L'apocalypse des homards
Les pertes blanches automatiques
Je me prends une baffe, ça me réveille. Je suis à poil, ligoté sur une chaise au milieu d'une pièce. C'est un tribunal populaire de nanas. Elles ont pris le pouvoir dans le quartier. Des biomarcusiennes, qu'elles s'appellent.
— Dis donc… Tu ne serais pas un peu misogyne, par hasard ?
— Ah ? C'est que…
Baffe encore. Je ne suis pas bien précis, il faut le dire. Sans doute que ça mérite des baffes. Elles ont des cuissardes et du vinyle. Qu'est-ce qu'elles sont belles !
Baffe à nouveau.
— On ne peut rien en tirer…
Elles se concertent. La chaise est montée sur des rails et il y a un aiguillage.
— Rééduc ! dit la juge.
La préposée aux leviers actionne le levier qui va bien et je démarre aussitôt. Ça fonce dans une porte, mais elle s'ouvre un peu avant.
Et je fais des huit pas possibles. Je hurle, ça accélère pire que la chute libre. Et ça m'éjecte. Un vol plané incroyable me fait vivre des gorges et des montagnes. Je glisse dans des crevasses et je me vautre dans des cavités roses.
Ça ne me fait pas mal. Tout est mou et tiède. Je me lève, j'ai un peu le tournis. Et je m'aperçois que je ne peux presque pas marcher. Mes chevilles sont prises dans un truc blanc et collant. Ça encombre tout le pied.
Il y a des gars assis dans un coin.
— C'est quoi ? je demande.
— Ta nourriture, mec…
— Les pertes blanches…
D'accord. Les pertes blanches engluent les chevilles automatiquement et ça fait nourriture et boulet à la fois. Pratique. Les oubliettes sont confortables. Elles sont humides, tempérées. Le rose pulse et nous éclaire. Il peut devenir rouge par endroits, mais jamais agressif. On est dans un bain perpétuel. Les gars sourient.
— Toi aussi, tu veux t'évader ?