Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 11
— Elle était… je ne sais pas, quelconque, non ?
— Julian, tu viens vraiment de dire que Léna est quelconque ? Bah putain, moi aussi j’aimerais être quelconque alors ! Elle est magnifique, et elle a l’air d’être vraiment bien !
— Oui, c’est sûr qu’elle est jolie. Mais… Elle était différente de nos conversations, dis-je en hésitant à lui dire le fond de ma pensée.
— C’est vrai ?
— Ouais… Par message, elle est drôle, elle a beaucoup d’humour et… je ne sais pas, c’était étrange.
— Bon, j’avoue qu’elle n’avait rien de très drôle là, c’est clair. Mais elle est sympa et puis c’est que la première fois que tu la rencontres, continue de lui parler et tu verras la prochaine fois ?
— Ouais, c’est ça.
— Mais oui, tu verras bien ! Je pense qu’elle mérite une chance.
— Tu as vu comment il me dévisageait Lyam ? éludé-je sa remarque.
— Son meilleur ami ? Ouais, il n’a pas arrêté de te fixer de la soirée ! Peut-être qu’il a peur de la concurrence, dit-elle en me faisait un clin d’œil.
— Dis pas n’importe quoi ! Mais il dégage un de ces trucs !
— Euh, ouais si tu le dis.
Je raccompagne Roxane et la remercie d’être venue, puis je rentre chez moi. Je dois dormir si je veux être en forme demain. Je pourrai repenser à cette rencontre plus tard, lorsque j’aurai les idées plus claires.
Le smoothie est à sa place habituelle dans le frigo, ce matin je remarque que ma mère l’a fait à la framboise et je savoure son goût frais dans ma bouche. Prêt à affronter ma journée, je claque la porte d’entrée et fais face à la brise du matin. Je marche jusqu’à la pâtisserie.
Mes pensées se dirigent à nouveau vers Léna et la soirée de la veille. Je n’arrive pas à trouver les mots exacts pour définir ce que je ressens. Mon cœur n’a pas été emballé par notre rencontre. Elle était vraiment différente, loin des délires que nous avons eus sur Match&Meet. J’ai presque cru qu’elle ne savait pas de quoi je parlais parfois. Je pense qu’elle était très stressée à l’idée de me voir en vrai, tout comme je l’étais. Mais au fil de la soirée, même lorsque je la sentais détendue, j’ai senti une sorte de gêne.
J’aime toutes nos conversations par messages, mais il n’y a rien eu de tout cela hier soir. Et la déception me gagne petit à petit, plus j’y pense, plus je me dis que ça aurait dû être mieux. Je pensais sincèrement que ça allait mieux se passer que ça. Match&Meet vous promet de passer une soirée inoubliable, de rencontrer l’amour de votre vie, mais je pense que je vais m’arrêter là avec cette appli.
J’ai perdu ma soirée avec une personne que je pensais totalement différente. C’est sûr qu’elle est jolie, je ne peux pas lui enlever cela, mais je ne sais pas, c’est comme si cela m’importait que très peu. Roxane pense que je peux lui donner une chance et je suis d’accord. Mais je n’ai pas envie de me forcer non plus. Par-dessus tout, je n’ai pas envie de perdre mon temps et mon énergie. J’ai l’impression d’être un con qui n’a pas apprécié la compagnie d’une jolie fille… Mais peut-être que ça arrive à d’autres personnes, de se sentir différent ?
Je ne lui écris pas de la journée et après avoir vérifié, elle ne m’a pas écrit non plus. C’est peut-être mieux comme ça. Mais il va bien falloir que nous nous parlions, ne serait-ce que pour mettre les choses au clair et qu’elle ne se fasse pas de faux espoirs.
Cette déception me poursuit et un sentiment étrange s’empare de moi. C’est comme si je me décevais moi-même de penser ça. J’aurais aimé qu’on passe la meilleure soirée de notre vie à parler de tout et de rien et à rigoler ensemble. Mais la réalité est tout autre. Lorsqu’on attend une chose, cela n’arrive rarement comme on l’a imaginée. J’ai besoin de me changer les idées. Je mets alors de la musique dans la cuisine et me mets à pâtisser. Il est quinze heures et même si j’ai fait des choux à la crème, des brioches et des macarons toute la matinée, j’ai besoin de continuer. Cela m’aide à ne plus penser à rien d’autre qu’à ma recette. Je prépare alors un entremets à la framboise. Je l’apporterai à Roxane, je suis certain qu’elle sera ravie de le manger au dessert ce soir et sa famille sera sûrement heureuse aussi.
Parfois, nous voyons tellement de gâteaux pendant la journée, que lorsque je fais quelque chose à la maison, personne ne le mange. J’en profite alors pour l’offrir à mes proches, que ce soit Roxane ou des amis de mes parents. Ma famille est restée en France, donc je peux difficilement leur en apporter.
Mon frère rentre du lycée pile au moment où je mets le gâteau au frais.
— Yo ! J’suis rentré.
— Salut ! Ça va ?
— Ouais, ça te dit d’aller courir ?
Étonné par sa proposition spontanée, je fais une pause dans mon mouvement et lui réponds :
— Quand tu veux !
— Je me change et on y va ? J’ai envie de bouger.
— Tout va bien, Alex ?
— Ouais, ça va. Je reviens !
— OK ! Laisse-moi le temps de mettre un short aussi.
Il monte les escaliers et je le suis peu de temps après.
Nous courons à allure régulière jusqu’à la plage, et je savoure ce moment où il n’y a aucun son, mis à part les vagues qui se jettent sur le sable. Au loin, nous voyons les touristes se pavaner sur la plage, mais nous sommes bien trop loin pour les entendre.
Alex me parle de tout sauf du lycée, et je comprends alors qu’ils ont recommencé, ces connards. Je ne dis rien, mais il émet une idée qui me donne la puce à l’oreille :
— Je vais me mettre à la boxe.
— Toi ?
— Ouais, tu fais bien du basket. Bah moi, j’ai envie de faire de la boxe.
Je comprends qu’il veut faire ce sport uniquement pour se défendre contre ses harceleurs et je ne peux que le soutenir.
— Bonne idée, vas-y, tu me montreras ce que tu apprends, j’ai toujours voulu en faire, mais bon…
— Ouais, reste au basket, t’as pas les bras pour la boxe !
Il rigole et je m’arrête.
— Eh ! Je te permets pas ! On peut tous faire de la boxe, il suffit de s’entraîner !
Je sais qu’il se moque ouvertement de moi, mais je le laisse faire. Après tout, il a bien le droit.
— Nan sérieux, je vais m’inscrire demain.
Je suis si fier de lui, il se relève tout doucement de cette situation.
On continue de courir et je finis par lui raconter ma soirée. Je lui explique mon ressenti et fidèle à lui-même, il ne dit rien de spécial, il m’écoute et me laisse lui confier mes doutes.
C’est une chose que j’apprécie chez mon petit frère, parfois il sait qu’il n’y a rien à dire, que j’ai juste besoin qu’on m’écoute. Ce moment me fait du bien, plus que je ne voudrais bien l’admettre.
Nous rentrons à la maison, prenons chacun notre tour une douche et j’apporte rapidement le gâteau à Roxane. Elle n’est pas encore rentrée, je sais qu’elle est chez Aron, puisqu’elle m’a prévenu qu’il n’y aurait que sa mère. Je sonne et lui donne. Elle est ravie, me demande comment je vais et nous échangeons quelques mots.
J’aide ma mère à préparer le repas. Du moins, je n’ai pas trop le choix. Mon père regarde la télévision, comme à son habitude. Alex est sur la terrasse, il lit un livre pour les cours et profite du coucher de soleil que nous voyons depuis chez nous.
Soudain, alors que tout est calme, nous entendons mon père râler :
— Putain, mais ils peuvent pas être comme tout le monde, ceux-là.
Je ne sais pas de quoi il parle, mais j’échange un regard avec ma mère et elle hausse les épaules, signe qu’elle ne veut pas en savoir plus.
— Bien sûr, et c’est encore à nous de les accepter !
Je lève les yeux vers ma mère et elle me fait signe de ne pas aller voir de quoi il parle. Je n’en fais rien et me dirige devant la télé. Les informations parlent des nouveaux décrets pris par le président pour interdire la discrimination des personnes LGBTQIA+ au travail. Mon père écoute attentivement et s’énerve devant son écran :
— Non, mais et puis quoi encore ? On embauche qui on veut, et si on veut pas d’eux, bah qu’ils dégagent ! Pourquoi faire des lois ? J’ai pas envie qu’un pédé serve mon pain, c’est mon droit !
— Papa, c’est son droit de travailler au même titre que toi. Il n’est pas différent de toi ou moi.
Il m’écoute d’une oreille et d’un revers de la main, me dit de me taire.
Je soupire et retourne avec ma mère. Il s’énerve tout seul, et je sens que le repas va être encore tendu. Son étroiture d’esprit me désespère, je ne comprends pas comment il peut penser des choses pareilles.
Je regarde une série, essayant de me changer les idées, mais mon téléphone me rappelle constamment Match&Meet.
J’ai de nouveaux matchs, je pourrais peut-être parler à d’autres filles, pour avoir un point de comparaison. Je réponds à certaines d’entre elles et clique sur des cœurs, pour valider des matchs.
Roxane m’envoie un SMS au même moment :
Roxane : Coucou, désolée, j’ai eu une grosse
journée ! Merci pour le gâteau ! Alors avec Léna ?
Tu lui as reparlé ?
Julian : Coucou, c’est pas grave. Non, je lui ai
rien envoyé.
Roxane : Julian !!! Parle-lui, t’as rien à perdre,
essaie de voir si vous pouvez vous revoir, ou bien
parle-lui en visio !
Julian : La visio, bonne idée, on sera seuls.
Finalement, je prends mon courage à deux mains et écris à Léna sur Match&Meet :
Julian : Hello Léna, comment ça va ? Est-ce que
ça te dirait qu’on s’appelle en vidéo ?
Elle voit le message dans la seconde où je l’ai envoyé, à croire qu’elle n’attendait que ça. Une réponse arrive peu de temps après :
Léna : Coucou ! Ça va et toi ? C’était cool hier
soir ! Là je ne peux pas pour la vidéo, un autre
jour ?
Julian : Je vais bien. OK, ça marche.
On ne pourra pas dire que je n’aurais pas essayé.
Léna : Mais on peut parler par messages, je
préfère 😊
Nous parlons ainsi toute la soirée, et j’en oublie presque que nous nous sommes rencontrés la veille. Ce sentiment est étrange, comment est-ce que par écran interposé, nous pouvons développer de telles discussions ! Pourtant, je sais que je ne veux pas continuer à lui faire de faux espoirs. Le contact physique n’est pas passé, je ne pense pas qu’il passera un jour. Je n’ai pas ressenti le même feeling en vrai que sur Match&Meet. Léna a peut-être deux personnalités… Mais je ne veux pas devoir lui écrire toute ma vie pour être avec celle qui fait battre mon cœur plus vite. C’est étrange de s’attacher à quelqu’un de cette façon, finalement je suis attaché à la Léna virtuelle et non pas à elle-même…
Mes sentiments se brouillent et je sais que demain, je lui dirai que je ne veux rien de plus. Je sais aussi que nos chemins se sépareront à cet instant… Parce que sur Internet, il est facile de tout arrêter, du jour au lendemain, de ne plus répondre, de ne plus s’écrire.
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