L'amour en A, Snow & Hazel

Elma Hilde · Chapitre 32 sur 36

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L'amour en A, Snow & Hazel

Il nous faut presque trois quarts d’heure…

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Il nous faut presque trois quarts d’heure avant de revenir au bus avec des

sacs pleins de bouffe. La fin de notre périple visant à nous alimenter s’est

déroulé dans une meilleure ambiance. Apparemment, mon numéro a eu

l’effet escompté, Charlie s’est détendu et les choses ont repris leur cours

normal. Le reste de nos bavardages étaient bien moins dramatiques, et

heureusement d’ailleurs.

Je dois avouer que j’ai bien du mal à ne pas être con avec mon ami

d’enfance.

Il faut dire qu’il sait toujours trouver les mots justes et toucher la corde

sensible lorsqu’il est question de mon père. C’est assez paradoxal, car d’un

côté, j’aimerais le remercier de m’aider à ouvrir les yeux sur les erreurs que

je commets en me bornant à penser que j’étais une source de déception pour

mon père, mais je suis en même temps vert de jalousie quand j’ai la

sensation que Charlie comprenait mieux mon vieux que moi. Je suis forcé

de constater qu’il a su bâtir une relation avec lui, alors que moi, j’ai échoué.

Je reconnais que je suis un enfoiré, mais parfois, j’ai la haine après lui

d’avoir tous ces souvenirs avec mon père, d’en savoir autant sur ce qu’il

pensait vraiment de moi, et je ne réagis pas toujours bien avec lui.

Pourtant, j’ai conscience que tout est de ma faute ! J’ai merdé sur toute

la ligne avec mon vieux !

Après je garde à l’esprit que tous les ados en viennent à se fritter avec

leur père et que le temps finit toujours par arranger les choses. Le seul

problème est que, pour ma part, je n’ai pas eu l’occasion de retrouver une

vraie relation avec lui. Je vivais sur le campus, on se voyait le week-end,

quand je daignais rentrer, et c’était souvent un motif de frictions entre nous.

Aujourd’hui, il ne me reste plus que le regret de ne pas avoir fait de mon

père un ami.

– La bouffe est servie ! crié-je en direction du bus, avant de poser mes

sacs sur la table alors que tout le monde a déserté les lieux. Trésor, viens

manger !

Le premier à sortir est Reece. Il est rapidement suivi de Jake.

– Elle arrive ?

– Y’a personne dedans ? m’annonce Reece.

– Snow est dans le salon !

– Mec, on en vient ! Elle n’est pas à là ! insiste Jake.

– Comment ça, elle n’est pas à l’intérieur ?! Quand je suis parti, elle

matait un film sur ma tablette !

Je commence à explorer les environs.

– DARY !

– La dernière fois que je l’ai vue, elle cherchait son livre, m’apprend

Reece.

– DARY !

La porte de la remorque qui sert de salle de bains s’ouvre et ma sœur en

sort, les cheveux encore dégoulinants.

– Mais putain, où est Snow ? paniqué-je quand je devine qu’elle ne peut

pas être avec elle.

– Quoi ?

– Eh merde !

Je fais le tour du bus. Dary, qui comprend l’urgence de la situation,

s’habille en quatrième vitesse et me rejoint.

– Elle finissait de regarder son film quand je suis partie prendre ma

douche.

Je fais le tour du véhicule et constate avec effroi qu’il n’y a aucune trace

d’elle dans le coin. Je reviens sur mes pas et m’adresse directement à Reece

et Jake, le poing dressé.

– Qu’est-ce qui s’est passé ?

– On a joué à la console ! Snow cherchait son bouquin. Elle fouillait

partout. Elle m’a demandé où tu étais. Je lui ai répondu que tu étais sur le

festival pour acheter à manger. Elle a voulu savoir où était Dary, je lui ai dit

qu’elle se douchait et je l’ai pas vue depuis. J’ai cru qu’elle avait trouvé son

bouquin et qu’elle lisait dehors.

– Mais putain !!! braillé-je en récupérant mon téléphone dans ma poche.

Je compose son numéro et la seconde suivante la sonnerie de Snow

résonne dans le bus. Je grimpe à l’intérieur et lâche un juron quand je

découvre son portable posé sur la table.

– Elle ne doit pas être loin, tente de me rassurer Charlie alors que je

prends le chemin que nous venons d’emprunter pour nous rendre sur le

festival.

– Il y a fort à parier qu’elle a voulu me rejoindre parce qu’elle ne

retrouvait pas son maudit bouquin !

Je fais volte-face et lance un regard noir à Jake et Reece.

– Et c’est arrivé parce que vous n’êtes pas foutu de respecter un

minimum qu’on vive à six dans vingt mètres carrés !!!

– Haze ! proteste Dary. Ça sert à rien !

Je me remets en route sans même savoir par où commencer pour

retrouver Snow.

– Elle n’a pas d’accès, donc si elle a voulu entrer dans le festival, elle

s’est forcément fait recaler, affirme Charlie. Moi et Dary, on va s’y rendre et

demander aux mecs de la sécu s’ils ne l’auraient pas vue. Vous, vous

fouillez le parc des intervenants. Il n’y a que là qu’elle a pu aller.

– J’y vais !

– On va venir avec toi ! me dit Jake.

– Partez de votre côté, on ira plus vite en se séparant !

Je ne perds pas plus de temps et tourne sur la droite pour m’enfoncer

davantage dans ce parc de stationnement dédié à tous les musiciens qui font

partie du festival. Le regard avisé, je balaie les environs à la recherche de

Snow et chaque pas que je fais me rend de plus en plus nerveux. L’idée

qu’elle soit là quelque part à errer, qu’elle soit affolée ou paniquée, qu’elle

soit en crise, est insoutenable.

Mais qu’est-ce qui lui a pris de vouloir me rejoindre ?

Je n’ai aucun mal à imaginer ce qui s’est passé dans sa jolie tête. Elle

s’est lancée à la recherche de son livre, mais comme personne dans ce bus

n’est capable de ranger ses affaires, elle ne l’a pas trouvé. Avant de partir,

j’ai fait la connerie de lui dire que je l’avais vu qui traînait. Elle m’a

cherché en pensant que je pourrais l’aider à mettre la main sur son livre.

L’autisme de Snow fait que la notion du temps est abstraite pour elle. Elle

ne le perçoit pas comme nous. Elle n’a pas dû bien réaliser que j’étais parti

depuis un moment, donc que j’étais déjà bien loin de notre emplacement.

Et maintenant, elle est perdue au milieu d’un endroit inconnu et elle ne

doit avoir aucune idée de comment rentrer auprès de moi !

C’est tout ce que je redoutais : que Snow subisse de plein fouet le style

de vie que j’ai choisi pour moi, malgré elle.

Comme les six premières fois où mon téléphone a sonné, je me jette

dessus avec l’espoir que quelqu’un l’ait retrouvée. Voilà une heure que nous errons de gauche à droite, que nous interpellons des passants ici et là en leur

donnant une description brève de Snow, en vain. Personne ne l’a vue !

– Tu l’as retrouvée ?

– Non, bro, je suis désolée…

Charlie soupire.

– Hazel, on doit monter sur scène dans trente minutes. On est grave à la

bourre !

– Et tu te dis que j’en ai quelque chose à foutre ?! m’emporté-je en lui

raccrochant au nez.

Je reprends mes recherches en jurant.

Comme si j’avais envie de penser à ce putain de concert !

Je n’ai que ma nana en tête.

Et mille questions viennent me torturer !

Je me fais tous les pires scénarios. Si elle avait fait une mauvaise

rencontre, si elle s’était blessée, peut-être fait-elle une crise seule dans un

coin sans personne pour la rassurer…

– Hazel !

Je balance ma tête sur le côté lorsqu’on me hèle au loin. Jake et Reece

trottinent vers moi.

– Vous avez du nouveau ?

– Non, mais on va aller sur la scène voir si tout est prêt.

– Vous êtes flingués du cerveau si vous pensez que je vais me pointer !

– Mais… bafouille Reece visiblement inquiet à l’idée que je puisse leur

faire faux bond.

– J’en ai ras-le-bol de ces conneries ! beuglé-je en les dépassant pour

poursuivre mon chemin. Je veux juste retrouver ma nana !

Je prends sur la gauche, même si j’ai déjà exploré ce coin, mais je

commence vraiment à être à court d’options. J’ai l’impression de tourner en rond ! Je croise un couple de jeunes qui semblent se rendre sur le festival.

– Excusez-moi, les interpellé-je. Vous n’auriez pas vu une petite nana

blonde, pas très grande. Elle avait sûrement l’air déboussolée…

– Non, on a vu personne ! me dit le mec à la dégaine totalement grunge.

– OK ! Merci…

Je reprends ma route quand mon téléphone se fait entendre une nouvelle

fois. Je m’en empare en soupirant.

– J’ai pas le temps, je suis désolé !

– Hazel, je suis avec Snow ! 

– Quoi ?

– Je devais assister à votre concert quand je l’ai aperçue. Elle se cache

dans un coin.

– Où ?

– Le dernier bus avant la grande haie d’arbres devant l’entrée du festival.

– Je vois l’endroit ! Bouge pas, j’arrive !

Je me mets à courir dans le sens opposé que j’empruntais alors, et

dépasse rapidement Reece et Jake qui marchaient dans cette direction.

– Isla a trouvé Snow ! m’empressé-je de leur apprendre. Elle est à la

sortie du parc.

Il ne me faut que quelques secondes pour atteindre le lieu que m’a décrit

Isla au téléphone. D’ailleurs, celle-ci m’attend près des arbres en mordillant

son pouce. Elle m’indique l’étroit renfoncement qui sépare le bus de la

fameuse haie.

– Elle est là !

Je m’y faufile et découvre avec horreur mon trésor allongé en chien de

fusil, ses mains sur ses oreilles.

– Mon amour…

Ma voix est déformée par l’émotion.

Je tombe à genoux devant elle en passant les doigts dans mes cheveux.

J’ai envie de chialer rien que de la voir dans cet état.

Je voudrais la soulever dans mes bras et la serrer aussi fort tellement je

suis heureux de l’avoir enfin retrouvée, mais comment me le permettre sans

faire éclater sa bulle ? L’expérience qu’elle vient de vivre a dû

suffisamment l’ébranler. Je dois avant tout lui laisser le temps et l’espace

pour qu’elle recouvre son calme, qu’elle s’apaise. Je sais également que ce

genre de crise la fatigue énormément. Snow a disparu depuis presque une

heure. Elle doit être à bout de force d’avoir vécu autant d’émotions. 

– Hé, blondinette, lui dis-je tendrement en câlinant ses cheveux. C’est

bon, tout va bien, je suis là maintenant.

– J’ai essayé de lui parler, mais elle n’a eu aucune réaction, m’apprend

Isla. Qu’est-ce qui s’est passé ?

– Elle s’est perdue en me cherchant. Elle fait une crise autistique, c’est

impressionnant, mais pas si grave ! C’est juste qu’il y a trop

d’informations qui se bousculent dans sa tête et qu’elle n’est pas assez

calme pour les traiter.

Avec tendresse, mes doigts se glissent dans ses cheveux. Je la couve

d’un œil amoureux.

– Ma pauvre chérie doit tout faire toute seule pour organiser ses pensées

et c’est éreintant pour elle. Il n’y a rien de plus éprouvant pour elle que

d’évoluer au milieu de nous. Elle est si courageuse…

Je pose une main prudente sur la hanche de Snow, qui est tellement aux

prises de sa crise, qu’elle ne semble pas avoir remarqué ma présence.

– Je suis là, trésor. Ça va passer…

Comme rien n’y fait, que Snow reste prostrée, je décide de m’allonger de

sorte de finir juste en face d’elle. Ses yeux sont fermés, son corps est pris de

soubresauts. N’ayant plus qu’une dernière carte à jouer, je me blottis contre elle, l’enveloppe de mes bras tout en pressant mon front contre le sien avant

de lui chanter « Sur mes lèvres ». À la fin du refrain, ses jolis yeux bleus

et humides s’enfoncent dans les miens.

– Tu joues à cache-cache, mon trésor ?

– Je suis sortie pour te chercher, mais tu n’étais pas là. Je n’arrivais plus

à retrouver le bus.

Ses mots ne sont que sanglots.

– Je sais…

– Il y avait des gens qui riaient et ils m’ont bousculée. J’ai eu peur, alors

je me suis cachée.

– Et tu as bien fait !

Je tapote sur sa main.

– Tu veux pas arrêter ça ?

Elle fait ce que je lui demande.

– On pourrait se relever, non ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais

le sol n’est pas hyper confortable.

– D’accord ! consent-elle toujours en larmes.

Je me redresse et suis rapidement imité par Snow qui s’assied.

– J’ai eu peur, moi aussi !

– Parce que tu ne retrouvais plus le chemin du bus ?

J’essuie ses petites joues rougies et chasse ses larmes.

– Non, c’est toi que je ne retrouvais plus, blondinette !

Je coule une main dans la mienne.

– Je vais t’aider à te mettre debout et te reconduire. Je crois que tu as

besoin de tranquillité et de repos.

– Je veux bien.

Avec prudence et délicatesse, je la manipule jusqu’à ce qu’elle soit à la

verticale.

– Snow, est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? Je sais que tu es

chamboulée, mais…

– Je suis d’accord !

Un sourire humble en coin, je pose ma main sur sa taille et l’attire contre

moi, avant d’enfouir mon visage au creux de son épaule.

– C’est si bon de pouvoir te sentir contre moi, mon trésor. J’ai eu la peur

de ma vie. Pardonne-moi, ma Snow.

Lorsque je la délaisse pour ne pas trop lui en demander, je pose une main

sur ses reins en l’invitant à me suivre. Nous nous retrouvons face au reste

de la bande, et les tronches de Reece et Jake me prennent vraiment la tête.

– Quoi ?!?

– Haze, on doit vraiment y aller !

– Merde, c’est pas vrai…

Dary s’approche et pose une main rassurante sur mon avant-bras.

– Je vais m’occuper d’elle, Hazel ! Toi, tu dois honorer ton

engagement.

– J’ai pas envie de la laisser, dis-je en ravalant la boule qui s’est formée

dans ma gorge.

– Je sais, mais tu n’as pas le choix ! Elle est là, elle va bien…

Je m’adresse alors à Charlie :

– Allez-y, je vous rejoins. Je la reconduis avec Dary et je me grouille

d’arriver.

– Comme tu voudras, me dit mon meilleur ami, sans paraître convaincu

par ce que j’avance.

Ma sœur l’embrasse en lui disant de ne pas s’inquiéter. Je regarde le

reste du groupe prendre la direction de festival, puis Isla qui est adossée au

bus.

Je lui fais un sourire reconnaissant.

– Merci !

– Y’a pas de quoi !

Elle croise les bras devant elle.

– C’est une sacrée petite chanceuse !

– Ou c’est moi le veinard !

Nous retournons à notre emplacement en silence. Entre les émotions que

je viens de vivre, ma voisine qui bat des mains comme une furie, et mon

manque d’envie d’aller faire le mariole devant un public, je ne suis pas

super à l’aise dans mes pompes. À cet instant, je n’ai qu’un souhait, une

ambition, m’étendre à ses côtés et la regarder s’endormir. Pourtant, je n’ai

pas le temps. Je suis attendu sur la scène du festival et ça me rend fou de

rage !

– Mon amour, dis-je en l’embrassant alors qu’elle s’assied sur notre

couchette. Je dois vraiment y aller. J’ai pas le choix.

Comme toujours après l’une de ses crises, établir un contact avec elle n’a

rien d’évident. Elle est songeuse et nerveuse. Il faut qu’elle retrouve son

équilibre et cet exercice lui demande du temps et de l’énergie.

– Snow…

Je suis au bord des larmes.

– Mon trésor, est-ce que tu comprends que je dois rejoindre les autres ?

– D’accord !

– Dary va rester avec toi. Je crois que tu devrais dormir et je viens dès

que le concert se termine. Tu veux bien ?

– Oui…

– Tu as faim ? Les hamburgers doivent être froids, mais…

– Non, je n’ai pas d’appétit.

– Alors, je te laisse te mettre au lit. Dary va attendre que tu t’endormes.

Je fais doucement remonter mes mains le long de ses cuisses.

– Je peux avoir un baiser, Snow ?

Elle acquiesce d’un hochement de tête. Mes lèvres entrent en contact

avec les siennes dans un effleurement timide. La sensation qui me retourne

les tripes à cet instant est si violente que les larmes me viennent sans que je

ne m’en aperçoive. J’ignore ce qui les provoque : la joie de l’avoir

retrouvée, la peine de devoir la laisser… tout ce que je sais c’est que j’ai le

cœur déchiré en deux…

– Je donnerais tout ce que j’ai pour rester auprès de toi, trésor. À la

seconde où je te parle, j’ai besoin de toi plus que n’importe quoi en ce

monde, murmuré-je contre sa bouche.

– Pourquoi ça ?

– Je viens de passer une heure à déambuler dehors à ta recherche et j’ai

imaginé le pire. J’ai eu la trouille de ma vie. Je t’aime et si je te perdais, il

ne resterait plus rien de moi.

– Tu m’as retrouvée, Hazel.

Je lui vole un baiser.

– Je t’aime !

La présence de ma sœur me détourne de Snow.

– Il faut que tu y ailles, Hazel.

– Ouais…

Je me frotte l’arrière de la nuque.

– Je te jure que je vais bien prendre soin d’elle.

Je les embrasse l’une et l’autre, récupère mon étui à guitare, avant de

lancer d’un dernier coup d’œil vers blondinette.

– Je reviens vite !

– Ça marche. Essaie de passer un bon concert. Vide-toi la tête.

– Ça, c’est pas gagné !

 

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Horrible… il n’y a pas d’autre mot pour décrire le live que je viens de

vivre ! C’était juste affreux ! J’ai fait l’impossible pour ne rien laisser

paraître du malaise qui sévissait en moi. Avoir quitté Snow après sa

disparition a été atroce. Je n’ai pas cessé de penser à elle tout au long du

concert. Je n’avais qu’elle à l’esprit. Comment être investi dans ma musique

quand j’ignore ce qu’elle fait, si elle a réussi à s’endormir, si sa crise est

bien passée, si elle est malheureuse ?

Voilà pourquoi j’ai détalé en vitesse à la fin de notre prestation ! Je

voulais seulement rentrer pour la retrouver.

Mais un SMS de Dary reçu une bonne demi-heure après le début de

notre concert m’a appris que Snow s’était endormie. Du coup, j’ai freiné le

pas, histoire de souffler deux secondes et de me mettre un truc sous la dent.

Avec tout ça, je n’ai pas mangé et je viens de faire genre « un millier

d’aller et retour » sur scène, j’ai besoin de bouffer un morceau !

Entre mon envie de rejoindre Snow et le fait que j’aimerais bien libérer

Dary pour sa dernière soirée en compagnie de Charlie, je ne m’attarde pas

longtemps.

Le dos chargé de mon étui à guitare, une clope au bec, j’entame la

dernière ligne droite conduisant à notre place de stationnement lorsque j’aperçois, au simple éclairage extérieur du bus, que Snow ne dort pas tant

que ça, vu qu’elle tourne en rond autour de la table pliante.

En approchant un peu plus, je distingue mieux sa gestuelle et cette

dernière n’a rien pour me rassurer. Je vois ses lèvres remuer pour former

des mots quasi inaudibles, mais ce qui me fait le plus flipper, comme à

chaque fois qu’elle en arrive à une telle extrémité, est qu’elle se frappe la

tête entre deux paroles baragouinées.

– Eh merde !

Je jette mon mégot et me mets à courir pour la rejoindre au plus vite. Je

retire mon étui et le dépose près de Dary qui est assise sur la première

marche du bus.

– Tu m’as dit qu’elle dormait…

– C’était le cas, mais elle s’est réveillée ! Je crois qu’elle a fait un

cauchemar…

– Sérieux ?

– Je sais pas ! Elle était très agitée quand elle s’est levée. Elle a demandé

après toi !

– Y’a longtemps qu’elle fait ça ?

– Un quart d’heure environ ! Charlie m’a dit que tu étais en route.

– Je me suis juste arrêté pour m’acheter un sandwich…

– OK !

Je dépose un baiser dans les cheveux de Dary.

– Vas-y ! Ils t’attendent pour aller becqueter ! Je vais prendre le

relais !

– D’accord !

– Merci d’avoir veillé sur elle !

– Y’a pas de mal.

Je m’apprête à rejoindre Snow, mais renonce.

– Elle t’a dit quelque chose ?

– Non, rien de particulier. Elle n’était pas bavarde. Elle a seulement

besoin de toi, Hazel ! Tu la rassures bien plus que tu ne le crois…

– J’espère…

Je me remets en mouvement et rejoins Snow qui fait toujours les cent

pas autour de la table. Je m’appuie contre la carrosserie de ma caisse avant

d’allumer une nouvelle cigarette. J’observe blondinette quelques secondes

en me demandant si elle s’est aperçue que je suis là ou pas…

– Tu veux essayer de m’expliquer pour quelle raison tu tournes en rond,

Snow ?

– Je ne sais pas…

– C’est à cause de ce qui t’es arrivé tout à l’heure, lorsque tu t’es

perdue ?

– Je suis rentrée maintenant !

– Alors, si ce n’est pas ça qui te perturbe, trésor, qu’est-ce que c’est ?

– Demain !

– Qu’est-ce qu’il y a demain ?

Je réfléchis une seconde.

– Ton départ ? C’est ça qui t’embête ?

– Tu ne vas pas rentrer avec moi…

– Bon !

Je bondis sur mes pieds bien décidé à mettre un terme à toute cette

histoire. Snow souffre trop, je ne peux plus le supporter.

– Cette fois ça suffit ! J’en ai plein le cul de ce merdier !

D’un pas décidé, je marche jusqu’à Snow et la saisis par les hanches.

Elle lâche un cri de stupeur auquel je ne prête aucune attention.

– Repose-moi ! me dit-elle tandis que je la porte jusqu’à ma voiture et

ne lui obéis que lorsque nous nous trouvons au pied du capot.

Je la laisse retomber dessus d’un geste ferme. Toujours aussi

entreprenant, j’écarte ses cuisses et me glisse entre elles avant d’onduler

lentement des hanches en frottant mon sexe contre le sien sans aucune

retenue ni ambiguïté.

– Regarde-moi ! la supplié-je en posant ma main sur sa nuque sans que

mon geste ne soit pressant.

Je retrouve avec bonheur le bleu de ses yeux et cette rencontre me fait

dériver de mon objectif. Je veux simplement lui parler, mais tout mon corps

est en feu quand je suis si proche d’elle. Je ressens un besoin impérieux de

me noyer en elle.

Ce soir, plus que n’importe quel autre…

– Snow…

Maîtriser ce qui se passe en moi est trop difficile, je perds tout contrôle

de moi face à elle, elle me bouleverse tellement. J’ai envie d’elle, envie de

la sentir. C’est puissant, redoutable, bestial…

Peut-être trop pour elle…

Je glisse ma main vacante entre nous jusqu’à son pantalon fin dans

lequel je me faufile en franchissant le barrage de sa petite culotte. Avec

précaution, je caresse son clito, histoire de jauger sa réaction, mais quand

celle-ci n’est rien de plus qu’un soupir lascif, je poursuis ma quête et la

pénètre d’un doigt. Je le fais aller et venir à plusieurs reprises. Jusqu’à

sentir sa moiteur l’enrober.

Persuadé que je peux m’aventurer plus loin, je m’occupe d’ouvrir mon

jeans suffisamment pour libérer ma queue. J’attrape la ceinture de son froc

et tire dessus de sort qu’elle finisse les fesses sur ma carrosserie. Retrouvant

ma place entre ses jambes, je positionne ma bite entre ses lèvres gorgées de

désir, mais je n’en prends pas possession immédiatement. Non, je veux la

voir, la contempler, lui parler avant de l’assaillir.

– Snow, dis-je d’un ton étrangement suppliant en me perdant dans sa

belle chevelure blonde.

Je reviens torturer sa bouche, sa langue. Je joue avec elles, accrois

encore un peu plus la folie qui s’empare de moi.

– Snow, c’est toi…

Mais finir cette phrase est impossible. Un étau me serre la gorge,

empêche les sons de sortir. Des larmes au coin des yeux, je m’éloigne d’elle

une brève seconde. Le temps de déglutir péniblement, de prendre un peu

d’air avant de revenir à la charge.

– Je te choisis toi, lui avoué-je lèvres contre lèvres.

Mes mains doucement fermées sur sa nuque, je la fais basculer en arrière

et m’enfonce dans le fond de ses yeux.

– Je n’ai besoin de rien de plus que toi…

– Hazel ?

Elle détourne le regard.

– Non, reviens, sangloté-je. Je t’en prie, t’en va pas…

– Tu pleures…

– Je sais qui je suis, trésor ! Je suis toi, mon amour…

– Qu’est-ce que tu veux, Hazel ? Je ne comprends pas ce que tu

attends…

– Toi et uniquement toi !

Je l’embrasse à pleine bouche et savoure le bien-être que je ressens

quand je me libère du poids de l’hésitation et du doute.

– Il n’y aura pas d’album ! Après cette tournée, il n’y en aura plus

d’autres. Dans six mois, je rentrerai à la maison et il n’y aura plus que

nous ! Si je ne peux pas vous avoir toutes les deux, alors c’est toi !

– Moi et la musique…

– Toi ! C’est toi que je désire !

Mes mains retombent sur sa taille, je l’agrippe avec assurance avant de

me loger d’un seul coup de reins.

– Mon amour, balbutié-je la voix déformée par le plaisir.

Je disparais dans son cou, fais courir mon nez le long de sa nuque. Une

main posée à l’arrière de sa tête, je la maintiens tendrement contre moi. Je

sens sa respiration contre ma peau.

– Je ne te laisserais plus, je te le promets…

Il n’y a plus que de la douceur entre nous après ces quelques mots.

À croire que c’est cet aveu qui me consumait de l’intérieur. Je perdais

l’esprit tenaillé dans ce combat impossible entre les deux amours de ma vie.

Mais Snow a remporté la partie. La voir étendue sur le sol en position

fœtale a été trop violent, trop insupportable. Je peux accepter que ma nana

soit autiste et que cet aspect d’elle fasse qu’elle va devoir vivre des épisodes

autistiques douloureux et déstabilisants pour elle, mais je ne peux pas en

être à l’origine.

Ma mère m’a dit qu’aimer Snow impliquait que j’accepte son autisme et

c’est ce que j’ai fait depuis le premier jour. Ce que j’ai réalisé, après avoir

passé une heure à la chercher dans tous les coins, c’est que l’aimer demande

de moi que je fasse preuve d’abnégation envers elle. Je ne peux pas

renoncer à ce que je suis, c’est vrai, mais je suis son mec avant toute

chose ! Le reste sera toujours secondaire !

Parfaitement lovés l’un contre l’autre, nous délectant du plaisir de cette

communion charnelle, je vais en elle avec finesse. C’est tranquille, mais

tellement intense. Ma merveilleuse Snow demeure contre moi et tout est

plus calme en elle. Comme si elle vivait ce moment totalement

différemment, elle aussi. Je n’ai que des caresses, des baisers à son

attention. Je ne cherche pas à attiser un quelconque désir. Non, je savoure

l’instant. Le simple fait de savoir que je tiens Snow dans mes bras comme jamais elle ne m’a laissé la toucher, que je suis plongé en elle, suffit à ce

que mon corps monte au créneau.

Lorsque je sens enfin la délivrance venir à moi, que je m’apprête une

nouvelle fois à faire l’expérience de la jouissance en Snow, je délaisse ma

place au creux de son cou et prends son sublime visage en coupe. Mon nez

effleurant le sien, mes lèvres dansant sur les siennes, mes yeux

s’introduisant dans les siens, je m’enfonce encore et encore en elle. Son

corps tremble, ses mains s’agrippent aux miennes. Ses ongles marquent ma

chair.

– Hazel ! s’exclame Snow, son timbre suivant les vibrations de son être.

– Je ne désire que toi, je n’aime que toi !

Mes coups de reins s’intensifient. La sentir s’éparpiller dans les prémices

de l’orgasme, percevoir avec une étonnante clarté mon amour bouillonner

dans mes veines en parfaite symbiose avec le désir physique qui s’est

enchaînait à mon corps, fait resurgir ses larmes qui ne semblent pas vouloir

se tarir cette nuit.

– Je t’aime, Snow…

Elle est sur le point de jouir, je le sens dans chaque particule de son être.

Tout en elle est prêt à lâcher prise, à être submergé, et je réponds à l’appel

de son plaisir en revenant toujours de manière plus intrusive en elle.

Lorsqu’elle rompt enfin, elle fait exactement la même chose que depuis

l’instant où j’ai posé les yeux sur elle, elle m’emporte avec elle. Je plie, je

cède, je capitule, je courbe le dos devant ce petit bout de nana qui n’a pas

fait que grandir mon cœur. C’est mon moi tout entier qu’elle a fait

grandir !

Les paupières closes, la respiration saccadée, sans quitter sa bouche

même un instant, je m’abandonne à mon tour. En silence, avec humilité, je

laisse l’orgasme me prendre, me conduire plus haut qu’il ne m’a jamais amené. Il m’entraîne si profondément en moi. Il me retourne de l’intérieur

avec une telle intensité que le seul bruit qui filtre est celui d’un sanglot.

– Tu es l’unique chemin que je veux prendre, trésor. Rien ne m’en

détournera, murmuré-je contre sa bouche trempée de mes larmes.

 

**

 

Le ciel est particulièrement beau cette nuit avec toutes ces étoiles qui

scintillent de toute part. Grâce au temps magnifique qu’il fait depuis des

semaines, il est parfaitement dégagé et je me régale de pouvoir le

contempler en si bonne compagnie. Un sentiment partagé par ma partenaire

si je me fie à sa main qu’elle a laissée dans la mienne.

Allongés sur le capot de ma bagnole, nous profitons de la douceur du

soir, de cette brise appréciable, de ce moment magique que nous venons de

partager tous les deux. Sans repousser ce contact privilégié que Snow

m’offre dans toute sa tendresse, je sors mon paquet de clopes de mon froc.

Je n’ai même pas pris la peine de le rattacher. D’une seule et unique main,

j’allume ma cigarette.

– Si on met de côté deux secondes que je ne rentre pas avec toi demain,

tu vas quand même pouvoir retourner à la maison avec un paquet de

nouveautés à ton actif…

– Des nouveautés ?

– Bah, on a baisé dans un bus, sur le capot d’une bagnole, sur une plage,

et même dans une remorque qui fait office de salle de bains…

– C’est le pire endroit où on a fait l’amour !

Je ris.

– Mais c’était bien quand même !

– Oui !

Je presse mes lèvres contre son front.

– Est-ce que ça te rassure de savoir que je vais rentrer après la tournée ?

Il reste encore cinq mois, mais une fois que tu auras repris les cours, tu ne te

rendras plus compte de mon absence…

– Je doute que ça arrive ! Et je ne sais pas si ça me rassure…

– Pourquoi ?

– Tu as dit que la musique fait partie de ta vie, que…

– Trésor ! Je te demande de ne pas prêter attention à ce que j’ai raconté.

J’étais perdu, j’avais la tête en vrac, je ne savais plus où me situer dans ma

vie ! J’ai appris beaucoup de chose sur mon compte depuis que j’ai fait ta

connaissance. Mon père était un mordu de musique ! Il avait visiblement

des ambitions pour moi. Bien plus que je n’en ai moi-même. J’adore la

musique et, sans être prétentieux, j’assure grave ! C’est facile de jouer, de

composer, de chanter ! Je me démerde mieux avec ça qu’avec toi, ça c’est

clair.

Je ricane.

– J’ai l’impression d’être un vrai loser quand je suis auprès de toi !

– Pourquoi, Hazel ? Moi je suis bien lorsque je suis avec toi !

– Tout comme moi, trésor. Je ne me suis jamais senti aussi bien dans mes

pompes avant toi !

– Dans ces chaussures-là ? me questionne-t-elle en désignant mes

grolles. Parce qu’elles n’ont pas l’air très confortables…

Je glousse avant de lui voler un baiser.

– Je suis plus heureux depuis toi, Snow ! Essaie de penser à ce que tu

éprouves quand tu es tranquille, que rien ne vient briser ton équilibre, que

tout est à sa place et que ça t’apporte ce sentiment de sécurité…

– Je vois ce que tu veux dire.

– C’est comme ça que je suis depuis que je suis tombé amoureux de toi.

Avant ça, toute ma vie c’était comme quand ta bulle éclate, trésor. Je ne

savais plus où j’étais, je me sentais perdu, désemparé et c’était terrifiant.

J’ai ma bulle maintenant ! Tu es ma bulle !

J’arque un sourcil.

– Et c’est vraiment le panard dans ma bulle…

– Je vais devoir écrire quelque part toutes ces expressions que tu dis

parce que je vais finir par tout oublier. Le panard ? C’est quoi encore ?

Je glousse.

– Le panard, c’est trop cool, Snow ! C’est le pied…

– Le pied comme dans « prendre son pied » ? C’est comme la

jouissance ?

– Ça fait référence à un sentiment de bien-être, effectivement. Pas aussi

fort que l’orgasme, mais le principe est le même !

– J’adore prendre mon pied ! affirme-t-elle en retournant à la

contemplation du ciel.

– Mais carrément ! Je partage tellement ton avis ! On est les meilleurs,

partenaire !

Je lui présente mon poing. Elle louche dessus un moment.

– Qu’est-ce que tu veux ?

– Check-moi, trésor !

Elle hausse les épaules et accepte.

– Je t’aime, partenaire !

J’ai un sourire en coin.

– J’ai un service à te demander avant que tu repartes demain,

blondinette !

– Lequel ?

– Je vais me réinscrire à la fac. Je vais même pouvoir suivre quelques

cours pendant la tournée, je pense. C’est pas comme si j’étais débordé. Je

glande la plupart du temps. Mais honnêtement, j’ai pas la moindre idée de

ce que je vais faire.

– Qu’est-ce que tu étudiais lorsque tu étais à Exeter ?

– La musicologie, mais ça ne me dit rien ! C’était intéressant, je dois le

reconnaître, mais je ne vois pas bien ce que je peux en faire pour mon

avenir. Je pourrais vivre de ma musique en restant près de toi, mais je sais

pas, je pourrais aussi faire un truc que je maîtrise moins pour progresser.

– Comme quoi ?

– Comme suivre un cursus qui me permettrait de bosser avec les autistes,

par exemple !

– Tu voudrais faire comme David ?

– Ou comme les gens qui s’occupaient de toi lorsque tu vivais dans ce

centre. Regarde comment ils t’ont aidée ! Je pourrais être quelqu’un

comme ça ! Et puis, à l’université, tu n’auras plus ton groupe de parole !

Je ne me suis pas intéressé au sujet, mais il doit bien y avoir des trucs mis

en place pour vous. Vu la taille du campus, tu ne dois pas être la seule

autiste ! On pourrait faire ça ensemble ! Qu’est-ce que tu en dis ?

– Avec Dary, on a déjà pris des renseignements. Il y a une association

d’élèves qui aident les autistes à s’intégrer. Mais je ne sais pas ce qu’ils font

précisément.

– Eh bien, on le découvrira tous les deux. On pourra faire des trucs

aussi…

– Des trucs…

– Bah, j’ai pas pris le temps de réfléchir à la question, mais je suis

certain qu’entre toi, moi et Dary, on peut mettre des projets en place.

– Dary ?

– Ouais ! Tu l’as dit toi-même Snow, elle est douée avec les autistes !

– Et tu ne feras plus de concerts ?

– Non, trésor ! Plus de concerts !

– Mais ça va te manquer !

– Pas plus que toi lorsque tu es loin de moi !

J’attrape son petit menton et la force à lever le nez vers moi. Je lui donne

un baiser.

– Je t’aime et je n’ai besoin que de toi pour être bien. Ne te prends pas la

tête avec le reste et pense à tout ce dont tu as envie qu’on fasse une fois que

je rentrerai chez nous.

– Tu vas vivre avec nous…

– Hors de questions que je crèche ailleurs qu’avec toi !

Je me redresse tout en demeurant assis sur le capot.

– Par contre, Snow, il y a quelque chose d’important que tu ne dois pas

oublier en rapport avec ma décision d’arrêter la musique.

– Quoi ?

– Les autres ne doivent pas savoir que je ne vais pas signer pour l’album.

– Pourquoi ?

Je descends de ma voiture et tire sur les jambes de Snow de sorte que je

finisse entre ses cuisses.

– Si je renonce à ce possible album avec les gars, ils ne voudront plus

que je joue avec eux.

– Mais pourquoi ? Ce sont tes amis ?

– Oui, mais ils vont être déçus. Si je les quitte, il n’y a plus de groupe,

Snow. Ils auront du mal à ne pas m’en tenir rigueur et je peux les

comprendre. On a eu une chose énorme de rencontrer Rick et je vais

anéantir cette chance. Tu vois ?

– Je pense…

Je la saisis par les hanches.

– Maintenant au lit, blondinette ! On a eu une rude journée, tous les

deux !

– Je me suis perdue !

Je la soulève contre moi.

– Et tu m’as foutu la trouille de ma vie !

– J’ai fait une crise.

– Et t’as super bien géré !

– Tu as fait ton concert.

– Et c’était tout pourri parce que je pensais qu’à toi, trésor !

– On a fait l’amour sur le capot de la voiture !

– Ça change des fois ou on a fait ça sur la banquette arrière ! 

– Et tu as décidé de rentrer à la maison !

– Oui, mon amour ! Je vais rentrer à la maison…

 

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