L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 22 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

– Londres – quartier de Mayfair – 2e jour –

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– Londres – quartier de Mayfair – 2e jour –

Depuis le balcon dont notre appartement, situé dans une rue

commerçante du quartier de Mayfair, je regarde les gens aller et venir sous

nos fenêtres tout en tirant sur ma cigarette. À l’intérieur, les mecs sont en

train de se préparer avant que nous nous rendions dans le studio des Black

Death à quelques rues d’ici. Moi, je suis prêt depuis un moment.

J’ai eu le temps de me lever, de me doucher et d’aller prendre un petit-

déj’ dans un petit resto à quelques pas de là.

Il faut dire que je ne pionce pas beaucoup en ce moment !

Quelles sont les raisons de mes insomnies ?

Eh bien, premièrement, il y a sûrement un peu du manque de confort de

ce lit d’appoint que j’ai ramené de Barnstaple. Passer de mon super plumard

à ce truc pourri avec un matelas aussi épais qu’une feuille de papier n’aide

pas franchement à dormir comme un loir.

Mais l’absence de ma blondinette demeure incontestablement le

problème principal. Ne plus penser à elle, passer à autre chose reste les

meilleures choses à faire maintenant que je suis loin d’elle, mais c’est pas

gagné ! Tout en moi la pleure, la réclame ! Son odeur, ses yeux bleus, ses

cheveux blonds comme le soleil, les mots qu’elle prononce, toutes ses petites singularités qui font d’elle un être formidablement atypique me

manquent atrocement.

C’est incroyable comme des détails du quotidien peuvent paraître

anodins et vous faire défaut à partir du moment où vous en êtes privés.

C’est comme l’odeur de son thé au jasmin. Je n’ai jamais eu la sensation

d’y avoir prêté attention jusqu’à ce matin dans ce café. Une serveuse est

passée près de moi et je ne sais pas si ça venait de ce qu’elle avait sur son

plateau ou d’elle, mais un effluve de jasmin m’a ramené à tous ces matins

où je lui faisais son thé. J’ai consulté ma montre, il était 7 h 30. Elle était

très probablement debout à se préparer pour se rendre au lycée. Il lui reste

moins de quinze jours de cours avant d’être en congés d’été.

Le calme me manque aussi beaucoup.

Depuis que Snow a emménagé à la maison, tout est plus paisible. Les

tensions entre ma mère et ma sœur se sont apaisées. Son besoin d’être dans

un environnement tranquille nous a tous encouragés à nous montrer plus

sereins. Je ne m’étais pas aperçu du bien-être qui l’entoure assez

naturellement avant de ne plus pouvoir le ressentir.

Du coup, je saute sur la moindre occasion de pouvoir m’isoler du groupe

pour souffler un peu et trouver un semblant de quiétude. Comme

maintenant sur cette terrasse où je me suis retranché pour cloper jusqu’à ce

que la sonnerie de mon portable m’annonce l’arrivée d’un SMS. Je le

consulte et esquisse un rictus en découvrant la photo que vient de

m’envoyer Snow. Je reconnais en fond la chambre de Dary. Ma blondinette

est vêtue de sa toge pour la remise des diplômes. Je constate que le sourire

chez elle est toujours en voie d’acquisition.

– Blondinette –

Dary dit que je suis obligée de porter ça !

Je ricane en lisant son message.

– Hazel –

Bah, je doute que tu aies le choix ! Perso, je te trouve mignonne là-dedans !

– Blondinette –

Pas moi ! C’est moche et inconfortable !

– Hazel –

J’ai toujours dit que ce bahut n’avait qu’un seul but : nous faire chier jusqu’au dernier jour !

La preuve ! Dis-toi que c’est pour quelques heures !

– Blondinette –

Tu es toujours à Londres ? Charlie a dit à Dary qu’il sera présent pour la cérémonie.

– Hazel –

On ne bouge pas de Londres avant la semaine prochaine. Après on file à Somerset pour notre

1 er concert ! J’ai tellement hâte ! Charlie rentrera pour la soirée. Il nous rejoindra à Dublin en avion.

– Blondinette –

Tu ne rentres pas avec lui ?

– Hazel –

On en a déjà parlé, Snow… j’ai besoin de temps… Je dois y aller, on va bosser en studio ! À+

Mon téléphone rangé dans la poche de mon jeans, j’allume une nouvelle

cigarette, histoire de décompresser quand Charlie se joint à moi sur le

balcon.

– On est prêts, mon pote !

– J’arrive !

Mon manque d’enthousiasme s’entendre, car Charlie poursuit :

– Ça va pas ?

Je secoue la tête.

– C’est Snow qui me tanne encore avec cette histoire de remise des

diplômes.

Je soupire.

– Je ne parviens pas à la comprendre parfois ! Elle veut qu’on se sépare,

mais insiste pour que je me pointe à Barnstaple !

– Elle t’a demandé de venir ?

– Elle m’en a parlé le jour où on est partis !

– Et tu lui as dit non ?

– Je suis le seul à avoir imprimé ce que notre rupture signifie, c’est ça ?

Agacé, je tire une dernière latte sur ma cigarette, avant de m’en

débarrasser pour me barrer d’ici vite fait !

– Tu es la seule tête de nœud à ne pas avoir compris que tu comptes pour

elle, qu’elle souffre de ton départ. Je ne sais pas si vous avez la moindre

chance en tant que couple, mais ça me paraît évident que cette fille attend

quelque chose de toi !

– Que je fasse comme si elle ne m’avait pas plaqué ?

– Et après !? Si c’est ce dont elle a besoin ! OK, c’est dur à avaler

parce que tu l’aimes et que tu en baves, mais justement, tu l’aimes non ?!

Tu ne peux pas prendre sur toi le temps d’une soirée pour la rendre

heureuse ?

– Est-ce que c’est une façon polie de me dire que je me comporte comme

un trou de cul ?!

Il a une moue d’acquiescement.

– Disons que tu es arrivé si vite à cette conclusion qu’il y a de fortes

probabilités que ça soit ça !

Je lui balance un bon vieux doigt d’honneur !

Ça va droit au but, ça économise de la salive et je trouve ça nettement

plus efficace que tout son bla-bla !

 

**

 

– Parfait les gars ! s’exclame Rick depuis la console d’enregistrement à

la fin de notre morceau. On fait un break le temps de boire un coup et de

s’en griller une !

Voilà maintenant trois heures que nous sommes installés dans le studio

des Black Death derrière la vitre en plexi à jouer nos chansons les unes après les autres pendant qu’ils nous enregistrent et nous dispensent

quelques conseils fort intéressants pour nos concerts à venir. Mais je dois

dire qu’une petite pause n’est pas de refus. Les gars sortent les premiers

tandis que je range soigneusement ma Gibson dans son étui.

C’est un rire moqueur qui me fait lever le nez de ma tâche.

– C’est tout un protocole, se marre gentiment Rick en observant mon

manège.

Je glousse.

– Je ne suis pas du genre méticuleux habituellement, mais ma gratte

c’est…

Je me frotte la nuque.

– Elle est particulière…

– C’est une sacrée guitare que tu as là ! Elle a de la gueule !

– C’était celle de mon père…

Rick s’accoude au chambranle de la porte.

– Le « c’était » n’inaugure rien de bon, je me trompe ?

Je secoue la tête.

– Il était pompier. Y’a un an, il a dû entrer dans un immeuble en

flammes pour sauver une maman et son bébé, mais il s’en est pas sorti !

– C’était un type bien, ton père ! Un héros !

– Bah, je ne suis pas certain que tous les pères soient des héros pour

leurs mômes, mais c’était mon cas, ça c’est clair !

– C’est vrai qu’être un bon parent n’est pas inné chez tout le monde !

Tu as raison d’être fier de lui ! Vu la gueule de sa guitare et ce que tu en

fais, j’ai pas de mal à imaginer que c’était un type bien, un passionné !

– Ouais, c’était clairement un passionné dans tout ce qu’il faisait !

– Je ne pense pas me tromper en disant que tu lui rends hommage en

faisant ce que tu fais !

– En tout cas, je l’espère !

– On va s’en fumer une petite ?

– Carrément !

Dans la pièce voisine, je ramasse mon paquet de clopes, m’empare de la

bouteille de bière offerte par Rick, en le remerciant, puis le suis jusqu’à

cette petite cour attenante au studio. Les membres des Black Death et mes

potes sont déjà vautrés sur les bains de soleil ou autres hamacs qui occupent

la cour transformée en jardin. Il y a de nombreux bacs à fleurs, du gazon

artificiel recouvre le sol, et une fontaine crée un bruissement d’eau

incroyablement relaxant. Je prends place sur le banc en teck qui est libre.

Rick me tient compagnie.

– On a pour habitude de se faire un dîner en famille avant notre départ.

On réunit nos femmes, nos marmots, le temps d’une soirée, avant qu’on se

tire pendant des mois. Tes potes et toi, vous devriez venir !

– Euh… bredouillé-je pris au dépourvu par cette invitation. C’est super

gentil, mais on ne voudrait pas s’imposer…

– Y’a pas de souci, Haze, t’inquiète ! Tu sais avec les mecs, on a

toujours travaillé au feeling ! Autant dans notre musique, dans la manière

de mener notre carrière, que dans le choix de nos collaborations. Il y a un

bail qu’on recrute nous-mêmes les petits gars qui feront nos premières

parties. Il faut que ça accroche sur un plan artistique, mais humain

également !

Il ricane.

– Y’a rien de pire que de se retrouver pris au piège avec une bande de

cons pendant des semaines, crois-en mon expérience ! Du coup, quand on

bosse avec un nouveau groupe, on aime créer une bonne ambiance ! Cette

tournée, ce n’est pas seulement vous qui allez chauffer notre public avant

que nous fassions notre numéro ! C’est une aventure que nous allons vivre tous ensemble ! On a beau avoir de la bouteille, chaque tournée est

unique ! Ce repas, c’est juste l’occasion d’apprendre à mieux se connaître,

à se familiariser les uns avec les autres, tu vois !

– OK… c’est super cool ! On serait ravis d’y participer !

– Super ! On se fera ça samedi soir !

– Ça marche !

Rick prend appui sur ses cuisses tout en faisant courir sa bouteille de

bière entre ses mains.

– Si je te disais de me jouer un morceau que tu adores faire là, tout de

suite, lequel tu choisirais !

– Euh…

– Attention, ça ne doit pas être un titre de ta compo !

– Facile ! Eddie Hazel ! California Dreamin !

Mon voisin se marre.

– Rien que ça !

– C’est une tuerie à jouer ! Bon, je me suis fait saigner les doigts à force

de la travailler, j’y ai passé un tiers de ma vie, mais je la maîtrise,

maintenant !

Rick se lève et me met une tape sur l’épaule.

– Bah, on va voir ça !

– Quoi ?

– Entre dans ce studio et joue-moi ce morceau !

– Sérieux !?

– Tu grattes et je chante, ça te va ?

C’est à mon tour de rire.

– Tu te fous de moi, c’est ça ?

– Non ! Montre-moi ce que tu as dans le ventre, Hazel !

– OK !

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, je suis dans le studio de

répet’, paré de ma Gibson. Rick se place face à son micro et j’ai le cœur

battant en me tenant à sa droite. Joe, le batteur des Black Death, s’installe

derrière son instrument. Connor aussi se joint à nous, équipé de sa basse.

Entouré de ces grands noms de la musique rock, je suis comme un

môme ! Charlie, Reece et Jake se sont installés dans l’un des canapés qui

meublent cette pièce. Ici sont entreposés tous les instruments du groupe. Le

sol est recouvert d’un beau parquet. Des tapis l’habillent sous les

instruments. Les murs sont pour la plupart en vieilles pierres. L’éclairage

donne un aspect très chaleureux à l’endroit. Le matos dont je suis entouré

est impressionnant et d’une qualité incontestable. Toujours très nerveux à la

perspective de jouer devant, et avec les Black Death, je branche ma guitare

à l’ampli, fais quelques réglages sur ma gratte pour obtenir la bonne

sonorité, avant de faire signe à Rick comme quoi je suis opérationnel.

– Tu chantes avec moi, Haze ?

– Euh… ouais, ça roule !

Rick installe un micro en face de moi. Une fois que nous sommes en

place, Joe donne le ton en jouant sur ses cymbales puis je lance les

premières notes de cette chanson qui représente beaucoup pour moi. C’était

le morceau préféré de mon père. Si je me suis tant borné à l’apprendre,

c’était pour lui en mettre plein la vue à une période où rien n’était simple

entre nous ! Finalement, il ne m’a jamais entendu la jouer et ça me ronge

de me dire que j’ai été aussi con avec mon vieux.

Même si je suis intimidé de faire mon numéro devant Rick et ses

acolytes, j’ai tellement ce son dans la peau pour le jouer depuis mes treize

piges que tout s’enchaîne à merveille !

Si je suis clairement plus branché rock, j’ai tout de suite accroché avec la

musique d’Eddie Hazel. Il baignait incontestablement dans l’univers funk, mais l’effet qu’il a créé avec la réverbe, l’overdrive et sa pédale wah-wah

rappelle clairement le son d’Hendrix et, comme tous guitaristes qui se

respectent, il est, et restera mon idole ! Jamais un artiste ne m’a tant donné

envie de faire couiner ma guitare que Jimi Hendrix !

Joe m’accompagne à la batterie et je ne sais pas s’il a déjà joué ce

morceau avant, ou s’il est dans l’impro total, mais putain le mec assure !

Rick s’en sort tout aussi bien au chant et je vis un vrai kif à cet instant

précis. J’aborde le premier solo avec une aisance un peu surréaliste vu les

personnalités qui m’entourent actuellement, mais c’est comme lorsque je

suis sur scène, y’a que moi et ma Gibson, le reste n’a aucune importance !

Je prends juste un pied d’enfer, je me vide la tête, pendant quelques

minutes, il n’y a plus que la musique, et ça me fait tellement de bien !

– Alors, c’est comme ça quand tu fais le malin ? badine Rick, lorsque la

dernière note de ma guitare résonne dans la salle de répétition.

– Ça fait un bail que je la joue…

– Eh bah je crois qu’on va pas s’ennuyer avec vous, les gars !

s’exclame-t-il avant d’échanger un drôle de regard avec Connor.

Il brandit l’index vers moi.

– Lequel de nos morceaux tu connais ?

– Bah, là, t’as posé la question à l’envers ! C’est plutôt lequel je ne

connais pas !

Rick se marre.

– Avant de faire nos compos, on s’entraînait sur d’autres chansons, et les

vôtres étaient forcément en haut de la liste !

– Alors, choisissez-en un, et vous le ferez sur scène avec nous !

– Pardon !?

Rick rejoint le reste du groupe toujours affalé sur le sofa !

– Vous en dites quoi ?

– Attends, tu rigoles ! ricane Reece. On est partant de ouf !

– Trouvez le titre que vous voulez et on bosse dessus dès demain !

 

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