L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 5 sur 36

Pages du PDF

L'amour en A, Snow & Hazel

– Oh mon Dieu !

... A12

 

 

– Oh mon Dieu !

J’ouvre brusquement les yeux.

– Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

La seconde suivante, je suis à l’équerre. En moins d’un quart de seconde,

je balaie la pièce où je me trouve et je comprends enfin ce qui se passe,

pourquoi cette vieille bonne femme avec ses bigoudis sur la tête braille à

côté de moi ; je suis dans la chambre de Snow.

Hier soir, après cet épisode surréaliste où j’ai eu la chance de faire

découvrir à Snow le plaisir de la jouissance, je lui ai demandé de s’allonger

près de moi.

J’avais une telle envie de la câliner après ce moment d’intimité

superbement intense et redoutablement vrai que je n’ai pas pu me lever et

me tirer comme un voleur.

Pas après qu’elle m’ait laissé entrer dans sa bulle à ce point-là !

Le plan c’était de la regarder s’endormir et de partir une fois que ça

serait le cas. Mais en gros connard que je suis, je me suis assoupi à mon

tour.

Je viens de foutre Snow dans une merde noire !

Mon regard va de cette femme, d’une taille moyenne vêtue d’une

immonde robe de chambre à fleurs jaunes, à ma jolie voisine qui est assise dans son lit, ses genoux ramenés sur sa poitrine.

– Attendez ! interviens-je en me jetant sur mes jambes, les mains en

l’air. C’est pas ce que vous croyez…

– J’ai été claire avec vous, Snow ! Pas de garçons ici !

Ma pauvre Snow porte ses mains à ses oreilles.

– Arrêtez de crier après elle. C’est de ma faute, pas de la sienne !

– Sortez de chez moi !!!

– Dans une minute, mais ne hurlez plus sur elle !

– Je fais encore ce que je veux sous mon toit !

Elle revient vers Snow qui est recroquevillée sur son petit lit.

– Il y a des règles ici, mademoiselle Ashford ! Vous vous étiez engagée

à les respecter et en contrepartie j’acceptais que vous restiez ici jusqu’à

votre entrée à l’université.

– Je ne voulais pas, bafouille Snow en battant des mains.

– C’est vrai ! C’est moi qui me suis invité !

– Je ne peux pas tolérer qu’il se passe des choses aussi inconvenantes

dans ma maison ! Rhabillez-vous et sortez !

Je saute dans mon jeans quand je réalise que je suis en boxer.

– Elle n’est pas responsable ! Ne vous en prenez pas à elle, s’il vous

plaît !

– C’est elle qui vit ici ! Elle a accepté les règles et les a enfreintes !

– Je l’y ai contrainte !

– Comme vous l’avez forcée à avoir des rapports avec vous ?

– Quoi !!! Mais non ?!

– Sortez ou j’appelle la police ! Vous avez manifestement obtenu ce que

vous vouliez ! Vous n’avez plus rien à faire ici !

– Je ne vous laisse pas seule avec elle si c’est pour lui gueuler dessus !

– Vous avez deux minutes pour quitter ma maison !

– Vous lui faites peur en hurlant !

J’attrape mon tee-shirt, l’enfile et fouille autour de moi.

– Où sont ses oreillettes ?

Je me lance à leur recherche.

– Snow, où sont-elles ?

J’aimerais que ma question attire son attention et qu’elle se calme, mais

c’est pas gagné.

Je passe en revue son bureau et ses étagères où tout est impeccablement

rangé, mais je ne trouve rien qui ressemble de près ou de loin à ses

oreillettes antibruit.

– J’appelle la police, maintenant !

Cette fois, je perds mon sang-froid avec cette connasse qui braille

comme une cinglée alors que Snow est totalement en panique. Elle se

balance d’avant en arrière comme une automate en frappant ses tempes du

plat de sa main.

– Eh bah, va téléphoner aux flics, je t’en prie ! J’en ai rien à branler de

tes conneries ! Regarde dans quel état tu l’as mise !

Je m’approche et ouvre le tiroir de sa table de chevet. Bingo ! Sophie

sort de la chambre en pestant.

– C’est ça, casse-toi, sorcière !

Je monte sur le lit pour faire face à Snow et lui présente la petite boîte où

sont rangés ses bouchons.

– Tu veux les mettre ?

Mais elle n’a aucune réaction et continue son balancement en gardant ses

mains sur ses oreilles.

– Trésor, c’est bon, elle est partie ! Arrête de te frapper, s’te plaît !

J’imagine bien volontiers que je fais n’importe quoi, mais je ne sais

jamais vraiment quoi faire quand Snow est dans cet état.

– Chut, c’est fini, je suis là…

Mon front se presse contre le sommet de sa tête.

– On est tous les deux dans la bulle, Snow. Chut…

Mais rien n’y fait, ne l’apaise. Alors, comme je n’ai aucune idée de ce

que je dois faire, je me mets à fredonner ce refrain que j’ai écrit l’autre jour

dans le garage de Charlie. Je le chante encore et encore pendant un temps

qui me paraît interminable, mais ça semble faire son effet, car Snow arrête

de se balancer.

– Hé, dis-je doucement. Tout va bien, maintenant ! Je suis avec toi !

Ses mains retombent enfin. Je prends son visage en coupe et chasse les

larmes qui roulent sur ses joues avant de lui présenter ses oreillettes.

– Mets-les !

Je la laisse s’en équiper avant de me lever. Je tends la main vers elle.

Elle me donne la sienne et m’imite.

– Snow, est-ce que tu me fais confiance ?

– Oui !

– OK !

Je l’entraîne avec moi près de son bureau. Il y a de l’agitation au rez-de-

chaussée.

– Je veux que tu restes là !

Je lui présente sa chaise. 

– Installe-toi ici et ne bouge pas !

Je prends mon téléphone et lui donne après avoir lancé une vidéo des

dernières répétitions qu’on a effectuées la veille.

– Tiens, regarde ça !

Je viens d’ouvrir son armoire à la recherche d’un foutu sac de voyage

quand cette connasse de Sophie revient accompagnée d’un agent de police.

– C’est bon, je m’en vais ! leur dis-je d’emblée. Juste le temps de

prendre les affaires de Snow.

– Jeune homme, vous allez devoir me suivre dehors ! me somme le

policier.

– Je viens dans cinq minutes !

– Que faisiez-vous dans le lit de cette jeune fille ?

Il s’intéresse à Snow, s’approche d’elle. Je m’interpose.

– Ma copine est autiste ! Elle ne vous connaît pas et vous allez la faire

flipper !

– Snow est sous ma responsabilité !

– Elle a dix-huit ans alors, elle vit et elle baise avec qui elle veut !

Cette conne porte une main à sa bouche.

– Seigneur ! 

– J’aimerais m’assurer que cette jeune femme est en sécurité avec

vous !

– Vous pouvez le lui demander, mais vous ne vous approchez pas

d’elle !

Je reviens vers Snow.

– Trésor, l’appelé-je en reprenant mon téléphone. Ce policier souhaiterait

te poser deux ou trois questions, OK ?

– OK !

– Personne ne va crier, tout va bien se passer !

L’agent s’assied sur le lit et s’adresse calmement à Snow.

– Bonjour, mademoiselle !

– Bonjour !

Il me désigne.

– Vous connaissez ce garçon ?

Je lève les yeux au ciel.

Mais quel abruti !!!

– Oui ! C’est Hazel !

– Est-ce qu’il vous a fait du mal ?

– Non !

– Vous a-t-il fait quelque chose qui vous a déplu ?

– Eh bien, l’autre jour, il m’a pris en photo et j’ai horreur de ça.

– Je peux voir ces photos ?

– Il y en a qu’une !

– Elle est toujours dans ton téléphone. Tu peux la lui montrer !

Elle récupère son portable et lui laisse découvrir ce selfie que nous avons

pris tous les deux sur les marches en bas de chez elle.

– Je vois… Et hier soir, vous avez couché ensemble ?

Snow joue machinalement avec ses doigts pendant qu’elle répond aux

questions de ce flic.

– Hazel a dormi là, mais il devait partir après que je me sois endormie.

– Il faut être plus direct ! Elle ne comprend pas quand vous parlez de

cette manière. Il faut lui expliquer ce que vous entendez par «

coucher » ! 

Je m’accroupis près d’elle.

– Snow, il veut savoir si on a eu des rapports sexuels. Comme Sophie, il

croit que je t’ai obligée à en avoir.

Elle répond non de la tête.

– Hazel m’a fait un cunnilingus, mais j’ai aimé. J’ai même eu un

orgasme.

Je croise les bras sur mon torse en défiant Sophie du regard.

Eh ouais ! Je suis trop balaise…

– Après, il s’est masturbé et il a joui sur mes seins, mais je lui avais dit

qu’il avait le droit de le faire.

Le policier lève des yeux écarquillés sur moi. J’ai un mouvement

d’épaules.

– Quoi ? Elle est cash, c’est tout ! Vous vouliez savoir, vous êtes

servis !

– Bon ! s’exclame-t-il en se mettant debout. Je crois que cette jeune

femme a parfaitement conscience de ce qu’elle fait !

– C’est grotesque !

– Madame, ce jeune homme va quitter votre maison, mais en ce qui

concerne leur relation, il a raison, mademoiselle Ashford est assez grande

pour fréquenter qui elle désire et je ne vois aucun danger pour elle.

Il revient sur moi.

– Mais vous, vous déguerpissez !

– Je ne pars pas sans ma copine ! J’emballe ses fringues et on se

barre !

– Elle habite ici ! s’écrie Sophie.

– Et vous lui avez hurlé dessus comme si elle n’était rien ! C’est mort,

elle ne reste pas là !

– C’est impossible !

– Non, mais vous ne comprenez pas ! C’est ma nana et j’ai pas

l’intention d’obéir à vos foutues règles comme quoi je ne peux pas venir ici,

que je ne peux pas passer la nuit près d’elle. C’est chez vous et vous faites

ce que vous voulez dans votre baraque, on est d’accord, mais on est des

adultes, maintenant !

– Vous avez un endroit où l’accueillir ? s’informe le policier.

– Chez moi ! Ma mère acceptera qu’elle vive avec nous le temps

qu’elle entre à l’université.

– Mais Snow a besoin d’un environnement tranquille, qui lui est familier.

– Ouais et moi, je calme ses crises, je ne les provoque pas ! Elle connaît

ma sœur, elles sont en cours ensemble ! D’ailleurs, elles iront dans la

même université en septembre.

Je désigne Sophie du doigt.

– Elle la vouvoie, sérieux ! Snow crèche ici depuis qu’elle a douze ans

et elle la vouvoie encore !

– Je ne vois pas en quoi c’est mal d’instaurer des règles de savoir-vivre.

– Des règles ! Mais putain, t’as que ce mot à la bouche ! C’est pas

parce qu’elle a des difficultés à exprimer ses émotions qu’elle n’a pas de

sentiments ! Comment peut-elle apprendre à le faire si on ne lui montre

pas ? Ici, elle est totalement livrée à elle-même. Tous les jours, elle se tape

plus de trente minutes de bus pour aller au bahut et le soir, elle est seule

jusqu’à 19 h.

– Je travaille !

– Elle sera mieux chez moi !

– Je n’ai pas à prendre parti dans cette affaire, mais je crois que c’est à

cette jeune personne de décider.

– Demandez-lui et laissez-moi la ramener chez moi !

L’agent revient vers Snow et je n’en mène pas large. Rien ne me dit

qu’elle voudra venir vivre chez moi.

– Mademoiselle, votre ami pense que vous seriez mieux dans sa maison.

Il croit que vous aimeriez davantage être avec lui qu’avec madame Conley.

Est-ce qu’il a raison ?

– Je suis bien avec Hazel ! Il parle trop vite parfois et je ne comprends

pas tout ce qu’il dit, mais il est gentil. C’est mon petit-ami…

L’agent se remet à la verticale et lance un regard à Sophie.

– Madame Conley, je pense qu’il serait préférable de la laisser s’en aller.

Elle me donne l’impression d’être une jeune fille plutôt bien dans sa tête.

– Bien sûr ! me récrié-je.

Il lève une main vers moi.

– Je me suis mal exprimé ! Ce que je veux dire, c’est qu’elle semble

épanouie.

– Quand elle est avec moi !

– J’ai compris que vous tenez profondément à votre amie et c’est tout à

votre honneur.

Je tiens à elle ?! Bah ouais, c’est évident !!!

Je me tourne vers Snow qui remet de l’ordre dans le bazar que j’ai foutu

sur son bureau.

– Je vais attendre dehors pendant que vous récupérez les affaires de votre

amie, m’explique l’agent en quittant la chambre.

– Qu’elle n’espère pas revenir ici le jour où vous vous serez lassé

d’elle !

– Tu boufferas les pissenlits par la racine que ça ne sera toujours pas

arrivé !

Elle tourne les talons et sort.

– Vieille peau !

Je rejoins Snow qui range ses affaires.

– Trésor, il faut qu’on emballe tes fringues en vitesse et qu’on aille chez

moi.

– Mais pourquoi ?

– Arrête, s’il te plaît !

Je lui présente sa chaise.

– Tu veux bien t’asseoir ? Je dois te parler sérieusement !

Elle accepte. Je m’agenouille devant elle.

– J’aimerais que tu viennes vivre dans ma maison, Snow.

– J’ai déjà une maison !

Je secoue la tête.

– Sophie ne veut plus que tu restes ici.

– J’ai désobéi aux règles !

– Ce n’est pas de ta faute, c’est moi qui ai merdé ! Mais penses-y ! On

pourra être tout le temps ensemble ! T’imagines comment ça va être

dingue ! Toi et moi dans la bulle de Snow !

– Mais… je connais cette maison…

– Tu pourrais aussi découvrir la mienne ! Et je peux t’assurer qu’elle est

plus belle que celle-ci. J’ai une grande chambre ! Bon, c’est le bordel,

mais on va arranger ça, promis !

– Pourquoi je ne peux pas continuer à vivre là ?

– Sophie ne veut pas de moi dans ta vie ! Si tu restes ici, on aura du mal

à se voir. Chez moi, il y a Dary ! Tu sais qui elle est ! Et puis, ma maman

sera contente de faire ta connaissance ! On dormira toutes les nuits l’un

avec l’autre. Et surtout, je vais pouvoir te faire jouir tous les soirs !

– Tous les soirs ?

– Même tous les matins au réveil ! Plusieurs fois par jour, si tu veux !

Tu as juste à dire oui !

– Je déteste qu’on change mes habitudes. Sophie sait tout ce que j’aime

comme mon thé au jasmin, ce savon à l’huile d’olive qui n’assèche pas ma

peau ou cet assouplissant qui rend mes habits si doux que le frottement ne

me dérange pas.

– Je te jure que je vais apprendre toutes ces choses moi aussi ! Je suis

désolé de t’imposer ça, mais je te fais la promesse que tout ira bien. Penses-

y une minute, il n’y aura que toi et moi, Snow…

– Et Dary et ta mère !

– Oui, elles seront là également ! Il faut que tu me fasses confiance, s’te

plaît !

– D’accord !

J’accueille son assentiment dans un soupir soulagé. Je pousse sur mes

jambes jusqu’à ce que mes lèvres viennent s’écraser contre les siennes.

– Qu’est-ce que tu es en train de faire de moi, Snow…

– Je ne fais rien…

– C’est une manière de parler ! dis-je en la couvant d’un regard tendre.

Je suis de plus en plus dérouté par ce que j’éprouve dès l’instant où je suis

près de toi. 

– Je ne comprends pas…

Je glousse de la voir si pensive.

– Tu es entrée dans ma bulle toi aussi, Snow.

– Tu as une bulle ?!

– Oui ! Quand mon père est mort, j’ai ressenti ce besoin de me couper

de la vie de tous les jours, parce que tout me rappelait qu’il n’était plus là.

Un peu comme toi, je me suis enfermé dans une bulle comme si elle voilait

cette vérité. Tu comprends ?

– Ma bulle me protège de tout ce qui m’effraie.

– La mienne me protège de tout ce qui me rappelle qu’il est mort. Tu es

toute seule dans cette bulle ?

– Oui !

– Moi aussi, j’étais seul ! Jusqu’à toi ! Tu entres dans ma bulle, Snow.

C’est pour cette raison que tu es si importante pour moi, que je n’ai plus

envie de vivre une seconde sans toi !

– C’est pour ça que tu me demandes de venir chez toi ?

– Oui, Snow ! Je le désire sincèrement.

– J’ai un peu peur…

– Je m’en doute, mais je vais tout mettre en œuvre pour que tu te sentes

bien chez moi. Tu peux me faire confiance ?

– Je veux bien…

 

OceanofPDF.com