Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 2
Le réveil est tellement difficile. C’est tentant de refermer les yeux et de se rendormir pour quelques heures. Mais le devoir m’appelle. Cela ne me dérange pas plus que ça, étant donné que j’adore ce que je fais. Mais il est vrai que les horaires sont parfois très contraignants. Je m’y suis habitué depuis plusieurs années, pourtant ce matin je donnerais beaucoup pour pouvoir prolonger mon sommeil.
Je file rapidement sous la douche et une fois prêt je descends à la cuisine. J’y trouve comme tous les matins un smoothie à la banane et un petit mot. Ma mère m’en prépare presque tous les jours depuis que je suis petit. C’est un peu sa façon à elle de me dire qu’elle est là. Je ne la voyais jamais avant de partir à l’école, elle travaille elle aussi à la pâtisserie et doit se lever à six heures pour ouvrir la boutique à sept heures. Depuis, elle nous écrit tous les matins un mot à mon frère et moi. Maintenant les rôles sont inversés, puisque je me lève plus tôt. Elle prépare alors ma portion la veille pour qu’elle soit toujours prête le matin.
Mon frère a le droit à son smoothie à la fraise et pour moi c’est à la banane. Je lis rapidement son petit mot qui me souhaite une bonne journée. J’engloutis le smoothie et je rejoins mon père à la pâtisserie.
Cela fait trois ans que je travaille avec mes parents. Ma mère est à la vente et mon père est boulanger-pâtissier. Il a ouvert son affaire il y a dix ans et j’ai toujours rêvé de devenir pâtissier. C’est un métier qui me passionne. Depuis que je suis tout petit, je confectionne mes propres recettes et j’ai toujours expérimenté des choses dans ma cuisine. Aujourd’hui je suis heureux de pouvoir me perfectionner chaque jour et proposer des spécialités françaises.
Mes parents m’ont payé une école prestigieuse à Paris où j’ai pu apprendre pendant six mois les secrets de la pâtisserie traditionnelle française. L’école Ferrandi était incroyable, j’y ai découvert des techniques et des recettes que je peux appliquer aujourd’hui.
Je suis légèrement en retard, je sais que mon père déteste ça. Je croise intérieurement les doigts pour qu’il ne le remarque pas. Malheureusement il est pile devant l’entrée alors que j’arrive en marchant :
— Ça ne te viendrait pas à l’idée d’aller plus vite ? assène-t-il.
— Je suis là, dis-je en accélérant le pas.
— Ouais, la crème va pas monter toute seule ! Allez mets ça et dépêche-toi, m’ordonne-t-il en me jetant un tablier et une toque blanche.
Je ne réponds rien, je sais que ça n’en vaut pas la peine. Mon père n’est pas très conciliant et surtout, il n’est pas du matin. Ce qui est paradoxal pour un boulanger. Je sais qu’il est toujours de mauvaise humeur et qu’il ne faut pas lui parler avant qu’il ait bu son deuxième café. Je m’exécute alors et m’applique à préparer les choux à la crème ainsi que les éclairs pour ce matin.
J’en profite pour enfourner les brioches aux raisins et j’active le minuteur pour que mon père puisse les sortir plus tard.
Malgré son côté autoritaire, nous arrivons à travailler en équipe. Nous pouvons compter l’un sur l’autre et je sais qu’il essaie de ne pas me considérer comme son fils au travail. Si quelque chose n’est pas bon, il le dit et si c’est moche ou que ma décoration est bancale, il me le fait savoir aussi. Je savais qu’en travaillant avec mes parents cela n’allait pas être rose tous les jours, mais j’accepte les critiques. C’est leur job de m’apprendre et de m’aider à m’améliorer.
L’avantage de commencer tôt, c’est que j’ai toute mon après-midi pour moi. Je termine la journée à treize heures, ce qui me laisse tout le temps de faire autre chose. Après avoir fini de nettoyer mon plan de travail, je me rends aux vestiaires pour me changer.
— Je rentre, à tout à l’heure, maman.
— Ça marche, à tout à l’heure ! Tu es là pour manger ce soir ? me demande-t-elle dans l’arrière-boutique.
— Oui oui !
— À ce soir alors ! Profite pour sortir avec tes amis et peut-être avec une amie… me dit-elle avec un clin d’œil.
— Maman !
Je hoche la tête d’un air exaspéré et sors. Elle sait pourtant que Roxane est ma meilleure amie depuis que nous sommes aux États-Unis. Mais elle garde toujours un espoir au fond d’elle pour que nous sortions ensemble. Ce qui, bien entendu, n’arrivera jamais.
Lorsque je suis dehors, je peux sentir le soleil brûler ma peau. La chaleur du mois d’avril est toujours ma préférée, il ne fait pas encore trop chaud pour être insupportable et l’air est encore respirable. Je reçois un message sur le groupe de mon équipe de basket. Ils proposent qu’on se rejoigne cette après-midi pour s’entraîner. Je suis carrément K.O., mais je ne rate jamais aucun entraînement. Je leur réponds que je serai là pour quinze heures.
Je me prépare un plat de pâtes en vitesse et lorsque je commence à manger, la porte d’entrée s’ouvre à la volée.
— Yo ! C’est moi, proclame mon petit frère.
— Salut, t’es déjà là ?
— Y a une grève au lycée, dit-il en passant à la vitesse de la lumière devant la cuisine.
— Tu vas quelque part ?
— Ouais, on va au skate parc avec mes potes, s’essouffle-t-il en redescendant les escaliers.
— Alex ? demandé-je.
— Ouais ?
Il s’arrête et me fixe.
— Ça va ?
— Oui oui, dit-il en fuyant le regard. J’y vais, allez ciao ! À plus !
— Eh ! T’es là ce soir ? l’interrogé-je.
— Ouais ! Salut.
Il claque la porte et je retourne à mes pâtes. Je m’inquiète pour lui, parfois il rentre et se dirige directement dans sa chambre, sans qu’on ait le temps de le voir. J’ai déjà aperçu quelques bleus sur son visage, et j’aimerais être sûr que ce ne soit personne qui lui ait fait ça. Il m’a toujours assuré que c’étaient des accidents, mais je n’en suis vraiment pas certain. Je laisse passer pour aujourd’hui, mais je sais que je devrais lui poser la question tôt ou tard.
L’après-midi passe vite, on passe un bon moment à s’entraîner sur la technique et sur la prochaine stratégie de défense pour nos matchs. Je joue avec la même équipe depuis trois ans et malgré ma pause de six mois pendant que j’étais en France, ils m’ont toujours gardé une place. On s’entend plutôt bien, même si nous avons souvent des avis divergents, je sais qu’ils sont là pour moi, comme je le suis pour eux.
Mon téléphone vibre et j’y découvre un message de Roxane. C’est assez rare qu’elle m’en envoie en journée. D’habitude elle est très occupée par ses cours et ses révisions. Elle veut devenir chercheuse en laboratoire, mais je n’ai jamais compris dans quel domaine exactement. Pour cela, elle se donne vraiment à fond et je sais que c’est important pour elle de réussir.
Je glisse un doigt sur mon téléphone pour le déverrouiller et le message que je lis me fait rire.
Roxane : Je viens chez toi dans 30 min.
Match&Meet n’a qu’à bien se tenir !
Je n’en reviens pas qu’elle ne lâche pas l’affaire. J’avais un peu espoir qu’elle ait oublié, pensant qu’elle avait trop bu et qu’elle ne s’en souviendrait pas aujourd’hui. Je me demande comment elle a survécu à cette journée en cours, après la soirée qu’on a passée hier soir. Quelle idée de faire des soirées le jeudi aussi…
OceanofPDF.com