L'apocalypse des homards
L'apocalypse des homards
Et j'ai une chance infinie. La porte de l'appartement de la petite étudiante craquante en dessous de chez moi est entrouverte.
J'entre, c'est l'écrin. L'intérieur est rose et le lit a plein de coussins. Les images sont planantes, exotiques, ça va être la fête des corps. On va y mettre les doigts et le plaisir sera brillant et magnifique.
Elle m'accueille. Je ne vais pas tenir, tellement c'est énorme. L'explosion est pour bientôt. Vite, je l'appuie contre le radiateur. Je la palpe de partout, c'est délicieux.
— Mais qu'est-ce que vous faites ?
Et là, c'est terrible. Une sale distorsion m'amène à l'affreuse réalité. C'est pas du tout la petite étudiante craquante, que je suis en train d'appuyer contre le radiateur…
C'est la mamie du graillon impensable et de la radio qui grésille ! Un truc insensé ! Dégueu ! Pas du tout l'ange que je mérite !
Vite, je m'éjecte. Je me jette dans la cage d'escalier et je fuis le plus rapidement possible. Mais, je ne vais pas très vite, en fait. Je peux à peine marcher. D'ailleurs, à ce stade, ce n'est plus vraiment de la marche. Je m'aide des coudes et je progresse par saccades, sur les marches, en faisant des bonds de tout le corps. Il y a un ramdam de folie dans l'escalier, mais je m'en fous, j'arrive à mon palier.
La porte est fermée. Je gratte, mais on ne m'ouvre pas. Si elles croient qu'elles vont s'en tirer comme ça… C'est pas une petite porte de merde qui va me résister. Je plonge mes pinces là-dedans et j'arrache tout.
Et je rentre dans mon trou. Les potiches pètent autour de moi, mais c'est normal. C'est bien trop encombrant, toutes ces merdes. Ma femme téléphone à la police et ma fille me repousse au fusil à pompe. Ça fait mal, ma carapace craque. Les jus coulent, la chair pendouille, mais mes centres vitaux sont enfouis profond.
Alors, j'avance.