L'amour en A, Snow & Hazel
Le dimanche qui suit ma dispute avec…
... A18
Le dimanche qui suit ma dispute avec le reste du groupe, je le passe en
compagnie de Snow, et ces quelques heures auprès d’elle m’aident à me
sortir ce foutoir de la tête. J’ai eu du mal à la garder sous la couette, mais
j’ai réussi à lui soutirer quelques câlins un peu osés et des roulages de pelles
en bonne et due forme.
Ce petit bout de nana sait me mettre dans de sacrés états et j’ai toutes les
difficultés à la laisser respirer. Elle m’attire comme jamais une fille n’a été
capable de le faire jusque-là. Le besoin d’être en contact constant avec elle
est incroyable. La toucher, sentir son parfum, l’embrasser, lui faire l’amour,
je ne pense qu’à ça dès que je pose les yeux sur elle.
À la mort de mon père, j’ai éprouvé des émotions si vives, si profondes,
qu’elles ont meurtri mon âme de manière indélébile. C’était sombre,
douloureux et tranchant. C’est peut-être surprenant, mais avec Snow, c’est
aussi puissant ! Ce sont des sentiments positifs et bénéfiques qui me font
me sentir incroyablement vivant. Sur le moment, quand j’ai appris le décès
de mon père, ma peine était si vive, ma douleur tellement ancrée sous ma
chair que j’étais persuadé que jamais je ne pourrai ressentir quelque chose
d’aussi fort, quand bien même la teneur de mes émotions.
Pourtant, si ! Cette belle blondinette me fait vivre des trucs aussi
balaises ! Je n’avais jamais exploré cet aspect de moi avant la mort de mon père et ma rencontre avec la profondeur et l’ampleur de mes sentiments a
été plus que brutale. Mais visiblement, ça a réveillé quelque chose en moi !
Avant ça, je n’ai jamais expérimenté des émotions si puissantes. Et Snow
me permet de découvrir cette autre facette de moi…
Alors, comment mettre une telle chose en péril simplement pour quelques
lives et possiblement un album ?
Je ne peux pas nier que c’est plus qu’un rêve pour moi !
Depuis mes premiers pas sur scène, j’ai compris quel kif ça pourrait être
d’avoir ce genre de vie ! Les concerts, les tournées, les studios… À mes
yeux, c’était tellement inaccessible que jamais je n’ai même envisagé
qu’une si belle opportunité se présenterait à nous. Sauf que c’est bel et bien
le cas, aujourd’hui ! Je suis totalement dépassé par la situation…
Voilà pourquoi je suis assis dans mon salon à plus de 3 h du mat’ ! Je ne
sais pas comment gérer mon dilemme et ça me tient éveillé bien malgré
moi. J’ai beau être naze, je n’arrive pas à fermer l’œil. J’ai préféré me lever
pour éviter de tourner et virer dans le lit. Snow n’est pas toujours à l’aise de
dormir avec une autre personne et lui laisser l’espace nécessaire pour ne pas
qu’elle flippe exige que je fasse preuve d’agilité parfois.
– Mon chéri ?
J’ai un léger sursaut au son de la voix de ma mère. Forcément, je suis
totalement perdu dans mes pensées au milieu du salon avec seulement la
faible lumière de la cuisine.
– Oh… salut, m’man…
– Mais, tu as vu l’heure qu’il est ?
– Je n’arrive pas à dormir…
J’ai pour elle un sourire tendre.
– D’ailleurs, toi aussi, tu es debout, il me semble.
– J’avais soif…
Elle marche en direction de la cuisine.
– Viens avec moi !
J’accepte de me joindre à elle et m’installe autour de l’îlot. Ma mère
nous serre un verre d’eau à chacun.
– Qu’est-ce qui te tracasse, mon grand ?
– C’est rien. Juste une histoire avec les gars…
– Si ça te tient éveillé toute la nuit, ça ne doit pas être si anodin. Tu crois
que je n’ai pas remarqué que tu n’as pas été répété avec eux, cette
semaine…
– On est un peu en froid, ces derniers jours…
– J’espère que ça ne concerne pas Snow.
Je hausse les épaules.
– Plus ou moins…
– Dis-m’en plus !
– Un mec, un agent artistique, est venu voir les gars après notre concert
chez Buster…
– Vraiment ?
– Ouais… sur le moment, ils ont été sceptiques ! Mais le type est
revenu à la charge le samedi suivant. Il s’est pointé chez Charlie en
compagnie d’un mec hyper connu qui chante dans un groupe hyper cool !
– Et qu’est-ce qu’il vous veut ?
– Il souhaite nous engager pour une série de concerts, cet été ! S’il est
satisfait de ce qui se passe au cours de ces deux mois, du ressenti des gens à
l’écoute de notre musique, il veut nous signer pour un album.
– Oh, mon Dieu, Hazel, murmure-t-elle, surprise. C’est tellement…
– Inattendu, improbable… irréalisable…
Ma mère fronce les sourcils.
– Pourquoi ça ?! C’est une belle opportunité ! Tu devrais sauter de
joie…
Elle fouille dans mon regard.
– C’est Snow qui te fait hésiter ?!
– Comment je peux gérer ça et elle !? C’est impossible ! Elle a besoin
de stabilité, pas de courir les routes dans un bus minable entourée de quatre
mecs…
– Mais te rends-tu compte ce que ça veut dire ?
– Que je pourrais mener la vie dont je rêvais quand j’étais môme ! Celle
dont papa m’a donné envie…
– Il serait tellement fier de toi !
Ma mère passe sa main dans mes cheveux.
– Il était convaincu que tu avais un talent incroyable, mon chéri ! Au
début, il désirait seulement partager quelque chose avec toi. Tu penses bien
qu’il n’a pas pu le faire avec ton grand-père. Tu sais comment ils sont…
Je lève les yeux au ciel.
– Il voulait être tout l’inverse de son père. Mais très vite, il a décelé un
détail chez toi qui lui faisait croire que tu pourrais aller bien plus loin qu’un
simple garage.
– Il y a encore quelques semaines, j’aurais été heureux de cette offre, de
lui prouver qu’il avait peut-être raison…
– Mais pas aujourd’hui…
– Non, pas depuis Snow ! J’ai pas envie de choisir entre la musique et
la fille que…
Je me frotte la nuque quand je me rends compte que les mots – ces mots-
là – restent bloqués dans ma gorge.
– C’est compliqué !
– J’imagine…
– Les mecs m’en veulent de faire marche arrière maintenant ! Si je
refuse, ils peuvent oublier la tournée, l’album. Ça les impactera aussi ! Si
j’accepte, quel avenir il y a pour elle et moi ! Ce n’est pas cette vie qu’il
lui faut pour s’épanouir…
– Lui en as-tu parlé ?
– À Snow ?
– Tu es là à te torturer, mais surtout à décider seul alors que vous devriez
le faire ensemble ! C’est ça être en couple et tu ne dois pas agir
différemment sous prétexte qu’elle est autiste ! Elle peut comprendre si tu
lui expliques posément !
– Mais même si j’aborde le sujet avec elle, elle ne va pas me dire : «
Vas-y fonce, Hazel ! Je te soutiens et je viendrai avec toi pendant la
tournée » !
– Sûrement pas, je te l’accorde ! Cependant, ça ne change rien au fait
qu’elle a le droit d’être informée !
– Je sais pas, soupiré-je en me frottant le visage. Tu as peut-être raison !
– En discuter avec elle t’aidera peut-être à y voir plus clair…
Je m’apprête à lui répondre quand le bruit d’une porte me fait dresser
l’oreille. Puis ce sont des pas dans l’escalier qui attirent mon attention.
L’instant d’après, ma jolie blonde apparaît au pied de la cuisine.
– Snow ?
– Je me suis réveillée et je n’arrive plus à me rendormir.
Je devine à sa gestuelle qu’un détail la perturbe.
– Tout va bien ?
– Tu n’étais pas là !
Je souris avant de lancer un coup d’œil amusé à ma mère.
– Je crois qu’il est temps de se mettre au lit !
– Je vais en faire autant !
En deux pas, je suis à côté de ma blondinette.
– Au lit, mademoiselle ! Je vais te chanter une berceuse.
– Je ne suis plus un bébé…
– Non, c’est vrai !
Main dans la main, nous montons les marches.
– Je suis certain que tu devais être un beau bébé avec de jolis petits
bourrelets et des joues toutes rondes et roses.
– Je ne sais pas. Je ne m’en souviens pas.
Je glousse.
– Moi aussi, je me rappelle plus de moi en couche-culotte ! Par contre,
ma mère a des cartons pleins de photographies. Il y a même des films. On
pourra regarder, si tu veux.
– Quand ?
Ce projet semble l’intéresser.
– Ce week-end, promis ! On se matera ça tranquillement dans la
chambre…
Une fois sur place, j’invite Snow à se glisser sous les draps. De nouveau,
alors qu’elle est étendue sur le lit, je remarque qu’elle est toujours crispée.
Comme tout à l’heure, à l’entrée de la cuisine.
– Snow, qu’est-ce que tu as ? J’ai l’impression que quelque chose
t’ennuie…
– Je… je me sens bizarre…
– Bizarre ?
Je m’étends de sorte de recouvrir son corps.
– En voilà, une drôle d’idée !
– C’est étrange…
– Est-ce que je peux aider d’une quelconque manière à ce que tu
retrouves un peu de ton calme ?
– Je ne sais pas…
– Si tu m’expliquais un peu ce que tu éprouves…
– J’ai comme des picotements dans le bas de mon ventre. Ils ne veulent
pas s’en aller…
– Oh…
Ma langue descend le long de son cou jusqu’à la naissance de ses seins.
– Dans ce genre-là ?
Elle frémit sous moi.
– Oui.. ;
– Ce que tu ressens, c’est simplement du désir. Tu as envie de moi…
Je m’agenouille devant elle et attrape la ceinture de son pantalon de nuit.
– On va se livrer à une petite expérience, tous les deux…
Je glisse son bas le long de ses jambes.
– On va faire l’amour, tu vas jouir et on verra si ces vilains picotements
disparaissent.
Je relève son haut jusqu’à en faire jaillir ses seins. Penché sur elle,
j’aspire l’un de ses tétons entre mes lèvres.
– Lorsque j’en aurai fini avec toi, je suis prêt à parier que tu vas dormir
comme un gros bébé.
Après avoir balancé mon tee-shirt et mon froc au pied du lit, je prends
place entre ses cuisses. Je saisis ma queue et la guide à l’entrée de son sexe
avant de l’embrasser avec fougue. Snow glisse sa main dans la mienne
comme la première fois que nous avons fait l’amour.
– Tu me rends fou, trésor, soufflé-je dans sa bouche tandis que je la
pénètre avec une vigueur qu’elle pourra supporter.
Elle accueille cette intrusion dans un cri de désir toujours aussi peu
maîtrisé, mais je m’en moque. Il n’y a rien que je veux changer chez elle,
même ça !
– Je t’avais parlé d’une berceuse, ma Snow…
**
Même si cette nuit a été mouvementée entre mes interrogations au sujet
du groupe et mes ébats amoureux avec Snow, je suis debout à l’aube, le
lendemain matin.
J’aurais pu tirer quelques minutes de sommeil supplémentaires avant que
mon réveil ne sonne, mais mon esprit était déjà trop accaparé par le foutoir
qui y règne depuis quelques jours. Plutôt que de rester au lit à me
tourmenter davantage, j’ai décidé de me lever afin de faire le petit-déjeuner
pour les filles et ma mère. Après quelques jours de repos, elle reprend le
travail, ce soir.
Je viens de me préparer un second café lorsque Dary apparaît dans la
cuisine, la mine grave. Je fronce les sourcils en découvrant ses traits tirés et
les cernes sous ses yeux.
– Mauvaise nuit ?
Le regard cinglant qu’elle me balance me fait immédiatement regretter
d’avoir posé la question.
J’adopte une moue désolée.
– Sérieux, Haze ! C’est vraiment chaud de vous entendre copuler à
longueur de temps !
– Je suis navré, D, m’excusé-je en lui servant un jus d’orange. C’est pas
évident de lui demander de baisser le son. Elle a du mal à maîtriser ce
qu’elle ressent.
– Ouais, ouais… tu devrais peut-être me payer le même casque qu’à elle,
ça m’aiderait à mieux dormir !
Snow emboîte le pas de Dary et entre à son tour. Sans un mot, elle fonce
en direction de sa chaise et s’y installe d’un air renfrogné.
– Bonjour à toi aussi, mon trésor, me moqué-je gentiment en m’occupant
de faire bouillir son eau. Pour info, je me suis brossé les dents.
– C’est un bonheur de l’avoir à table, ce matin, dit Dary sur un ton
taquin. C’est moi qu’on a empêché de dormir et c’est elle qui est de
mauvais poil.
Je m’approche de Snow et l’enlace avant de déposer un baiser sur sa
joue.
– Bonjour, toi…
– Bonjour…
– Je peux savoir ce qui ne va pas ?
– Je n’avais pas envie de me lever…
– Bah, couche avec mon frère à des heures décentes, tu seras moins
vannée, le matin !
– Lâche-la, Dary !
– Je n’arrivais plus à dormir, se plaint Snow. Hazel m’a fait quelque
chose dont je n’ai pas le droit de parler pour m’aider à trouver le sommeil et
ça a marché !
Je ris intérieurement.
– Et à défaut de pouvoir en discuter, tu partages ça avec toute la
maison…
Dès que le thé de Snow est prêt, je viens m’asseoir près d’elle avec
l’idée d’aborder cet épineux sujet qui me tient debout la nuit.
– J’aimerais vous parler d’un truc à toutes les deux…
Je me racle la gorge puis me tourne vers Snow, histoire de m’assurer que
j’ai son attention.
– Snow, tu m’écoutes ?
Elle hoche la tête tout en buvant son thé au jasmin.
– Il y a quelques jours, les gars et moi avons reçu une proposition d’un
agent.
Je glisse mon bras sur le dossier de ma voisine.
– Un agent artistique s’occupe de groupes et de chanteurs. Il les aide à
trouver les maisons de disques, des contrats, lui expliqué-je, en dégageant
sa nuque. Aujourd’hui, c’est ma musique qui l’intéresse. Il nous demande
de faire une tournée, cet été…
– Quoi ? s’exclame ma sœur. Mais c’est tellement énorme !!!
– Oui, c’est une proposition très tentante !
Je me concentre à nouveau sur Snow.
– La tournée durerait deux mois. Il y a plusieurs concerts de prévus en
Angleterre, mais aussi en Europe.
Comme je le redoutais, Snow demeure impassible pendant que je leur
expose la situation. Je glisse ma main dans la sienne et attrape son menton
pour l’obliger à regarder dans ma direction.
– Trésor, est-ce que tu comprends ce que ça veut dire ?
Elle secoue la tête.
– Si j’accepte de faire cette tournée, moi, Charlie, Reece et Jake irions
faire des concerts comme celui auquel tu as assisté l’autre jour à travers tout
le pays. Ça prendra beaucoup de temps, Snow. Je vais partir…
La fin de ma phrase est couverte par le bruit de la porcelaine qui
rencontre le plan de travail en bois. Snow vient de lâcher sa tasse. Le thé
qu’elle contenait se déverse sur elle.
– Merde, m’écrié-je en la saisissant à la taille pour l’éloigner au plus
vite.
Entre la brûlure et ma prise si brutale sur elle, Snow se met à hurler.
– C’est rien, la rassuré-je en m’emparant d’un chiffon pour essuyer ses
jambes dénudées. Ça y est, c’est fini.
Ma sœur me tend un tissu humide. Je m’empresse de l’appliquer sur la
partie de sa peau qui a rougi.
– Va chercher la crème pour les brûlures dans la pharmacie.
Dary disparaît à l’étage.
– C’est fini, trésor…
Malheureusement, Snow est trop agitée. Elle crie, fait de grands gestes
avec ses bras lorsque je la touche avec le tissu humide.
– Mais qu’est-ce qui se passe ? s’exclame ma mère qui vient de surgir
dans la pièce.
Snow, qui semble avoir perdu toute maîtrise de ses mouvements, balaie
le plan de travail de sa main.
– Arrête !
Je me jette sur son bras.
Un nouveau cri plus saisissant retentit dans la cuisine. À la vue du sang
sur son poignet, je devine qu’elle s’est entaillée.
– Eh merde !
Ma mère s’approche avec la trousse de premiers soins que vient de
descendre ma sœur.
– Hazel, laisse-la !
– Mais elle saigne ! me récrié-je fou de rage de la voir dans un tel état.
– Je vais m’occuper d’elle ! Éloigne-toi !
Dary me rejoint. Délicatement, elle me tire par le bras pour
m’encourager à prendre de la distance.
– Laisse faire maman…
Totalement dépité, je fais courir mes mains le long de mon visage. Je
sens mes larmes poindre lorsque Snow se met à se frapper le sommet de la tête.
– Fais pas ça, lui dis-je d’une voix étouffée. Trésor, arrête…
– Snow, l’appelle doucement ma mère. Je vais m’occuper de soigner ta
main, d’accord ?
Elle n’obtient aucune réponse. Snow se contente de se balancer d’avant
en arrière en se tapant le dessus de la tête.
– Regarde, je te montre.
Elle déballe le sac.
– Cette petite bouteille contient du produit antiseptique. Je vais
désinfecter la plaie avec après en avoir appliqué sur une compresse. Une
fois ta blessure saine, je vais te faire un bandage. Je dois aussi m’assurer
qu’il n’y ait pas de morceaux de verre dans ta peau. D’accord ?
Les explications de ma mère captent l’attention de Snow qui opine du
chef.
– Ensuite, je vais appliquer du baume sur tes genoux pour soulager la
sensation de brûlure.
Nouvel acquiescement. Ma mère a un regard vers ma sœur.
– Dary, va te préparer pour le lycée ! Préviens-les que Snow reste à la
maison.
Dans un geste d’une tendresse maternelle, ma mère câline sa joue.
– Tu vas rester ici et te reposer, aujourd’hui.
– Je dois aller en cours. J’ai un contrôle en mathématiques.
– Je vais demander à Oliver de t’autoriser à le repasser, demain. C’est un
ami, il va accepter, ne t’en fais pas !
Dary retourne au premier en me laissant retranché dans un coin de la
cuisine. Impuissant, je suis spectateur de la scène sans même comprendre
réellement ce qui s’est produit.
– Voilà, je vais te faire un bandage.
Snow est toujours très agitée sur sa chaise, mais elle laisse ma mère la
soigner.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Je lui ai parlé de…
– C’est à Snow que je pose cette question, Hazel !
Je me rembrunis.
– Snow, tu peux me raconter comment tu t’es blessée ?
– Ma tasse de thé est tombée. Elle s’est brisée.
– Ce n’est pas grave, tu sais. Je casse souvent de la vaisselle. Ce sont de
petites maladresses qui nous arrivent à tous. À quel moment cette tasse t’a
glissé des mains ?
– Quand Hazel m’a dit qu’il devait s’en aller…
– Je ne dois pas…
Ma mère lève sa main pour me stopper lorsque je me précipite vers elles.
– Ça t’a fait de la peine, j’imagine…
– Est-ce qu’il va partir comme ma mère ?
Je me laisse glisser le long du réfrigérateur quand l’évidence me frappe.
– Ta maman ? Raconte-moi ce qui s’est passé avec elle, Snow ?
– Elle m’a conduit dans un centre pour les autistes et elle est partie. J’ai
cru qu’elle allait revenir. Elle me l’avait promis. Mais elle ne m’a jamais
rendu visite.
– J’imagine que c’est un souvenir douloureux.
– Je n’aime pas vraiment penser à ma mère.
– Je comprends. Elle t’a fait de la peine.
Toujours assis à même le sol, je regarde la scène sans réussir à réaliser ce
qui vient de se produire.
C’est moi qui lui ai fait ça ?!
Je lui ai remémoré l’abandon de sa mère seulement en évoquant mon
potentiel départ en tournée.
– Voilà, Snow !
Je me relève avant qu’elle me voie ainsi. Lorsqu’elle descend du
tabouret et me fait front, je l’accueille d’un sourire.
– Est-ce que tu te sens mieux ?
Elle me montre sa main.
– Lorna m’a soignée. Est-ce que tu vas partir comme ma mère ?
– On va monter pour en parler calmement tous les deux.
J’échange un coup d’œil avec ma mère.
– Il est préférable qu’elle reste en short, aujourd’hui, m’explique-t-elle
en me tendant le tube de crème. Applique-lui-en régulièrement.
– Merci, m’man…
J’attrape la main de Snow avant de la conduire à l’étage. Sur le palier,
nous croisons ma sœur qui semble prête à se rendre en cours.
– S’te plaît, gère le truc avec ce contrôle…
– T’inquiète, je suis dessus !
Je fais entrer Snow dans notre chambre et l’invite à s’allonger sur le lit.
Je devrais sûrement lui laisser de l’espace après ce qu’elle vient de vivre,
mais j’en suis incapable. Après l’avoir bordée, je prends place près d’elle.
Mon bras est sur son bas ventre, mes lèvres effleurent son épaule.
– Je ne partirai pas, Snow ! Je ne le ferai jamais ! Pour rien au monde,
je ne t’abandonnerai !
– Mais tu vas aller faire tes concerts…
Je me dresse sur mon coude et attrape son menton pour l’attirer vers moi.
– Je ne vais nulle part !
Mes doigts descendent en direction de sa poitrine. Je les redessine et
poursuit mon chemin le long de son ventre.
– Snow, je t’aime, chuchoté-je craintivement après avoir ravalé la boule
d’émotions qui m’entravait la gorge.
– Comment sait-on qu’on est amoureux, Hazel ?
– Je… bredouillé-je un peu perdu. J’ignore comment te l’expliquer,
Snow. J’ai jamais été amoureux avant toi ! Tout ce que je peux te dire,
c’est que rien n’est plus important que toi ! J’ai tellement envie de toi !
Ce n’est pas qu’une question de sexe ! C’est pas que physique ! J’ai
besoin de te sentir… de te sentir vraiment…
– Je ne comprends pas… pourquoi vouloir me sentir ? Je fais toujours ce
qu’il faut pour sentir très bon !
Je glousse.
– Et tu y arrives très bien. Tu as l’odeur d’une rose !
– Je n’aime pas les parfums trop forts. Il n’y a que l’eau de rose que je
tolère.
– Et ça te va à ravir ! Mais quand je te parle de te sentir, c’est plus…
– C’est une manière de t’exprimer… du sens figuré…
– C’est ça !
– Je ne suis pas très à l’aise avec le sens figuré. Il faut qu’on me
l’explique.
– Et je suis pas doué pour dire comment je ressens les choses alors, va
falloir qu’on apprenne à se comprendre, mon trésor. Il y a tellement de
détails que j’aime chez toi. Je me sens en paix quand tu es près de moi.
C’est comme…
Je réfléchis.
– C’est comme si j’étais un puzzle ! Et il me manque quelques pièces
pour être enfin entier. Alors, je crois que je suis encore loin d’avoir trouvé
tous les morceaux, que c’est une chose que je ferai sur de longues années. Mais je pense aussi qu’il y a des pièces plus grosses que d’autres. Des
pièces qui donnent un vrai sens au puzzle, donc à moi…
Je soupire.
– C’est tout pourri comme métaphore ! Je suis sûr que t’as rien pigé
tellement je suis con !
– Non, pas du tout ! J’arrive à comprendre de quoi tu parles. C’est une
construction !
– Oui, la vie c’est un peu une construction. Et toi, tu es une pièce
essentielle de mon puzzle.
– Pourquoi ?
Je hausse les épaules.
– Bah, je sais pas. C’est toi qui rentres parfaitement dans le trou énorme
qu’il y a dans mon puzzle. Tu as les contours qu’il faut !
Je ris.
– C’est pas super limpide tout ça, hein ?
– Pas vraiment !
– Je découvre, je suis comme toi ! On va apprendre ensemble !
– D’accord !
– En attendant, je veux que tu te reposes. Tu as eu un début de journée
vraiment pas simple ! Tout ce que tu dois garder à l’esprit, c’est que je
reste près de toi, que je ne vais nulle part !
Elle hoche la tête. Ma main retrouve sa joue.
– Tu t’es emparée de mon cœur, blondinette, et je sais qu’il est en
sécurité avec toi ! Il n’y a que nous, Snow… il n’y aura que nous, je te le
jure…
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... A19
La semaine qui suit l’incident avec Snow est rythmée par ses cours au
lycée, ses leçons de guitare que je lui dispense, et uniquement par cela, vu
que je ne répète toujours pas avec les mecs.
Les événements de ce lundi matin ont apporté une réponse évidente à ce
conflit auquel j’étais confronté. C’est hors de question que je quitte Snow,
qu’une seule seconde, je lui donne l’impression de l’abandonner. Et même
si je lui répète tous les jours que je vais rester avec elle, je l’ai ébranlée. Elle
a été particulièrement nerveuse, et ça, toute la semaine. Même lorsque je la
touche, elle est moins réceptive, moins détendue.
Comme si j’avais égratigné la confiance qu’elle a placée en moi…
Entre ça et mon manque de courage de parler aux autres membres du
groupe pour leur faire part de ma décision, je vis retranché chez moi. Je
bosse dans le garage de mon père pour m’occuper l’esprit lorsque Snow
n’est pas là, et me consacre uniquement à elle quand elle est à la maison.
Charlie m’a relancé à plusieurs reprises au sujet de cet agent artistique
qui attend une réponse de notre part et je ne vais pas pouvoir l’ignorer
longtemps. Et ce matin encore, je n’y coupe pas.
– Charlie –
Nathan, l’agent des Black Death, passe au garage demain pour te voir. Il veut savoir ce qu’on
fait !
Je soupire à la lecture de son texto.
– Hazel –
Quelle heure ?
– Charlie –
15 h
– Hazel –
Je serai là !
Au moins, le décompte est lancé !
Je ne vais pas y échapper, mais les choses seront dites. Le hic est que je
vais perdre mes potes, que je vais renoncer à une vie singulière dont je n’ai
fait que rêver.
M’inscrire à l’université, prendre cet appart’ avec Snow et Dary,
poursuivre mes études, bâtir une existence posée sont mes meilleures
options. Celles qui sont les plus adéquates pour Snow, pour son
épanouissement.
Et il n’y a qu’elle qui compte vraiment…
J’ai intégré leur groupe à un moment où j’avais besoin de me rattacher à
la musique comme une connexion avec mon père. Ils m’ont accueilli alors
que des années auparavant, je les avais abandonnés pour traîner avec
d’autres gars.
Et je m’apprête à recommencer !
Je crois que c’est ce qui me fout plus les boules dans toute cette histoire.
Je vais les décevoir, les planter encore, alors qu’eux m’ont soutenu à un
moment décisif de mon existence.
Je me sens si lâche...
En attendant que je rejoigne les mecs au garage – que je brise leur rêve –
je me retrouve dans le centre-ville de Barnstaple dans un centre social.
Nous sommes samedi et ma jolie Snow se rend à son groupe de soutien.
Cette semaine, j’ai décidé de l’accompagner et cette perspective n’a pas
semblé lui déplaire.
Le centre social de Barnstaple est un lieu un peu morne pour ce genre
d’endroit. La pièce où se déroule le groupe de parole est déjà plus agréable.
Elle ressemble à une salle de classe. Il y a de grandes fenêtres qui apportent
beaucoup de luminosité. Plusieurs personnes sont présentes, des chaises
sont disposées en cercle et une table est recouverte de choses à manger et à
boire. La petite dizaine de participants sur place sont pour l’essentiel des
jeunes dans les âges de Snow. Seul un homme barbu d’une bonne trentaine
d’années dénote du reste du groupe, j’en déduis assez logiquement qu’il
s’agit de l’animateur.
À notre entrée, une jeune femme brune, pas très grande, avec quelques
rondeurs, s’est tournée vers nous et, depuis, elle n’a de cesse de nous
observer avec une vraie curiosité. Visiblement décidée à l’assouvir, elle
marche dans notre direction pour s’adresser à Snow.
– Tu es venu avec qui ? lui demande-t-elle d’emblée. Je ne l’ai jamais
vu ici !
Je souris discrètement.
– C’est Hazel ! C’est un neurotypique !
Je suis un quoi ?!
Je m’intéresse à ma voisine.
– Hé ! m’offusqué-je faussement. C’est quoi ça « neurotypique » ?
Dis comme ça, ça n’a pas l’air super cool !
– C’est comme ça qu’on désigne les non-autistes ! m’explique son
amie.
– Oh…
Je glisse ma main sur la hanche de Snow et me penche à son oreille.
– Trésor, ce qui serait vraiment top, c’est que tu me présentes comme ton
mec, tu vois !
Elle fronce les sourcils comme elle le fait souvent quand elle essaie
d’assimiler ce que je lui dis. J’aimerais lui expliquer la chose plus
clairement, mais sentir une présence imposante sur ma droite me fait me
raviser. Je jette un petit coup d’œil dans cette direction. L’animateur est
venu à notre rencontre.
– Bonjour, Snow ! la salue-t-il gentiment en la regardant avec un grand
sourire.
– Bonjour.
Puis il revient vers moi pour m’offrir sa main.
– Je suis David, j’anime ce groupe.
J’accepte sa poignée de main.
– Moi, c’est Hazel, je suis le petit-ami de Snow et un neurotypique
visiblement…
– Oh…
Il lui jette une œillade bienveillante.
– Tu es une petite cachottière, Snow, ajoute-t-il amusé. J’ai acheté des
beignets à la framboise. Je crois que tu les apprécies ! Et il y a toujours ton
thé préféré.
– Le jasmin !
Je glousse en moi-même.
Le thé au jasmin et Snow… toute une histoire !
– Vas-y, trésor ! Je te rejoins. Je vais bavarder avec David, d’accord ?
Elle acquiesce et se met en route, suivie de près par l’autre jeune femme.
Je l’observe une minute avant de porter mon intérêt sur David.
– J’espérais assister à la séance. Est-ce que c’est possible ?
– Pourquoi aimeriez-vous rester avec nous, Hazel ?
– Je voudrais mieux la comprendre, commencé-je, avant de ramener mes
cheveux en arrière. Le truc c’est qu’il y a cette histoire qui me tombe dessus et…
Je soupire.
– Je suis vraiment fou d’elle, OK ! Depuis le premier jour, je suis
fasciné par Snow et je veux que ça roule entre nous.
Je plonge les mains dans les poches de mon jeans.
– Le truc c’est qu’elle fonctionne différemment et je ne sais pas toujours
comment m’y prendre avec elle. Le plus important pour moi, c’est qu’elle
se sente bien, qu’elle arrive à s’épanouir, mais je suis genre super largué !
– Je comprends…
– Alors, si vous aviez quelques conseils à me refourguer, quelques
éclaircissements sur l’autisme pour que je ne commette pas trop d’erreurs
avec elle, je suis preneur !
– Vous avez peut-être des questions précises…
– La plus importante : je suis censé faire quoi lorsqu’elle panique ?
C’est vraiment flippant quand elle se frappe la tête !
– C’est ce qu’on nomme une crise autistique.
– OK !
– Elle en a fait souvent ?
– Deux fois ! La première, c’était à cause d’un petit fumier de son lycée
qui a voulu la tripoter…
– Pardon ?!
– Ouais, je sais, ça craint ! J’ai pété un plomb quand je l’ai vu faire ! Il
s’est pris une putain de dérouillée ce connard !
– Je ne suis pas adepte de la violence, mais là…
– J’aime pas ça non plus, mais quand c’est mérité, je cogne, point
barre !
Je crois déceler un début de rictus chez mon voisin, mais je n’en suis pas
certain.
– Et à la suite de ça, Snow a fait une crise ?
– Exact !
– C’est assez normal… Il faut savoir que la personne autiste va intégrer
l’information d’une manière totalement différente de la nôtre. Toutes les
réactions que vous allez avoir lorsqu’une donnée vient à vous sont
naturelles et automatiques.
– Et pas pour Snow…
– Non ! Soit Snow va être placée face à une situation qu’elle connaît et
alors, elle va elle-même mettre en marche cette suite de réactions. Soit elle
n’a jamais rencontré une configuration précise et là, elle va être totalement
perdue. C’est toute l’importance de notre job ! On les aide à surmonter les
épreuves du quotidien, à en comprendre le comment et le pourquoi, mais
surtout on leur apprend à savoir gérer telle ou telle situation.
– Pourquoi elle est comme ça ? Je veux dire, c’est quoi vraiment
l’autisme d’un point de vue plus « scientifique » ?
– Son cerveau n’est pas développé comme le vôtre ou le mien. Leur côté
perceptif est surdéveloppé, ce qui a pour résultat que tous les aspects
sensoriels sont hypersensibles.
– Les odeurs, le bruit, la lumière…
– C’est ça !
– Pourquoi elle se frappe la tête ?
– Elle cherchait à faire fonctionner une partie de son cerveau qui est très
sensible chez elle parce qu’elle ignore comment intégrer ce qui était en train
de se passer. Elle était en détresse. C’est extrêmement violent pour elle. Le
plus urgent dans ce cas-là, c’est de l’aider à retrouver son équilibre interne.
Seule, elle aura toutes les peines à y parvenir.
– OK…
– Il faut savoir que tous les mécanismes qu’elle va mettre en marche
pour arriver à surmonter les difficultés, les interactions sociales ou toutes
les autres choses de la vie de tous les jours réclame du temps et une énergie
importante. Une crise autistique les éprouve sur un plan purement physique
également.
– Donc, quand ça se produit, il faut que je la rassure…
– Et que vous l’aidiez à comprendre ce qui se passe ! Il faut mettre des
mots sur ce qu’elle ressent. En agissant ainsi, elle veut seulement retrouver
son équilibre. C’est aussi pour ça qu’elle joue régulièrement avec ses mains
ou ses doigts. C’est l’expression corporelle d’un travail qui se passe en elle.
– OK ! Elle m’a déjà parlé d’un grand bazar en elle…
– C’est très bien qu’elle le formule. C’est un long travail qu’elle a fait
pour en être capable aujourd’hui. Les autistes peuvent apprendre
énormément de choses qui les aideront à dire ce qu’ils ressentent, à mieux
appréhender le monde des non-autistes, mais il faut les stimuler tout en
gardant à l’esprit que tout ceci est extrêmement épuisant pour eux.
J’esquisse un sourire.
– Elle m’a déjà dit que m’écouter parler la fatiguait…
L’expression tranquille de David change. À sa tronche, je n’ai pas de mal
à imaginer ce qu’il pense. Ça doit ressembler à un truc du genre : « Sans
blague ! Même moi, je suis vanné ! ».
– C’est sûrement vrai ! Elle va passer son temps à décoder tout ce que
vous lui dites si votre manière de vous exprimer n’est pas assez simple pour
elle.
– J’avais lu aussi que les autistes ont du mal à être touchés. C’est moins
un problème avec Snow. Elle me laisse l’étreindre, la câliner. Par contre,
elle, elle ne le fait presque jamais. Est-ce qu’un jour, elle sera assez à l’aise
avec moi pour avoir ce genre de gestes envers moi ?
– Il faut comprendre que chez les autistes tout se fait par le regard !
Donc, pour que l’information puisse être traitée, Snow doit pouvoir voir
qu’on la touche et ainsi mettre un geste sur un ressenti physique.
– OK !
– Après…
Il hésite une seconde avant de poursuivre.
– Il faut prendre ce que je vais vous dire avec des pincettes parce que ce
n’est pas forcément le cas de Snow, mais souvent, les autistes acceptent de
faire des choses pour « faire plaisir ».
– Alors, elle me laisserait la toucher pour me satisfaire ?
– Ce n’est pas ce que j’avance ! Snow se sent sûrement très bien avec
vous. Elle s’est familiarisée avec les gestes de tendresse que vous avez pour
elle. Maintenant, pour qu’elle vous rende la pareille, il va lui falloir du
temps, mais aussi d’être apaisée et épanouie pour pouvoir mettre en place
ce style de contact. Si elle est en permanence en train de travailler sur autre
chose, comme s’habituer à son environnement ou s’adapter à des situations
complexes, ça lui demande du temps et de l’énergie qu’elle ne peut pas
mettre au profit d’une nouvelle expérience comme de vous toucher…
– Je vois le truc ! En gros, elle a besoin d’être en équilibre pour avoir
envie de tenter des choses dans ses habilités sociales.
– C’est ça !
– OK ! Euh… tout ça m’est d’une grande utilité ! J’ai déjà
l’impression de capter mieux ce que je peux faire pour faciliter notre
relation au quotidien !
Je lui tends une poignée de main. Il l’accepte.
– Merci, David ! Vous m’avez donné pas mal de pistes à explorer. J’ai
bien d’autres questions pour vous et je me demandais s’il y aurait moyen qu’on se voie en dehors d’ici, si ça ne vous ennuie pas bien sûr ! J’imagine
que vous avez déjà pas mal de boulot, mais…
– Non, il n’y a pas de problème ! Le jeudi, je suis présent et j’ai pour
habitude de déjeuner en ville. On pourrait se rencontrer à cette occasion.
– Carrément ! Ça serait vraiment cool !
– Je vais commencer la séance ! Je vous donnerai mon numéro après !
– Super !
Je désigne Snow qui tient un gobelet entre ses mains près de la table où
se trouve le buffet improvisé.
– Je vais aller retrouver ma blondinette ! Merci de votre aide, David !
– De rien !
Je rejoins Snow et lui propose de nous asseoir.
**
Après la séance du groupe de soutien de Snow et ma brève entrevue avec
David, je suis d’une humeur plus joyeuse que ces derniers jours. Me
plonger un peu plus dans son univers, dans tout ce qui fait d’elle un être
aussi surprenant que touchant ne peut que me rendre encore plus amoureux
d’elle.
Elle est intervenue pendant la réunion pour faire part des changements
importants qui ont eu lieu dans sa vie de tous les jours récemment, et j’ai
été ravi d’apprendre qu’elle trouve ses marques chez moi, que ses
inquiétudes s’amenuisent. Elle s’exprime avec aisance et échange avec les
autres membres du groupe de soutien. J’aime la voir ainsi. Elle est
clairement plus dans son élément et tout ce à quoi j’aspire en sortant du
centre social est qu’elle se sent à l’aise chez moi.
– Snow, l’appelé-je, alors qu’elle vient de saisir la poignée de la voiture.
Ça te tente qu’on aille déjeuner tous les deux au restaurant ? Il est bientôt
midi !
En frappant ses mains l’une contre l’autre, elle fixe l’intérieur de la
caisse à travers le carreau.
– Je… je n’aime pas les endroits bruyants et où il y a trop de monde…
– Je sais, trésor ! Mais on peut trouver un resto sympa et calme. Et puis,
avec ce beau temps, on pourrait même manger en terrasse.
– Je veux bien voire comment c’est avant…
J’ouvre la portière.
– Alors, en route !
Elle grimpe à l’intérieur. Je la rejoins et démarre.
**
Par chance, le petit restaurant que j’avais en tête est comme dans mes
souvenirs lorsque nous étions venus dîner en famille, un peu avant mon
entrée à l’université. La salle n’est pas très grande, il y a peu de monde
encore et quelques tables sont disponibles à l’extérieur.
Comme souvent lorsqu’elle pénètre dans un lieu inconnu, Snow est
angoissée. Elle agite ses doigts, signe qu’elle cherche à retrouver son
équilibre tandis qu’elle doit se donner un mal fou à assimiler le flot
d’informations qui arrive dans sa belle petite tête.
Je lui prends la main.
– Trésor, ce n’est qu’un resto ! On va manger un truc, c’est tout ! Et
puis, tu sais que tu peux toujours me demander à partir quand tu le désires,
OK ?
Elle hoche la tête alors qu’un serveur habillé de manière très
décontractée nous interpelle en nous saluant gentiment.
– Bonjour ! Nous aimerions une table pour deux !
– À l’intérieur ou à l’extérieur ?
– Dehors, ça serait parfait !
Je jette un coup d’œil vers Snow.
– Ça te convient, trésor ? On déjeune en terrasse ?
– Je veux bien !
Une fois que nous sommes installés, j’examine ma jolie Blanche-Neige,
elle bat la mesure avec ses mains, le regard légèrement perdu dans le vide.
– Snow !
Je lui tends le menu.
– Il faut que tu lises la carte et que tu choisisses ce que tu veux manger.
Il me semble que tu aimes le poisson !
Elle s’y emploie sans attendre et examine lentement son menu.
– Le saumon, finit-elle par me dire. Avec des frites et une citronnade.
– À tes ordres, mon trésor ! Je crois que je vais te suivre.
J’interpelle le serveur et lui transmets notre commande avant de reporter
mon attention sur ma voisine.
– Je suis très heureux d’avoir assisté à ton groupe, ce matin, c’était
sympa ! J’ai apprécié David ! Grâce à lui, j’arrive à mieux cerner ta
manière de fonctionner. Cependant, il y a une question qui me trotte dans la
tête depuis notre échange. Je me fais sûrement de la bile pour rien, mais…
Je prends une longue inspiration avant d’étendre mon bras suffisamment
sur la table pour effleurer ses doigts.
– Snow, il faut que tu me dises si tu aimes lorsque je te touche. J’ai
besoin de savoir si tu me laisses le faire parce que c’est agréable pour toi,
ou seulement pour me faire plaisir…
Devant son silence, je poursuis.
– Est-ce que tu comprends ma question ?
Nerveuse, elle agite ses mains, les faits claquer l’une contre l’autre.
– C’est agréable lorsque je te touche ?
– Parfois…
– Mais des fois, ça ne te plaît pas, je me trompe ?
– J’aime quand tu me caresses lorsqu’on fait l’amour…
Je souris.
– Ce qui est déjà rassurant, mais lorsque je te prends dans mes bras ou
que je t’embrasse, qu’est-ce que ça te fait ?
– Des fois, j’aime ça. Parfois, ça me gêne.
– Pourquoi ne me le dis-tu pas, Snow ? J’ai besoin d’avoir ce genre
d’infos parce que je t’aime et que jamais je ne ferais quelque chose qui te
déplaît !
Je récolte seulement un silence supplémentaire de la part de Snow.
– Trésor, je t’aime…
– Je ne sais pas ce que tu veux, m’avoue-t-elle en battant des mains.
– Que tu te sentes bien, Snow ! Rien n’est plus important pour moi !
Ce n’est pas mon bonheur que je recherche, mais le tien ! J’ai eu
l’impression à ta manière de t’exprimer dans ton groupe, ce matin, que tu te
plais à la maison avec Dary, ma mère et moi…
– Dary est gentille, Lorna aussi…
– Et moi, Snow ? Qu’est-ce que je suis ?
Je regrette l’impatience avec laquelle j’ai formulé ma question, mais ses
silences me rendent de plus en plus nerveux. C’est si dur de déterminer ce
qu’elle ressent, ce qu’elle pense…
– Je ne sais pas…
Je soupire.
– Mais Snow, est-ce que tu désires toujours que je sois ton petit-ami ?
– C’est ce que tu m’as dit le soir du bal…
– Non, trésor ! Je te demande si c’est ce que tu veux !
– Je ne sais pas, continue-t-elle en serrant machinalement les poings.
Le serveur arrive avec nos plats. Je le remercie brièvement. Toute mon
attention est portée sur Snow qui semble perdue face à moi.
– Snow… parle-moi…
Elle se redresse brusquement.
– Je n’aime pas cet endroit !
– Attends !
– Je veux…
Désemparée, inquiète, elle cherche autour d’elle, fait quelques pas sans
vraiment savoir où elle va. Je me lève à mon tour et me rue sur elle
lorsqu’elle commence à se taper le dessus de la tête.
– Je ne sais pas, bredouille-t-elle tandis que je l’attire dans mes bras.
Je la berce.
– Chut, trésor, tu es dans mes bras, tu es chez toi…
– Je ne sais pas, répète-t-elle la voix pleine de larmes.
– Pardonne-moi, Snow, je n’aurais pas dû te bousculer…
Je m’éloigne d’elle et prends mon visage entre mes mains.
– Je t’aime et tu es tout ce que je désire. J’ai été maladroit, excuse-moi…
– Je ne sais pas ce que tu attends, Hazel, pleure-t-elle.
– Toi ! Je te veux toi ! Parfois, c’est dur de contenir tout ce que j’ai au
fond de moi parce que je ne peux pas être trop pressant, trop brusque avec
toi. Tu as besoin de temps, de douceur, et je peux te donner tout ça. Mais ce
que je ressens pour toi est si fort que je dérape ! C’est en moi, ça
bouillonne, et je me retiens de laisser tout ça sortir parce que tu n’es pas prête à recevoir tout cet amour, tu ne le comprendrais pas… pas encore… tu
dois t’habituer à moi, à ce que nous vivons tous les deux.
Je replace sa mèche de cheveux derrière son oreille.
– Tu préfères qu’on rentre à la maison ?
Elle acquiesce. J’essuie ses larmes.
– Je vais voir s’ils ne peuvent pas nous emballer notre déjeuner. J’avais
bien envie de ce saumon, moi…
– D’accord…
Je dépose un baiser sur ses lèvres.
– Je t’aime…
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