans le
noir le plus complet. J’en fais brièvement le tour et remarque une seule
fenêtre d’où se dégage de la lumière.
– Hazel –
La sorcière dort ?
– Réponds, Snow, chantonné-je en me dandinant sur mes pieds alors que
la pluie me trempe jusqu’à l’os.
– Blondinette –
Oui !
– Hazel –
Snow, je suis en bas de chez toi. Ouvre la fenêtre de ta chambre stp !
Mon message à peine envoyé, elle apparaît au carreau. Elle cherche dans
la nuit. Lorsqu’elle me voit, elle ouvre.
– Hazel ?
– Salut, beauté ! Je vais monter !
– Quoi !?
Je ramasse l’échelle, prise un peu plus tôt dans le garage de mon père et
la déplie.
– Non, non, non, s’agite ma jolie blonde à sa fenêtre. Je n’ai pas le
droit !
– Snow, je me prends la pluie sur la gueule là ! On en parle à l’intérieur,
s’te plaît ?!
Une fois l’échelle en place, je la gravis non sans mal vu la manière dont
je suis chargé. Arrivé au premier étage, je tends une boîte à Snow.
– Bon anniversaire, trésor !
– Hazel, tu ne peux pas entrer ! Sophie ne veut pas…
– Elle dort ! On s’en bat les reins de Sophie de toute façon !
Je m’appuie contre sa fenêtre pour entrer, mais rien n’est moins facile
avec mes étuis à guitare sur le dos.
– C’est quand tu veux que tu me files un coup de main !
Elle s’approche et tire ma guitare de sorte qu’il passe dans l’encadrement
de la fenêtre. Je me glisse enfin à l’intérieur. Une fois debout, je ne peux
que constater que mes vêtements me collent à la peau tant ils sont imbibés
de flotte.
– T’as pas une serviette ?
– Mais Hazel !
– Snow, je ne vais pas me tirer ! C’est ton anniversaire, je veux passer
un moment avec toi et je te jure que la sorcière ne se rendra compte de
rien !
– Je… tu dégoulines sur la moquette, remarque-t-elle avant de sortir de
la chambre.
J’en profite pour retirer ma veste, mon tee-shirt et mon jeans.
Lorsqu’elle revient avec une serviette, je ne porte plus que mon boxer.
Comme toujours avec Snow, me trouver dans cette tenue ne lui déclenche
visiblement aucune réaction. Elle ne sourcille même pas en me tendant de
quoi m’éponger.
– Merci !
Je m’essuie grossièrement et me débarrasse de toute l’eau dans mes
cheveux. Cependant, je ne manque pas de remarquer que même si elle ne
laisse rien paraître, elle est en pleine exploration de mon corps. Un peu
nerveux qu’elle m’épie de cette manière, je me recoiffe.
– Euh…
Je ramasse la boîte qu’elle a posée sur son bureau et l’ouvre sous son
nez.
– Dary a fait des cupcakes, ce matin !
Je prends la bougie récupérée au préalable dans la cuisine de ma mère et
la plante dans le glaçage rose du gâteau.
– J’aurais fait mieux si tu m’avais prévenu que c’était ton anniv’ !
Elle prend la boîte entre ses mains.
– Oh ! Attends !
Je m’empare de mon froc et en sors un briquet. J’allume sa bougie.
– Tu veux que je chante ?
Elle fait non de la tête !
– Enfin, j’aime quand tu le fais, mais pas de « joyeux anniversaire ».
J’ai horreur de ça !
– Alors, souffle ! Après, je te chanterai une chanson ! Fais un
souhait !
– Je ne crois pas à ces histoires de vœux d’anniversaire non plus !
– Bah, contente-toi de souffler !
Elle le fait. Aussitôt, je lui retire des mains et balance la boîte sur son
bureau.
– Bon, on s’en fout de ça !
Je ramasse l’un de mes étuis à guitare et le lui tends.
– Bon anniversaire, Snow !
– Pourquoi tu me donnes ta guitare ?
Je la débarrasse de mon étui et le pose sur le lit. Je l’ouvre et en sors la
guitare acoustique rangée à l’intérieur.
– Ce n’est pas n’importe quelle guitare, Snow ! C’est celle que mon
père m’a offerte lorsque j’avais 8 ans !
– Oh…
Je la lui montre.
– Je l’ai poncée pour la décorer moi-même.
Elle étudie plus précisément les graffitis que j’ai réalisés sur ma gratte, il
y a des années de ça.
– Je t’en fais cadeau, Snow. Elle est pour toi !
– Mais… bredouille-t-elle. Je ne sais pas en jouer !
– Tu m’as dit que tu aimais faire du piano. Peut-être que le moment est
venu de te familiariser avec un autre instrument. Je vais t’apprendre !
Elle hausse les épaules.
– Si tu veux !
Je la range et la dépose dans un coin de sa chambre avant de me laisser
tomber sur son lit.
– À partir de demain, il faut que tu me cales dans ton emploi du temps
pour tes cours particuliers ! On bossera tous les jours, mais n’oublie pas
que je répète avec mon groupe l’après-midi ! Je pense que le mieux, c’est
après le lycée quand je viens te chercher.
Je prends appui sur mon coude.
– Tu pourrais assister aux répets’ avec moi ! T’apprendrais pas mal de
choses en nous regardant jouer !
– Je ne sais pas…
– À cause du bruit ?
Elle acquiesce. Je m’assieds contre la tête de lit.
– Pourquoi tu restes debout ?
Je tapote sur sa couette.
– Viens là !
La tête basse, elle m’obéit et grimpe sur son matelas. Mais la position
qu’elle adopte est rigide, pas naturelle.
– Snow ?
– Oui ?
Mes doigts courent doucement sur son pied dénudé.
– Dis-moi ce que tu as dans la tête…
– Tu es dans ma chambre…
– Tu t’inquiètes à propos de Sophie ?
– Elle sera en colère !
– Je t’assure que tout va bien ! Elle ne s’apercevra même pas de ma
présence et je te promets de ne plus monter ici. OK ?
Elle hoche la tête.
– Ce soir, c’était un peu spécial…
– À cause de mon anniversaire ?
– Entre autres choses, mais j’avais très envie de te voir.
Je me frotte les yeux.
– C’était compliqué à la maison.
– Compliqué ?
– Entre ma mère et Dary ! Elles ont du mal à communiquer depuis la
mort de mon père. J’essaie de tempérer les choses, mais c’est pas toujours
facile de me retrouver au milieu de leurs querelles. Je les aime toutes les
deux, je comprends ce qu’elles ressentent, mais j’ai aussi mes propres
problèmes à gérer.
– Des problèmes ?
– Allonge-toi près de moi, s’te plaît…
Avec cette raideur qui entoure tous ses gestes lorsqu’elle est dans une
configuration qui la déstabilise, Snow s’installe sur ma gauche. Je
m’approche suffisamment pour que mon nez frôle son épaule.
– Mon père me manque…
J’ai la gorge serrée de lui faire cet aveu.
– Pourquoi ?
Je me redresse légèrement à sa question.
– Je… j’essaie de comprendre tes émotions, Hazel… je ne les connais
pas…
Étendu sur le flanc à quelques centimètres d’elle, je laisse mes doigts se
balader le long de son bras.
– Quand j’étais petit, je voyais mon père comme un vrai héros. C’est
souvent le cas pour un môme de considérer son père comme ça, mais le fait
qu’il soit pompier a rendu ce sentiment encore plus réel. Je l’idolâtrais ! À
mes yeux, c’était le mec le plus fort qui n’ait jamais existé. C’était un fou
de musique aussi ! Il jouait de la guitare, de la batterie, de la basse
également. J’ai commencé à jouer avec lui vers l’âge de quatre ans. On
passait notre temps à gratter ensemble ! Tout ce que je sais faire avec ma
guitare, c’est lui qui me l’a appris ! Mais j’ai fini par grandir et je me suis
désintéressé de la musique. Je traînais avec mes potes, je pensais davantage
aux filles et on s’est éloignés. On ne se comprenait plus vraiment.
– Qu’est-ce que ça veut dire« on ne se comprenait plus » ?
– C’est quand deux personnes ont les mêmes points de vue, les mêmes
opinions, les mêmes passions et que, progressivement, avec les années, ça
n’est plus le cas…
– Pourquoi ?
– Parce que les gens changent, deviennent différents. Regarde, toi, tu
trouves que je suis plus beau qu’un crapaud, mais dans quelque temps peut-être que tu préféras le crapaud à moi.
– Je ne le crois pas.
– Et moi, je ne l’espère pas ! ris-je les lèvres pressées contre sa peau. Je
peux te poser une question ?
– Oui !
Je prends un peu de hauteur pour la regarder.
– Comme je te l’ai dit, lorsque j’ai fait ta connaissance, j’ai lu quelques
trucs sur le TSA. Je ne voulais pas passer pour un imbécile. J’ai vu que
vous avez un problème avec le contact physique, mais toi, tu me laisses te
toucher. Alors, on n’est pas là à se faire des câlins toute la journée, mais…
– Je me sens bien avec toi !
– Vraiment ?
Elle hoche la tête.
– C’est agréable ! Je n’ai pas…
Elle prend une longue inspiration.
– Si quelqu’un me touche, j’ai l’impression de garder la sensation sur
moi pendant des heures, même quand la personne n’est plus là. C’est
inconfortable…
– Comme si la personne n’avait pas réellement cessé de te toucher ?
– Oui, c’est un peu ça !
– Et tu n’éprouves pas la même chose quand moi je le fais ?
– Non ! Toi, tu entres dans ma bulle.
J’arque un sourcil, curieux.
– La bulle ?
– Avec les années, j’ai appris à visualiser une bulle autour de moi,
comme un périmètre de sécurité où je peux être détendue. C’est une
protection ! Tant qu’une personne n’essaie pas d’y entrer, je suis bien. Toi, tu l’as tenté, mais ça n’a rien fait ! Je n’ai pas eu la sensation qu’elle avait
rétréci.
– Je crois qu’on ne m’a jamais fait un si joli compliment. Tes oreillettes,
c’est un moyen d’insonoriser la bulle…
– C’est un peu ça ! Quand je panique, c’est comme si la bulle avait
éclaté.
– Je l’ai fait éclater l’autre jour lorsque je t’ai pris ton thé, pas vrai ?
– Non… ce n’était pas aussi intense.
– Disons que j’ai créé un trou d’air dedans !
– Oui, on peut appeler ça un trou d’air.
– OK ! J’aime bien l’histoire de la bulle. Ça m’aide à mieux analyser ce
dont tu as besoin pour être à l’aise…
Je me rallonge sur le dos. Un silence s’installe dans sa petite chambre.
– Y’a quand même une question qui me trotte dans la tête !
– Laquelle ?
– Pourquoi, moi, j’entre dans la bulle ?
– Je ne sais pas. Ça ne m’avait jamais fait ça auparavant, avec
personne…
Je m’accoude et me penche dans sa direction.
– Les baisers sont autorisés dans la bulle de Snow ?
Ma question a le mérite d’attirer son attention sur moi. Je pense voir une
sorte de nervosité dans ses yeux lorsqu’elle remue la tête pour me donner
son aval.
– Tu as aimé ce baiser que je t’ai donné le soir du bal ?
Nouveau hochement de tête.
– Moi aussi, j’ai adoré. Ta bouche me rend dingue.
Du bout du pouce, j’en redessine la forme.
– Elle est tellement belle.
Doucement, pour ne pas la brusquer, je m’approche d’elle. Snow semble
captivée par ma bouche pendant que je progresse en direction de la sienne.
Je la frôle, glisse sur elle un instant avant d’y déposer un baiser. Je jauge sa
réaction une seconde. Elle est calme. Je l’embrasse à nouveau. Comme
aucun signe de malaise ne fleurit en elle, je reviens à la charge, mais avec
plus d’insistance. Je m’attarde contre ses lèvres, les parcours avec le bout
de ma langue.
– Je veux ta langue, Snow, susurré-je contre elle. Laisse-moi entrer.
Avec une grande prudence, je me fraie un chemin entre ses lèvres.
Lentement, elle les entrouvre, me donne accès à ce que je convoite.
Bien sûr, Snow reste encore stoïque. C’est déroutant, mais je sais aussi
qu’elle a seulement besoin que je lui montre la voie à suivre. Elle apprend à
se familiariser avec ce que peut impliquer une relation plus intime avec un
garçon. Je sens que ça ne lui déplaît pas ! Si c’était le cas, la bulle aurait
éclaté depuis longtemps.
Ma langue vient découvrir la sienne et je suis violemment saisi par cette
incroyable sensation qui me mange le ventre. C’est le chantier là-dedans
comme si on me dévorait de l’intérieur. C’est un désir physique
redoutablement fort qui prend la main sur chacune des cellules qui
composent mon être et toutes ensemble explosent en un putain de feu
d’artifice.
– Merde, murmuré-je la voix tremblante perdu dans ce déferlement
d’émotions.
Ma main remonte le long de son bras, dérive sur son épaule jusqu’à
rejoindre son buste. Je l’abandonne une seconde et capture son regard dans
le mien.
– J’aimerais te toucher, Snow, mais je ne veux pas que tu flippes. Si tu
n’es pas d’accord, tu as juste à me dire d’arrêter, tu comprends ?
– Oui…
Sans la quitter des yeux, même si elle a détourné les siens, je reprends le
chemin m’ouvrant le paradis de sa poitrine. Je la caresse une première fois
dans son ensemble avant de m’attarder sur chacun de ses seins. Mais ce
maudit bout de tissu me prive du contact de sa peau. Je remonte son haut de
sorte de les découvrir et ce que je vois me fait me sentir vraiment à l’étroit
dans mon boxer.
– Tu as des seins magnifiques ! Ils sont parfaits. Je peux les
embrasser ?
Les yeux rivés sur le plafond, elle agite la tête pour me dire oui. Ma
bouche se referme sur ce téton que j’aspire pour le relâcher avec lenteur. Je
ne la quitte pas du regard et la voir emprisonner sa lèvre entre ses dents me
fait sourire. Ni une ni deux je m’attaque à son deuxième sein. Elle ne
desserre pas les dents.
– Je vais descendre, Snow, lui expliqué-je avant glissant ma langue le
long de son ventre.
J’arrive à son bas de pyjama. Je le prends entre mes doigts.
– Et descendre encore…
Le tissu de coton se retrouve bien vite à hauteur de ses genoux. J’enfouis
mon nez dans ce léger tapis de poils qui habille son sexe. Ma langue trouve
instantanément ce petit bout de chair comme si elle était attirée vers lui tels
deux foutus aimants. Snow se cambre sous mes doigts. Je me relève aussi
brusquement qu’elle a bougé.
– Chut, c’est bon, trésor, c’est normal. Ne flippe pas ! Tu t’es déjà
touchée ?
Je n’obtiens aucune réponse. Je remonte de sorte que mon corps
recouvre le sien. Mon visage est à hauteur du sien. Mais c’est moi qui
panique subitement en voyant des larmes rouler sur ses tempes.
– Snow, ça va ?
Elle opine du bonnet.
– Tu veux que j’arrête ?
– Non, articule-t-elle avec une certaine difficulté.
– Tu n’oublies pas, tu me demandes de m’éloigner si tu ne veux plus
continuer.
– OK…
– Snow, est-ce que tu t’es déjà masturbée ?
– Oui…
– Et lorsque tu l’as fait, tu as réussi à avoir un orgasme ?
– Non, jamais.
C’est ça que j’aime avec cette fille : la simplicité et la franchise. J’arque
un sourcil.
– Est-ce que tu veux que je t’en offre un pour ton anniv’ ?
– D’accord !
Je glousse avant de l’embrasser. Lorsque je délaisse ses lèvres, c’est pour
m’intéresser à ce pantalon de pyjama. Je le lui ôte complètement.
– Je vais me placer entre tes cuisses et te faire des trucs sympas avec ma
langue jusqu’à ce que tu jouisses. Toi, tu fermes les yeux…
Aussitôt dit, aussitôt fait. Je ricane.
– Tu es impatiente en plus…
Elle acquiesce.
– Tu sais, je suis moi aussi très excité par tout ce qu’on fait et je ne vais
pas jouir en toi parce que je ne pense pas que tu sois encore prête et que je
n’ai pas de capote sur moi, mais est-ce que tu m’autorises à le faire sur tes
seins ? Ils me font tellement bander !
– Je veux bien !
– Tu comprends ce que ça implique ?
– Que tu vas éjaculer sur ma poitrine !
Je ris avant de lui voler un baiser.
– Je dois t’avouer que je rêve de faire connaissance avec ta chatte depuis
qu’on a parlé de sexe dans ma voiture !
Je reviens entre ses cuisses.
– Je n’ai pas de chatte ! Je suis allergique !
Le front pressé contre son bas ventre, je pouffe de rire.
– Mon trésor…
En prenant ses seins entre mes mains, mes pouces jouant avec ses tétons
durcis, je la couve d’un regard attendri.
– Lorsque je parle de ta chatte, je fais référence à ton sexe !
– Oh…
– Disons que c’est un petit surnom moins anatomique que sexe ou vagin.
– Comme quand tu m’appelles Blanche-Neige ?
– En plus salace ! Mais ne t’en fais pas, je vais t’apprendre plein de
choses !
– D’accord !
Je reprends mon tête-à-tête avec l’intimité de Snow.
– Maintenant, je vais m’activer à t’offrir ton cadeau d’anniversaire…
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