L'apocalypse des homards

Jean-Marc Agrati · Chapitre 66 sur 90

Pages du PDF

L'apocalypse des homards

La mycose de l'amour

 

Et j'ai la mycose de l'amour. Un truc irrésistible. J'ai envie d'embrasser tout le monde. Les gars, les nanas, les mamies, et même les vieux pochetrons à l'haleine dégueu et aux dents qui se déchaussent.

Je me jette sur eux et on roule par terre. On lutte, je me prends des pains, mais je rapproche ma bouche du gars que je veux contaminer. Quand je lui roule un patin, il tombe. Il a un moment de doute où il ne bouge plus, puis il se relève et il se jette aussitôt sur le voisin.

Et la mycose de l'amour se propage, comme ça, à une vitesse fulgurante. On contamine des quartiers et des villes entières. On organise de grandes séances de baisers collectifs pour venir à bout des dernières résistances. On est courageux. Si le gars se défend, on le prend d'assaut. On tombe sous son feu, mais on s'en fout, on arrive au finish à lui rouler un palot.

Il n'y en a plus beaucoup, des gars comme ça. On a enjambé toutes les clôtures et on s'est répandus dans toutes les campagnes. On a même envahi les forêts. On a été très loin. Jusqu'au pôle Nord. Il n'y a que l'ours polaire qui résiste. Il t'arrache la tête quand tu veux l'embrasser.