L'apocalypse des homards
Mon pâté préféré
— Et le bureau ?
— Compliqué, je dis. On réorganise.
J'enlève ma cravate et ma veste. Elle ne dit rien, elle touille la casserole. Puis elle vient au salon et elle me fait un bisou. Elle pose sur la table une assiette de pâté et une bouteille de vin. Je crois reconnaître le pâté.
— C'est celui de l'auvergnate ?
— Oui, elle dit.
Génial. Mon pâté préféré. Il a de gros morceaux de foie et pile-poil ce qu'il faut de poivre. Et le bourgogne date d'avant-hier, il a eu le temps de s'ouvrir. Ça va être magnifique.
Je m'en sers un peu. Elle retourne touiller la casserole. Depuis la cuisine, elle demande :
— Et Octave ?
Elle le connaît. Il y a longtemps, on prenait des apéros ensemble. On a même été une ou deux fois au restau.
— Il fait chier, je dis.
J'arrache un bout de pain et je tartine mon premier morceau. J'occupe les lieux, c'est une très belle pièce. Les fenêtres donnent sur la Seine et il y a de grands arbres noirs. La nuit mauve dessine leurs silhouettes. Et je plonge tout ça dans le bruit de ma mastication.