L'apocalypse des homards
Le néant de l'adolescence
Je descends les escaliers minables et je dis tout haut :
— Je t'aime.
Ça m'est venu d'un coup. Je m'arrête, tellement c'est fort. Je parle de qui ? de quoi ? Je cherche, et rien ne s'accroche. Aucune femme neuve ou ancienne. Une idée féminine, mais ça peut tout aussi bien devenir Dieu. C'est autre chose que les escaliers, c'est tout.
Et je réalise que je la connais, cette sensation. Je serre contre moi le néant de l'adolescence. Trente ans après, j'en remâche le goût terrible. Ça m'arrache un sourire. Et je continue de descendre les escaliers minables.