L'amour en A, Snow & Hazel
Le jour de notre départ pour Londres…
... A30
Le jour de notre départ pour Londres arrive à une vitesse redoutable
alors que depuis une dizaine de jours les gars et moi vivons retranchés dans
le garage à faire pleurer nos instruments pour être au top autant devant les
membres des Black Death, ainsi que leur public, que nous allons devoir
contenter à travers le monde et cela pendant les six prochains mois.
Finalement, on est tous ravis que ce jour arrive enfin !
Ravis, mais angoissés !
C’est un sacré challenge que nous nous apprêtons à relever. L’idée de ne
pas être à la hauteur est dans la tête de chacun d’entre nous, quoique nos
fiertés nous poussent à en dire. Mais au-delà de la peur qui nous prend aux
tripes, nous sommes sur le point de découvrir un monde à des années-
lumière du nôtre, et ça nous rend très impatients.
La semaine qui s’annonce devrait être incroyablement intéressante. Nous
allons passer plusieurs jours à Londres à bosser dans le studio des Black
Death. Ils nous ont personnellement invités à y venir pour nous aider, nous
filer deux ou trois tuyaux pour que cette tournée se déroule au mieux pour
nous.
Pour cette semaine, nous avons loué un petit appart dans le centre de
Londres.
Quatre mecs dans trente mètres carrés, ça va être sympa, tiens !
Ça sera un avant-goût de ce qui nous attend dans ce bus pour les six
prochains mois.
– On passe vous prendre dans une heure ! nous lance Reece à travers le
carreau, tandis que Charlie et moi-même montons dans ma caisse.
La camionnette de Reece, garée dans l’allée de Charlie, est pleine à
craquer. Depuis ce matin, nous sommes dans les derniers préparatifs de
notre départ. Il y a tellement de matos que nous devons amener sur Londres,
qu’on a bien galéré à tout charger.
Maintenant, il ne nous reste qu’à dire au revoir. Dans mon cas, il serait
bien que je récupère encore quelques fringues pour mon voyage.
Du coup, nous voilà, Charlie et moi, en direction de ma baraque. En plus
de prendre quelques affaires, je dois laisser ma voiture à Dary. Pendant les
prochains mois, elle pourra s’avérer utile pour les filles, notamment quand
elles entreront à l’université.
– Ça va, tu ne flippes pas trop ?
– À l’idée de dire au revoir à la nana dont je suis amoureux ?
Je fais non de la tête, accompagnée d’une moue exagérée.
– Je préférerais que tu me roules dessus avec ma caisse que d’avoir à me
rendre là-bas, mais je dois bien aller voir ma mère avant de m’en aller !
– Snow, je peux comprendre, mais c’est quoi le problème avec D ?
– Mais y’en a aucun, Charlie ! C’est elle qui visiblement a décidé de
faire comme si je n’existais plus donc…
– C’est marrant, de son côté, elle me dit la même chose !
– C’est n’importe quoi ! Mais je m’en cogne ! C’est tant pis pour
elle !
– Vous n’êtes pas frangin-frangine pour rien, tous les deux !
Vexé, j’ai un mouvement d’épaule tandis que je remonte la petite allée
menant à mon garage. Sorti de ma caisse, je prends mes clopes de mon jeans.
– Mais arrête de fumer, putain !
– Tu vas me lâcher ou ?
– Si t’as envie de crever à quarante piges, c’est toi que ça regarde…
Charlie pénètre chez moi sans même frapper, genre « il est chez lui »,
en me laissant seul comme un con sous le porche avec mes clopes dans la
main.
– Quel enfoiré !
Seigneur, donnez-moi la force de ne pas le buter avant la fin de la
tournée…
Mais rien n’est moins simple lorsque je pousse la porte et que je trouve
Dary suspendue au cou de Charlie pour lui rouler une pelle.
– Non, mais vous êtes sérieux ?!
– C’est une blague ?! Tu veux que je te fasse un résumé de tout ce que
j’ai entendu depuis que Snow vit ici…
– Non, c’est bon ! marmonné-je en fonçant en direction de l’escalier. Et
puis de quoi tu te plains !? Elle m’a larguée, alors c’est pas près de se
reproduire !
– Hazel…
Mais la remarque de ma sœur me ramène à une vérité bien trop
douloureuse pour que je veille lui faciliter la tâche. Sans même ralentir, je
poursuis mon ascension vers le premier étage et entre dans ma piaule sans
prendre la peine de m’annoncer.
Et encore une fois, je le regrette !
Mon regard est immédiatement captivé par la petite nana qui se trouve
debout près de l’armoire. Et en sous-vêtements s’il vous plaît !
Mais ils se sont tous ligués contre moi, ma parole !
– Hazel ?
– Oh… pardon… m’excusé-je en faisant volte-face. J’aurais dû
frapper…
– C’est ta chambre !
– Oui, mais tu y vis alors, je dois sûrement me montrer plus prudent
avant de débouler ici sans m’annoncer.
– Je suis habillée ! m’apprend-elle après quelques minutes.
Je reviens vers elle et, c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de
la contempler dans son ensemble et dans le détail. Je m’éclaircis la gorge
après de trop longues secondes de silence.
– Je suis venu chercher quelques fringues !
– D’accord !
Pris d’une irrésistible envie de fumer et d’un impérial besoin de me
casser de là en vitesse, je ramasse un sac de voyage avant d’ouvrir ma
commode.
– Tu t’en vas aujourd’hui ?
– Dans quelques minutes ! Le temps de finir ma valise, de dire au revoir
et je me tire !
– Tu es content de partir ?
À sa question, je me fige sur mon sac avant de risquer un coup d’œil
dans sa direction.
– Qu’est-ce que je suis supposé répondre à ça ?
– La vérité !
– Tu as envie que je sois heureux de m’en aller ?
– Tu as choisi de le faire !
– Et tu as choisi de ne pas me suivre ! Le problème reste inchangé alors,
à quoi bon se prendre la tête en cherchant à savoir si je suis heureux ou
pas ?! Chacun de nous mène la vie qu’il désire, c’est le principal !
– Dans deux semaines, il y a ma remise de diplôme au lycée. Tu seras
présent ?
Cette fois, j’arrête ce que je fais pour me planter face à elle.
– Snow, est-ce que tu as compris le principe de la rupture ?
– Je sais ce que ça veut dire ! Mais Dary reçoit son certificat
également ! Charlie va essayer d’être là, alors j’ai pensé que tu pourrais
venir aussi !
– Non, j’en ai pas envie !
– D’accord !
Je finis de vider ma commode dans mon sac avant de me lancer à la
recherche de tout ce qui pourrait m’être utile pendant mon voyage. Snow,
qui est assise sur le rebord du lit, détaille chacun de mes gestes.
– Est-ce que tu m’appelleras pendant ton absence ?
– Snow, me lamenté-je en balançant mon sac sur le bureau. Mais bon
sang, qu’est-ce que tu veux à la fin ?
– Je ne sais pas…
Lorsqu’elle lève les yeux vers moi, je constate qu’ils sont humides.
– Eh merde…
Même si j’aimerais l’ignorer, je n’en ai pas la force. Je m’agenouille
devant elle.
– Je te l’ai dit l’autre jour, tu m’as fait de la peine en me quittant. Je ne
t’en veux pas, tu es honnête avec moi, mais surtout avec toi-même, et c’est
plus important que ce que je ressens. Je suis fier de toi ! Mais d’un autre
côté, j’ai mal de te voir. Peut-être qu’un jour, ça ne sera plus le cas, mais
pour le moment, c’est trop tôt ! Tu me manques à chaque instant !
– Moi aussi, j’ai de la peine ! J’ai essayé de ne pas pleurer comme tu
me l’as demandé, mais c’est trop dur ! Je suis désolée de ne pas réussir à
tenir ma promesse.
– Ce n’est pas grave ! Je sais que tu fais de ton mieux ! J’agis de la
même manière. S’il y a une chose dont je suis convaincu en ce qui nous
concerne, c’est que la distance nous aidera à ne plus souffrir. Lorsque ce
sera le cas, peut-être que nous pourrons être amis tous les deux.
– J’aimerais que tu sois mon ami…
– Laisse-nous du temps pour qu’on en arrive là !
– Combien de temps ?
– Bah ça, j’en sais rien ! Je suis très amoureux de toi alors, c’est pas
simple de vivre sans toi ! Je vais partir six mois, mais je dois revenir pour
trois semaines en septembre. Tu seras à la fac, je pourrais venir vous rendre
visite. On verra bien où on en sera à ce moment-là !
– Mais tu ne m’appelleras pas ?
– Je vais y penser, d’accord ?
– OK !
– Snow, je peux te prendre dans mes bras avant de m’en aller ?
– Je veux bien.
Avec une certaine timidité, je me dresse sur mes genoux et l’encercle à la
taille en plongeant mon nez dans ses cheveux. J’en profite pour respirer son
parfum.
– Je t’aime, ma Snow, lui murmuré-je à l’oreille. Rappelle-toi qu’il n’y a
pas un concert où je ne jouerai pas pour toi ! Je vais leur chanter cette
chanson que j’ai écrite pour toi tous les soirs en leur parlant de toi, de
l’amour que je ressens quand je pense à toi !
– J’aime cette chanson, c’est ma préférée !
– C’est plutôt une bonne chose si on considère que je l’ai écrite pour toi,
tu ne crois pas ?
– Si !
Je glousse avant de poser une main sur sa joue.
– Tu fais bien attention à toi !
– Oui !
– Et amuse-toi cet été ! Ne passe pas ton temps enfermé ici à lire ! Je
laisse ma voiture à Dary alors, allez à la plage pour prendre le soleil,
sortez ! La rentrée va arriver bien vite, tu sais ! Tu dois en profiter.
– Je déteste la plage !
– Fais de nouvelles expériences ! C’est important de tester des choses
différentes ! Il y en a que tu aimeras, d’autres non ! Sois un peu plus
curieuse.
– Je peux essayer…
– C’est bien ! Je suis content de l’entendre !
Je dresse mon index vers elle.
– Et je veux que tu m’envoies des photos de toutes les nouvelles choses
que tu entreprendras. Moi, en échange, j’en ferai autant ! Je te montrerai
tous les endroits que je vois ! Ça te dit ?
– Oui !
Je tends mon bras vers elle.
– On se serre la main pour sceller notre accord ?
Elle s’apprête à accepter avant de se raviser.
– Mais tu m’appelleras aussi ?
– C’est une négociation ça ?
– Je veux que tu me téléphones parfois !
– Maligne la petite Ashford, ricané-je doucement. Je le ferai, c’est
promis !
Elle finit par me donner une poignée de main tout en finesse.
– On se revoit dans longtemps ?
– Dans quelques moi ! Mets ce temps à profit pour songer à ce que tu
attends d’une relation avec un homme, à ce qu’est l’amour selon toi ! Tu trouveras sûrement des réponses qui t’aideront dans ta vie de femme. Je ne
veux pas que tu t’imagines que tu ne peux pas connaître le bonheur de vivre
une belle histoire sous principe que tu es autiste ! Je t’assure que c’est
possible, que le problème ne vient pas de là. L’amour ne se commande pas.
Tu as pensé que je pourrais te le faire ressentir, mais tu t’es trompée. Moi
aussi…
– Tu ne m’aimes pas ?
– Si, bien sûr que si ! Je t’aime comme un dingue, Snow ! J’ai cru que
tu finirais pas éprouver la même chose, que j’étais assez bien pour une fille
comme toi, mais c’est faux ! Tu mérites mieux !
– Je ne sais pas ce dont j’ai besoin…
– Accorde-toi le temps de le découvrir ! Cependant, ce n’est pas moi !
– Je vais y penser !
– Parfait !
Je me remets sur mes pieds avant d’embrasser le haut de sa tête.
– À bientôt, blondinette.
– Au revoir, Hazel !
Je ramasse mon sac et sors, bizarrement, le cœur un peu plus léger.
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