Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 32

 

Je suis sorti hier de l’hôpital et je sais déjà que je ne pourrai pas travailler correctement avant un bon moment. Je suis en arrêt, mais j’ai convenu avec ma mère que je viendrai quelques fois, pour m’assurer que l’apprenti s’en sorte. Mon père ne m’a pas adressé un seul mot depuis que je suis rentré et il ne daigne même pas me regarder.

Notre relation a toujours été plus ou moins conflictuelle, mais je ne pensais pas que cela me ferait autant mal de savoir qu’il ne m’accepte pas. Sa réaction me paraît démesurée. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’essaie même pas de discuter avec moi. Il est totalement hermétique à la situation et cela me pèse. Je préfère malgré tout laisser quelques jours passer, pour ne pas faire de vague supplémentaire.

Mon bras est mal en point, le plâtre est lourd et ça me démange à l’intérieur. Malheureusement pour moi, je n’ai pas le droit de me gratter.

Le basket, c’est terminé pour de longues semaines également. De toute façon, je n’ai aucune envie de revenir dans l’équipe. Le coach m’a appelé ce matin, il voulait des explications, je lui en ai donné vaguement, mais ne lui ai pas dit la vérité. Je n’y arrivais tout simplement pas. Je l’ai prévenu de mon long arrêt à la suite de l’accident et il n’a pas cherché plus loin.

Victor m’a écrit des messages et je ne sais pas vraiment quoi en penser. Je crois que je ne lui en tiens pas rigueur en fin de compte. Il n’a rien dit lorsqu’il a appris dans les vestiaires et finalement, je n’ai rien à lui reprocher.

Victor : Salut, je suis vraiment désolé pour ma

réaction. J’espère que tu m’en veux pas, mec

Julian : Salut, nan t’inquiète.

Victor : Je pensais que tu voulais plus me parler

Julian : J’ai eu un accident, désolé, je te

raconterai

Finalement, mon téléphone sonne et Victor veut tout savoir. Je lui explique alors les grandes lignes et nous passons un petit moment à discuter.

 

J’ai décidé de me rendre au gymnase avec Roxane cette après-midi, afin de chercher des affaires que j’ai laissées dans mon casier. N’ayant aucune envie d’y entrer seul, je lui ai demandé d’y aller à ma place. Nous sommes donc en chemin dans sa voiture et la musique à fond, nous chantons en cœur le refrain de « Save your tears » de The Weeknd.

 

— Bon, c’est lequel ton casier ? Que je ne me trompe pas de numéro quand même !

— Le 184, dis-je en lui donnant la clé.

— Je reviens ! lance-t-elle en l’attrapant et en se dirigeant vers la porte d’entrée.

Je reste sur le parking, et sors une cigarette. Cela fait quelques jours que je n’ai pas fumé et je ne m’en étais même pas rendu compte. Peut-être que Lyam a des effets positifs sur moi.

Je m’inquiète pour lui. Je vais aller le voir tout à l’heure, mais j’ai besoin de Roxane pour qu’elle m’y emmène. Je n’ose pas vraiment demander à ma mère de m’y conduire.

Je tire une taffe et m’aperçois que quelqu’un tousse dans mon dos. Je me retourne et tombe sur Jordan, un mec de l’équipe. Je me recule instinctivement. Mon sang ne fait qu’un tour, j’ai peur de ce qu’il va me dire et surtout de ce qu’il veut me dire. Je ne comprends pas la raison de sa présence ici et j’attends qu’il ouvre la bouche avant de dire quoi que ce soit.

— Salut.

— Salut, dis-je prudemment.

— Ça va ?

— Euh ouais, merci.

— T’es pas venu à l’entraînement ?

Jordan s’approche tellement que je ne pourrais même pas tendre mon bras entre nous deux. Je recule encore, il me met mal à l’aise. Ne sachant pas ses intentions, je ne sais pas quel ton employer.

— Non, lui réponds-je perplexe en lui montrant mon bras dans le plâtre.

— Ah oui, c’est vrai.

Mais qu’est-ce qu’il veut à la fin ?

— Tu voulais quoi ? lui demandé-je en allant droit au but.

Il passe d’un pied à l’autre de droite à gauche et semble se lancer :

— J’ai appris que tu étais gay…

— Et ?

— Bah… Je l’ai jamais dit, mais je suis comme toi, tu vois… Je savais pas que tu l’étais aussi. Je l’ai jamais dit dans l’équipe justement parce que j’avais peur de ce qui t’est arrivé.

Il baisse les yeux et je termine ma clope.

— Euh d’accord… T’as bien fait, je crois.

— Je suis désolé pour ce qu’ils t’ont fait.

— C’est arrivé, c’est tout…

— Ça te dirait qu’on se voit un de ces jours ?

Hein, mais pour quoi faire ?

— Enfin, ça peut être cool de passer du temps ensemble ? ajoute-t-il avant que je n’aie le temps de lui répondre.

— Écoute, je ne sais pas…

Roxane arrive derrière nous en brandissant mes affaires d’un air triomphant.

— Ça y est, j’ai tout ! crie-t-elle.

Elle me fait les gros yeux et essaie de comprendre ce qui se passe. Je suis ravi de son interruption, je peux couper court à la conversation avec Jordan. Je suis complètement décontenancé, ne sachant pas du tout ce qu’il me veut. Peut-être qu’il pense juste à discuter avec moi à propos de notre orientation sexuelle, mais justement j’ai peur que ce soit déplacé.

— Merci, Rox ! Bon bah, à plus Jordan, dis-je en montant dans la voiture.

Il n’a pas l’air de comprendre pourquoi je coupe court à la discussion et semble déstabilisé.

Je grimpe rapidement dans la voiture et attache ma ceinture. Roxane démarre et déjà l’interrogatoire commence :

— C’était qui ? Qu’est-ce qu’il te voulait ? Ça va ?

— C’était Jordan, un gars de l’équipe. Ouais, je sais pas il m’a juste dit qu’il était comme moi et qu’il voulait qu’on se voie.

— Euh OK, Julian, ça sent la grosse connerie ça.

— Je sais pas…

— Je lui fais pas confiance, laisse tomber.

Je suppose qu’elle a raison, il m’a l’air bizarre. Mais d’un autre côté, peut-être qu’il est mal dans sa peau et qu’il cherche juste des personnes pour le soutenir… Je ne sais pas quoi en penser et décide de laisser ça dans un coin de ma tête.

 

Nous nous garons sur le parking visiteur de l’hôpital. Mon cœur s’emballe déjà à l’idée de voir Lyam. Nous prenons l’ascenseur et montons au cinquième étage. Je cherche le numéro de la chambre de Lyam. Une fois que nous arrivons devant sa porte entrouverte, je prends une profonde inspiration et entre.

Lyam n’a pas bougé d’un cil. Roxane reste près de la porte et je m’approche de son lit. Il n’y a pas d’autres visiteurs. Je profite de ce moment pour m’asseoir à ses côtés.

Je lui raconte alors ma journée, caresse du bout des doigts sa main et ce contact me fait du bien. J’ai ce besoin de connexion avec lui. Il me manque, ses messages quotidiens me manquent, tout me manque. J’ai tellement envie de le serrer dans mes bras, de discuter avec lui. C’est terriblement difficile de le voir dans ce lit, inerte, dans l’attente qu’il me revienne. Personne ne sait quand il se réveillera et rien qu’à cette pensée, mon cœur se serre.

 

Nous passons un long moment à ses côtés et Roxane reste silencieuse, respectant mon besoin de me tenir auprès de Lyam. Nous repartons après presque une heure. Personne n’est venu pendant notre visite et je suis soulagé de ne pas avoir croisé ses parents. Je redoute plus que tout le moment où je les rencontrerai. Puis, les rencontrer à l’hôpital ne serait vraiment pas le lieu idéal.

— Ça va aller ? s’inquiète-t-elle à mon égard.

— C’est tellement étrange de le voir ici, sur un lit… J’aimerais tellement lui parler, que tout soit comme avant.

Je baisse les yeux et nous marchons à travers le couloir qui nous mène vers la sortie.

— Si tu ne peux pas lui parler, écris-lui. Envoie-lui un message, écris une lettre, peu importe. Mais dis-lui ce que tu as sur le cœur. Lorsqu’il se réveillera, il pourra alors comprendre à quel point tu es attaché à lui.

Je prends une seconde pour réfléchir. Ça me paraît être une bonne idée.

— Je crois que je vais le faire, tu as raison, approuvé-je.

— J’ai toujours raison, non ?

Elle me fait un clin d’œil et nous sortons de l’hôpital.

Roxane me change les idées en me parlant de son podcast et je lui suis reconnaissant de parler d’autre chose. Sur le trajet, je ne peux pas m’empêcher de penser à Lyam malgré tout. Je suis effondré de le voir aller aussi mal. Je n’ose pas contacter ses parents, et Roxane est même surprise qu’ils ne m’aient pas contacté d’eux-mêmes. Après tout, j’ai fait un accident avec lui, ils auraient pu peut-être vouloir me rencontrer, voir comment je vais. Mais après réflexion, je ne suis pas certain que quelqu’un leur ait réellement dit ce qui s’est passé. Je suis surpris quand même que tout cela se passe ainsi.

 

Je rentre chez moi, les épaules voûtées et le ventre noué. Ce soir, j’ai terriblement envie d’écrire à Lyam. C’est tellement dur de rester sans rien faire. Je suis couché dans mon lit, à scruter le plafond. Je ne sais pas ce que j’attends, peut-être que Morphée me prenne dans ses bras et qu’enfin, j’oublie tout. Mais lorsque je ferme les yeux, des souvenirs de l’accident me ravagent. Je préfère les laisser ouverts, jusqu’à ce que mes paupières soient trop lourdes. Je prends une grande inspiration et me lève pour chercher mon téléphone. J’ouvre l’application Match&Meet et à la vue de nos messages, mes lèvres esquissent un léger sourire de nostalgie.

Je commence à taper des mots sur le clavier tactile et d’un seul coup tout est fluide. Je lui écris ce qui me passe par la tête, et cela me fait du bien. Je lui dis à quel point il est devenu important pour moi et combien il me manque. J’appuie sur le bouton « envoyer » et je me sens plus léger, comme libéré d’un petit poids qui me pesait.

 

On toque à ma porte, je me redresse dans mon lit et autorise la personne à entrer. Mon frère passe alors sa tête entre le cadre et la porte.

— Je peux ?

— Ouais, soupiré-je.

— Ça va ?

Je ne réponds rien, le fixant droit dans les yeux.

— Et lui, comment il va ? se risque-t-il à me demander.

Le simple fait qu’il s’en inquiète me fait chaud au cœur. Il a compris que Lyam était quelqu’un d’important pour moi et il me le fait savoir.

— Toujours dans le coma, mais ils ont espoir pour qu’il se réveille bientôt, apparemment il va bien. Il faut juste qu’il se réveille, dis-je dans un chuchotement.

— Oh. C’est déjà une bonne chose… Même si on aimerait tous qu’il ne soit plus dans le coma. C’est marrant, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu, mais je me mets à prier pour lui.

— Merci, Alex…

Il marche quelques pas dans ma chambre puis se pose à côté de moi.

— Tu veux qu’on se regarde un truc ? Ou tu veux qu’on joue à la Play ?

Je suis fatigué, mais un bon film avec mon frère devrait me remonter un peu le moral.

— On peut regarder un film, si tu veux.

Il se précipite alors d’allumer la télé dans ma chambre et s’installe confortablement sur la place vide dans mon lit. Je lui laisse le choix du film, peu m’importe du moment que je peux me concentrer sur autre chose.

Je somnole devant l’écran. Une vibration me surprend. C’est mon téléphone posé sur ma jambe qui vibre. Deux fois.

J’ouvre et vois une notification Instagram. Une demande d’abonnement et une demande de message privé.

@jordanbel a demandé à vous suivre sur

Instagram.

 

@jordanbel vous a envoyé un message.

 

Je fronce les sourcils, perplexe de reconnaître le nom de Jordan, celui qui est venu me voir cette après-midi. Je pensais pourtant avoir été assez clair sur le fait que je ne voulais pas passer de temps avec lui. Son message est banal, un simple « Salut comment ça va ? », mais je ne sais pourtant pas si je dois répondre ou non.

Toute mon attention est rivée sur mon téléphone et je ne suis plus les dialogues du film. Après de longues minutes de réflexion, je prends la décision de lui répondre. Si ça se trouve, il veut simplement parler et il se sent seul. Je suis passé par là, peut-être qu’on peut se soutenir mutuellement. Je lui réponds et coupe mon téléphone pour le poser sur ma table de nuit.

L’écran se rallume suivi par une vibration et déjà, je le prends dans mes mains pour le consulter. S’en suit une conversation toute simple, mais qui me laisse perplexe malgré tout. Je ne suis pas fondamentalement méchant, c’est pour cela que je décide de lui répondre, mais en même temps je ne suis pas totalement à l’aise avec l’idée de parler à un autre mec.

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