Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 31
Je me réveille dans une chambre blanche, l’odeur est nauséabonde. Je mets plusieurs secondes à ouvrir correctement les yeux. Enfin il n’y en a qu’un seul qui répond correctement. L’autre est sûrement trop gonflé pour que je puisse ouvrir la paupière. Mon cœur bat très vite lorsque je me rappelle les événements. La dispute, la voiture, le bruit affreux qui me revient dans les oreilles.
Et Lyam.
Je me redresse dans le lit et la porte s’ouvre brusquement. Mes parents entrent en trombe, suivis de près par ce qui me semble être des médecins.
On vient alors m’expliquer que j’ai eu un accident dans la voiture d’un certain Lyam. Mon frère se pince les lèvres, je zieute mes parents et ils sont morts d’inquiétude. On me diagnostique seulement un bras cassé. En effet je regarde mon bras et le trouve plâtré.
Je n’ai pas vraiment mal, mais je pense surtout à Lyam.
— Et Lyam ? Comment il va ?
Les médecins et mes parents échangent un regard entre eux. Un des deux hommes en blouse blanche me répond :
— Il a eu moins de chance que toi. Le choc a été très violent. Il est dans le coma, mais j’ai bon espoir pour qu’il se rétablisse très vite. Son pronostic vital n’est pas engagé.
Comme si je retenais ma respiration depuis tout ce temps, je souffle de soulagement. Enfin, je retiens malgré tout qu’il est dans le coma et que notre accident était grave. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que tout ça, c’est à cause de moi. Les médecins me donnent quelques recommandations et me disent que je peux sortir dans la journée de demain. D’un coup je me retrouve seul avec mes parents et Alex.
— Tu nous as fait la peur de notre vie ! commence ma mère.
— Ça va ? s’inquiète mon frère.
Mon père ne dit rien, les dents serrées, il attend une réponse de ma part.
— Ça peut aller.
J’observe l’horloge et comprends qu’il est presque minuit. J’ai dû être assommé pendant un sacré moment. Je redoute fortement le moment qui va suivre, mais je ne peux clairement pas y échapper.
— C’est qui ce Lyam ? demande mon père. Et qu’est-ce que tu foutais dans sa voiture ?
Je baisse les yeux, et cherche les bons mots.
— Je leur ai dit, me devance Alex.
Je dirige mon regard sur lui et il hausse les épaules, comme s’il était gêné.
— Donc… Vous savez ?
— Dis-moi qui est ce putain de Lyam ! s’énerve mon père.
Ma mère quant à elle me regarde avec un doux regard. Je ne sais pas quoi répondre, alors j’opte finalement pour la vérité.
— Mon copain.
Je baisse immédiatement le regard sur mon plâtre et fais mine de m’y intéresser plus qu’à ce que je viens de dire. Mais ma mère s’assied à mes côtés.
— Alex nous a dit que c’est ton petit ami… Tu es… ?
— Oui, maman.
— Dites-moi que je rêve ! Tu rigoles j’espère ? Alex je pensais que c’était une blague ! Une putain de blague ! C’est pas la vérité ?
Il s’emporte et fait valser une couverture au pied du lit. Il fulmine de l’intérieur et ne cherche même pas à comprendre davantage. Il n’essaie pas de poser des questions sensées, non il est fou de rage et sort de la chambre en criant :
— Mon fils n’est pas gay, d’accord ?
Un long silence s’en suit, je n’ose rien dire d’autre. Je crois qu’Alex et ma mère attendent quelques secondes avant de trouver quelque chose d’intelligent à dire.
— Oh mon chéri, je… Je ne l’aurais jamais pensé, mais…
— On te soutient, termine mon petit frère.
— Je veux que tu saches que ça ne change rien pour moi, pour ton père c’est plus compliqué, mais crois-moi il s’en remettra… Et puis, il ne pourra rien n’y changer.
Je lève mes yeux pour la fixer, abasourdi par ce que je viens d’entendre. Un certain soulagement me traverse. J’avais tellement peur qu’elle ne veuille plus me parler, ou qu’elle ne comprenne pas.
— Julian, c’est certain que je ne m’y attendais pas, et je pensais sincèrement que tu voyais une fille en cachette… Mais si tu es sûr de toi et que tu aimes les hommes, eh bien, je crois que tu restes quand même mon Julian, non ?
Elle tente un léger sourire et je me redresse pour la prendre dans mes bras, tant bien que mal avec mon plâtre.
— Merci, dis-je.
— Alex m’a tout raconté… Et pour les coups aussi, je suis désolée, vraiment.
Je ne réponds rien, ne voulant pas gâcher ce moment.
— Pourquoi ne pas nous l’avoir dit plus tôt ? se demande-t-elle.
— Parce que je ne savais pas comment vous le dire…
— Oh, je vois…
— Mais le plus important, c’est qu’il soit heureux avec Lyam, non ? ajoute mon frère pour me défendre.
— Oui, bien sûr…
Je sais que la nouvelle doit être certainement difficile à encaisser pour elle aussi. Je vais lui laisser tout le temps nécessaire.
Nous passons un long moment tous les trois. Je leur raconte ma rencontre avec Lyam. Ma mère n’en revient pas, elle me pose beaucoup de questions, auxquelles je n’ai pas forcément à chaque fois une réponse. Finalement, ils doivent partir, car les visites ne sont pas officiellement acceptées à cette heure-ci.
Je dois rester cette nuit en observation et je demande à mon frère de se renseigner pour voir l’évolution de la situation de Lyam. Je me sens tellement impuissant, je ne peux rien faire, ni aller le voir, ni savoir réellement tout ce qu’il a eu.
Je ne tarde pas à tomber dans un sommeil profond, épuisé par tous les événements qui sont arrivés.
Je suis réveillé en sursaut par les infirmières qui viennent prendre mes constantes à sept heures trente du matin. Elles font tous les examens dont elles ont besoin et je leur demande quand je pourrai sortir. J’ai très vite une réponse. Ce ne sera pas avant la fin d’après-midi parce que j’ai encore un scanner à passer pour vérifier que tout est bon.
— Est-ce que je peux aller voir quelqu’un dans l’hôpital ?
— Tu veux aller voir ton ami ? Celui avec qui tu es venu ?
— Euh, oui ?
— Je vais voir ce que je peux faire, me dit l’infirmière avec un clin d’œil.
En attendant, je parcours mon téléphone que mon frère m’a rapporté hier soir. Je ne l’avais pas dans l’accident, il est donc intact.
— Je peux t’y emmener dans deux heures, m’annonce l’infirmière en repassant la tête dans l’embrasure de la porte.
— Merci !
Je somnole un peu, mais le bruit de quelqu’un qui toque à la porte me sort de ma léthargie.
— Entrez ?
— Julian ! J’ai eu tellement peur quand ton frère m’a prévenue !
Roxane entre en trombe dans ma chambre et m’enlace doucement.
— Salut.
— Comment tu vas ?
— Ça va, j’ai un peu mal aujourd’hui. Ils ne m’ont pas redonné de morphine.
— Aïe. Bon, j’espère que tu vas tout me raconter, parce que ton frère m’a dit qu’il en avait assez fait comme ça…
Je secoue la tête et lui explique alors tout le dérouler de ma journée de merde. Elle n’en revient pas, pousse toutes sortes de « oh » ou « ah » et lorsque je termine, elle souffle un bon coup.
— Wouah, mais je suis pas là un jour et voilà où je te retrouve ! Sérieux, ça aurait pu être beaucoup plus grave votre accident. Ça craint.
— Je sais… Je m’en veux tellement si tu savais.
— Bon, c’est pas vraiment de ta faute…
— Un peu quand même, si j’avais répondu aux messages de Lyam, il ne serait pas venu… dis-je abattu.
— On referait le monde avec des si ! Alors je t’interdis de dire ce genre de chose. Le plus important, c’est que tu sois là, sain et sauf. Comment va Lyam ?
— Je ne sais pas vraiment, mais je peux aller le voir normalement dans pas très longtemps.
— Oh d’accord.
Une infirmière rentre sans toquer et me prévient que justement je peux me rendre dans la chambre de Lyam. Elle m’indique le numéro et me demande de ne pas y rester trop longtemps.
Roxane m’accompagne alors jusqu’à la chambre. J’ai peur d’entrer alors elle tape deux petits coups contre la porte.
On entend quelqu’un nous autoriser à entrer. Soudain, je me dis que s’il n’y avait eu personne à l’intérieur, ce n’est pas Lyam qui nous aurait répondu étant donné qu’il n’est pas éveillé.
— Oh Léna, salut.
Nous nous saluons et échangeons quelques banalités. Je prends mon courage à deux mains et lui demande :
— Comment il s’en sort ? Je suis vraiment désolé…
— Il est dans le coma, mais pas profond. On sait qu’il peut se réveiller d’un moment à un autre, mais je n’ai pas compris tout le jargon médical, désolée, s’excuse-t-elle.
— D’accord. T’en fais pas, merci.
— Tu étais avec lui dans la voiture, n’est-ce pas ?
Je m’approche du lit de Lyam. Il est étendu paisiblement sur les draps, et un petit tuyau sort de son nez. Plusieurs hématomes recouvrent son visage et ses bras. Je suis triste à l’idée de le savoir là, mais rassuré à la fois qu’il soit hors de danger. Les remords m’assaillent, je m’en veux de m’être disputé avec lui. La dernière chose que je lui ai dite me revient à l’esprit et je suis pris de regrets de lui avoir crié dessus.
Roxane et Léna discutent entre elles et sortent pour me laisser un moment seul avec lui. Je lui prends la main pour lui chuchoter à l’oreille de se battre, de revenir à moi et de ne rien lâcher.
Je m’en veux tellement de lui avoir crié dessus, je ne lui reprochais rien… J’étais en colère contre moi-même, contre ces gars qui ne comprennent rien. Je ne pense pas pouvoir lui expliquer ce que j’ai ressenti à cet instant-là. Mais j’ai pété les plombs. Ça a l’air si simple pour Lyam d’aimer les hommes… Alors que j’arrive tout juste à l’accepter, pourtant lorsque j’y pense, je ne me vois pas faire les choses différemment avec Lyam.
L’espace de quelques instants, je prends conscience de l’importance qu’il a dans ma vie. Bien que nous soyons ensemble depuis à peine quelques jours, il s’est insinué en moi et il m’est impossible de ne pas penser à lui une seule seconde. Mon cœur tressaute au contact de sa peau et je rêve de l’embrasser, là. Je dépose un léger baiser sur ses lèvres endormies et je prie de toutes mes forces pour qu’il se réveille très vite.
Je prends conscience à cet instant précis que mes sentiments pour lui sont réels, que tout cela va bien au-delà de nos conversations sur Match&Meet. Lyam m’a ouvert les yeux sur qui je suis et je l’ai découvert en l’ayant à mes côtés. Mes sentiments grandissent chaque jour un peu plus et je sais que je ne pourrai pas affronter toutes les révélations que j’ai faites, sans lui.
Il est ma lumière dans cette obscurité et mon pilier dans ce raz de marée que sont mes pensées.
OceanofPDF.com