L'apocalypse des homards
Solitude lavable
— Ah non ! C'est moi !
C'est ma fille. Elle est en chemise de nuit et elle veut se brosser les dents.
— Ben non, je dis. Tu vois, j'y suis…
Je verrouille la porte. Elle s'amuse, elle est pas contente. Elle frappe dessus.
— Fais vite !
Ça se calme, je suis enfin seul. Je me déshabille. Je mets mes fringues sales dans le bac à linge, mais auparavant, je cherche…
Sa culotte. Voilà, elle est là. Sa journée studieuse sur les bancs de l'école. Les anxiétés, les joies… Quelques gouttes de pisse…
Vite, je sniffe. La merveilleuse molécule me troue le crâne. Et c'est pas l'odeur de ma femme, ni la mienne. La fée nature a combiné les nombres pour trouver quelque chose d'unique. C'est tout de même incroyable.
Puis je sors mon poppers. Une molécule qui troue le crâne aussi. Je fais des va-et-vient entre la culotte et le petit flacon et je me masse au-dessus de l'évier. Je regarde ma gueule, elle devient toute rouge, ça ne va pas tarder.
Oui, c'est raide, d'accord. Mais c'est purement organique. En plus, je ne nuis pas. Je vole un peu de la molécule de ma fille, mais c'est pas grand-chose à vrai dire. Et elle l'a jetée, sa culotte. Après tout, tout le monde peut la ramasser.
Et je devrais avoir peur ? De quoi… du gros œil qui te regarde de l'intérieur ou de je ne sais où ? des autres ? Non… Je suis enfermé dans ma salle de bain et l'émail monte jusqu'au plafond. C'est parfaitement étanche.
— Hé… C'est terminé ?
— Oui…
La belle voix traverse la porte. Quelques vibrations qui surfent sur des molécules d'air. On peut aussi en profiter. J'ouvre le robinet et je nettoie l'évier. Les miettes de plaisir sont vite avalées.