Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 8
On a déménagé il y a dix ans, pour que mon père réalise son rêve d’ouvrir une boulangerie-pâtisserie aux États-Unis. J’avais dix ans et j’ai très bien vécu le déménagement, ce qui n’a pas forcément été le cas de mon frère qui a perdu ses amis. Il n’a pourtant jamais eu de mal à s’intégrer auparavant, à ma connaissance. J’essaie de réfléchir aux raisons qui ont pu pousser ces connards à harceler mon frère. Est-ce que c’est parce qu’on est français ? Cette raison me semble incohérente, et pourtant je ne trouve rien d’autre.
Mes origines françaises m’ont poussé à devenir pâtissier puisqu’ici aux USA, il n’y a pas de nourriture meilleure qu’en France. Mon pays natal n’est pas le plus réputé en termes de pâtisserie pour rien ! Le réel inconvénient de ce métier, c’est bien l’heure à laquelle il faut se réveiller. Cela fait déjà quelques années, mais je ne suis pas certain de réussir à m’y habituer, même avec le temps.
Ce soir, je suis vraiment fatigué, après avoir enchaîné une grosse journée de travail et un entraînement de basket. Je descends quand même dans la cuisine, demander à ma mère si elle a besoin d’aide. Je sais qu’elle aime lorsque nous préparons le repas ensemble. Mon père est au salon, il regarde la télévision, lorsque je passe à travers la pièce, il m’interpelle :
— Il est où ton frère ?
— En haut, dans sa chambre.
Il prend la télécommande pour baisser le son et ajoute :
— Dis-lui de descendre. Et qu’il relève la tête, faut qu’il arrête de se cacher, putain ! Lundi il retourne en cours et c’est tout !
— Euh, ouais, OK.
Je ne sais pas quoi dire, je m’empresse de monter les escaliers et toque un coup à la porte de la chambre de mon frère. Je la pousse un peu et lui dis de descendre. Il acquiesce et je retourne dans la cuisine.
— Tu as besoin d’aide, maman ?
— C’est gentil, tu peux mettre la table, s’il te plaît.
Elle fait une pause, mais continue de me fixer, puis elle s’approche et parle tout bas :
— Ça va pour Alex ?
— Ouais. Il m’a parlé, lui confié-je.
— Il t’a dit ce qu’il s’est passé ?
Je hausse les épaules, et décide de garder les confidences de mon frère pour moi. Tout en sortant les assiettes du placard, je continue :
— Ouais, mais ça va aller maintenant. Faut le soutenir, faut qu’il reprenne confiance en lui et…
— Quoi ? me demande-t-elle impatiente.
— Nan, rien… dis-je en faisant une pause.
— Tu crois qu’il doit changer de lycée ? me questionne-t-elle comme si elle lisait dans mes pensées.
— Je sais pas, maman, ce serait comme les laisser gagner, avoir le pouvoir sur lui et…
Elle lance son torchon sur ses épaules et change brusquement de sujet :
— Et le basket, ça a été l’entraînement ?
Je comprends qu’elle fait diversion lorsqu’elle voit Alex rentrer dans la pièce. J’aimerais pourtant qu’elle parle avec mon petit frère de ce qui s’est passé. Je sais qu’Alex n’a pas forcément envie de tout lui dire, mais je pense que ce serait une bonne chose qu’il se sente soutenu. Si ce n’est pas par mon père, au moins qu’il ressente le soutien de notre mère. Ça me désole qu’elle ait changé de sujet si rapidement. Elle aurait justement pu lui en parler à ce moment, mais je suppose que ça vaut mieux pour ce soir. Je n’ai pas le courage d’affronter un énième esclandre. Mon frère sait que je suis là, quoi qu’il arrive. Du moins, je l’espère, après notre conversation tous les deux, il ne m’a plus reparlé de tout ça, et moi non plus. Je n’ai pas envie qu’il doive ressasser tout cela à la maison. En revanche, je ne suis pas certain que le changer de lycée soit judicieux, cela donnerait raison à ces mecs et surtout, ils gagneraient. Non, ils doivent payer, ils doivent être dénoncés et être punis pour ce qu’ils ont fait. Le problème, c’est que je ne peux rien faire concrètement. Je ne sais ni à quoi ressemble ce Calvin ni avec qui il harcèle mon frère.
Le repas se passe sans encombre, Alex ne parle pas beaucoup, mais il participe un minimum aux conversations, ce qui rassure ma mère. Ses bleus sont toujours visibles et mon père évite son regard le plus possible. Je suppose qu’il ne supporte pas de voir son fils dans cet état, mais je n’arrive pas à comprendre sa réaction si violente. Il devrait le soutenir, mais non il est là à faire la sourde oreille. Je ne le comprends véritablement pas. Il a toujours été strict, mais sa fermeture d’esprit me désespère.
— Tu veux qu’on se matte un film ? proposé-je à Alex avant qu’il ne passe le pas de sa chambre.
— Nan, je vais jouer, décline-t-il mon offre.
— D’accord, si tu veux je suis là.
Il lève un pouce en signe d’approbation et rentre dans sa chambre sans un autre mot.
Wouah, merci !
Je m’écroule sur mon lit. J’allume quand même ma télé et mets une série. Mon téléphone vibre, je regarde dans la seconde et m’aperçois qu’il s’agit de Léna sur Match&Meet. Je réponds à quelques matchs, mais aucune fille ne m’intéresse vraiment. Elles sont toutes similaires et aucune photo ne sort du lot. Je réponds alors à Léna et nous discutons.
Nous parlons de notre journée, elle me raconte comment son entraînement de danse a été intensif puisqu’ils préparent un spectacle. Puis, nous abordons les séries que nous regardons en commun. Je lui propose que nous en regardions une ensemble, elle accepte directement et nous lançons une Netflix Party. Le principe est simple, nous pouvons regarder la même chose au même moment et avoir un chat de côté pour en discuter. Elle me rejoint et nous quittons Match&Meet pour nous écrire sur la discussion instantanée de la Netflix Party.
Après avoir regardé deux épisodes de Lucifer, nous retournons sur l’application pour continuer notre conversation. Il est tard, je suis fatigué, mes yeux tombent, mais je n’arrive pas à me résoudre à aller dormir. Je n’ai pas envie de couper le fil de notre discussion. Soudain, elle m’envoie un message qui me réveille aussitôt :
Léna : Est-ce que ça te dirait qu’on se
rencontre un jour ? J’ai vu que Match&Meet
organise pas mal de soirées.
Mon cœur s’arrête une seconde. Je sais que c’est l’étape décisive, parce que nous parlons très bien par message, mais dans la vraie vie, je ne sais pas si nous aurons le même feeling. Et si nous ne trouvions rien à nous dire ? Et si je ne lui plaisais pas finalement ? Et si elle n’était pas comme par message ? Tout autant de questions qui tournent dans ma tête en l’espace de quelques secondes. Je respire un bon coup et me détends.
Je décide d’envoyer au placard mes interrogations et me lance :
Julian : Ouais ce serait cool.
J’envoie en même temps un message à ma meilleure amie, pour qu’elle me donne des conseils :
Julian : Rox ! Tu dors ? J’ai besoin de ton aide.
Léna m’a proposé qu’on se rencontre, tu crois que
c’est trop tôt ?
Bon, après tout, peut-être que je m’emballe, elle a écrit « un jour » dans son message, donc elle ne l’envisage pas forcément dans un avenir proche. Mais au bout d’une semaine, c’est peut-être trop tôt… Il est vrai que je n’ai pas l’impression que ça ne fait que sept jours qu’on se parle, tout est naturel dans nos discussions. Et nous avons parlé des soirées entières, donc ça revient à plus que dans la vie « réelle », non ?
Mon téléphone se met à vibrer quatre fois, je reçois une réponse de Léna et Roxane en même temps. J’ouvre celui de Rox en premier :
Roxane : Hey ! Je dors pas non. Mec, fonce !
Arrête de te poser des questions, parce que je suis
sûre que c’est ce que tu fais là. Arrête de réfléchir et
lance-toi, bordel !
Elle est toujours aussi directe, même à travers un message et ça me fait rire. J’ouvre alors celui de Léna sur Match&Meet :
Léna : Cool ! On se programme ça demain ?
Julian : Tu veux qu’on se voie demain ?
Léna : Non, mais on regarde quand est-ce qu’il y
a une soirée, demain ?
Julian : Ah, oui ! Ça marche. Désolé j’ai pas
bien lu ton message.
Léna : Pas de soucis ! Ce serait cool de pouvoir
te voir.
J’émets un sourire derrière l’écran de mon téléphone. Je me rends compte de ce que je viens de faire : accepter de rencontrer quelqu’un que je ne connais pas et avec qui je n’ai échangé que sur Internet. C’est une grande première pour moi et j’admets que je suis fier. Roxane a raison quand elle dit qu’il faut que je me lance. Les soirées Match&Meet sont peut-être plus cool que celles de mes potes, qui sait !
Avant de m’endormir, je recherche la vidéo que Léna m’a envoyée, celle où elle danse. Je clique de nouveau sur le lien et en à peine quelques secondes Léna se déhanche sur mon écran. Elle est accompagnée d’un mec, je lis la description et découvre que les danseurs sont Léna Hank et Lyam Carter. Son partenaire s’appelle donc Lyam. Ils sont en phase et se complémentent dans leur danse. Lyam a des gestes précis et très lents. Il porte un jeans noir et est torse nu, tandis que Léna porte une robe bleue qui lui va jusque mi-cuisses. Je peux clairement apercevoir les abdos en béton de Lyam, il dégage une sacrée prestance et il vit la chanson à cent pour cent. Ses pas sont doux et forts à la fois, je suis fasciné par la légèreté de ses mouvements.
Mes yeux se ferment peu à peu et j’éteins mon téléphone, pour m’endormir en pensant à notre conversation.
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