Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 9
Je suis en train de battre des œufs en neige et je vois mon téléphone s’allumer sur l’étagère devant moi. Je ne regarde pas tout de suite, trop occupé à ne pas louper ma préparation des meringues. C’est bientôt Pâques et les traditions américaines sont presque les mêmes qu’en Alsace en France. Ici c’est le lapin de Pâques qui apporte les œufs. Je ne suis pas trop dépaysé, mais les Français qui habitent Paris sont déroutés puisque ce sont les cloches qui apportent les œufs ailleurs en France. Il n’y a pas beaucoup de pâtisseries typiques ici, si ce n’est des sucreries, les œufs sont en plastique et on les remplit de bonbons ou de marshmallow aux couleurs de Pâques.
Je prépare un « lamala », ou agneau Pascal, nous sommes très connus dans la région pour être la seule boulangerie-pâtisserie qui en vend. C’est un peu comme une brioche, mais ça a plus la texture d’une génoise sous la forme d’un petit agneau. Mon père est fier d’avoir apporté cette tradition en Floride. La fête est dimanche prochain et je sais déjà que nous avons au moins une centaine de commandes pour ce biscuit particulier. Ma mère croule sous les coups de téléphone et mon père l’aide à assurer le service ce matin.
Lorsqu’arrive ma pause, je checke mon portable. Un message de Léna m’y attend :
Léna : Hello ! Bien dormi ? Je voulais te
demander quand est-ce que tu es dispo pour qu’on se
voie ? Il y a plusieurs dates de soirées de prévues. Ça
dépend de ce que tu veux faire, il y a plusieurs
thèmes.
Elle fait le premier pas, cela me plaît beaucoup. Je pensais qu’elle allait attendre que je propose à mon tour puisque c’est elle qui a émis l’idée hier soir.
Julian : Salut, ça va et toi ? Oui carrément, je
suis dispo quand tu veux ! J’ai rien de prévu. Je te
laisse choisir ce que tu veux faire.
Je regarde les différents thèmes proposés, et je vois qu’il y a des cours de cuisine à deux, des cours d’œnologie, des soirées simples dans un bar ou au restaurant. Un bar me paraît être la meilleure option pour discuter.
Léna : Mercredi prochain ? C’est juste dans un
bar.
Comme si elle avait lu dans mes pensées ! J’accepte tout de suite :
Julian : Yes, c’est parfait ça me va ! On en
reparle d’ici là ?
Léna : Oui bien sûr. Qu’est-ce que tu fais
aujourd’hui ?
La conversation continue normalement, comme si nous nous connaissions depuis toujours. C’est une sensation très bizarre, voire dérangeante quand j’y pense. Comment je peux me confier à une personne que je n’ai jamais vue ? J’ai du mal à réaliser parfois, mais cela me plaît. C’est agréable de discuter avec quelqu’un presque toute la journée et le soir aussi… Je me sens moins… seul. Pourtant, on pourrait dire que ce n’est que virtuel, mais Léna m’apporte une présence qui me manquait.
***
Mon frère est retourné en cours et je surveille de près son état chaque jour lorsqu’il rentre. Il n’est pas très bavard, mais je réussis à jouer à un jeu vidéo avec lui et nous regardons des films ensemble plusieurs fois dans la semaine. Je ne veux plus qu’il se sente seul au point de devoir tout garder pour lui. Nous en avons encore parlé ensemble, il m’a assuré qu’il n’est rien arrivé de plus cette fois. À chaque fois que je pense à ça, je suis énervé et j’ai envie d’aller leur casser la gueule. Alors même que je sais que je ne ferai pas le poids contre cinq mecs, quand bien même ils ont seize ans. Seul contre cinq, ce n’est jamais équitable. Je n’ai pas envie de mêler mes potes du basket à cette histoire. Pourtant, une idée me vient. Mes potes ont des petits frères ou petites sœurs dans le même lycée qu’Alex. Il se pourrait qu’ils connaissent ce Calvin et ses potes. Je garde dans un coin de ma tête ma réflexion et me promets d’y penser au prochain entraînement pour leur poser la question.
Parfois, j’ai l’impression d’avoir une vie rythmée chaque jour de la même façon, mon job me met dans une routine qui commence à me peser. Je travaille, je mange, je cours, je vais à l’entraînement et je rentre. J’ai envie de plus, j’ai besoin de plus. Alors je vais sur Match&Meet et chaque profil parcouru me change un peu les idées. Je regarde les photos, les descriptions et certaines me font rire, d’autres me font hausser un sourcil. L’envie de parler à quelqu’un d’autre que Léna n’est pas vraiment là, mais il faut dire que je me suis inscrit sur un site de rencontre. C’est pour en faire plusieurs, pas qu’une seule, si ? Et en même temps, j’aurais l’impression que c’est mal de parler à plein de personnes en même temps. Comme une trahison envers Léna avec qui je discute tous les jours. Je suis quelqu’un d’assez exclusif et j’ai du mal à me dire qu’elle parle à d’autres mecs. Mais c’est peut-être le cas, et je ne devrais pas m’en formaliser. Nous ne sommes personne l’un pour l’autre et elle ne me doit rien après tout…
Cette idée me poursuit jusque dans mon lit et alors que nous dicutons de notre journée, je lui demande :
Julian : Tu parles à d’autres mecs sur
Match&Meet ?
Léna : Je parlais avec un autre gars, mais il
était… con.
Julian : Et donc, maintenant ?
Léna : Plus qu’à toi Julian.
Mes lèvres s’étirent malgré moi et je ressens un petit pincement au cœur.
Léna : Et toi ? Tu parles à d’autres filles ?
Julian : Non, aucune autre.
Léna : Ça met la pression, haha. Au fait, je
voulais te demander quelque chose.
Julian : Oui ?
Léna : J’ai vu dans les détails de la soirée qu’on
peut emmener quelqu’un d’autre… Est-ce que ça te
dérangerait si mon meilleur ami vient avec moi ?
Disons que même si je te fais confiance, ce serait
cool qu’on ait une autre personne pour détendre
l’atmosphère si on sait pas quoi se dire ?
J’émets un mouvement de recul et en même temps je me dis qu’elle n’a pas tort, ce serait super gênant si nous n’avions rien à nous dire en face. Mais est-ce que j’aimerais que son meilleur ami vienne ? Une idée me vient alors à l’esprit.
Julian : OK. Je comprends, donc je viens avec
ma meilleure amie aussi ? Comme ça t’auras une
présence féminine.
Léna : Et toi une présence masculine. Deal ?
Je réfléchis une seconde et je me dis que c’est mieux que rien.
Julian : Ça me va !
Sauf que je n’ai pas pensé à un détail : Roxane ne voudra jamais m’accompagner ! Elle va encore dire que je ne suis pas capable de faire quelque chose seul. D’un autre côté, elle veut tellement que je rencontre quelqu’un, qu’elle ne peut pas me dire non. Elle voudra savoir à quoi elle ressemble dans la réalité, donc elle peut accepter. Et puis, en y pensant, je l’ai déjà accompagnée à un date une fois, quand elle avait peur de la tête du gars avec qui elle n’avait parlé que sur Tinder.
Je vais profiter du fait que nous nous soyons donné rendez-vous ce soir à la plage avec son copain pour lui en parler. Je me prépare, me change et embarque mon maillot dans mon sac. Je descends manger un bout avant de les rejoindre.
— Julian ! Tu t’en vas ? me demande ma mère.
— Ouais, je vais rejoindre Roxane et son copain.
Elle est soudain bien plus intéressée qu’avant :
— Elle a un copain ? Oh, mais c’est chouette pour elle ! Depuis quand ?
— Ça fait trois semaines, à peu près.
— Oh que je suis contente pour elle ! Tu lui passeras le bonjour.
Elle retourne à la lecture de son livre et je croque dans mon sandwich avant de lui répondre la bouche pleine :
— Ouais, merci.
Je sors en mangeant la fin de mon sandwich et marche jusqu’à la baie. J’arrive en sueur, il fait tellement chaud. Ma meilleure amie n’est pas encore arrivée et j’en profite pour mettre mon maillot rapidement et je me baigne dans la mer.
Il est dix-huit heures trente et le soleil va bientôt se coucher. L’eau est chaude, je pense qu’elle doit faire vingt-cinq degrés. Elle me rafraîchit malgré tout et je sors lorsque j’aperçois Rox et son petit ami arriver vers mes affaires. Elle a dû reconnaître mon sac et ma serviette.
— Coucou ! s’écrie-t-elle.
— Salut ! dis-je en marchant vers eux.
Roxane me raconte sa journée et elle s’extasie à propos d’expériences qu’elle a réalisées en cours. Je l’écoute avec attention et Aron également. La conversation dérive vers les passions d’Aron, il me raconte qu’il fait du football américain depuis plusieurs années. Rox nous charrie parce que nous faisons deux sports qui d’habitude opposent les joueurs, mais je m’en fiche. Chacun choisit le sport qu’il aime, je ne vois pas où est le souci.
— Bon, Roxane, j’ai un service à te demander, annoncé-je à un moment de blanc.
— Ouh là, tu me fais peur. Dis-moi ? sourit-elle.
Elle se rassied droite et me fait face. Aron est lui aussi attentif à ce que je vais dire.
— Alors voilà, je vais aller à une soirée organisée par Match&Meet, et…
— Quoi ? Mais c’est trop cool !
— Oui, dis-je en souriant. Mais est-ce que tu voudrais bien venir avec moi ?
Elle écarquille les yeux, échange un regard avec son petit ami et revient vers moi.
— Euh… Mais c’est pas un peu gênant si je viens ? hésite-t-elle.
— En fait, elle emmène son meilleur pote, lui expliqué-je. Et je me suis dit que ce serait cool si toi aussi tu venais. Je comprendrais que tu veuilles pas… Mais souviens-toi que j’ai fait pareil l’année dernière quand t’as voulu rencontrer l’autre con…
— Ah, mais si je viens ! Direct ! me coupe-t-elle. Enfin, si t’y vois pas d’inconvénient Aron ? Oui je me souviens, c’était pas très concluant d’ailleurs, se rappelle-t-elle.
Il rigole, je crois qu’il se moque un peu de moi, mais ce n’est pas grave, c’est le dernier de mes soucis.
— Nan, vas-y, si ça peut l’aider.
En fait, il a un bon fond Aron.
— Cool ! Merci !
— Et c’est quand, du coup ? me demande Roxane.
— Mercredi prochain, le soir.
— Ça tombe bien, j’ai un match ce soir-là, je serai pas là de toute façon, affirme son petit ami.
— OK ! Super !
Elle semble tout excitée et je suis heureux de voir qu’elle est toujours là pour moi.
— Merci beaucoup, tu me sauves ! Parce que si tu pouvais pas, je serais avec son meilleur pote et elle, tout seul… Ça le fait pas trop, quoi.
— Non c’est clair ! Mais t’inquiète, je serai là !
— Merci Rox.
Nous continuons notre soirée dans un bar, je prends une bière sans alcool et ils font de même. Nous profitons du beau temps pour être en terrasse et j’apprends à connaître Aron. Tout ce que je découvre me plaît. Je sens qu’il est très complémentaire avec Roxane et les voir si proches me rend heureux pour elle.
***
Nous avons un match cette après-midi, je suis en repos et ne travaille pas. Je ne pouvais pas me lever si tôt et assurer un match, ce n’est pas possible. Surtout que la veille, nous sommes rentrés à une heure du matin. Nous avons passé une super soirée. J’apprends peu à peu à partager ma meilleure amie… Ça va le faire, je vais bien m’y résoudre un jour.
Je me prépare physiquement au match. Nous nous échauffons tous ensemble. L’équipe adverse est plutôt forte et je sens que nous allons nous prendre une raclée.
Nous sommes dans les vestiaires, en train d’établir les dernières stratégies du match. J’en profite pour prendre Victor en aparté et le sonde :
— T’as une sœur au lycée, non ?
— Ouais, ma petite sœur, pourquoi ?
Je nous éloigne un peu de notre équipe.
— T’as déjà entendu parler d’un Calvin ?
— Calvin ? Euh, ma sœur sort avec un Calvin, pourquoi tu me demandes ça ?
— D’accord, nan pour rien, dis-je en baissant les yeux.
— Elle l’adore, il est super cool et ses parents sont avocats, tu sais le cabinet Boja de la ville !
J’intériorise ma réaction, mais si nous parlons bien du même Calvin, ça ne sent pas très bon. Jamais je ne pourrai m’en prendre à lui si ses parents sont les meilleurs avocats de Miami.
— Ça va ? demande-t-il devant ma réaction stoïque.
— Ouais, t’inquiète.
— T’es sûr ? ajoute-t-il.
— Oui, oui.
Nous rejoignons l’équipe et je ne sais pas quoi faire. Si ce Calvin est le même qui a frappé mon frère, je ne pourrais pas l’atteindre, c’est certain. Peut-être qu’il vaut effectivement mieux que je ne m’en mêle pas.
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