L'apocalypse des homards
Le terrier
Les gars entassent leurs affaires dans des chariots et ils vont grossir les files.
— Il faut choisir… soit on quitte la ville, soit on s'enterre.
Chacun a son destin devant lui. Ceux qui partent ensemble ont plus de chance, ils sont encore un peu serrés les uns contre les autres. Mais ils sont plus exposés, on ne peut pas avoir tous les avantages.
— Et toi, il faudrait…
— Que je m'enterre ?
— Oui, on a pensé à toi.
J'inspire profondément. Je regarde la surface. Les arbres sont beaux et le coin contient tous mes jeux d'enfance. Tout ça va si vite.
— Comme ça, on occupe le terrain…
On multiplie les difficultés pour eux. Ça protège la fuite.
— On voit jusqu'où ils vont et on revient…
C'est l'espoir. De toute façon, le choix est fait. Je ne veux pas les décevoir.
— D'accord, je dis.
— On a préparé le trou.
Heureusement. S'enterrer soi-même, c'est pas évident. On me fait visiter. C'est bien aménagé. Un lit de camp, un sac de couchage et un accès internet. La ventilation est camouflée. Un rafraîchisseur détruit les odeurs.
— Ils ont largué des trucs ignobles à la surface…
Je sais. Il faudra être discret. Écouter la terre, ne pas bouger…
— Et parfois couper la ventilation… Ils ont un odorat complètement dingue…
Oui… Je vais piloter mon habitacle avec toute la ruse ancestrale.
— Côté provisions, c'est pas mal…
Une belle pile de boîtes de conserve. La batterie manuelle va me fournir l'énergie et j'ai une poubelle chimique.
— Elle recycle l'eau pourvu que tu pisses dans le bon trou.
Je vois des pinces juste à côté.
— Et ça, c'est pour quoi ?
— C'est pour aplatir les boîtes de conserve. Tu vas avoir un problème avec les ordures.