L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 34 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

Les filles s’échappent une bonne demi-heure avant…

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Les filles s’échappent une bonne demi-heure avant de revenir au bus et

j’ai bien les boules de me dire qu’elles vont bientôt prendre la route. Si

seulement je pouvais garder Snow un peu plus longtemps près de moi, mais

elles n’ont pas loin de huit heures de trajet pour retourner à Barnstaple et je

veux éviter qu’elles roulent pendant la nuit. J’ai déjà filé du blé à Dary pour

qu’elles s’arrêtent dans un hôtel au cas où elles se sentent trop fatiguées

pour faire le trajet d’une traite.

Honnêtement, je me demande bien ce qui me retient de ne pas grimper

dans ma bagnole et de rentrer avec les filles ! Les choses me paraissent

bien plus claires depuis que Snow a débarqué sur la tournée.

Lorsque je suis parti, que j’ai quitté Barnstaple, j’étais convaincu qu’elle

ne ressentait rien pour moi, qu’elle n’avait pas réellement de sentiments à

mon égard. Mais sa présence, sa manière très différente qu’elle a eue

d’aborder notre couple, me prouve le contraire et j’en suis tout retourné.

D’une, Snow m’aime, mais encore plus extraordinaire, elle est prête à faire

beaucoup d’efforts pour que les choses marchent entre nous.

Je ne considère plus cette tournée comme à son commencement.

Avant que Snow arrive, je voyais ce voyage comme une façon de fuir

notre séparation. Je pensais que ces six mois allaient m’aider à l’oublier.

Mais aujourd’hui, ce ne sont que de longues semaines douloureuses au cours desquelles, je vais mettre de côté notre histoire en espérant que ça

n’impacte pas sur le couple que je forme avec elle.

J’ai lu quelque part que le pourcentage d’autistes mariés était

effroyablement faible et paradoxalement, le nombre de divorces l’est tout

autant. Mais leur manière de s’attacher aux gens est si simple que je

comprends un tel résultat. Vivre à deux, assimiler les émotions, ainsi que de

partager la vie d’une autre personne – surtout si celle-ci est neurotypique –

leur demande de s’adapter, et c’est éprouvant pour eux. Mais quand ce

précieux équilibre est atteint, même s’il peut être parfois ébranlé par les

aléas du quotidien, c’est beau ! Tellement beau ! Lorsqu’un autiste aime,

il le fait avec tout son cœur et tout devient incroyable !

Je suis accro à la simplicité de Snow !

Tout est d’une grande logique, mais nous les non-autistes avons trop

tendance à tout compliquer ! Il n’y a rien que je changerais chez elle. Pour

rien au monde, je voudrais qu’elle soit différente. C’est si tranquille d’en

être amoureux. Le choc entre nos deux manières de fonctionner n’est pas

aisé à gérer ça, c’est clair ! Mais l’amour en lui-même est d’une facilité

déconcertante. C’est beau, c’est pur ! Ce n’est pas intéressé, jugé,

interprété, c’est simplement ressenti et vécu ! Je vis Snow !

Et l’idée de ne plus sentir notre amour, comme lorsqu’elle est près de

moi, me provoque une furieuse envie de tout plaquer et de rentrer à la

maison avec Snow.

– Je crois que c’est bon ! Tu n’as rien oublié, blondinette !

Je jette un dernier coup d’œil dans ma couchette pour m’en assurer avant

de la rejoindre près de la kitchenette. J’attrape le bas de son tee-shirt et

l’attire à moi puis je saisis son joli postérieur entre mes mains. Mon front

est pressé contre le sien.

– Tu vas me manquer. Tu sais, une fois que je serai de retour à la maison,

tu vas avoir du mal à te défaire de moi ! J’aurai des mois de câlins à

rattraper !

J’encercle son joli visage et pose mes lèvres contre les miennes.

– Je t’aime, Snow ! L’idée de devoir vivre si loin de toi est

insupportable ! Je me demande ce qui me retient de tout plaquer pour

rentrer avec vous !

– Tu as dit à Rick que tu le faisais pour lui…

– Je sais ! J’aime bien ce mec, mais c’est dur de ne plus te voir !

– Dary aussi est malheureuse de quitter Charlie…

– C’est ça que vous vous racontiez tout à l’heure ?

Snow se fait plus fuyante et entreprend une nouvelle partie d’hand

clapping.

– Pourquoi ça te rend nerveuse que je te pose cette question ?

– Je ne dois pas te dire de quoi nous avons discuté, mais je ne suis pas

une menteuse. Les autistes ne savent pas faire ça !

Je fronce les sourcils.

– Et ça me va plutôt bien que ma nana ne me mente pas ! J’aimerais que

ça reste ainsi, trésor. Je suis honnête avec toi, je l’ai toujours été, je t’en

donne ma parole, alors on pourrait continuer comme ça !

– Mais Dary m’a demandé de ne rien dire ! C’est mon amie ! Qu’est-ce

que je dois faire ?

– Je ne sais pas si je dois me réjouir ou m’agacer que vous soyez amies

toutes les deux !

Je prends Snow par la main et la guide jusqu’au salon. Là, je l’invite à

s’asseoir avant de m’accroupir devant elle.

– Dans un couple, il est primordial qu’on puisse se faire confiance et

cette confiance ne peut exister qu’à la condition qu’on se dise toujours la vérité tous les deux. Maintenant, ce que tu dois essayer de comprendre,

c’est qu’il y a des nuances, même dans le mensonge !

– Comment ça ?

– Eh bien, dans le cas présent, tu es amie avec ma sœur. Elle t’a raconté

des choses sur elle, sur son histoire avec Charlie qu’elle ne veut pas que les

autres sachent.

– Oui.

– Si tu ne me le répètes pas, ce n’est pas me mentir, mais respecter la

parole que tu lui as faite en lui promettant de garder son secret. De mon

côté, je dois accepter que vous soyez amies, que vous partagiez des choses

personnelles sans essayer d’en savoir davantage. Tu as simplement à me

dire que tu ne peux pas me le dire et je le respecterai ! Ça ne veut pas dire

que tu me mens pour autant.

– Alors, je ne peux pas te le dire !

– Je n’insisterai pas dans ce cas. Ensuite, il y a des circonstances où

mentir n’est pas une mauvaise chose. Ce sont les intentions qui sont

importantes, trésor.

– On en a déjà parlé dans mon groupe, mais c’est une notion compliquée

pour moi. David m’a toujours dit de me demander si le mensonge pouvait

blesser la personne en face de moi. Si c’est le cas alors, c’est un mauvais

mensonge.

– C’est un raccourci ! Si c’est difficile pour toi de voir les nuances entre

les bons et les mauvais mensonges, on va bosser sur le problème. En

attendant, même si je suis pas super fan que t’aies des secrets pour moi, tu

peux garder sous silence les choses que vous vous dites, Dary et toi. J’aime

l’idée de tout savoir de toi, Snow, de ne rien te cacher, d’être un livre ouvert

pour toi, mais je veux que tu sois épanouie et je pense que ton amitié avec

Dary te rend heureuse.

Elle acquiesce d’un hochement de tête timide.

– C’est tout ce qui compte dans ce cas !

Je frôle sa joue de mon pouce.

– Je suis fou de toi, Snow. Dès l’instant où j’ai posé les yeux sur toi, tu

m’as fait un truc auquel j’ai rien pigé. Encore aujourd’hui, je me demande

quel tour de magie tu as utilisé sur moi. Et je ne te remercierai jamais assez

d’avoir fait ce que tu as fait…

– Ça n’existe pas la magie, Hazel…

– Oh si, trésor ! Tu en es l’essence même, mon amour ! Je n’aurais pas

assez d’une vie pour te dire combien je t’aime…

– Tu as l’air triste en disant ça !

– Je le suis, dis-je en ravalant mes larmes. J’ai de la peine de devoir te

laisser t’en aller, de ne pas pouvoir te garder auprès de moi. Tu as pris

tellement de place dans ma vie que lorsque tu n’es plus là, je me sens

atrocement vide.

– Tu as la musique…

– Je vais me contenter de ça pour les mois à venir et attendre avec une

impatience folle ces trois semaines où je vais te rejoindre à Exeter. J’ai déjà

pensé à t’écrire une nouvelle chanson…

– J’aime bien cette idée.

– Tu es ma muse !

Avec une timidité qui me fait fondre, Snow parcourt les quelques

centimètres qui nous séparent avant de poser avec une grande douceur ses

lèvres contre les miennes.

– Je t’aime, Hazel.

J’investis sa chevelure lâchée de mes mains et la retiens contre moi en

affirmant la présence de ma bouche sur la sienne.

– Je t’aime, Snow.

Et notre baiser a toujours cette emprise sur moi, il m’enflamme,

m’annihile, me met au supplice. Une fois n’est pas coutume, j’en réclame

davantage. En gardant son corps frêle et si parfait entre mes bras, je me

dresse sur mes genoux, prends de la hauteur et la surplombe de mon

imposante carrure. Avec un naturel déconcertant, Snow s’ouvre à moi. Elle

m’offre cette place que je convoite entre ses cuisses.

J’abandonne sa bouche, parcours lentement sa mâchoire jusqu’à jouer

avec le lobe de son oreille. Elle se crispe légèrement lorsque je le capture

entre mes dents. Je glousse contre sa peau tandis que mes lèvres descendent

le long de sa nuque.

– Comment vais-je supporter de ne plus te faire l’amour tous les jours ?

– Je déteste avoir envie de toi quand tu n’es pas là !

Je ricane en mordillant le cou.

– Et ça se produit souvent ?

– Parfois !

– Tu sais, quand ça t’arrive, tu peux te faire plaisir toute seule…

– Tu parles de masturbation, c’est ça ?

– Affirmatif !

– D’accord, je me masturberai alors !

Je ris contre sa joue.

– Mais attention, trésor ! Tu dois songer à moi quand tu te fais du

bien !

– Je ne vois pas à qui d’autre je pourrais penser…

– J’aime quand tu parles comme ça !

À regret, je me détache d’elle et pose mes mains sur ses hanches.

– Je crois qu’il est temps que vous partiez ! Je ne suis pas pressé de

vous voir vous en allez, mais vous avez un long trajet avant d’arriver à la

maison. Tu ne vas pas trop t’ennuyer ?

– On va discuter…

– Oui, vous aimez bavarder toutes les deux…

– Elle est gentille Dary ! Je suis heureuse qu’on soit amies toutes les

deux.

– Et même si je te taquine parfois, je suis moi aussi content que tu te sois

rapprochée d’elle. C’est important pour toi de créer des liens. C’est une

belle, une très grande progression personnelle pour toi.

– Je n’ai jamais eu d’ami avant elle.

– Même dans ce centre où tu as vécu pendant des années ?

– Non…

– Alors, il était vraiment temps que j’arrive dans ta vie pour te faire

connaître ma sœur !

Je me lève et lui présente ma main qu’elle accepte. Je l’aide à se mettre

debout avant de la conduire à l’extérieur du bus.

C’est là que se trouvent Dary et Charlie.

– Loin de moi l’envie de vous virer les filles, mais je pense qu’il est

grand temps que vous y alliez ! Je ne veux pas vous savoir sur la route à

pas d’heure !

– Oui, tu as raison ! me dit Dary en se levant des genoux de Charlie.

Je profite que son mec la lâche pour la prendre dans mes bras.

– Surtout si tu te sens fatiguée…

– Je m’arrête et on squatte à l’hôtel, je sais !

– J’ai pas envie qu’il vous arrive un truc, Dary ! Je tiens trop à vous !

Je l’enlace.

– T’inquiète, je serai prudente !

– Je t’aime, Bloody Dary…

– Je t’aime aussi !

À peine l’ai-je délaissée que cette sangsue de Charlie l’a déjà attirée dans

ses filets. Je rejoins Snow qui patiente près de la portière du côté passager.

– Tu m’envoies des messages de temps à autre pour me dire où vous en

êtes !

– Je le ferai !

– Et on peut bavarder par texto si tu t’ennuies…

– OK !

– De toute façon, je n’arriverai pas à trouver le sommeil tant que je vous

saurai sur la route !

– Allez ! s’exclame Dary qui vient d’ouvrir sa portière. En voiture,

blondinette !

Elle s’installe au volant. J’ouvre celle de Snow et l’invite à s’asseoir.

Une fois qu’elle est attachée, je m’accoude à la fenêtre et lui donne un

baiser.

– Tu veux bien dire à ma mère que je l’aime, trésor ?

– Oui, je le ferai !

– Je t’aime, partenaire.

Elle dépose un baiser sur ma joue.

– Au revoir, Hazel…

– Soyez prudentes toutes les deux !

– Pas de souci !

Je glisse mes doigts dans les cheveux blonds comme les blés de Snow.

– À plus, beauté !

Je m’éloigne avec un poids sur le cœur de devoir la laisser s’en aller.

Dary démarre et avance au pas. J’échange un regard compatissant avec

Charlie.

– Toi aussi, tu te demandes ce que tu branles ici, mon frère ? le

questionné-je, tandis que nous les observons s’enfoncer sur cette route qui les conduit à l’opposé de nous.

– Là tout de suite… carrément, bro !

– Je ne devrais probablement pas te dire ça parce que tu vas prendre la

confiance, mais mon père aurait été heureux de la savoir avec toi ! Il

t’aimait bien !

Mes yeux abandonnent ce point qu’ils fixaient au loin maintenant que

ma voiture a disparu de mon champ de vision pour se braquer sur mes

pompes.

– C’est pour ça que j’avais tant la haine après toi à l’époque ! Moi,

j’arrivais pas à créer de liens avec lui en dehors de la musique et toi, tu étais

tout ce que je pensais qu’il voulait que je sois. Je t’ai vraiment détesté

parfois, Charlie, mais tu n’y étais pour rien ! C’est plus facile de rejeter la

faute sur un autre plutôt que de se remettre en question…

– Merci de me dire ça, Haze ! J’apprécie ta sincérité et je t’en veux

pas ! Je sais que c’était pas simple avec ton père. Je pense aussi qu’il aurait

pu être un peu plus tolérant avec toi, et moins se borner à te faire revenir

dans une voie que tu ne voulais plus suivre. Vous avez déconné tous les

deux ! Ne te culpabilise pas pour tout ça ! Ton vieux savait que tu

l’aimais…

Ma gorge se serre.

– Tu crois ?

– Bien sûr qu’il en avait conscience. Et je peux te dire qu’il pensait de

belles choses à propos de toi. Il était fier !

Charlie pose sa main sur mon épaule.

– Fais-moi confiance là-dessus !

– Merci…

Je me frotte les yeux pour les assécher en soufflant longuement. Charlie

me donne une accolade.

– Amène-toi, on va se faire une petite bière ?

– Ouais, OK ! Je te suis !

 

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