L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 24 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

La voiture de location que j’ai empruntée…

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La voiture de location que j’ai empruntée un peu plus tôt dans la matinée

aborde enfin la dernière ligne droite jusqu’à ma destination finale. Je n’ai

plus que cinq minutes pour trouver une place où me garer et retrouver Snow

avant le début de la cérémonie de remises des diplômes.

Eh ouais, je sais, je suis long à la détente ! Pas la peine de pouffer ou

de lever les yeux au ciel derrière ton roman…

Charlie a rejoint ma sœur la veille au soir en prenant la route juste après

notre concert. Même s’il a insisté pour que je l’accompagne, je me suis

borné à ne pas céder ! Pour ma défense, j’ai trop de mal à digérer ma

séparation avec Snow et l’idée de la revoir était inconcevable.

Jusqu’à cette photo que m’a envoyée Dary, ce matin.

Mon pauvre trésor venait d’enfiler sa tenue pour l’événement et son air

était si triste que j’ai attrapé le premier bus pour le centre-ville de Yeovil

pour y louer une bagnole et j’ai pris la route. J’ai roulé comme un dingue

pour être à l’heure, je ne suis même pas sapé en circonstance, mais tant

pis ! Je suis venu au moins !

Je passe les grilles ouvertes du lycée de Barnstaple au pas de course et en

remonte l’allée principale. Je traverse le bâtiment et sors de l’autre côté, là

où sont installées les chaises destinées à accueillir la famille des diplômés.

Les rangées les plus proches de la scène sont réservées aux étudiants sur le point de recevoir le certificat de fin de cycle. Une estrade, décorée avec un

pupitre, et quelques chaises où sont assis les membres du corps enseignant,

trône sous une grande tonnelle ouverte. Un immense chapiteau a été monté.

Même si celui-ci est fermé pour le moment, je sais ce qui se cache en

dessous : un buffet et quelques tables y sont sûrement entreposés pour le pot

de remerciements qui suivra la cérémonie.

Inquiet à l’idée de ne pouvoir même pas la voir ni lui parler avant qu’elle

gagne sa place, je balaie les environs à la recherche de Charlie.

Ma Snow est si petite que je ne risque pas de la trouver au milieu de

cette foule !

D’ailleurs, ça me fait un peu flipper ! Ce genre de rassemblement n’est

pas idéal pour elle. Il y a trop de monde, trop de bruit !

Je localise enfin mon pote et me précipite vers lui. Malheureusement, il

est seul avec ma mère.

– Où est Snow ? les questionné-je avec empressement sans même les

saluer.

– Hazel ?

– M’man, où est-elle, s’te plaît ?! J’ai pas le temps !

– Devant, m’apprend Charlie. Deuxième rangée à droite !

Suivant ses indications, j’aperçois enfin ma jolie blondinette vêtue de sa

toge grenat, qui lui fait tant horreur, et de sa coiffe qui, visiblement, la gêne

si j’en crois la manière dont elle la remet en place. Arrivé au début de sa

rangée, je tente de l’appeler, mais entre le brouhaha environnant et son état

de stress évident, elle ne m’entend pas. Ce qui n’est pas le cas de sa voisine,

ma sœur, qui esquisse un sourire ravi en me trouvant à quelques pas d’elles.

Elle tape doucement sur l’épaule de Snow en me pointant du doigt. Mon

trésor tourne sa jolie bouille vers moi et se lève d’un bond lorsqu’elle me

voit.

– Hazel !

– Salut !

Sans même s’excuser auprès de ses camarades, elle se faufile dans la

rangée pour venir me rejoindre.

– Je n’aime pas cette toge, se plaint-elle en tirant dessus l’air contrarié.

Le tissu est désagréable et la couleur est horrible. Ça me gratte !

– Je sais, mais tu dois la garder encore un moment ! On écoute leurs

discours, on se prend une coupe de champ’ et on se barre vite fait pour que

tu puisses la retirer.

– C’est quoi ça « du champ’ » ?

– Du champagne ! Tu pourras goûter un peu plus tard ! En attendant,

je pense qu’il est grand temps que tu retournes t’asseoir !

– Mais tu ne t’en vas pas ?!

– Non, je vais rejoindre ma mère et Charlie !

– D’accord !

– Allez, sauve-toi !

Elle tente de nouveau de se glisser entre ses camarades, mais les trois

premiers occupants de la rangée, des mecs qui bavardent entre eux ne se

bougent même pas pour lui faire de la place. J’attrape celui qui est le plus

proche de moi et lui chope l’oreille et tire dessus. Il couine.

– Lève-toi ! La demoiselle veut passer, connard !?

Il s’exécute.

– Pardon, gémit-il.

Ses amis se magnent de s’écarter à leur tour.

– Vas-y, blondinette !

Snow ayant retrouvé sa place près de Dary, je rejoins Charlie et ma mère

qui m’ont gardé une chaise. J’embrasse ma mère et échange un regard

désespéré avec mon pote.

– T’es venu comment ?

– J’ai loué une bagnole !

– T’es au courant que t’es vraiment un couillon !

– Lâche-moi, bro ! Je voulais pas faire ça, OK ! Je fais un effort pour

elle et j’ai pas besoin que tu me prennes la tête !

– OK… dit Charlie en levant les mains en l’air. Reste cool, mec !

La cérémonie commence par un discours du directeur du collège et, déjà

à ma propre remise des diplômes, il m’avait donné envie de pioncer. Du

coup, je profite d’être là pour mater ma blondinette et je souris de la voir se

battre avec sa toge et sa coiffe.

– Elle était nerveuse, ce matin ?

– Et pas qu’un peu ! On a cru qu’on n’arriverait pas à la convaincre de

monter en voiture ! Mais Dary a bien géré l’affaire ! Elle n’a pas arrêté de

me demander pourquoi tu n’étais pas avec moi… Qu’est-ce qui t’a fait

changer d’avis ?

– Dary m’a envoyé une photo. Je l’ai trouvée tellement triste dessus, j’ai

pas résisté.

– C’est moi qui te l’ai envoyé !

Il a l’air tellement fier de lui que j’ai vraiment envie de lui mettre un

coup de tête.

– Espèce de… marmonné-je les dents serrés.

Il ignore ma réaction et poursuit :

– Qu’est-ce qu’elle t’a dit quand tu as été la voir ?

– Qu’elle n’aime pas sa toge ! Je crois qu’elle n’aura rien d’autre à la

bouche tant qu’elle ne l’aura pas enlevée !

– En même temps, c’est moche leur truc ! J’ai foutu le feu à la mienne

le soir de notre remise des diplômes, ricane-t-il.

– Ma mère m’a piqué la mienne avant que je puisse le faire ! C’est le

genre de souvenirs auquel elle accorde de l’importance.

Celle-ci nous balance un regard bien senti. Nos petits bavardages

semblent l’avoir agacée. Je me reconcentre sur la cérémonie et sur le

discours prononcé par le meilleur élève de la promotion. Puis c’est le

moment où les étudiants sont appelés un à un pour venir récupérer leur

certificat. Dary est la première à passer et c’est avec un pincement au cœur

que je la regarde recevoir les félicitations du proviseur et des autres

professeurs.

J’ai une pensée pour mon père.

Il aurait tant voulu être là pour la voir être diplômée aujourd’hui. Je jette

un coup d’œil en biais en direction de Charlie qui, débordant

d’enthousiasme, l’applaudit joyeusement. Je crois qu’il serait heureux de

savoir Dary avec lui. Mon père aimait beaucoup Charlie ! J’en étais très

jaloux d’ailleurs. J’ai lâché la musique, mais mon pote n’a jamais arrêté

lui ! Du fait, il jouait souvent avec Oliver et donc, avec mon vieux. Ils

s’entendaient bien et ça me gonflait tellement ! Ça n’a pas aidé à nous

rabibocher Charlie et moi. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais je voyais

en lui tout ce que mon père attendait de moi et ça m’insupportait.

Maintenant qu’il est revenu dans ma vie, qu’il s’est aussi immiscé dans

celle de ma sœur – le petit con – je me considère chanceux, même si j’ai

encore du mal à accepter sa relation avec Dary. Et puis, ça serait une erreur

de lui montrer trop vite que je peux me faire à cette idée. En lui mettant la

pression, je m’assure qu’il fasse gaffe à ce qu’il fait !

Quand le nom de Snow résonne dans les enceintes posées sur l’estrade,

j’ai le cœur qui bat la chamade. J’ai envie de courir vers elle pour

l’accompagner. Je sais qu’elle est nerveuse, qu’elle se sent mal dans ses

pompes. Je flippe à l’idée qu’elle perde le contrôle et qu’elle soit prise d’une crise de panique. Mais ce petit bout de nana gère comme une pro.

Elle récupère son diplôme, remercie ses professeurs et redescend de

l’estrade. En bas des marches, je la vois parcourir les environs. Dary, qui

l’attend près de la deuxième rangée, lui fait un signe, mais Snow s’en

moque et poursuit son exploration.

– Elle me fait quoi là ?

– Bah, elle te cherche, abruti ! s’exclame Charlie en me balançant un

coup de coude dans le bras.

Sans me demander s’il a vu juste ou pas, je me lève et Snow me

remarque presque instinctivement. Avec cette moue redoutablement

adorable, elle soulève son bout de papier. Je la couve d’un tendre sourire en

l’applaudissant avant qu’elle trottine en direction de Dary.

– Je suis foutu, bro, murmuré-je à Charlie. Elle me tient, mais d’une

force !

– T’inquiète, je sais de quoi tu parles, man ! Ta sœur me rend ouf !

– Arrête de faire genre : « c’est normal ! », j’ai toujours envie de te

buter, Charlie !

Ce petit enfoiré se marre.

– Ouais, mais t’as dit à ta frangine que tu fermerais ta gueule alors, je

crois que tu vas rien faire, mon pote…

– Mais si tu me cherches, je vais être dans l’obligation de ne pas tenir ma

promesse !

 

**

 

Il nous a fallu plus d’une heure d’attente à regarder le défilé d’étudiants

avant de pouvoir enfin nous lever et rejoindre les filles. Ma sœur m’a sauté

au cou en me remerciant d’être venu, que c’était important pour elle. Quelques mots qui m’ont conforté quant au côté judicieux de ma

présence !

Je me suis tellement entêté à ne pas assister à cette cérémonie, sous

principe que je ne voulais pas croiser Snow, que j’ai oublié ce que pourrait

ressentir Dary si je n’étais pas là. Nous nous sommes toujours soutenus

depuis la mort de notre père et j’ai failli manquer à mon devoir de grand

frère. Heureusement, j’ai eu un sursaut de remords et je suis arrivé in

extremis.

– Hazel, je peux enlever ce chapeau ridicule ? s’enquit Snow quand elle

me rejoint.

– Seulement après avoir fait une photo avec moi !

– Mais pourquoi ? Je n’aime pas ça !

– Je suis au courant, mais t’as pas le choix !

Résignée, elle s’approche de moi pendant que ma mère s’équipe de son

appareil numérique. Je demande à ma sœur d’en faire une également avec

mon téléphone portable. Je glisse mon bras autour de sa taille et l’attire au

plus près de moi.

– Souris, Snow ! l’encouragé-je en prenant la pose.

Elle joue le jeu suffisamment longtemps pour que ma mère et Dary

puissent nous photographier. Ma sœur profite que Snow se montre

étrangement conciliante pour lui en soutirer une en sa compagnie.

L’occasion idéale pour m’allumer une cigarette en jetant un coup d’œil

explorateur dans les environs. J’aperçois deux ou trois de ces petites nanas

qui me faisaient du charme quand j’attendais Dary à la sortie du lycée et

récolte quelques sourires aguicheurs. Snow revient à la charge une fois la

photo prise.

– C’est bon maintenant ?

Je glousse avant de lui retirer sa coiffe pour la poser sur ma tête.

– T’es mieux comme ça ?

Je repousse ses cheveux dans son dos.

– Je dois encore garder ma toge !

– On dirait bien, blondinette ! Viens, on va se chercher un truc à

boire…

Je me mets en route en direction du chapiteau et mon corps est parcouru

d’un frisson saisissant lorsque Snow glisse sa main dans la mienne.

Mademoiselle Ashford…

Ce jour étant spécial pour elle, je décide de ne pas en faire grand cas et la

conduis vers le buffet où sont distribués quelques hors-d’œuvre et des

coupes de champagne. J’en récupère une que je destine à Snow. Elle

examine son verre pendant que je m’en prends un.

– Je n’aime pas l’alcool !

– C’est seulement pour trinquer !

Je lui présente mon verre lorsque Charlie débarque avec ma sœur et ma

mère. Quand tout le monde est servi, nous portons un toast en l’honneur de

nos deux diplômées. Amusé, je regarde Snow avaler une gorgée de

champagne et, vu sa tête, je comprends qu’elle a horreur de ça. Je

m’empare de sa coupe et me lance en quête d’une boisson qui trouvera

grâce à son palais.

Si je ne suis pas très à l’aise de me retrouver avec Snow, de ne pas savoir

quoi lui dire, ma mère, de son côté, a la langue bien pendue. Elle me

bombarde de questions sur la tournée et notre premier concert à Yeovil, ce

qui n’est pas plus mal. C’est l’irruption de James Roberts, le proviseur du

lycée, qui la fait taire. Il salue ma mère avant de se tourner vers moi.

– Monsieur Keegan !

Je serre les dents en percevant cette note provocatrice dans sa manière de

prononcer mon nom. Je n’ai jamais plus encadrer ce type et il me l’a bien rendu au cours de mes années de lycée.

– Monsieur le directeur Roberts.

Il s’intéresse à ma voisine.

– Mademoiselle Ashford ! Encore félicitations pour votre diplôme.

– Merci !

– Quelle est la suite pour vous ? Vous vous êtes inscrite à l’université ?

– J’entre à Exeter en septembre.

– Dans quel domaine ?

– Les sciences !

– Très bien !

Il se tourne vers ma mère.

– Dary a choisi cette université, il me semble.

– Oui, elle va suivre des cours d’arts.

– Parfait ! Et toi, Hazel, tu vas enfin reprendre la fac ?

– Je vais passer mon tour ! Mais bon, c’est pas comme si vous ne saviez

pas que je m’en bats les reins des études !

– Hazel ! s’exclame ma mère choquée. 

– Ça va, j’ai plus l’âge qu’on me fasse la morale, m’man ! J’ai assez

morflé quand j’étais dans ce bahut pourri !

Ce bon vieux direlo devient écrevisse et ça me ramène à de très bons

souvenirs. J’étais passé champion dans l’art de le faire enrager.

J’ai pas perdu la main visiblement…

– Mais vous aviez presque raison quand vous prédisiez que je finirais

SDF. Je vis dans un bus actuellement ! C’est un bus de tournée, mais peu

importe !

– Hazel ! s’exclame joyeusement Oliver en posant une main ferme sur

mon épaule. Je te cherchais justement !

En sa qualité de professeur, Oliver est présent à la cérémonie.

– James, votre épouse demandait après vous ! apprend-il à cette enflure

de proviseur. Elle était près du buffet, il n’y a pas une minute !

– Je vais la retrouver dans ce cas…

Il salue brièvement ma mère avant de s’éloigner toujours aussi rouge. Je

reçois alors une vive claque à l’arrière du crâne de la part d’Oliver.

– Espèce de petit con !

– Je n’arrive pas à croire que tu puisses te permettre un tel langage

Hazel, se lamente ma mère.

Je hausse les épaules.

– C’est un abruti !

Oliver, dont l’expression ne laisse aucun doute sur son désarroi,

s’adresse alors à ma voisine.

– Ma pauvre Snow, tu n’as pas l’air très à l’aise au milieu de cette

cérémonie.

– Non !

– J’ai horreur de ça, moi aussi ! Vous venez toujours dîner à la maison,

ce soir ?

– Comment ça ?! Je suis pas au courant !

– Je n’ai pas pu changer mes horaires au travail, m’explique ma mère. Je

suis obligée d’aller à l’hôpital.

– Comme Charlie est là, on a décidé de se faire un petit repas à la maison

pour fêter le diplôme de Dary et bien sûr, nous comptions avoir Snow à

notre table également.

– Et j’ai promis aux filles de les amener dîner au restaurant demain,

poursuit ma mère.

– Mais comme t’es là, joins-toi à nous, Haze !

J’ai un regard pour Snow.

– Tu voulais aller avec Dary et Charlie, ce soir ?

– Dary me l’a demandé !

– Hazel, je viens de te dire que…

– Je suis rentré pour vous voir, m’adressé-je à ma mère. Mais finalement,

vous avez tous des projets.

– Auxquels je t’ai convié ! insiste Oliver. Qu’est-ce que tu me fais,

Hazel ?

– La journée a été longue pour Snow. Tout ça, dis-je en montrant tout ce

qui se déroule autour de nous, c’est beaucoup pour elle ! Elle a besoin de

calme !

– Snow, l’appelle gentiment ma mère. Tu préfères rentrer à la maison

avec Hazel ?

– Oui, je veux bien !

J’attrape ma voisine par la main et l’attire à ma suite.

– Mais Hazel, se lamente ma mère tandis que je m’éloigne, Snow sur

mes talons.

Une fois en dehors de l’établissement, je ralentis le pas et indique ma

caisse de location à Snow.

– Grimpe, on rentre !

– Est-ce que je peux enlever ma toge ?

Je rebrousse chemin et guide Snow jusqu’à la première poubelle que je

croise.

– Vas-y, balance-la !

– À la poubelle ?

– T’as envie de la remettre un jour ?

– Sûrement pas !

– Alors, jette-la !

Je lui viens en aide pour ôter sa tenue et me marre en la regardant la

foutre à la poubelle.

– Suis-moi, l’encouragé-je avant de me planter face à ce maudit lycée.

Là, je lève mes mains dans cette direction avant de faire un doigt

d’honneur.

– Allez, trésor ! Fais comme moi !

– Pourquoi ?

– Parce que aujourd’hui, tu es libre ! Envoie-les chier tous ces connards

qui t’ont emmerdée pendant que tu étais ici !

Elle m’imite, même si j’ignore si elle saisit le sens de ce geste.

– Maintenant, on se tire !

 

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