L'amour en A, Snow & Hazel
Moins d’une heure plus tard, je suis…
... A25
Moins d’une heure plus tard, je suis de retour chez moi et, pour être
franc, je ne fais pas le malin en passant la porte d’entrée.
J’ai déconné à plein tube, ce soir !
Immédiatement après le départ de Snow et Dary, je suis reparti chez
Charlie en sa compagnie avec l’idée de parler à Jacob, de temporiser les
choses entre nous, mais Shanna et lui s’étaient déjà tirés.
Du coup, je me suis retrouvé comme un con. Charlie n’était pas mieux
que moi. Il m’a expliqué avoir appelé Dary pour l’inciter à venir à la soirée
en espérant fêter notre future tournée avec elle, sans se douter un instant
qu’elle n’était pas au courant. C’est comme ça que ma sœur a découvert ce
que je cache depuis à ma famille depuis des jours et qu’elle a légèrement
pété un plomb.
Si sur le moment, j’étais furax contre elle, je comprends sa réaction. Elle
était présente quand j’ai évoqué mon hypothétique départ, il y a quelques
jours dans la cuisine. Elle a assisté à la crise de Snow qui en a découlé.
Comment ne pas m’en vouloir alors que, secrètement, j’ai fait le choix de
suivre ma voie tout en sachant ce que ça impliquerait pour Snow ? Et puis,
il y a sa « relation » avec Charlie ! C’est vrai que ce n’est pas malin de
sa part de lui avouer ses sentiments juste avant de se tirer six mois…
Et me voilà au milieu de mon salon sans la moindre idée de la meilleure
manière de procéder. Snow vient de vivre une soirée très éprouvante, elle
doit croire que je vais l’abandonner, m’en aller sans me soucier d’elle, mais
elle se trompe ! Le hic est que je ne peux pas lui balancer de but en blanc
que je ne pars pas sans elle, qu’elle vient avec moi ! Je dois amener le sujet
en douceur.
Du bruit à l’étage, plus précisément dans la chambre de Dary, m’incite à
monter, même si je redoute de m’attirer les foudres de ma sœur et de me
confronter à Snow. J’imagine sans mal l’état dans lequel elle se trouve et je
ne suis pas ravi d’avoir à affronter la situation.
Sur le palier, je trouve porte close. Après une longueur inspiration, je
toque et saisis la poignée quand je suis accueilli d’un chaleureux « Casse-
toi ! ».
Charmant…
Me moquant de l’avertissement de ma sœur, j’ouvre. Derrière elle, je
découvre Snow assise sur le lit. Toujours prostrée, elle joue nerveusement
de ses doigts, son visage ruisselle de larmes. À ce spectacle, c’est plus fort
que moi, je me hâte de la rejoindre et m’agenouille devant elle.
– Y’a quoi que tu n’as pas…
– La ferme, Dary ! On n’en serait pas là si t’avais pas merdé !
– Excuse-moi ?! C’est toi qui as…
– Je contrôlais la situation ! Aujourd’hui, je me retrouve contraint de la
brusquer alors que je voulais seulement amener les choses en douceur !
Mais qu’est-ce qui t’as pris de la conduire chez Charlie ?!
Dary s’apprête à répliquer, mais je l’ignore et préfère porter toute mon
attention sur la jolie blondinette toujours aussi nerveuse.
– Comment tu te sens, ma Snow ?
Sans cesser de fixer le point imaginaire sur le mur, elle garde le silence.
– Snow, l’appelé-je en levant la main suffisamment pour frôler sa joue.
Un bref contact auquel elle réagit dans un sursaut.
– Je n’entre plus dans la bulle, trésor ?
J’obtiens un léger mouvement de tête tandis qu’une larme roule sur son
visage.
– Hé…
J’essuie ses larmes du bout du pouce.
– Ne pleure pas…
Je replace une mèche derrière son épaule.
– Je suis désolé. J’allais t’en parler, t’expliquer ce qu’il va se passer…
– Tu vas partir, dit-elle doucement alors que de nouvelles larmes se
profilent dans le fond de son regard.
Même si je sens sa réticence à être en contact physique direct avec moi,
je glisse mes mains dans les siennes.
– Oui, c’est vrai, mon trésor. Dans quinze jours, je dois me rendre à
Londres. Avec Charlie, Reece et Jake on va devoir faire une série de
concerts dans plusieurs villes ici en Angleterre, et d’autres en Europe.
– La fille me l’a dit…
– La fille ?
J’interroge Dary du regard.
– Je ne lui ai pas appris que vous partiez, Haze ! C’est cette salope de
Shanna qui l’a fait !
Quelle connasse !
– J’allais t’en parler, Snow…
– Quinze jours, répète-t-elle en battant des mains. Deux semaines…
– Mais je t’assure que ce n’est pas aussi grave que ça en a l’air ! J’ai
songé à deux ou trois trucs pour nous. Il faut seulement qu’on s’assied tranquillement et qu’on en discute. Pour le moment, je pense que le mieux
est d’aller se coucher. Nous en parlerons demain. D’accord ?
– Je n’ai pas envie de dormir !
– Tu voudrais que je te chante une berceuse ?
Elle répond non de la tête.
– Je ne veux pas faire l’amour !
– OK ! Alors, on se contente de se mettre au lit et on bavarde, si tu
préfères…
– Je n’ai rien à te dire !
– Tu es en colère et je le comprends.
– Tu as menti !
– Ce n’est pas aussi simple…
Ma jolie blonde n’a visiblement pas l’intention de me faciliter les choses.
Avec élan, elle se lève, me contraignant à me pousser au passage, avant de
marcher jusqu’à la sortie.
– Je vais chercher des vêtements ! Je dors ici, pas avec toi !
– Attends, quoi ?!
Je me précipite derrière elle.
– Non, non… on oublie cette idée !
Je la suis jusqu’à notre chambre.
– Tu as de bonnes raisons d’être en pétard après moi et je te demande
pardon, mais viens avec moi, s’te plaît !
– Je veux rester avec Dary ! Tu as menti, tu as crié sur moi, je n’ai plus
envie de te voir !
– Et ce n’est pas comme ça qu’on gère une dispute, Snow ! Tu as le
droit d’être en colère, j’ai merdé et je ne peux pas te le reprocher, mais fuir
dans la chambre de ma sœur n’est pas la meilleure manière de régler le
problème. Je n’ai pas envie de passer une nuit sans toi !
– Tu t’en vas dans deux semaines !
Eh merde !
– OK ! capitulé-je. Reste avec Dary ! On parlera de tout ça demain
matin, mais laisse-moi une chance de m’expliquer et de te prouver que je
n’ai jamais eu l’intention de t’abandonner ! Je t’aime, trésor !
Mes paroles ne semblent pas trouver grâce aux oreilles de Snow, car elle
tourne les talons en direction du palier.
– Snow !
Mais je n’obtiens rien d’autre que son silence.
– Putain, mais c’est pas vrai !
Mon poing rencontre son bureau.
Je retire ma veste et la balance sur mon lit quand mon portable se met à
vibrer dans la poche de mon jeans.
– Me faites pas chier !
Je grogne, mais consulte le message que je viens de recevoir.
– Charlie –
Comment ça se passe ? C’est la merde ? Dary est en pétard ?
Je jure en lisant son message.
– Hazel –
Ma meuf ne veut même pas pieuter avec moi alors, oui, c’est la grosse merde ! Bien sûr
qu’elle est furax ! On se barre pendant six mois, fallait pas s’attendre à autre chose ! J’en viens à envier Reece et Jake.
– Charlie –
C’est à ce point-là ? Je sais pas comment je vais rattraper le coup avec D ! J’ai que 15 jours
à passer avec elle, j’ai pas envie qu’on s’embrouille !
– Hazel –
En même temps, t’es pas malin d’avoir attendu de te tirer pour lui dire la vérité ! C’est elle qui
a raison !
– Charlie –
Ouais… je sais…
– Hazel –
Je vais me pieuter, bro ! Je dois trouver comment me réconcilier avec ma meuf !
– Charlie –
OK ! À demain !
**
– Mais putain !!! vociféré-je en frappant mon oreiller à plusieurs
reprises.
Voilà plus de deux heures que je me suis couché ! Deux heures que
j’essaie de trouver le sommeil, en vain. Mon plumard est trop grand, trop
froid, trop vide ! Je suis comme un fou de savoir qu’elle est à quelques pas
de moi, qu’elle dort paisiblement dans la chambre de ma sœur quand moi,
je suis seul !
Elle devrait être là avec moi, putain ! OK, j’ai merdé, mais est-ce que
c’est une raison pour se tirer avec Dary ?
– Plein le cul de ces conneries !
Ma couette finit au pied de mon lit.
J’en descends en repoussant mes cheveux à l’arrière du crâne. J’enfile un
jeans et chope mon paquet de clopes sur ma table de chevet avant de sortir
de ma chambre.
À la lumière de mon téléphone, je descends les quelques marches qui me
séparent du rez-de-chaussée et dévie vers la cuisine quand de petits
bruissements me parviennent depuis cette pièce. Curieux, je passe la tête
dans l’ouverture et le simple éclairage extérieur baigne la cuisine d’un halo
de lumière vraiment faible, mais suffisant pour que je distingue Snow qui
marche utour de l’îlot. Elle tourne en rond en battant des mains, parfois en
se tapant le dessus du crâne, tout en fredonnant des mots que je ne peux
distinguer.
Je l’observe en silence un petit moment avant de lui signifier ma
présence.
– Snow ?
Mais son prénom ne lui provoque aucune réaction. J’actionne
l’interrupteur de la lumière ce qui la fait lever le nez. Elle se fige une
seconde avant de repartir de plus belle.
– Snow, je peux savoir ce que tu fais ici au milieu de la nuit ?
Mais elle continue son manège en bredouillant des paroles inaudibles. Je
m’approche d’elle, tends le bras vers elle alors qu’elle revient vers moi,
mais à peine l’ai-je effleurée qu’elle a un geste d’éloignement. Elle me
repousse avant de reprendre sa course infernale à m’en donner le tournis.
– OK…
Je m’installe sur le premier tabouret que je rencontre avant d’allumer
une cigarette.
Bon, ma mère me foutrait un coup de pied au cul phénoménal si elle me
voyait fumer dans la maison, mais je ne peux pas laisser Snow et j’ai trop
besoin d’une clope !
– Ça sent mauvais !
– Eh bien toi, tu tournes en rond pour gérer quand tu ne sais plus où tu en
es ! Moi, je fume ! Chacun son truc, trésor !
– Je sais où je suis ! Dans la cuisine !
J’esquisse un rictus en tirant sur ma cigarette.
– Je te parlais de nous, Snow ! Pas de l’endroit où tu te trouves !
– Nous ?!
– De notre histoire, de ce qui s’est passé ce soir, de ce qu’on peut faire
pour que cette tournée ne soit pas un obstacle entre nous ! Jamais je
n’aurais accepté de la faire si je n’étais pas persuadé qu’on peut être
ensemble malgré que je doive m’en aller !
– Tu as promis de rester !
– C’était avant que…
Je soupire en la regardant faire un nouveau tour de l’îlot.
– Tu ne veux pas arrêter et poser ton petit cul sur une chaise, histoire
qu’on puisse discuter calmement ?!
– Je n’ai pas envie de parler !
– Dans ce cas, pourquoi t’es là en pleine nuit ? Si tout allait bien, tu
serais en haut à dormir, non ?!
– Je ne sais pas… je n’arrive pas à dormir…
– Moi aussi, je ne trouve pas le sommeil ! Tu sais pourquoi ?
Elle secoue la tête.
– Je vais te le dire, mais si tu t’assieds avec moi !
Elle me concède cette petite victoire et s’installe sur son tabouret
habituel.
– Je ne dors pas parce que tu n’es pas dans le lit avec moi ! Tu me
manques, Snow !
– Tu as crié sur moi !
– Et je suis désolé ! J’ai flippé de te savoir là-bas ! Je ne voulais pas te
faire de la peine, seulement Shanna et Jacob étaient présents, et j’aurais
préféré qu’ils ne te voient pas !
De nouveau, elle se frappe la tête.
– Tu as honte de moi !
– Ne dis pas n’importe quoi, s’il te plaît ! Je n’ai jamais pensé une telle
chose, Snow ! C’est eux qui me font honte ! Tu connais Charlie, Reece et
Jake, tu les as rencontrés, non ?
– Oui.
– J’ai confiance en eux ! Je sais qu’ils te respecteront, que le fait que tu
sois autiste leur est égal ! Mais Shanna et Jacob, ils ne sont pas comme
ça !
– Ils sont méchants !
– Oui, trésor ! Jamais je ne t’aurais présentée à eux parce que tu vaux
mieux que ça !
– Il a dit que j’étais une handicapée…
– Et je lui ai mis mon poing dans la gueule, il me semble !
– Tu as promis que tu ne partirais pas !
– Tu vas tourner en boucle longtemps ?
– Tu es un menteur !
– J’ai pas menti ! dis-je en haussant un peu le ton. Je le pensais
sincèrement lorsque je t’ai promis de ne pas m’en aller ! Je devais leur dire
non, c’était ce que j’avais décidé, mais ils m’ont fait une nouvelle
proposition que je n’ai pas pu refuser ! Et puis, il n’y a pas que moi ! Si je
n’y vais pas, Charlie, Reece et Jake devront renoncer aussi ! C’était
compliqué !
– Mais tu pars !
– Snow, trésor, dis-je posément. Je voulais amener le sujet plus en
douceur pour ne pas te perturber plus que tu ne l’es, mais je n’ai pas le
choix. Tu te fais de fausses idées et je ne peux pas l’accepter !
Je me lève pour la rejoindre de l’autre côté de l’îlot tout en gardant une
distance raisonnable entre elle et moi.
– Snow, je n’ai jamais eu l’intention de te laisser ! Je t’aime et je veux
être avec toi chaque seconde. Oui, j’ai accepté de faire cette tournée, mais
seulement parce que tu m’accompagnes !
– Où ?
– À Londres dans quinze jours ! On doit rester ensemble !
La voir si soudainement fuyante et nerveuse mime bien son manque de
compréhension face à ce que je viens de dire.
– Blanche-Neige, je ne peux pas vivre loin de toi ! Mais si tu assistais à
la tournée avec moi…
– Partir avec toi ?
– Tu pourrais découvrir plein d’endroits sympas. On doit aller en Écosse,
en Irlande, en France, en Allemagne, et j’en passe !
– On reviendra en septembre pour l’université ?
– Non, si on part, c’est pour six mois.
– Six mois !
– C’est plus long que prévu, je le reconnais, mais…
– Je suis inscrite à Exeter ! Mes cours commencent en septembre !
– Mais on peut trouver des solutions ! Finalement, on ne sait pas si cette
histoire d’album va fonctionner. Peut-être que dans six mois, je me
retrouverai sans rien ! Si c’est le cas, on pourra aller à la fac ensemble !
En attendant, tu prendrais le temps de parcourir une partie du monde. Ça
serait comme des vacances…
– Et je n’étudierai pas ?!
– Si tu en as envie, on peut t’inscrire à des cours par correspondance !
– Par correspondance…
– Oui, je t’assure que ça peut marcher !
– Mais je dois aller à l’université ! J’ai visité le campus avec Dary
l’autre jour !
Je pose ma main sur sa joue et l’attire vers moi.
– Et je te demande un gros sacrifice, j’en ai conscience ! Mais Snow, on
sera ensemble ! C’est le plus important !
– Je ne peux pas !
– Mais pourquoi ?
– Je veux étudier à l’université !
– Essaie au moins d’y penser ! J’ai pas envie d’y aller sans toi !
– C’est trop difficile pour moi !
– Que va-t-il se passer si je pars ? Comment on va vivre six mois l’un
sans l’autre ?
Deux questions auxquelles ma voisine ne m’apporte aucune réponse.
Non, elle se contente de battre des mains.
Après un moment de silence, je me penche vers elle pour déposer un
baiser sur sa joue.
– Je crois qu’il est temps que tu essaies de dormir !
– Je n’y arrive pas !
– On va tenter de se reposer au moins !
Je lui offre ma main.
– Et tu viens dans notre lit ! On ne gère pas les problèmes en fuyant !
Même si elle fixe ma main un moment sans réagir, elle finit par y glisser
la sienne. Je l’aide à se mettre sur ses pieds avant de la conduire au premier
étage. Dans notre chambre, je tire sur ma couette à l’endroit où Snow se
couche d’ordinaire.
– Au lit !
Elle obtempère sans broncher. Je la rejoins aussitôt et m’étends près
d’elle en laissant, comme d’habitude, mon nez effleurer son épaule.
– Je t’aime, Snow ! Je t’en supplie, n’ait pas peur de ce que pourrait
être notre vie si tu viens avec moi et fais-moi confiance ! Fais-nous
confiance ! On est plus fort à deux ! Plus fort pour se battre contre ton
TSA !
OceanofPDF.com