L'amour en A, Snow & Hazel

Pages d’ouverture

... A5

 

– Campus universitaire d’Exeter – maison de la fraternité Upsilon –

samedi soir – 22 h –

Une musique assourdissante résonne à travers les murs de cette immense

baraque où crèchent les mecs de la fraternité Upsilon. Celle dont j’étais

membre pendant mes deux années d’études. C’est là que j’ai fait la

connaissance de Jacob. Dès mon arrivée, on s’est bien entendu jusqu’à

devenir inséparables.

Déjà à l’époque, j’avais lâché l’affaire avec Charlie, Reece et Jake.

Même si notre amitié remontait au collège, ils étaient totalement renfermés

sur eux-mêmes avec comme seul centre d’intérêt, la musique. Le père de

Charlie était le meilleur ami de mon vieux et membre du même groupe.

Mais je me suis éloigné de mon père, de la musique et, fatalement, de mes

amis…

Mes deux dernières années de lycée, je les ai passés à traîner avec Kyle

et quelques-uns de ses potes. À l’université, il devait rejoindre cette

fraternité et, naturellement, je l’ai suivi. J’ai rencontré Jacob à ce moment-

là. Kyle s’étant trouvé une nana, il a un peu lâché les mecs. Du coup, je me

suis beaucoup rapproché de Jacob, même si Kyle reste un très bon pote.

Lors du décès de mon père, Jacob a été très présent. Je sais que dans

mon entourage, on ne l’apprécie pas vraiment – Charlie, Reece et Jake en tête de liste. J’avoue qu’il peut être particulier. Souvent méprisant, imbu de

lui-même et totalement macho avec les filles, il ne s’attire pas facilement la

sympathie des gens. Avec le temps, j’ai appris à faire abstraction de ses

défauts. Je n’oublie pas son soutien à un moment où je me suis senti très

seul.

Il y a un monde de fou, ce soir !

Un peu comme à chacune des fêtes que les mecs organisent. On trouve

de la bière à volonté, des conneries à bouffer ainsi que des pizzas. Sans

oublier des substances plus illicites, mais c’est pas trop ma came. Je fume

des joints de temps en temps, rien de plus ! Avec eux, il y a moyen de

goûter plus exotique, c’est évident ! Je ne me suis jamais aventuré sur ce

terrain-là, à la différence de mon voisin, Jacob.

Il y a de nombreuses nanas à cette fête. Jacob aime les jolies filles et

elles lui courent toutes après. Il faut dire qu’il a de l’allure…

Il est pété de thunes aussi ! Ça aide pas mal…

Du coup, je pourrais me glisser entre les cuisses de l’une d’entre elles,

histoire de vraiment me changer les idées, mais aucune d’elles ne trouve

grâce à mes yeux. Il y en a bien quelques-unes à avoir battu des cils dans

ma direction, mais je sais pas, ça me dit trop rien…

Jacob et moi sommes assis dans la mezzanine, qui surplombe le salon.

Un point de mire qui nous offre une belle vue sur ce qui passe en bas.

– Mec, il faut que je fasse quoi pour que tu te ramènes ? Sérieux, si je te

dis pas de pointer ton cul ici, tu viens même pas ! Tu t’attends pas à ce que

je devienne une petite groupie de ton groupe à la manque…

J’avale une nouvelle gorgée de ma bière en rigolant.

– Tu serais mignonne en groupie !

– Ta gueule, enfoiré ! C’est quoi votre nom d’ailleurs ?

Barnstaple’losers ?

– Fuzzy Mind, abruti !

– Pourquoi tu perds ton temps avec ces tocards, Haze ? Ça va te mener

à quoi de jouer dans un foutu garage toute la journée ! Reviens sur le

campus !

– Je comprends mieux pourquoi tu me colles toujours Shanna dans les

pattes !

Il se marre.

– Je sais pas ce que tu lui as fait l’autre soir, mais elle était genre prête à

te buter…

Je soupire.

– Qu’est-ce que ça peut bien me foutre sérieux ? Je lui ai jamais

proposé de venir !

– Enfin, ça t’a pas gêné pour la sauter !

– Mais elle n’attend que ça ! me défends-je. Après, elle a pété une case

genre je baise d’autres meufs ! Comme si elle ne se faisait pas tringler à

longueur de temps.

– Bah, je peux te garantir que si ! Je l’ai tronchée pas plus tard

qu’hier ! Et c’était loin d’être la première fois !

– Qu’est-ce que je disais ?! Je suis pas naïf. Même quand on était

ensemble, elle baisait avec les mecs de la fraternité ! Maintenant, je m’en

branlais parce que j’en ai jamais rien à cirer de cette fille ! Je prenais mon

pied, ça m’allait très bien !

– Bon, je vais lui dire de te lâcher un peu ! Moi, je pensais qu’elle allait

surtout t’aider à te détendre…

Il me fout un coup d’épaule.

– Tu vois ce que je veux dire…

Je souris en avalant une nouvelle gorgée de ma bière.

– En même temps, dans ton bled paumé, y’a rien à se mettre sous la

dent… je pensais faire une bonne action…

Rien… rien… y’a une petite blondinette qui me prend bien la tête depuis

que je l’ai rencontrée…

– Bah, elle a fait ce qu’il faut, mais elle n’a pas pu s’empêcher de la

ramener à propos de nous et ça m’a gonflé ! Elle a du mal à comprendre

qu’il y aura rien de sérieux entre nous !

– Tu sais, elle risque de se pointer, ce soir…

– Ouais, je m’en doute, mais c’est mort ! Je te la laisse, mec. Moi, je la

touche plus !

– Peut-être… j’ai déjà des plans pour la nuit…

– Qui ça ?

Il m’indique deux nanas qui se dandinent sur la piste de danse

improvisée au milieu du salon.

– La brune ou la rousse ?

– Putain, man ! Les deux en même temps, c’est évident !

Je m’esclaffe. Il pose une main sur mon épaule.

– Mais pour me faire pardonner d’avoir lâché à Shanna où tu jouais, tu

peux te joindre à nous si tu veux !

Mon rire redouble.

– Sans façon, mon pote !

– T’as pas toujours été contre !

– C’est arrivé qu’une fois et j’étais totalement défoncé !

– Avoue que c’était une nuit mémorable !

– Ouais ! D’ailleurs, je saurais même plus te dire qui était les deux

nanas…

– Deux ? s’étonne Jacob. Elles n’étaient pas trois ?

– Bah, y’en a une qui s’est pointée plus tard, je crois, mais j’étais

vraiment séché ! J’ai dû m’endormir sur elle !

Je grimace.

– Où en elle ? Je sais plus !

Jacob et moi éclatons de rire.

– C’était le bon temps, Haze… je te jure que tu me manques ici !

Il me jauge plus sérieusement.

– Faut que tu reviennes ! Je rigole pas ! Tu peux pas rester dans ce trou

à rat !?

– C’est pas si simple !

– La musique, c’était le truc de ton vieux ! Pas le tien !

– Et c’est quoi mon truc ? Dis-je un poil agacé. Picoler, fumer de la

beuh, faire des partouzes ? Non, mais t’es sérieux !?

– Faire des études !

– Sauf que ça m’intéressait pas ! Alors, oui, je joue de la guitare et y’a

une part de moi qui le fait pour mon père ! Mais en attendant, je

cartonne ! J’écris, je compose, c’est hyper facile pour moi ! Après, je suis

pas là à prétendre à être connu, mais je fais mes petits concerts et je

m’éclate ! Lorsque je suis sur scène, je m’en bats les reins qu’il y ait dix,

cent ou mille personnes. Y’a que moi et ma guitare ! Quand je joue, je

vis ! Le reste du temps, j’ai l’impression de survivre ! Quand ton père est

mort pour sauver des gens, c’est quoi la suite possible ? Sérieusement,

qu’est-ce que je suis supposé foutre de ma vie pour être à la hauteur de cet

héritage !?

– Mais personne n’exige que tu fasses mieux que lui, Haze !

– Ouais, sûrement… pourtant, j’ai la sensation que j’arriverai jamais à

rien tant que j’aurai pas compris ce que je suis censé faire ! Pour le

moment, la musique c’est tout ce que j’ai ! Tout ce qui me reste de lui !

– Et je te soutiendrai toujours dans ce que tu fais, tu le sais ?!

D’ailleurs, mon pote m’a dit que vous aviez fait un carton au Triangle.

– C’était dément ! J’ai tellement kiffé !

– Tant mieux alors ! Si je peux vous trouver quelques trucs dans le coin,

je le ferai, promis !

Nous échangeons une poignée de mains virile avant d’entrechoquer nos

bières.

 

**

 

Il est plus de minuit lorsque je quitte la fraternité, même si la fête bat

toujours son plein. J’ai une heure de route avant de regagner Barnstaple et

Jacob était de plus en plus impatient d’en découdre avec les deux nanas.

J’ai fini par me lever et me casser. Après une heure à les voir se galocher,

j’en ai eu marre.

Cependant, je suis heureux d’avoir fait le déplacement jusqu’ici. Passer

du temps avec Jacob m’a permis de me sortir tous mes problèmes de la tête

pendant quelques heures. Maintenant, le défi sera de ne pas m’endormir.

Jacob m’a proposé de me trouver un endroit où pioncer afin que je puisse

picoler tranquille, mais je sais pas, je me sens de plus en plus en décalage

avec cette ambiance. Je préfère rentrer chez moi.

Le nez dans mon téléphone, je traverse la pelouse encadrant la maison en

cherchant une playlist bien bruyante à mettre histoire de rester éveillé,

quand j’entends qu’on m’interpelle. Un coup d’œil par-dessus mon épaule

confirme ma pire crainte : Shanna enfilant son manteau court dans ma

direction.

– Eh merde ! J’étais à deux doigts de l’éviter celle-la !

Je prends appui contre ma portière prêt à en découdre avec elle.

– T’allais partir sans même me dire bonsoir ?

Je feinte l’étonnement.

– Je savais pas que tu étais là !

– Mais oui…

– Écoute, Shanna, j’ai de la route pour rentrer chez moi et il est déjà

tard !

– Tu pourrais dormir chez moi…

– J’ai été clair le week-end dernier ! C’est fini, je coucherai plus avec

toi !

– Je t’ai mis la pression, je m’en rends compte…

– Tu m’as rien foutu du doute ! Je ne veux plus qu’il se passe quoi que

ce soit, point barre ! Alors, continue à te faire baiser par Jacob et lâche-

moi…

Son attitude assurée s’effrite lorsque je lui parle de lui.

– T’es au courant ?

– Tu vois, c’est ça le problème entre nous ! Je sais que tu baises mon

meilleur pote et j’en ai rien à branler !

– Pourquoi, Hazel ?

– Mais parce que je ne ressens rien pour toi ! m’emporté-je. J’ai tenté

de te le faire comprendre gentiment pour ne pas te blesser, mais tu

t’accroches et là, j’en peux plus, je sature !

Son regard se remplit de larmes.

J’ouvre ma portière pour me barrer au plus vite. J’ai pas envie d’assister

à ça ! Je viens de passer presque un an à lui dire de ne rien espérer, j’ai

plus de temps à perdre avec elle.

– Salut, Shanna !

Je monte en voiture.

– C’est des foutaises ! Tu me fais payer le fait que j’ai couché avec

Jacob…

Putain, c’est pas vrai… elle comprendra jamais ou quoi…

– Crois ce que tu veux ! J’en ai rien à carrer !

Je claque la portière et allume le moteur quand elle se met à taper

comme une folle contre mon carreau.

– Hazel, descends de cette bagnole !

Je secoue la tête dans un geste de désespoir et démarre.

Après une heure à écouter des sons comme ceux de Nirvana, Rage

Against The Machine, Dire Straits ou encore Oasis, je me stationne face à

mon garage. Finalement, rester éveillé n’a pas été si difficile vu que j’ai

passé le trajet à pester contre Shanna et les dizaines de messages qu’elle

m’a envoyés depuis mon départ d’Exeter.

Cette nana est de plus en plus cinglée.

Si j’ai lu les trois premiers, j’ai effacé les suivants sans même y jeter un

coup d’œil.

Une fois douché, je me suis pieuté, mais étrangement, je n’arrive pas à

trouver le sommeil. Je suis allongé depuis une vingtaine de minutes, mais la

fatigue semble s’être fait la malle.

Du coup, je m’empare de mon portable sur la table de chevet et ouvre

l’application Internet. J’y inscris le mot « autisme ». Un certain nombre

d’articles et de vidéos apparaissent dans le moteur de recherche. Je les

consulte avec intérêt et tente à travers ces quelques lignes de mieux cerner

cette jolie fille qui a bien du mal à quitter mes pensées depuis que je l’ai

vue monter dans ce bus après que Liam s’en soit pris à elle…

 

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... A6

 

 

Les jours qui suivent cette soirée à la fraternité se passent comme tous

les autres depuis que j’ai quitté l’université. J’ai conduit ma sœur chez sa

psy et à mon grand regret, je n’ai pas croisé Snow aux abords du lycée.

Bien sûr, j’ai rejoint les gars tous les après-midi pour jouer et j’ai

composé une nouvelle chanson. Rien de bien neuf sous le soleil à la maison

également. Les tensions entre Dary et ma mère sont toujours d’actualité et

même si j’ai tenté de parler avec ma sœur, on est loin d’en avoir fini avec

ces histoires !

Du coup, nous sommes déjà vendredi et Jacob est venu squatter pendant

que ma mère est au boulot. On va se mater un match de basket, bouffer une

pizza et boire des bières. C’est pour cette raison que je me trouve dans

l’épicerie du vieux Brown à quelques kilomètres de chez moi. J’entre dans

la petite boutique où une dizaine de rayonnages est alignée devant moi.

Monsieur Brown est, comme à son habitude, derrière sa caisse à lire son

journal.

– Bonjour, monsieur Brown !

– Bonjour, jeune homme ! Comment vas-tu ?

– Très bien ! Et vous ?

– En forme !

– Tant mieux !

Je fonce en direction des boissons quand je remarque une présence en

bout de rayon près des réfrigérateurs. La blondeur de cette belle chevelure

que j’aperçois attire tout de suite mon intérêt. Je m’étire le cou histoire de

m’assurer que je ne me goure pas sur l’identité de sa propriétaire. Un

sourire naît sur mes lèvres lorsque je vois le joli visage de Snow toujours

aussi sérieux tandis qu’elle range des boîtes de conserve sur le rayon.

– Snow… murmuré-je en m’approchant d’elle, content de pouvoir lui

faire la causette.

Cette sublime blondinette est incroyablement concentrée tandis qu’elle

réapprovisionne les étagères.

– Bonjour, belle demoiselle ! la salué-je en m’accoudant au rayon

perpendiculaire à celui où elle s’affaire.

Elle lance un petit coup d’œil indirect vers moi.

– Hazel, dit-elle avant de retourner à ses occupations. Tu es le frère de

Dary.

– C’est moi-même !

Je m’empare des boîtes de conserve entreposées sur un chariot et les lui

tends une à une.

– Je ne savais pas que tu bossais ici. C’est la première fois que je te

croise.

– En fait, je suis en stage.

– Oh… c’est un truc en rapport avec le lycée ?

Dary n’a jamais parlé d’un stage en entreprise…

– Non, pas du tout ! J’assiste à un groupe de parole destiné aux autistes.

Ils ont organisé des stages pour qu’on puisse découvrir les conditions de

travail en entreprise.

– C’est une bonne initiative et monsieur Brown est très gentil.

Je reprends ma place contre le rayon lorsque Snow commence

l’étiquetage des produits.

– Et tu bosses quand du coup ?

– Aujourd’hui, je travaille jusqu’à la fermeture et demain de 14 h à

20 h !

– C’est 21 h, ce soir ! Comment tu vas rentrer chez toi ? Pas en bus au

moins ?! Je peux peut-être venir te chercher…

– Monsieur Brown va me reconduire.

– OK !

– Il m’a dit que je devais demander au client s’ils avaient besoin d’un

renseignement, dit-elle sans cesser ce qu’elle fait. As-tu besoin d’un

renseignement, Hazel ?

Je glousse.

– J’aime ta manière de prononcer mon prénom… même si tu le trouves

moche…

Je n’obtiens aucune réaction à ma remarque.

Je plonge les mains dans les poches de mon Perfecto.

– Et pour répondre à ta question, je suis venu chercher de la bière, mais

je sais où elle est rangée, t’inquiète !

– Je…

Elle ramasse son carton vide.

– Je dois retourner en réserve.

Et la voilà qui tourne les talons. C’est un courant d’air, cette nana !

– Mais attends !

Je la suis jusqu’à la réserve et saisis la poignée de la porte.

– Je ne t’ai toujours pas donné mon numéro de téléphone…

– Putain, mec, tu branles quoi au juste ?!

La question de Jacob qui gronde dans mon dos me fait balancer la tête en

arrière. Il patiente près du rayon des bières.

– J’arrive, merde ! Attends-moi dans la caisse !

Mais ce connard lance un regard curieux en direction de Snow avant de

s’approcher.

– Je peux poireauter longtemps si tu restes planté là à draguer…

Snow, que je retiens toujours en maintenant la porte de la réserve fermée,

semble s’impatienter.

– Je dois continuer à travailler, Hazel.

– Oui, pardon !

Je la libère.

– Tu pourrais me présenter, insiste Jacob en prenant appui contre le mur

juste à côté de Snow.

Il la dévisage un instant et son air de gros dégueulasse m’en dit long sur

ce qu’il aimerait lui faire.

Même pas en rêve ! Je l’ai vue en premier !

– Je m’appelle Jacob !

– Est-ce qu’il vous faut un renseignement ?

– L’heure à laquelle tu quittes ton job ici…

– Lâche-la, sérieux ! m’emporté-je en poussant doucement Snow en

direction de la réserve. Tu peux y aller, Snow, c’est bon !

– Quoi ! se marre Jacob. Partage un peu, Haze ! On peut venir la

chercher plus tard et prendre du bon temps à trois…

Ce pervers lève la main vers elle et effleure doucement son avant-bras.

Un simple contact qui provoque une réaction quasi instantanée chez Snow.

Son carton ainsi que son étiqueteuse lui échappent tandis qu’elle a un

mouvement de recul.

– Lâche-là ! m’exclamé-je, tandis qu’elle me bouscule en tentant de

s’éloigner de Jacob.

La voir porter une main à son oreille me fait jurer.

– Il faut que je parte ! Je dois aller en réserve !

– Mais c’est quoi son problème !? s’indigne Jacob.

– Putain, va chercher ta foutue bière et arrête de nous casser les

couilles !

– C’est quoi cette gonzesse qui s’excite dès qu’on la touche ?!

Je contourne Snow et chope Jacob par le bras.

– Barre-toi, bon sang !

Il finit par céder et s’éloigne l’air furibard.

Snow rouvre la porte qui est restée bloquée à cause du carton.

– Attends ! Je vais t’aider !

Je la maintiens ouverte, ramasse sa boîte et l’étiqueteuse avant de la lui

rendre. Elle entre dans la réserve. Je ne me dégonfle pas et la suis.

– Est-ce que ça va ?

– Il m’a touchée !

– Je suis désolé, Snow. C’est un abruti parfois !

– J’ai encore des produits à installer en rayon.

– Je vais te laisser te remettre au boulot ! Je veux seulement être sûr que

tu vas pas flipper comme l’autre jour avec Liam.

– Je te demande de me laisser tranquille, Hazel ! Je n’aime pas ce qui se

passe quand tu es là !

Bah tiens ! C’est Jacob qui fait le con, c’est moi qui paie les pots

cassés.

– Alors, je me sauve, dis-je déçu qu’elle me rabroue.

Elle se remet à l’ouvrage pendant que je m’approche de la porte avant de

lui jeter un dernier coup d’œil.

– Snow ?

– Quoi ?

– J’ai été content de te voir ! J’espère te croiser bientôt…

– Eh bien, pas moi !

Je souris.

– Je sens qu’elle va pas me faciliter la tâche, marmonné-je en sortant.

Lorsque je quitte l’épicerie du vieux Brown avec mon pack de bières à la

main, Jacob m’attend, appuyé contre la portière de ma bagnole. Je sais déjà

qu’il va me prendre la tête après ce qui vient de se passer avec Snow, mais

je m’en cogne ! Je n’ai jamais aimé son attitude envers les filles et c’est

encore pire lorsqu’il se permet de poser ses mains baladeuses sur Snow.

Snow…

Me rapprocher d’elle me paraît de plus en plus compromis. Entre la

façon qu’elle a de m’envoyer chier et le fait que j’ai clairement pas

l’habitude de me faire jeter par les nanas, je suis un peu perturbé par son

attitude.

Est-ce parce que je ne lui plais pas qu’elle ne veut pas me voir ?

Quand une nana dit qu’elle n’aime pas ce que ta présence lui provoque et

qu’elle n’est pas hyper emballée à l’idée de te revoir, on peut en déduire

qu’elle n’en a rien à foutre, non ?

Mais je ne peux pas non plus ignorer que Snow est autiste. Même si j’ai

lu deux ou trois trucs sur le sujet, je suis loin d’être calé sur la question.

Cependant, j’ai bien noté que pour les autistes créer des liens avec les gens

n’a rien de simple ni d’intuitif. J’imagine que je dois prendre mon mal en

patience et lui laisser le temps de s’habituer à moi.

– Je peux savoir c’est quoi ton problème, Hazel ?!

Derrière mes lunettes de soleil, je lève les yeux au ciel à la question de

Jacob. J’ouvre la portière arrière pour ranger mes bières avant de saisir la poignée de ma portière. Je l’observe par-dessus le toit de la voiture.

– Je peux te poser la même question ?!

– Quoi ?

– Qu’est-ce qui t’a pris de la toucher comme ça !? Tu ne sais rien de

cette fille !

– Bah, maintenant, je sais qu’elle est bizarre !

– T’es un demeuré !

– Putain, mais il t’arrive quoi avec cette meuf, sérieux !? Tu la sautes ?

– Mais ta gueule, putain ! T’es vraiment trop débile !

Je m’apprête à monter dans ma voiture, mais je me ravise.

– Elle est autiste, Jacob ! Je voulais seulement m’assurer qu’elle allait

bien, car l’autre jour un petit connard se croyant tout permis à poser la main

sur elle simplement parce qu’elle est vulnérable ! Je te jure que tu me fous

vraiment la honte et la haine quand tu agis comme si les nanas n’étaient là

que pour satisfaire tes petits besoins !

– C’est un peu déplacé de ta part quand on sait comment tu traites

Shanna !

J’ai un rire narquois.

– Pourquoi ? Parce que je l’ai baisé à chaque fois qu’elle est venue me

chauffer ?! Je lui ai jamais manqué de respect ! C’est même plutôt

l’inverse quand elle me fait son numéro de nana amoureuse alors qu’en

parallèle mon « meilleur » pote la saute dans mon dos !

– Je croyais que t’en avais rien à foutre !?

– C’est le cas, je t’assure ! Mais me fais pas passer pour un enculé,

parce que c’est vous deux les connards dans cette affaire ! Baise-la, sors

avec, épouse-la si ça te chante, j’en ai rien à carrer ! Mais ne me dis pas

que je suis un enfoiré !

Je grimpe dans ma caisse en me demandant si j’ai encore quelque chose

en commun avec ce mec…

 

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