L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 19 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

Cela fait trois jours maintenant que je…

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Cela fait trois jours maintenant que je suis sorti de chez moi en claquant

la porte derrière moi.

Et tout autant de jours sans nouvelles de Snow…

Depuis, j’ai quitté le garage de Charlie seulement pour me racheter un

portable et me ravitailler en bières. Alors, non, je ne me saoule pas du matin

au soir pour oublier que ma nana m’a largué. Cela dit, on bosse beaucoup

avec les mecs du groupe pour être prêts à jouer face au public des Black

Death et comme souvent quand on fait de la musique, on aime bien se taper

une bière. Et puis, je ne vous cache pas que ça aide bien à oublier toutes les

soirées que je passe seul pendant que Charlie consacre tout son temps à

Dary, ou que Reece et Jake restent en famille. Et je ne vous parle même pas

des nuits à dormir dans ce maudit canapé pourri et vide d’elle.

Mis à part les mecs, j’ai bien vu ma mère ces derniers jours. On a

déjeuné ensemble hier. Elle est venue prendre un café chez Charlie tout à

l’heure et ça m’a fait du bien de bavarder avec elle. Au-delà de ça, je suis

souvent très seul ! Ce n’est peut-être pas plus mal, vu que je suis d’une

humeur de chien en ce moment ! Dary ne m’a donné aucune nouvelle et je

n’ai pas cherché à en avoir. Finalement, ça doit en arranger plus d’une que

je me casse pendant six mois.

Je jette un rapide coup d’œil vers l’écran de mon nouveau téléphone

pour me renseigner de l’heure qu’il est – 20 h 50 ! J’ai commandé une

pizza dans un petit resto du centre-ville de Barnstaple pour 21 h. Je pose ma

guitare sur laquelle je bosse depuis des heures, ramasse ma veste, mon

portefeuille, mes clopes, les clefs de ma caisse ainsi que mon portable avant

de sortir du garage. Une fois dehors et, comme une vieille habitude, je m’en

grille en remontant l’allée jusqu’au trottoir où ma voiture est stationnée

quand :

– Te voilà enfin !

Je lève le nez de mes chaussures en entendant cette voix familière.

– Jacob ?

– Tu vas où comme ça, Hazel ?

– Bouffer une pizza ! Écoute, tu veux pas venir avec moi, histoire qu’on

parle de ce qui s’est passé l’autre soir ?!

– Tu fais référence au jour où tu m’as pété la gueule à cause d’une

meuf ?

– Ouais… euh… je suis pas très fier de ce que j’ai fait, mais tu n’avais

pas à parler d’elle comme ça, man !

– T’as préféré une chatte à ton meilleur pote, Haze !? Tu t’en es pris à

moi qui a toujours été là ?

– Je ne te demande pas de comprendre le délire avec ma nana, seulement

de le respecter !

– Tu m’as frappé devant ma gonzesse !

Je ne peux retenir un ricanement.

– Shanna ? C’est elle ta nana ?

L’attitude impassible de Jacob me laisse un peu perplexe. Je hausse les

épaules avec nonchalance.

– Enfin, tu fais ce que tu veux, Jacob ! Je m’en cogne !

Je balance ma cigarette sur la chaussée.

– Tu avais un truc particulier à me dire ?

Le bruit de portière qui s’ensuit me fait détourner le regard vers la

bagnole de Jacob, garée à quelques pas de lui. En voyant les trois mecs

sortir à l’arrière, je comprends sans aucune équivoque la véritable présence

de Jacob ici.

– Sérieusement ? lui dis-je en le défiant du regard. T’as tellement pas de

couilles que tu viens avec tes petites putes pour me mettre une dérouillée ?

– J’aime pas me salir les mains, Haze ! Mais tu devrais me connaître

depuis le temps !

– Ne te fous pas de ma gueule ! Tu les as amenés parce que tu sais

pertinemment qu’en face à face, je pourrais t’exploser la tronche de la main

droite et te tricoter un joli pull-over de la gauche.

Je regarde tour à tour les trois golgoths qui marchent dans ma direction

dans une posture menaçante.

– Je trouve que tu l’ouvres beaucoup pour un mec sur le point de se faire

passer à tabac.

– Je sais donner des coups, les encaisser aussi !

– C’est ce qu’on va voir !

Sa phrase à peine achevée, l’individu le plus à droite de la route se rue

sur moi. Je brandis les poings et lui envoie une droite en plein dans la face,

ce qui le stoppe net. Mais le second se met en action et essaie de me coller

un pain, je l’esquive de justesse, attrape ce connard par la veste avant de le

repousser dans les bras du premier mec qui se relève.

C’est au troisième de passer à l’offensive et, même si je sais déjà que j’ai

aucune chance de m’en sortir, que je vais m’en prendre une, je me mets en

position de défense, prêt à parer à son attaque. Il tente un crochet du

gauche, joliment placé, mais pas assez vif pour que j’aie le temps de le contrecarrer. Cette fois-ci, je le saisis par le tee-shirt et lui assène un coup

de tête dans la tronche. Il se met à crier et, vu la douleur qui m’irradie le

crâne, ainsi que le bruit qui a accompagné le coup…

– Putain, il m’a pété le nez !

Voilà, c’est là où je voulais en venir !

Mais je n’ai pas le temps de faire davantage le malin. Les deux autres

reviennent à la charge et, même si je tente de me défendre en jouant des

poings, je reçois une droite dans la mâchoire avant de finir maintenu de

chaque côté. J’essaie de me défaire de leur emprise, en vain.

Jacob, un air de vainqueur sur la gueule, marche vers moi en tirant sur sa

clope un sourire en coin.

– Hazel, mon ami…

– Je crois qu’on peut définitivement dire qu’on est plus potes toi et

moi !

Il ricane.

– Tu sais, tu t’en sors pas trop mal. J’ai vraiment espéré que ta petite

handicapée serait là pour me voir te foutre la raclée de ta vie !

J’ai un rire nerveux avant de lui jeter un gros mollard en plein dans l’œil.

– Voilà ce qu’elle te dit ma nana !

Furieux, il s’approche de moi, glisse sa cigarette entre ses doigts.

– Tenez-le ! ordonne-t-il à ses comparses qui réajustent leur prise sur

moi.

Le troisième type, celui avec le nez pété, passe son bras autour de mon

cou, me fait comme une de clef de bras. Je prends une profonde inspiration,

tends tout mon corps en le voyant foncer sur moi avec sa putain de

cigarette.

– Je vais te laisser un petit souvenir de moi, Hazel !

Je sens la chaleur de sa clope sur ma peau puis lentement s’enfoncer plus

profondément dans ma chair.

– Je vais prendre mon temps…

J’encaisse la violente douleur que m’inflige cette brûlure sur mon visage

dans un cri de souffrance retenue, mêlé à une respiration soutenue et

angoissée. J’ai la sensation que toute ma peau est en feu, je jurerais presque

de sentir un trou béant dans ma joue.

– Espèce de fils de pute ! maugréé-je entre mes dents.

J’ai l’impression de manquer d’air alors que l’autre connard me serre

toujours la gorge. J’essaie de me tirer de là, mais avec les trois pour me

maintenir, c’est peine perdue. Les secondes, les minutes, je l’ignore, me

paraissent interminables, tandis que Jacob s’amuse encore à écraser son

mégot contre la plaie que la brûlure a créée sur ma peau. Il a un sourire

sadique quand il laisse enfin tomber la cigarette au sol.

– Tu penses bien que mes potes meurent d’envie de te rendre la monnaie

de ta pièce.

Mais la pression sur ma gorge est trop intense pour que je puisse

répliquer quoi que ce soit. Je me retrouve libre au niveau des bras, mais

l’air commence à me manquer et le coup de poing que m’inflige le premier

mec que j’ai frappé dans le ventre n’arrange rien. Aussitôt, j’en reçois un

second dans le visage ce qui relance la douleur due à la brûlure.

– Ma nana t’emmerde Jacob !

Je ris.

– Et elle cogne mieux que tes petites salopes !

En réponse à mon effronterie, il me donne un coup de genou dans le

ventre. Je finis courbé en deux, à tenter de reprendre mon souffle. Je reçois

un nouveau coup de pied en plein visage, ce qui me fait tomber en arrière.

Je m’écrase sur le trottoir et porte immédiatement une main à mon nez. Je ne peux que constater que je pisse le sang. On m’inflige encore un coup

dans le bide quand :

– Mais putain, qu’est-ce que vous foutez ?

– Barre-toi de là ! Ça te regarde pas, connard !

Je balance la tête sur le côté. Oliver, le père de Charlie, traverse la

pelouse au pas de course, une batte de base-ball à la main.

– Tu vas voir si ça ne me regarde pas, petit enfoiré ! beugle-t-il en

fonçant vers nous en levant sa batte. Vous avez deux secondes pour vous

barrer ou je vous refais le portrait !

Face au sérieux et la détermination d’Oliver, mes assaillants se ravisent

et rebroussent chemin en courant en direction de la voiture de Jacob. Le

père de Charlie fonce vers eux alors qu’ils démarrent en trombe. Il s’arrête

pour s’accroupir auprès de moi.

– Hazel, ça va ?

– Je pète la forme ! Et toi ? lui dis-je en essayant de me relever.

Malheureusement, le coup reçu en plein visage m’a légèrement sonné. Je

retombe sur le sol.

– Reste assis ! Je vais appeler les secours !

– Mais non ! Je dois aller chercher ma pizza, moi !

– Oui, bah, on va oublier la pizza, mon grand !

– Putain, mais tout fout le camp ! me lamenté-je en m’allongeant dans

la pelouse.

Oliver ricane avant de passer mon bras sur son épaule.

– Bon, essaie de te lever ! Je vais te conduire à l’hosto, histoire qu’il

s’assure que ton cerveau n’est pas plus endommagé que d’ordinaire !

– T’as vraiment un sens de l’humour merdique !

Une fois debout, je suis heureux qu’Oliver soit là pour me soutenir. Il me

traîne jusqu’à sa voiture et m’installe sur la banquette arrière. 

– Je vais prévenir Debbie que je t’amène à l’hôpital et j’arrive !

Je m’allonge en soupirant.

– Ouais…

Le bras replié sur mon front, j’essaie de retrouver une respiration

normale, mais ce n’est pas sans esquisser quelques grimaces crispées dues

logiquement à la douleur qui m’irradie le flanc droit. Ayant perdu la notion

de temps, je suis incapable de déterminer combien de minutes s’écoulent

avant qu’Oliver ne revienne. Très vite, il se place derrière le volant et

démarre.

– Tu veux que j’appelle Charlie ?

– Non, il s’en fout ! La seule chose à laquelle il pense, c’est comment

retirer la culotte de ma petite sœur…

J’entends Oliver glousser.

– Ça fait un bail qu’il attendait le jour où elle le regarderait vraiment, tu

sais…

– Ouais, bah, son rêve est exaucé. Elle le voit ! Elle ne voit plus que lui,

même !

– Mais tu es jaloux, ma parole !

– Pff… n’importe quoi !

– Oui, oui… Debbie a prévenu Lorna.

– Eh merde…

– Elle bosse cette nuit, non ?

– Fallait la laisser en dehors de ça !

– Pourquoi ?

– Parce qu’elle a déjà assez à faire avec ses problèmes ! C’est rien de

grave !

– Ah ouais ? Bah, t’as pas vu ta tronche !

– J’ai donné une branlée à ce connard l’autre soir et il se venge, fin de

l’histoire !

– OK ! Et tu lui avais mis une raclée pour ?

– Il a traité Snow d’handicapée…

– Oh…

– Ouais ! Depuis, elle m’a quitté et je me suis fait péter la gueule ! Et

je ne boufferai même pas ma foutue pizza !!!

– Une soirée pourrie quoi !

Après un moment de silence, il poursuit :

– Peut-être que ça te fera du bien de partir quelques semaines ! Tu as

beaucoup pris sur toi cette année ! T’accorder du temps pour faire ce que

tu aimes et être avec tes amis ne pourra t’être que bénéfique.

– Je ne vois pas en quoi être privé de la fille dont je suis amoureux peut

être cool, mais j’aurai au moins la musique pour m’aider à tenir !

– On est arrivé ! me prévient alors Oliver en stationnant sur le parking

de l’hôpital.

Péniblement, je me redresse. La voiture est garée juste devant les

urgences et ma mère m’attend déjà avec un fauteuil roulant.

– C’est pas vrai !

– Oh, mon chéri ! s’exclame-t-elle, en ouvrant la portière.

– C’est rien, m’man…

Je m’extirpe du véhicule. Ma mère me présente le fauteuil.

– J’ai pas besoin de ça !

Je tente de faire un pas et manque de me rétamer.

– Arrête ton numéro, me reprend Oliver, en m’aidant à m’asseoir. Il faut

que tu t’allonges…

– Bah, j’ai un peu mal au crâne !

– Tu as perdu connaissance ?

– Non !

– Tu as envie de vomir ?

– J’ai seulement une migraine à la con.

Ma mère me pousse à l’intérieur du service des urgences pour me

conduire dans une salle fermée.

– Monte sur le lit, m’encourage-t-elle en me soutenant.

Je me laisse faire et retrouve avec soulagement la position allongée.

– Mais tu es brûlé !

– Ouais, je dois avoir une gueule de cendrier…

– Mon Dieu ! Mais Haze, qu’est-ce qui s’est passé ?

– Ce fumier de Jacob n’a pas apprécié que je lui mette une rouste le soir

de la fête…

– Tu l’as frappé, mais pourquoi ?

– Il s’en est pris à Snow !

– Je n’ai jamais aimé ce type !

– Ouais, bah, je suis plus très fan moi non plus !

– Je vais demander à ce qu’on te fasse passer un scanner afin d’être

certaine que tu n’as rien. Il y a un autre endroit où tu as mal ?

– Dans les côtes, sur la droite.

Elle lève mon tee-shirt et m’ausculte avec une grande concentration.

– Ce n’est pas cassé ! C’est le coup qui te fait souffrir. Je vais te donner

des analgésiques.

Ma mère sort de la pièce pour échanger avec une collègue avant de

revenir vers moi.

– Je vais nettoyer tes blessures. Tu as de la chance, mon amie Catherine

est le médecin de garde, cette nuit. Elle m’autorise à m’occuper de toi.

– Cool !

Elle s’approche et dépose un baiser sur mon front.

– J’ai eu peur, mon chéri…

– T’en fais pas, je suis plus solide que ça !

Tant bien que mal, je la prends dans mes bras.

– Il t’en faut plus que ça pour te laisser abattre, s’amuse-t-elle en

commençant à soigner ma brûlure.

Je lui fais un clin d’œil.

– Bien vu !

– Tu n’es pas surhumain pour autant, Hazel…

– Non, j’ai ma faiblesse ! Superman, lui, c’est la kryptonite ! Moi,

c’est une belle petite blonde qui n’a même pas de sentiments pour moi !

Ma mère me fait un sourire compatissant.

– Tu sais déjà ce que je pense…

– Oui, je sais, mais je t’assure que tu te trompes. Si elle m’aimait, ça

serait plus simple, qu’importe qu’elle soit autiste !

– Ce n’est pas mon avis !

– M’man, j’ai plus envie d’en parler ! Je veux seulement m’en aller !

– OK ! Je me tais et je me contente de soigner tes vilains bobos !

 

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