L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 1 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

Roulant au pas en bordure du trottoir…

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– Snow !

Roulant au pas en bordure du trottoir où cette belle petite blondinette

marche d’un pas décidé en direction de l’arrêt de bus, j’alterne un regard

entre la route et la fenêtre du côté conducteur. J’essaie d’attirer son

attention, mais rien n’est moins simple avec elle !

– Snow !

Si elle porte ses oreillettes antibruit, elle doit probablement avoir du mal

à m’entendre.

– Snow ! C’est moi, Hazel !

Me voilà contraint de lui faire des signes de la main pour tenter de

captiver son intérêt, mais sans succès. Après avoir répété ce cinéma sur

trois ou quatre mètres, je finis par me faire une raison : elle ne me répondra

pas ! Tant pis ! Je dépasse le fameux arrêt de bus alors que dans mon

rétroviseur, j’aperçois l’autocar qui s’apprête à s’arrêter. 

– Eh merde !!!

J’accélère, me gare à l’arrache près du trottoir et sors en trombe de ma

caisse. Le bus a ouvert ses portes. Snow a déjà disparu à l’intérieur.

– Attendez ! ordonné-je au chauffeur qui vient de redémarrer.

Par chance, il renonce et me laisse monter.

– Désolé !

Je grimpe à l’intérieur d’un bond tout en fouillant dans la poche de mon

jeans à la recherche d’un peu de monnaie. Je récupère quelques pièces, les

donne au chauffeur avant de me lancer à la recherche de Snow. Je la

localise sur la banquette la plus proche de la seconde sortie. Comme à

chaque fois que je l’ai croisée, elle a le nez plongé dans un bouquin. La

seconde place à ses côtés étant libre, j’en profite pour m’y asseoir.

– Salut !

Bien sûr, je n’obtiens aucune réponse. Je tapote doucement sur son

épaule avec l’espoir qu’elle se concentre sur moi. Elle tourne enfin la tête

vers moi.

– Bonjour, Snow !

Elle m’examine brièvement avant de retourner à sa lecture. Je me penche

à son oreille.

– J’ai essayé de t’appeler !

Elle se met à bonne distance et finit presque écrasée contre la vitre.

– Je voulais te ramener chez toi avec ma voiture !

– Je prends le bus ! J’ai l’habitude !

– J’imagine, oui ! Mais tu aurais gagné du temps…

Je jette un coup d’œil vers l’extérieur.

– Et on va où comme ça ?

– Je rentre chez moi ! Pourquoi devrais-je savoir où tu vas ?

– Je te l’ai dit, Snow. Je veux te reconduire chez toi !

– Pourquoi ? Je n’ai absolument pas besoin qu’on m’accompagne ! Je

suis assez grande pour prendre le bus !

– J’en doute pas, mais j’ai envie de passer du temps avec toi…

– Et pourquoi ça ?

– Parce que je trouve ça agréable !

– Pas moi !

Elle replonge dans son livre.

– Tu as un téléphone portable ?

– Oui !

– Tu peux me le filer ?

Elle balance un regard vers moi.

– Pourquoi je te donnerais mon téléphone ! Il est à moi ! C’est Sophie

qui me l’a donné !

– Loin de moi l’idée de te le piquer. J’ai voulu te refiler mon numéro

l’autre jour et tu l’as effacé !

– Tu l’avais noté sur mon cours de chimie !

Je lève les mains.

– OK ! Autant pour moi ! C’est de ma faute !

– Bien sûr que ça l’est ! Tu as écrit sur mes affaires !

Je ris.

– Si tu me prêtes ton portable, je peux enregistrer mon numéro dedans et

comme ça, je ne serais pas obligé de l’écrire genre…

Je la détaille une seconde.

– Dans ton roman…

Elle plaque son livre contre elle comme pour le protéger, ce qui me fait

sourire.

– Ou même sur ton bras…

– On n’écrit pas sur les gens !

Je tends la main vers elle pour lui réclamer ce que je lui demande.

– Ne m’y oblige pas, Snow ! Donne-moi ton téléphone !

Loin de penser que j’ai gagné cette bataille, je suis sur le cul lorsqu’elle

plonge la main dans sa veste pour en sortir ce que je lui réclame. Bien que

je ne sois pas certain qu’on puisse appeler ça un téléphone portable vu le

machin qu’elle me présente.

C’est plus une cabine téléphonique de poche, ma parole !

Je le récupère entre mes doigts et l’examine sous toutes les coutures.

– C’est quoi ce truc-là ? Tu l’as trouvé lors de fouilles archéologiques,

non ?

– Quoi ? Je ne comprends rien à ce que tu dis ! Ça n’a aucun sens

d’ailleurs !

– Vraiment ?

– L’archéologie est l’étude d’un point de vue scientifique de civilisations

disparues. Le téléphone cellulaire a été inventé par Martin Cooper au début

des années 70. Le premier appareil a été commercialisé en 1983 par

Motorola dont le docteur Cooper était le directeur du développement.

– Ho !

J’agite son portable devant elle.

– Et c’est celui-ci, c’est ça !?

– Encore une fois, tu racontes n’importe quoi ! Le modèle était un Dyna

Tac 8000 ! Mon téléphone n’est même pas un Motorola ! Sais-tu dire des

choses qui ont vraiment du sens ?

Je ris.

– Dis donc « Wikipédia », t’as jamais entendu parler du smartphone ?

Mais ma question doit l’agacer, car elle tente de me reprendre son

téléphone des mains.

– J’ai pas fini avec ton bidule préhistorique !

J’enregistre mon numéro dans son répertoire avant de le lui rendre.

– Je t’assure que ce truc a disparu de la surface de la Terre depuis un

bail !

– N’importe quoi ! Si c’était le cas, je n’en aurais pas un dans la poche

de ma veste.

Après l’avoir rangé, elle retourne à son livre et recommence à m’ignorer.

– On descend où ?

Je n’obtiens aucune réponse. Je m’affale contre le dossier en croisant

mes bras à l’arrière de ma tête.

– C’est pas grave, Blanche-Neige. J’aime bien les surprises ! Je vais te

suivre jusqu’à chez toi de toute façon !

– Blanche-Neige ?

– Bah, tu t’appelles Snow…

– Et ?

– Je sais pas… c’est mignon comme surnom…

– Un surnom ?

– Bah ouais ! C’est un petit nom affectueux que se donnent les gens

parfois…

– Je m’appelle Snow !

– Et si moi, j’ai envie de te surnommer Blanche-Neige, c’est quoi le

problème ?

– Ce n’est pas mon prénom ?

– Non, mais dorénavant, j’ai décrété que ça sera ton surnom !

Je dresse mon index entre nous.

– Mais c’est juste entre toi et moi ! Personne d’autre n’a le droit de

t’appeler Blanche-Neige ! Il est à moi ce surnom, il m’appartient !

– Je ne comprends pas l’utilité de ça !

– C’est pas important ! Sache seulement que lorsque je dis Blanche-

Neige, c’est à toi que je m’adresse.

Elle se contente de hausser les épaules. Je ferme les yeux un instant. Ma

voisine reste près de moi sans bouger, sans parler pendant quelques

minutes.

– Hazel !

C’est la seconde fois que j’entends mon prénom entre ses lèvres et c’est

définitif, je suis fan !!! J’ouvre un œil dans sa direction.

– C’est le terminus ! Je dois prendre un second bus.

– Jusqu’où ?

– Windsor Road !

– Tu te tapes ce trajet tous les jours ?

– Je n’ai que deux minutes pour monter dans le prochain car ! Je vais

être en retard !

Je me lève et la laisse passer avant de me lancer à sa suite.

– Si tu m’autorisais à te ramener chez toi en voiture, tu perdrais bien

moins de temps…

Avec empressement, elle parcourt la gare routière en direction d’un

nouvel arrêt de bus où attend un autre autocar. Là, elle s’installe exactement

à la même place que dans le précédent. J’en fais de même.

– Alors, c’est à Windsor Road que tu vis ?

Elle acquiesce.

– As-tu parlé à tes parents de ce qui s’est passé l’autre jour avec Liam ?

Ma question la rend plus fuyante qu’elle l’est d’ordinaire. Elle garde son

regard rivé sur son bouquin sans le lire pour autant.

– Snow, l’appelé-je doucement. Il faut que tu leur dises ! Ils doivent te

protéger !

– Mon père est parti lorsqu’il a appris que j’étais…

Ses jolis yeux bleus, auxquels elle me donne que rarement accès,

dérivent pour venir se perdre dans la contemplation des quartiers

pavillonnaires défilant à l’extérieur.

– Atteinte de TSA ?

Elle hoche la tête.

– C’est moche…

Snow reprend le cours de sa lecture.

– Ton père est parti, mais tu as ta mère ?!

– Ma mère m’a placée en foyer à mes huit ans. Je n’ai plus de parents !

Mais c’est quoi cette histoire, sérieux ? Cette pauvre nana a grandi

dans un foyer ? Sans famille ?

– Tu vis avec qui alors ?

– Avec Sophie ! J’habite chez elle depuis ma première année de lycée.

– Et Sophie, c’est qui ? Une tante, une cousine…

– Ma famille d’accueil !

– Oh…

– Je peux rester chez elle jusqu’à ce que j’aille à l’université !

– Tu vas aller à l’université ?

– Oui ! J’ai obtenu une bourse pour entrer à Exeter !

– Sérieux !? J’ai étudié deux ans là-bas ! C’est une bonne fac !

– Si c’est le cas, pourquoi as-tu arrêté ?

– Bah…

Pour le coup, je suis aussi balaise que Snow au jeu du regard le plus

fuyant lorsqu’elle me pose cette question. Sur le moment, j’ai bien envie de

lui raconter un bobard pour ne pas avoir à lui révéler la vraie raison qui m’a

poussé à l’abandon de mes études. Cependant, ma voisine m’a confié

certaines choses personnelles sur sa vie alors, je peux peut-être lui rendre la

pareille.

– Mon père est mort, il y a bientôt un an ! Je suis revenu à Barnstaple

pour aider ma mère et être présent pour ma sœur !

Snow ne laisse transparaître aucune émotion visible quand je lui fais cet

aveu. Franchement, ce n’est pas pour me déplaire. J’en ai marre de tous ces

gens qui en font des caisses lorsque j’évoque le décès de mon père.

– C’est triste, finit-elle par dire après un long silence. Pour ton père et

pour tes études…

– C’est la vie, Blanche-Neige ! Je terminerai mes études un jour ou

l’autre… Quel cursus tu as choisi de suivre à Exeter ?

Je brandis la main devant elle pour prendre la parole.

– Je suis sûr que je peux deviner !

Je mets une pichenette sur son livre.

– La littérature !

– Absolument pas !

– Ah non ? Pourtant t’as toujours un roman sous le nez. C’est même

très compliqué de t’en détourner…

– Je veux étudier les sciences ! J’aimerais travailler dans la recherche !

– Waouh ! C’est la grande classe, Snow !

– Il faut que je réussisse mes études !

– Il n’y a pas de raison ! Dary aussi entre à Exeter en septembre ! Elle

va suivre des cours d’arts.

Le bus ralentit. Snow jette une œillade vers l’extérieur.

– C’est ici que je dois descendre !

Je saute de la banquette. Elle passe devant moi et, bien décidé à profiter

de ce moment particulier jusqu’au bout, je me glisse derrière elle.

– Je peux retrouver la maison de Sophie toute seule !

– Je n’en doute pas une seconde, mais j’avais une idée précise en venant

te voir au lycée ! C’était de te reconduire chez toi ! Et non à l’arrêt de

bus !

– C’est un peu bizarre…

– C’est seulement un mec qui ramène une nana chez elle…

– Les garçons font ça ? Dans quel but ?

Les portes s’ouvrent. Je l’invite à sortir. Une fois sur le trottoir, je plonge

mes mains dans les poches de mon jeans. Comment lui faire comprendre

que je fais ça parce qu’elle me plaît ?

– J’ai pensé qu’en passant du temps avec toi, on pourrait faire

connaissance, tu vois !? Je te dis des choses sur moi, tu me parles de toi et

on devient… amis…

– Amis ?

– Bah oui ! Tout le monde doit avoir des amis…

Elle marque un arrêt brutal.

– Tu aimerais être mon ami parce que je n’en ai pas au lycée ?!

– Non ! Pas du tout ! Ça me peine de savoir que tu passes tes journées

seule à l’école ! Et ça me fout en pétard quand je songe que des petits

connards comme Liam se croient tout permis simplement parce que tu es…

– Autiste !?

– Oui !

Snow se remet en route et me contourne.

– Non ! Snow, attends !

Je me lance à sa suite.

– Je m’en fous que tu sois autiste, OK ! Maintenant, tu ne peux pas nier

que ça te rend plus vulnérable ! Dans sa tête de taré, Liam a dû s’imaginer

que tu ne parlerais pas de ce qu’il t’a fait !

– Ça n’a aucun rapport avec mon autisme, seulement avec le fait que je

suis une femme !

Vous me croyez quand je vous dis que tout mon corps est parcouru d’un

frémissement lorsqu’elle me dit cela…

– Et c’est justement pour ça que je suis là, Snow !

Je passe lentement mes mains sur mes joues en expirant longuement. La

voir si troublée me ferait presque paniquer. Je me débrouille plutôt bien avec les filles habituellement, mais là, ce n’est pas une nana comme les

autres.

On doit apprendre à se comprendre, tous les deux, mais ça ne va pas se

produire du jour au lendemain. Je vais sûrement devoir la bousculer un peu

pour en arriver à lui faire ouvrir les yeux sur ce que je ressens lorsqu’elle

est près de moi. De mon côté, je dois en découvrir plus sur ce qu’elle est,

sur tous ses mécanismes liés aux TSA. Il nous faut du temps et de la

douceur pour y parvenir. Je ne dois pas la brusquer.

– Je dois rentrer chez Sophie !

Je la suis.

– Tu sais, j’ai changé de portable récemment et j’ai conservé l’ancien. Tu

aimerais que je te le ramène ?

– J’ai déjà un téléphone qui fonctionne très bien, même si selon toi, il est

trop vieux !

– Oui, mais avec le mien, tu peux aller sur Internet, faire des photos et

même télécharger des jeux !

– Internet, ça ne m’intéresse pas ! Je préfère apprendre dans les livres !

J’aime leur odeur. Les photos, je n’aime pas ça ! Et pour les jeux, je n’ai

pas le temps, j’étudie !

– Si tu me permettais de te le montrer et de t’apprendre à t’en servir, je

suis certaine que tu l’adopterais ! Je voudrais vraiment que tu acceptes !

– Le mien, je sais l’utiliser. J’ai mes habitudes !

– Laisse-moi au moins une chance de t’expliquer tout ce que tu peux

faire avec. Tu verras qu’il est simple à manipuler ! Si tu ne l’aimes pas, je

n’insisterai pas, mais essaie !

– J’accepte…

– Super !

Elle m’indique une maison au bout de la rue.

– Je suis arrivée.

Sa baraque est dans un quartier relativement calme, mais pas très coté.

Ce n’est pas le grand luxe dans le coin. D’ailleurs l’endroit où elle vit n’a

rien de fabuleux. Sa bicoque est ridiculement petite. Il y a un bout de jardin

auquel on n’accorde aucun entretien. Les murs en brique rouge donnent un

aspect industriel peu valorisant. Au nombre de fenêtres, je devine qu’il ne

doit pas y avoir beaucoup de pièces à l’intérieur et les pauvres rideaux qui

les habillent sont effroyablement vieillots.

Ma grand-mère avait les mêmes, quoi !

– Mais elle a quel âge cette Sophie ?

– 59 ans.

Oh ! Putain !

– Et elle est là ?

– Non, elle ne rentre jamais avant 19 h !

– Elle travaille ?

– Oui, dans un salon de coiffure du centre-ville.

Eh bah ! Je suis pas près d’essayer de lui soutirer une coupe gratos…

– OK ! Je peux venir te voir demain pour le téléphone ? Tu as des

trucs de prévus ?

– J’ai mon groupe de parole, le matin. Ensuite, je dois faire mes devoirs.

– Ton groupe pour les autistes, c’est ça ?

– Oui !

– OK ! Je passerai en fin d’après-midi dans ce cas !

Snow me tourne le dos et s’éloigne.

– Hé, Snow, attends !

Je fais un pas vers elle et prends sa main dans la mienne. Je la vois se

tendre à ce contact.

Je l’ai surprise, c’est très clair !

– Pardon ! dis-je pour m’excuser. À demain ?

– Oui, j’ai entendu ! Demain en fin d’après-midi, me dit-elle comme si

ça coulait de source. Je ne suis pas sourde !

– Alors, salut !

De nouveau, elle avance vers chez elle.

– Tu ne sais pas dire « au revoir » ?

– Quoi ?

Je la rejoins en bas du perron qui donne accès à sa maison.

– Lorsqu’on se sépare, on peut se dire quelques politesses comme «

salut », « à demain » ! On peut se faire la bise aussi…

– À demain !

Elle grimpe sur la première marche.

– Et pour le baiser, c’est non alors ?

– Le quoi ?

Je profite qu’elle ait légèrement bifurqué dans ma direction pour

l’embrasser sur la joue, si vite qu’elle n’a pas le temps de réagir.

Pendant quelques secondes, elle demeure figée sur place comme si elle

avait du mal à imprimer ce qui venait de se passer.

– Salut, Blanche-Neige ! On se voit demain !

Elle disparaît dans sa maison sans un mot, sans un regard.

 

**

 

– Charlie –

Shanna vient d’arriver au garage, mec ! Ramène-toi !

– Putain, mais c’est pas vrai ! Elle m’emmerde celle-ci ! m’écrié-je

alors que je viens de stationner ma voiture sur Windsor Road. J’aurais

mieux fait de garder ma bite dans mon froc !

– Hazel –

Je peux pas bouger ! Coincé chez moi ! La merde avec ma sœur ! Désolé, bro, faut qu’elle

dégage !

– Charlie –

Super ! Pourquoi j’ai l’impression que je vais avoir du mal à m’en débarrasser !? On se

passerait bien de tes plans cul pendant qu’on bosse !

Je ne prends pas la peine de répondre à mon pote et sors de la voiture en

vitesse.

Je grimpe les quelques marches qui me séparent de Snow lorsque mon

portable se met à sonner. Je le consulte même si j’ai une petite idée de

l’identité de mon correspondant. Je renvoie l’appel de Shanna sur mon

répondeur. J’attends depuis la veille le moment de revoir Snow, hors de

question de changer mes plans à cause d’une nana dont je me fous comme

de ma première capote !

Je repousse mes pensées et me concentre sur l’instant présent.

Je suis ici parce que derrière cette porte se cache une nana

incroyablement captivante. J’ignore où cette histoire peut me mener. Je n’ai

pas beaucoup de connaissances sur l’autisme. Je ne sais pas ce que Snow

est en mesure de vivre avec moi, mais une chose est sûre, elle éveille en

moi la curiosité de le découvrir.

J’appuie sur la sonnette avant de me frotter les mains l’une contre

l’autre.

– À nous deux, Blanche-Neige !

La belle demoiselle vient m’ouvrir et comme d’habitude, je me retrouve

face à son manque total d’expression. Ce qui n’est pas mon cas ; un sourire

ravi se dessine sur mes lèvres lorsque je la vois.

– Salut !

Je la détaille une seconde et je me fais la réflexion qu’elle est

fichtrement belle, aujourd’hui. Comme s’il y avait quelque chose de

différent chez elle. Je m’interroge sur ce que ça peut être et je remarque que

son épaisse chevelure est remontée en queue de cheval. Jusqu’à ce jour, à chaque fois que je l’ai vue, elle avait détaché ses cheveux ; ils lui

tombaient dans le visage un peu comme si elle s’en servait pour se

dissimuler. Du coup, je découvre son sublime minois parfaitement dégagé.

De son teint de pêche à sa bouche fine merveilleusement dessinée, de ses

yeux bleus comme la mer azur à son nez joliment sculpté, je suis sous le

charme. 

– Comment tu vas ?

Je fronce les yeux en m’entendant bégayer.

Il faut dire qu’elle fait son petit effet, cette nana…

– Bien ! Tu as pris ton téléphone ?

– Mais je vais super bien ! C’est très aimable à toi de poser la

question !

– Je t’ai seulement demandé si tu as ramené ton portable !

– Oui, j’ai entendu ! Tu te souviens hier quand je t’ai parlé des petites

marques de politesse qu’on pouvait avoir l’un pour l’autre au moment de se

dire « au revoir » ?! Eh bien, figure-toi qu’on fait la même chose

lorsqu’on se dit « bonjour » ! C’est magnifique, non ?!

– C’est fatigant de t’écouter parler, Hazel ! Pour moi, c’est fatigant !

– OK ! Je vais faire plus soft. Je peux entrer ?

Elle secoue la tête.

– Sophie m’interdit de faire venir qui que ce soit à la maison.

– Mais elle est adorable cette Sophie…

– Pas tellement !

Je ris sous cape.

– Elle s’occupe bien de toi au moins ?

– J’ai bientôt dix-huit ans, je n’ai plus besoin qu’on le fasse pour moi !

– J’imagine, oui ! Alors, on reste dehors ?

Snow commence à sortir de la maison.

– Non, non, dis-je en l’empêchant d’avancer. Mets une veste, il y a un

peu de vent !

Je lui conseille cela en pensant qu’elle va me rembarrer, pourtant, elle

récupère un gilet en laine sur le porte-manteau accroché au mur et la passe

avant de me rejoindre sur le perron. Je lui indique la première marche.

– Après vous, mademoiselle !

Elle s’assied en ramenant ses genoux sur sa poitrine. Moi, j’adopte une

position plus décontractée. Je prends mon portable et me penche

suffisamment vers elle pour qu’elle puisse voir comment je le manipule.

– Je te montre comment on passe les appels ?

– OK !

– Tu penses bien que le premier numéro que j’ai enregistré, c’est le

mien ! J’ai aussi mis celui de ma sœur, juste au cas où !

Après lui avoir donné toutes les instructions pour appeler, envoyer des

textos, naviguer sur Internet, je me charge de transférer sa puce dans son

nouveau portable.

– Envoie-moi un SMS, maintenant !

Fièrement, je la regarde rédiger son message et saute sur mon téléphone

lorsque je le reçois.

– Blondinette – 

J’aime bien le téléphone, Hazel !

Je m’empresse de lui répondre.

– Hazel – 

Alors, il est à toi ! Ça me fait plaisir de te l’offrir !

– Je te montre comment on prend une photo ?

– Oh… euh… d’accord…

Elle me rend le téléphone. J’ouvre l’application de l’appareil photo et

m’allonge très légèrement sur elle de sorte de prendre une photo de nous

deux.

– Souris, Snow ! Tu vas faire ton tout premier selfie !

Elle se raidie à mon contact.

– Mais non ! dit-elle sur un ton de protestation.

Je prends le cliché en me moquant bien qu’elle râle.

– Voilà !

Je consulte la photo et me marre de son air complètement coincé sur

l’image. Un ricanement m’échappe.

– Y’a du progrès à faire en matière de sourire, mais c’est pas mal !

Je bidouille son portable le temps de sélectionner cette photo comme

fond d’écran et de me l’envoyer également.

– Maintenant, tu me verras à chaque fois que tu l’utiliseras, m’amusé-je

en lui rendant son nouveau téléphone.

– Pourquoi t’as fait ça ? J’aime pas les photos ! Je suis toujours bizarre

dessus.

Je hausse les épaules.

– T’es bizarrement belle alors !

Je lui montre l’écran de mon portable.

– La preuve, je t’ai mise là aussi !

Elle se renfrogne, le regard bas.

– Tu te moques de moi !

– C’est pas vrai du tout ! Je suis sincère lorsque j’affirme que tu es

belle.

Même si elle est toujours fuyante, je la fixe avec intérêt. Une mèche

blonde s’est échappée de sa queue de cheval. Je l’emprisonne entre mes

doigts et la glisse derrière son oreille.

– Tu es même redoutablement jolie, Blanche-Neige.

Mon compliment est reçu dans une absence totale de réaction.

Cependant, elle ne bronche pas non plus quand je la touche.

– Je ne sais pas ce que je suis censée répondre, finit-elle par formuler

après quelques secondes de silence. On ne m’a jamais dit que j’étais jolie…

– Un « merci du compliment » peut-être bien vu ! Un « moi aussi, je

te trouve beau garçon » serait carrément génial !

– Comment détermine-t-on qu’un garçon est beau ou pas ? 

– On le sait, c’est tout !

– Ce n’est pas si simple pour moi !

– Si quand tu me regardes, tu ressens quelque chose qui ressemble plus

ou moins à une envie de vomir, je dirai que c’est pas très bon signe…

– Je n’ai pas de nausées.

Je porte une main à mon cœur.

– Me voilà rassuré !

Je reprends mon téléphone pour aller sur Internet. J’y télécharge une

image avant de placer mon portable près de ma tête.

– Entre lui et moi, lequel préférerais-tu voir t’embrasser ?

Un semblant de grimace apparaît sur son visage.

– C’est un crapaud, Hazel !

– Oui, je suis au courant ! Lui ou moi, Snow ? Lequel aimes-tu plus

regarder ?

– Toi, c’est évident !

– Bon, on a déjà déterminé que je suis plus beau qu’un crapaud !

Je cherche une seconde image et recommence.

– Lui ou moi ?

– C’est qui ce garçon ?

– Tu ne le connais pas ?

Elle fait non de la tête.

– Justin Bieber ! Toutes les nanas sont folles de lui !

– Oh…

– Alors, Snow, moi ou Justin ?

– Toi !

J’arque un sourcil.

– Tu dis ça pour ne pas me vexer, c’est ça ?!

– Si je le dis, c’est que je le pense !

– On peut en conclure que tu me trouves séduisant !

Snow a un petit mouvement de tête comme si elle était satisfaite qu’on

ait pu statuer sur ce point.

Amusé, je m’approche d’elle et dépose un baiser sur sa joue. Elle ne

sourcille pas et s’intéresse à son téléphone. J’en profite pour m’étendre de

tout mon long du perron et glisser un bras derrière elle. Il repose sur le haut

des marches dans un subtil contact avec elle.

– Tu savais qu’il existe plus de cinq cents espèces différentes de

crapauds ?

Je glousse.

– Non, je l’ignorais.

– C’est le Bufo bufo, aussi appelé le crapaud commun, qui est le plus

répandu en Europe…

Je souris à la pensée d’être là avec cette nana vraiment pas ordinaire qui

me parle de crapauds et de me rendre compte qu’il y a un bail que je ne me

suis pas senti autant en paix…

 

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