L'amour en A, Snow & Hazel
Pages d’ouverture
... A3
– Jeudi – 15 h 10 – lycée de Barnstaple –
Et je suis encore là à poireauter ! J’attends que Dary se pointe, mais
cette chieuse a décidé de me faire péter une case, aujourd’hui ! Je sais
qu’elle digère mal son embrouille avec ma mère. Du coup, je ne serais pas
étonnée qu’elle veuille sécher son rendez-vous chez le psy rien que pour la
faire enrager. Pour la dixième fois, je tente de la joindre sur son portable,
mais je finis directement sur sa messagerie.
– Mais quelle relou !
Je balance ma clope et passe les grilles du lycée en espérant mettre
rapidement la main sur ma sœur. Je croise bon nombre d’élèves qui sortent
encore de cours et cherche Dary au milieu d’eux. Au loin, j’aperçois Angela
et Kate qui progressent dans ma direction. Je me précipite au-devant d’elles.
– Salut, les filles !
M’entendre les interpeller les fait se stopper net.
– Salut, Hazel ! répondent-elles à l’unisson en minaudant.
– Vous n’avez pas croisé Dary ? Je la cherche partout !
Angela hausse les épaules.
– Elle doit être près du vieux local sportif. C’est là qu’elle se planque
pour fumer en douce.
Kate soupire genre agacée.
– Elle passe son temps à ça ! Elle devenue vraiment chelou…
Je l’observe de travers.
– Ça va tes vieux, Kate ?
Comme cette nana a le QI d’une huître, elle acquiesce, heureuse que je
m’intéresse à elle.
– Parce que mon père est mort, lui ! Tu sais, il s’est précipité dans un
immeuble en feu parce qu’une femme et son bébé y étaient bloqués.
Aujourd’hui, ils sont en vie, mais mon père est resté dans cet immeuble.
Toutes deux abaissent leur regard.
– Le jour où on viendra te chercher au bahut pour te dire que ton paternel
est mort brûlé dans un incendie, t’ouvriras ta grande bouche ! En
attendant, si vous étiez de vraies amies, vous ne seriez pas là à vous moquer
de la peine de votre copine, mais en train de traverser ça avec elle !
– Je… je…
Je la laisse bégayer et fonce dans la direction que vient de m’indiquer
Angela en pestant après ma sœur. Je suis fou de rage après elle quand
j’aborde le dernier tournant qui ouvre sur ce local abandonné, en marge du
lycée. Déjà à mon époque cet endroit était le repère des fumeurs. C’est alors
que de petits gémissements étouffés me proviennent.
Pendant une seconde, mon esprit se fait un film vraiment dégueu et la
pensée que ma sœur soit possiblement en train de se faire peloter me fait
vriller. Mon sang bat à tout rompre dans mes tempes quand je vois cette
silhouette masculine qui me tourne le dos. L’idée que Dary puisse être entre
ce mec et cette façade me rend totalement barge. J’attrape ce fumier par son
sweat et le tire si fort qu’il percute le grillage qui délimite le périmètre du
lycée.
– Liam ! dis-je les dents serrées.
Mais ce n’est pas Dary qui se trouvait plaquée contre le local par cet
abruti de Liam, mais Snow. Les mains portées à ses oreilles, elle se laisse
glisser jusqu’à finir sur le sol.
Je me tourne vers ce pervers qui me regarde affolé. Pas encore remis sur
ses jambes, il essaie de retrouver son équilibre tout en tentant de s’éloigner,
mais je ne le laisse pas faire. Non, je l’attrape par le col et le balance de
toutes mes forces contre le grillage.
– Qu’est-ce que tu lui as fait ?
Je le secoue.
– Rien, rien !
À sa gueule, je sais qu’il se chie dessus. Eh oui, j’ai pas la réputation
d’être un mec tendre dans la mesure où on emmerde. Je suis pas du genre à
chercher la petite bête pour jouer des poings, mais le premier qui voudra s’y
frotter sera servi ! Et pas qu’un peu !
– Comme tu n’as pas balancé ses affaires sur le sol, l’autre jour…
– Si, j’avoue ! Mais je t’assure que c’était pas méchant ! Elle est
d’accord, elle aime ça…
Sans lâcher ce fils de chien, je me tourne vers Snow et la trouver
allongée sur le sol en position fœtale répond tacitement à la question que
j’allais formuler.
J’attrape ce fumier par la nuque et le force à regarder cette pauvre fille.
– Elle te donne l’impression d’aimer ça, espèce de merde !
– Je suis désolé, se met-il à chouiner. Hazel, je te jure que je suis désolé.
Mais j’en ai rien à branler de ses excuses. Je l’envoie valser contre le
grillage, il rebondit dessus et vient s’écraser contre cette droite que je lui
destine. Il la reçoit dans un cri de douleur avant de tomber à genoux. Je ne
lui laisse aucun répit et à la force de mon bras, je le remets sur pied. Son
nez est en sang. Mes doigts se referment sur celui-ci. Il hurle.
– Si tu la touches encore une fois, Liam, je vais te buter ! Crois-moi, je
vais te faire la peau !
– Je m’approcherai plus d’elle !
– Mais qu’est-ce que tu fous ?
Je relâche ce petit fumier quand ma sœur débarque à son tour.
– Ce fils de pute était en train de la tripoter, putain ! crié-je dans un état
de rage rarement atteint jusque-là.
J’essuie grossièrement ma main pleine du sang de Liam sur mon froc.
Dary balance un coup d’œil en direction de Snow qui est toujours
recroquevillée sur le sol.
– Oh, merde ! Snow…
Ma sœur se jette à terre. Je m’approche et laisse ce connard se tirer. Je ne
m’en préoccupe pas davantage. Non, je suis complètement focalisé sur cette
nana qui se tient les oreilles en tremblant comme une feuille.
Dary pose une main sur l’épaule de cette pauvre fille.
– Snow ?
Celle-ci se redresse brusquement à ce contact. Adossée contre le local,
elle a les jambes ramenées sur sa poitrine. Étonnement, elle a gardé ses
mains sur ses oreilles.
– Snow, c’est Dary ! Il est parti ! Liam n’est plus là. Il ne t’embêtera
plus.
Un peu stupéfait par la réaction de Snow, je commence à me questionner
sur ce que cet enfoiré a pu lui faire.
– On devrait peut-être appeler le direlo et ses parents ! Je sais pas… elle
a pas l’air bien…
– Elle est autiste ! Elle a déjà fait ce genre de crise…
– Autiste…
– Ouais ! Elle porte des oreillettes antibruit. Je crois qu’elle n’aime pas
trop qu’on la touche aussi. Alors, si Liam a posé la main sur elle…
J’imite ma sœur et m’accroupis face à Snow.
– Hé, lui dis-je doucement. Snow, tu te souviens de moi ? On s’est
parlé, il y a deux jours. J’ai ramassé ta règle et tu m’as dit que je sentais
mauvais.
– Cigarette ! dit-elle sans cesser d’aller d’avant en arrière sur elle-
même. Tu sentais la cigarette…
Sa manière de s’exprimer est bien moins claire que la première fois où je
me suis adressé à elle. J’ai l’impression que trouver ses mots lui demande
un gros effort.
– C’est une vilaine habitude ! Cela dit, t’as raison, ça pue !
– Je n’ai pas fait tomber ma règle !
– Je sais ! Ce sont des imbéciles… Est-ce que tu as eu ton bus à
l’heure ? Quand tu es partie, tu avais peur d’être en retard.
Bon, j’avoue, j’y vais à l’aveugle là et j’ignore si tenter de lui parler peut
l’apaiser. Cela dit, j’ai pas mieux sous la main. Évoquer des banalités, des
sujets anodins devrait la ramener à un état d’esprit plus tranquille.
– Je n’ai jamais été en retard !
Ses balancements cessent. Visiblement, je me démerde pas si mal avec
elle, j’arrive à détourner son attention. Par contre, elle a encore ses paumes
plaquées sur les oreilles. Prudemment, je tends mon bras vers elle et frôle
doucement sa main.
– Tu ne veux pas arrêter de faire ça, s’te plaît…
Je suis surpris lorsqu’elle obtempère.
– Tu as tes oreillettes, c’est bon ? s’enquit Dary.
– Oui !
– À quelle heure est ton bus là ?
– 15 h 25.
Je consulte ma montre.
– Il est 15 h 20.
Dary se lève.
– Je cours pour dire au chauffeur de l’attendre. Toi, amène-la !
– Tu as entendu Snow ? Ton bus est dans cinq minutes !
– Cinq minutes !
Elle se met debout.
– Ne t’inquiète pas, prends ton temps ! Dary va prévenir le chauffeur
que tu arrives.
– Je dois me dépêcher.
Et cette jolie petite blondinette se remet en route en direction de la sortie.
– Vas-y doucement, l’encouragé-je, tandis qu’elle avance à une allure
cadencée.
Pendant que nous marchons l’un à côté de l’autre, je ne peux rejeter
l’idée de la mater. Comme la première fois que je l’ai rencontrée, je la
trouve jolie. Je dois être un malade pour reluquer une nana qui vient de se
faire tripoter par un mec, mais c’est plus fort que moi, je ne vois que ses
belles formes. Elle a une poitrine sublimement dessinée et des fesses
incroyablement galbées.
Et ses lèvres…
Je chasse cette réflexion déplacée vu les circonstances.
Lorsque nous franchissons l’enceinte du lycée, le bus est déjà là et,
comme prévu, Dary patiente à côté.
– T’es sûre que ça va aller pour rentrer chez toi ? Je peux te déposer en
voiture si tu veux ?
– Je connais mon itinéraire par cœur ! D’abord la ligne 22 jusqu’à la
station de bus puis la ligne 11…
– Mais tu n’as peut-être pas envie d’être seule !
– Je suis tout le temps seule, j’ai l’habitude !
J’arque un sourcil à cette remarque qui me brise le cœur.
– Et tu aimes ça ?
– Mon bus est là, je dois y aller !
À quelques pas de l’autocar, Snow se met à trottiner. Ma sœur échange
quelques mots avec elle tandis qu’elle grimpe dans le bus.
Dary me rejoint.
– Elle a l’air… En fait, je sais pas… c’est étrange ! C’est impossible de
déterminer si elle va bien ou pas…
– C’est Snow…
Je mets un petit coup d’épaule à ma sœur.
– Appelle et annule ton rendez-vous chez le psy.
– Mais pourquoi ? On peut encore y être ! On sera un peu à la bourre,
mais…
– Viens, on va se bouffer une glace !
– Maman va gueuler !
– Je lui raconterai que c’est de ma faute, t’inquiète.
– OK !
– Je te laisse louper ton rendez-vous, je te paie une glace, mais ce n’est
pas gratuit !
Accoudés sur le toit de ma bagnole, on se jauge quelques secondes.
– Qu’est-ce que tu veux ?
– Deux choses ! D’une, que tu calmes le jeu avec maman !
– Alors, ça, c’est nul, Haze !
– Je ne te demande pas de balayer toute cette colère que tu as contre elle,
seulement de temporiser un peu quand vous vous parlez. Des repas comme
l’autre soir, c’est juste l’enfer !
Je pose mon menton sur ma main en l’observant d’un œil attendri.
– Il détesterait voir les deux femmes de sa vie se chamailler comme ça…
Elle roule des yeux.
– Et c’est quoi la seconde condition ?
– On parle, Dary ! On parle vraiment !
– Je te préviens, ça va te coûter plus cher qu’une glace !
– M’en fous !
– Bon, allons-y alors !
Je monte dans ma voiture, ravi de ce moment en aparté avec ma sœur.
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