L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 36 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

Deux ans plus tard…

... A Épilogue

 

 

Deux ans plus tard…

 

– Trésor ?

L’absence de réponse de la part de Snow me contraint à quitter notre

chambre à coucher pour gagner le salon où blondinette est assise à son

bureau. Le nez plongé dans l’écran de son ordinateur, elle ne relève même

pas ma présence.

– Snow…

Elle jette enfin un coup d’œil dans ma direction.

– Je t’appelle et tu ne m’écoutes pas… encore…

– Qu’est-ce que tu veux ?

– Je viens d’aller me laver !

– Bravo ! Moi aussi, j’ai pris ma douche aujourd’hui !

Je ris sous cape.

– Vu qu’on est propres l’un et l’autre, tu ne veux pas qu’on aille là-

bas ?

J’ai un mouvement de tête en direction de la chambre.

– C’est encore une manière suggestive de me proposer de faire

l’amour ?

Je lui fais un clin d’œil.

– J’ai plus aucun secret pour toi !

– On l’a déjà fait deux fois depuis ce matin…

Je soupire.

– Si tu tiens des comptes, maintenant…

– Je dois finir d’étudier mon cours de biologie !

Je lève les yeux au ciel.

– Genre la biologie est plus excitante que moi !

J’abandonne l’idée de l’attirer dans notre lit et marche jusqu’à la

cafetière, pour me faire couler un café quand j’entends qu’on toque à la

porte. Mais je n’ai pas le temps d’aller ouvrir que notre visiteur s’en est déjà

chargé !

– Vous êtes à poil ?

– Non ! grogné-je en laissant un coup d’œil frustré vers Snow qui n’a

pas bougé.

Assurée de ne pas nous trouver dans une posture douteuse, Dary entre

pour venir s’asseoir sur le canapé.

– T’as l’air de bonne humeur encore ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

– La biologie !

Je m’approche de Snow et lui tapote l’épaule. Elle lève ses grands yeux

bleus vers moi.

– Je n’ai toujours pas changé d’avis ! On fera l’amour plus tard,

Hazel !

– « On fera l’amour plus tard, Hazel », répété-je en me moquant d’elle.

Tu peux abandonner ce que tu fais deux secondes pour venir dire «

bonjour » à Dary !

Bien évidemment, l’idée de délaisser son travail pour saluer ma sœur

l’emballe bien plus que pour s’envoyer en l’air !

Avec enthousiasme, elle s’empresse de rejoindre Dary sur le canapé et

l’embrasse avant de poser une main sur son ventre.

– Bonjour, petit bébé ! C’est Snow ! Tu veux bien bouger pour moi !

J’échange un regard amusé avec ma sœur. Depuis le jour où Snow a

appris que Dary était enceinte, elle a développé une vraie fascination pour

sa grossesse et pour le petit être qui grandit en elle. Elle lui parle, touche

son ventre pour sentir les coups de pied du bébé.

Comme vous pouvez l’imaginer, je n’ai pas sauté de joie en apprenant

que Charlie avait mis ma petite sœur enceinte.

En fait, c’est même une histoire très drôle…

Nous étions revenus à Barnstaple pour passer un peu de temps en

famille. Ma mère supporte bien le fait qu’on vive tous à Londres, mais elle

nous rappelle facilement à l’ordre si on ne vient pas la voir régulièrement.

Elle a raison parce qu’avec le groupe et le boulot qui en découle – écrire,

composer, travailler sur l’enregistrement et la sortie de l’album, tourner des

clips – on ne voit plus le temps passer et on en oublierait presque

l’essentiel.

Donc, nous étions en week-end chez nous et Oliver et Debbie ont

organisé un déjeuner pour que tout le monde soit réuni. Jusque-là rien

d’extraordinaire ! Sauf au moment du dessert ! J’ai senti un drôle de

malaise s’instaurer entre ma sœur, son mec, et les parents de son mec. Ils

étaient soudainement très nerveux. C’est à cet instant qu’ils nous

balançaient cette grosse bombe ! Charlie et Dary étaient si flippés de nous

en parler qu’ils ont demandé le soutien d’Oliver et Debbie pour nous

annoncer la nouvelle.

Et là, j’ai pété un plomb !

Charlie a vite pigé ce qui allait lui arriver quand je me suis levé

brusquement. Nous étions tous attablés. Charlie était en face de moi, nos nanas respectives à nos côtés. Il m’a immédiatement imité et nous nous

sommes jaugés quelques secondes avant que je fasse le tour de la table pour

empoigner ce salopard qui a mis ma sœur en cloque. Ce petit fumier a

détalé par la baie vitrée. Je l’ai poursuivi à travers les jardins de deux de ses

voisins, puis sur une distance de bien deux kilomètres avant qu’il

abandonne pour m’affronter. Je l’ai chopé, on s’est chamaillé dans l’herbe

comme deux gamins, mais sans vraiment se battre. Je ne pourrais pas lever

la main sur ce mec – tant qu’il ne blesse pas ma sœur. Son père est

intervenu – autrement dit, on s’est fait pourrir. À notre retour, Dary était en

larmes et Snow très nerveuse. Moi, je me marrais déjà avec Charlie.

Ouais, je sais on est trop cons ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous

dise ? C’est notre manière d’être potes !

Finalement, on a discuté. On s’est encore un peu frittés, mais tout est

rentré dans l’ordre. De toute façon, on n’avait pas tellement d’autre choix

que de se faire à la nouvelle. Ma mère était vraiment secouée à l’idée de

devenir grand-mère. Moi, j’ai joué mon rôle de grand-frère, j’ai rassuré ma

sœur. Et Snow a fait ce qu’elle fait toujours, elle a lu je ne sais pas combien

de livres sur la grossesse et les nouveau-nés ! Elle avait besoin de

comprendre ce que tout ça voulait dire, ce que ça impliquerait pour l’avenir.

Bien sûr, cette grossesse n’était pas prévue et j’ai bien senti que ma

pauvre Dary était paniquée à la pensée de devenir mère. Une fois l’effet de

surprise passée, le choc de la nouvelle encaissé, nous avons tous fait bloc

autour d’eux pour les soutenir dans cette nouvelle aventure si effrayante.

– Il n’a pas cessé de bouger cette nuit, c’est maintenant qu’il dort ce petit

malin ! nous explique Dary. Je vais manger un morceau…

Je glousse.

– Pour changer…

– La ferme, Haze ! Vous voulez venir avec nous ?

– D’accord ! s’exclame blondinette en se levant. Je vais me changer !

– C’est nul ça ! balancé-je à Snow lorsqu’elle passe près de moi.

Elle se stoppe, se dresse sur la pointe de ses pieds pour déposer un baiser

sur mes lèvres.

– Je t’aime, partenaire !

Je l’emprisonne dans mes bras.

– T’es certaine de ça ?

– Bien sûr !

Délicatement, je la pousse en direction de la chambre.

– Allez, file ! Tu as travaillé toute la journée, tu as besoin de t’aérer !

Près de trente minutes plus tard, nous arrivons aux abords de ce festival

d’été où nous sommes installés depuis deux jours. Cela fait deux semaines

que nous sommes en Europe, et notre nouvelle destination nous a conduits

dans le sud de la France. Il fait un temps superbe, la mer n’est qu’à

quelques bornes de là. Du coup, comme nous avons quelques jours devant

nous avant d’aller jouer en Espagne, nous avons loué une villa pour y

séjourner. Notre concert est ce soir. Nous partirons pour notre lieu de

vacances à la fin de celui-ci.

Pour le moment, le défi est de nous frayer un chemin au milieu de la

foule sans que blondinette panique. Mais entre son casque antibruit et ma

présence que je peux humblement qualifier de protectrice, elle est de plus

en plus à l’aise avec ça. Bon, y’a du boulot avant qu’elle aille se balader en

solo, mais je peux au moins mieux concilier ma carrière et ma relation avec

Snow.

La sortie de notre premier album studio remonte à plus d’un an et demi

maintenant et le moins que l’on puisse dire, est qu’il a reçu un accueil qu’on

peut qualifier de chaleureux. On a lancé une première tournée avec

principalement des dates en Angleterre. Les salles étaient de plus en plus imposantes et le succès toujours au rendez-vous. Cela fait un drôle d’effet

de connaître une soudaine célébrité ! Alors, nous gardons la tête sur les

épaules, on est loin d’avoir une notoriété de malade, mais on s’est fait un

petit nom dans le milieu et les fans sont au rendez-vous.

Comme toujours, les gars et moi sommes restés simples ! Hors de

question de se la jouer super star parce qu’on a vendu quelques dizaines de

milliers d’albums. Voilà pourquoi on ne se fait pas chier : si l’envie nous

prend d’aller boire une bière et de manger un bout sur le festival, on y va

sans se poser de questions.

– Pizza !?

Je reçois un « oui » unanime.

Même ma Snow est emballée par cette perspective. Je missionne les gars

de nous commander à bouffer pendant que les filles et moi-même

réquisitionnons une table, quand un groupe de quelques jeunes, dont l’allure

colle parfaitement avec cet événement musical, s’approche de nous. À leur

attitude, je devine qu’ils sont ravis de nous trouver sur le festival. C’est vrai

qu’on se balade ici librement et rencontrer le public ne nous gêne

absolument pas.

Enfin pas quand Snow est avec moi… je ne veux pas qu’elle flippe ma

chérie !

– Bonjour ! nous salue la bande – des Anglais, si j’en crois leur accent.

C’est trop cool de vous voir ! On attend avec impatience votre concert de

ce soir !

Je me lève pour leur serrer la main.

– Les mecs, je suis super heureux de vous rencontrer, mais là, je suis

avec blondinette et…

– Y’a pas de souci, mec ! me dit l’un d’eux.

Sa copine fait un geste vers Snow qui ne nous regarde pas vraiment.

– Salut, Snow !

– Salut !

C’est à mon tour d’être passé en revue par cette jeune femme dont l’âge

doit avoisiner celui de Dary et de Snow.

– Et sinon, c’est pour quand le mariage ? me lance-t-elle en adoptant

une posture qui mêle provocation et facétie.

L’air faussement choqué, je pose une main sur mon torse.

– Pourquoi tu me regardes en disant ça ?! Je lui ai demandé genre vingt

fois et elle m’a toujours jeté !

Ma réponse provoque l’hilarité de cette jeune femme. Elle s’intéresse à

Snow.

– Sérieux ? Pourquoi tu ne veux pas l’épouser ?

Celle-ci échange un coup d’œil avec Dary avant de répondre :

– J’attends le bon moment !

– Oh…

– Peut-être quand on aura quarante piges… râlé-je, en glissant une clope

entre mes lèvres.

– Ou quand tu arrêteras d’être un blaireau !

– Toi, roule donc jusqu’à la pizzeria et dis à ton mec de se magner le cul

avec ma bouffe !

Dary me balance un doigt d’honneur.

– Va te faire foutre !

– Bon, les gens, c’était un plaisir de bavarder avec vous, mais faut qu’on

mange un peu avant d’aller jouer !

Je leur donne à chacun une accolade amicale.

– On sera là !

– Et foutez le bordel, sinon dégagez !

Ils ricanent.

– Compte sur nous !

La jeune femme qui semble fascinée par ma nana lui adresse un coucou.

– Tu montes sur scène pour jouer « Sur tes lèvres », Snow ?

– Hazel ne me l’a pas demandé, mais s’il en a envie, je suis d’accord !

– Quelle question ! Bien sûr que je le veux ! J’adore quand tu

m’accompagnes !

– Alors, je viendrai !

– Cool !

La petite équipe s’éloigne en nous lançant quelques encouragements. Je

termine ma cigarette avant de rejoindre les filles autour de la table.

– Tu vois, trésor, personne ne comprend pourquoi tu refuses de devenir

ma femme !

– Moi, je sais pourquoi je ne le veux pas !

– Et si tu me le disais plus clairement, je pourrais sûrement remédier au

problème !

– Devine ! me balance-t-elle, après avoir échangé un sourire avec sa

voisine.

Je les pointe du doigt tour à tour.

– Depuis le temps, j’ai appris à flairer vos coups fourrés, les deux

emmerdeuses ! Je sais que vous manigancez quelque chose !

Il y a déjà plus de quatre mois que j’ai suggéré à Snow qu’on se marie.

C’était un peu après que Dary et Charlie nous aient annoncé qu’ils allaient

avoir un bébé. Ce bond en avant dans leur vie d’adulte m’a donné à

réfléchir. Bien sûr, nous sommes jeunes et nous avons le temps devant nous

pour penser à tout ça. C’est pour cette raison que je n’ai pas voulu rendre

cette proposition trop sérieuse.

J’ai profité d’un jour où nous étions à Barnstaple, à l’occasion d’un

week-end en famille, au cours duquel nous avions célébré l’anniversaire de ma mère, pour lui en toucher deux mots. Je ne lui ai pas vraiment demandé

de m’épouser, je voulais surtout connaître sa position sur le sujet. Mais ce

genre de conversation a le don d’affoler ma blondinette.

Comme souvent, elle a un peu paniqué. Je l’ai rassurée, je lui ai conseillé

de ne pas se mettre la pression, qu’elle pouvait y réfléchir et depuis, elle me

fait tourner en bourrique ! Elle m’a expliqué ne pas être opposée à l’idée

du mariage, et lorsque je lui ai dit de m’épouser, elle m’a répondu mot pour

mot l’excuse toute pourrie qu’elle vient de donner à cette inconnue « Ce

n’est pas le bon moment ! ». Et elle me la sort à chaque fois que je remets

le sujet sur le tapis ! Au début, j’ai pris ça pour un jeu, mais plus elle me

disait non, moins j’ai eu envie de lui demander. Du coup, cette histoire est

en stand-by.

Le truc, c’est que les gars et moi sommes très présents sur les réseaux

sociaux. On a joué cette carte à fond pour nous rapprocher de nos fans et

c’est vraiment cool. Au fil du temps, ma relation amoureuse avec Snow est

devenue une partie intégrante du groupe.

Sans oublier que mes cours particuliers portent leur fruit et ma nana est

hyper douée.

Du coup, un jour, pour mon anniversaire, elle est montée sur scène et

elle a joué « On your lips » pour moi ! J’étais sur le cul ! Depuis, c’est

devenu un rituel, elle me rejoint de manière régulière pour m’accompagner.

Snow est la mascotte du groupe ! Entre notre histoire, qu’on a rendue

publique et très visible, et nos actions associatives en rapport avec

l’autisme, elle a une certaine notoriété dont elle n’a aucune conscience

d’ailleurs.

Avec Dary, nous avons monté une association visant à sensibiliser les

gens à l’autisme. Avec le groupe, on reverse 20 % de nos ventes d’albums à

ce profit. Cet argent nous aide à organiser des interventions dans les écoles notamment. Mais notre principal objectif est de faciliter l’intégration des

autistes dans le système scolaire classique tel que Snow l’a vécue. Même si

notre association est assez jeune, nous avons déjà réalisé quelques jolies

choses dont nous sommes vraiment fiers.

Le reste de la bande nous rejoint avec le repas.

– Snow joue avec nous ce soir ! dis-je pour les informer.

– Cool !

– Elle va me foutre au chômage ! se marre Charlie, avant de lui faire un

clin d’œil.

– Non, je n’ai pas envie de faire ça, Charlie !

– Je sais, blondinette ! T’inquiète, je plaisante ! Tu peux jouer autant

que tu veux avec nous !

– À l’allure où elle progresse, je pense l’intégrer au groupe d’ici six

mois, dis-je, en enfournant un bon morceau de pizza dans ma bouche.

– Six mois, répète-t-elle. OK !

J’arrête de mâcher, échange un regard stupéfait avec Charlie.

– Trésor, je plaisantais !

– Oh… d’accord…

– Mais tu aimerais ça ?

– J’adore jouer avec toi !

– Tu voudrais qu’on ait plus de chansons ensemble ?

– Juste toi et moi ?

– Ça te plairait qu’on joue que tous les deux ?

– Oui !

Elle avale un morceau de son repas. De mon côté, j’ai plus le cœur à

manger. Non, mon cerveau fonctionne déjà à cent à l’heure.

– Trésor ?

– Oui ?!

– Tu aimerais qu’on fasse un album ? Rien que nous deux ! J’écrirai

des chansons et on les enregistrera ensemble.

– Comme si on était un groupe ?

– Carrément !

– Je veux bien être un groupe avec toi !

Je ricane avant de m’intéresser à Charlie.

– Ça peut être gravement mortel, bro !

– J’adore le principe. Qu’importe où ça vous mène, c’est dément comme

expérience !

– Je suis d’accord !

– Je pense que tu peux compter sur nous pour les instrus, me dit Reece,

avant de balancer un coup d’œil à Jake qui mange.

Il hausse les épaules.

– Bah, ouais !

Je me frotte les mains, un grand sourire aux lèvres.

– Je crois qu’on va bien s’amuser, partenaire !

 

**

 

– Bonsoir la France ! Vous êtes formidables, ce soir !

Une pluie d’applaudissements fait suite à mes paroles.

– On se disait l’autre jour avec Snow que vous aviez un bien joli pays !

Du coup, on a décidé de passer quelques jours de vacances dans les

parages !

Une nouvelle fois, le public manifeste son enthousiasme bruyamment.

– Et elle doit carrément adorer la France, car elle va se joindre à nous, ce

soir !

Cette annonce suscite un déferlement de sifflets et d’applaudissements

dont je pourrais presque me vexer.

– C’est quoi ce délire ! Ma nana a plus de succès que moi, bordel !

Je les entends rire.

– En même temps, je vous comprends ! Blondinette assure grave !

Bon, j’imagine que vous connaissez la règle, on se tient tranquille

lorsqu’elle est sur scène, histoire qu’elle ne panique pas !

Le public français exprime leur assentiment en frappant dans leurs mains

avant de faire le silence. Je me tourne vers les coulisses. Ma Snow, parée de

son casque, attend sa belle guitare acoustique que je lui ai offerte, il y a

quelques mois.

– Tu viens, trésor !

Elle me rejoint et s’installe face à son micro pour saluer notre public.

– Bonsoir !

– Je pense pouvoir affirmer sans risque qu’ils sont ravis que tu sois là, ce

soir !

– C’est gentil !

– On va leur jouer ta chanson !

– Oui ! « Sur tes lèvres ».

J’approche son tabouret.

– Assieds-toi !

J’en fais de même avant de réajuster son micro et le mien.

– Tu es prête ?

Elle opine du chef.

– Alors, c’est quand tu veux !

Elle se positionne sur sa guitare. Je l’observe en remuant nerveusement

ma jambe.

Je ne suis pas tranquille ce soir ! Y’a un truc qui me chagrine.

Je devrais la laisser jouer sa chanson et repousser ce qui me prend la tête,

mais elle est là sous mes yeux cette nana qui m’épate dans tout ce qu’elle

entreprend. À chacun de mes réveils près d’elle, à chacun de ses gestes de

tendresse, dont elle me fait cadeau de manière de plus en plus naturelle, je

me sens plus nerveux. Derrière mon assurance tout est feint ! Non, plus

rien n’est sûr en moi depuis des mois. Elle me met au supplice…

Snow enchaîne les notes sur sa guitare et l’intro de sa chanson touche à

sa fin. C’est à mon tour d’entrer en action et de chanter les premières

paroles. Pourtant aucun son ne sort de ma bouche. Snow en joue encore

quelques-unes avant de s’arrêter pour lever ses grands yeux bleus vers moi.

– Tu as oublié de…

Je secoue la tête et emprisonne son regard dans le mien.

– Snow, je veux que tu deviennes ma femme ! Épouse-moi !

– Hazel, c’est pas…

Je bondis de mon tabouret, balance ma guitare dans mon dos avant de

me jeter à ses pieds en enfonçant une main dans mon jeans.

– Si c’est le bon moment !

Je prends l’écrin caché dans ma poche, le sors et l’ouvre devant elle.

– Tu es ma partenaire, on est une équipe, un duo ! Je t’aime et je veux

passer le reste de ma vie à être ton aventure ! Snow, je t’implore à genoux

de devenir ma femme !

Je m’étire suffisamment pour poser ma main sur sa joue.

– Tu es l’être le plus beau qui soit en ce monde, Snow. Tu es parfaite et

tu me rends redoutablement heureux. Je veux que ce bonheur dure jusqu’à

mon dernier souffle. Je veux faire de toi ma femme et la mère de mes bébés.

Tu m’as tellement donné depuis que je t’ai vue accroupie dans l’herbe, et

que j’ai croisé pour la première fois le bleu de tes yeux.

– Je ne sais pas, Hazel, me répond-elle, en montrant des signes de

nervosité.

– N’aie pas peur ! Ce n’est que moi ! Moi qui te demande de

m’épouser. Je t’aime et je sais que toi aussi. Notre amour nous a permis de

surmonter des choses difficiles. Il est assez fort pour nous aider à franchir

les obstacles qui viendront encore. On est une équipe qui marche, tu crois

pas ?

Elle acquiesce.

– Alors, tout se passera bien ! Je t’en fais la promesse.

– Je veux bien être ta femme, Hazel !

– C’est vrai ? dis-je émerveillé. Tu es d’accord ?

– Oui !

Je me redresse et l’embrasse avec tout le soulagement et la joie que je

ressens au fond de mon cœur.

– Mon amour, je t’aime.

– Dary m’avait conseillé de ne pas te dire « oui » tant que tu ne

m’avais pas acheté de bague de fiançailles.

Je recule et l’observe incrédule.

– Tu le voulais depuis le début ?

Elle me fait oui de la tête.

– Mais quelle garce, celle-là ! Je savais que vous me faisiez un coup

fourré !

Je la regarde plus sérieusement.

– Tu as flippé, je l’ai vu. Qu’est-ce qui t’a angoissé si tu avais déjà envie

de m’épouser ?

– Tu m’as parlé d’avoir des enfants. J’ai peur de ça, Hazel.

– À cause de ton autisme ?

– S’ils étaient comme moi ?

Je m’accroupis devant elle.

– Snow, si nos enfants sont autistes, alors la terre comptera un peu plus

de gens extraordinaires qui font du bien à ce monde de par leur gentillesse

et leur pureté. N’aie pas peur de ton autisme, sois-en fière ! Il te rend

unique et belle. Tu es sublime à l’intérieur comme à l’extérieur, et nos

bébés le seront tout autant !

Je me lève, invite Snow à se joindre à moi et attrape le micro.

– Vous avez entendu ça ? Elle a dit « oui » ! Snow va devenir ma

femme !

Les membres du public brandissent leurs mains et nous applaudissent

sans trop en faire. J’embrasse Snow, alors qu’ils nous félicitent.

– Je t’aime, trésor !

Je prends son joli visage entre mes doigts.

– Et je vais t’apprendre à te voir avec mes yeux. Il est temps que tu

comprennes comme tu es merveilleuse.

Je remercie une nouvelle fois le public.

– On va peut-être jouer notre chanson, maintenant ! Qu’est-ce que tu en

penses, ma chérie ?

– Je veux bien !

Elle grimpe sur son tabouret. Je l’imite.

– Tu es prêt ?

– Je te suis, trésor ! Je te suivrai où tu voudras !

Elle gratte la première corde en me souriant en coin.

– Sur tes lèvres…

 

… A Fin

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