Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 30

 

— Eh, Julian… chuchote mon frère en posant sa main sur mon épaule.

Il s’assied à côté de moi et essaie de me faire relever la tête. Nous restons quelques minutes ainsi, sans rien dire. Sa seule présence suffit à me réchauffer un peu le cœur. Je sais que je peux lui raconter, il est au courant, mais j’ai peur que ça ne lui rappelle de mauvais souvenirs. Il faut pourtant bien que je lui dise ce qui s’est passé.

— Ils m’ont frappé…

— J’ai l’impression de me voir il y a quelques semaines, à travers toi, et crois-moi Julian ça me fout les nerfs… Dis-moi ce qui s’est passé.

— Ils ont vu ça, dis-je en lui tendant mon téléphone d’une main.

Il le saisit et voit la photo, ses yeux passent de l’écran à moi et de moi à l’écran, puis il ajoute :

— Et alors ? Oh purée, c’est lui Lyam ?

— Oui c’est lui…

— Ah, je comprends mieux…

Il ferme les yeux et repose sa main sur mon épaule.

— Je suis désolé que ça te soit arrivé. Les gens sont tellement cons… Mais putain, il est canon ! tente-t-il d’apaiser la situation.

— Ouais.

— Tu sais, même si c’est pas pour les mêmes raisons que toi, je comprends ce que tu peux ressentir et je t’interdis de te sentir comme ça. Je veux que tu relèves la tête, comme tu m’as dit de le faire. Je veux que tu te lèves et que tu les emmerdes !

Je souffle et secoue la tête.

— Et puis, ils n’ont pas le droit de te frapper juste à cause de ça, bordel !

Ma mère frappe à la porte à cet instant et mon frère lui répond :

— Une minute, on discute ! J’ai fermé la porte à clé, chuchote-t-il cette fois à mon attention.

Je lui en suis reconnaissant, je n’ai pas envie de parler à ma mère tout de suite.

Je me sens tellement mal, c’est dur. Tellement dur à accepter, à encaisser… Je ne suis pas certain de vouloir cette vie, celle où on est jugé pour ses moindres faits et gestes. Une vie où l’on me regarderait toujours d’une autre façon dans la rue… Je suis dépité, vraiment, je ne sais pas comment surmonter cette peur que je ressens au plus profond de moi.

Mon téléphone vibre et mon frère regarde de qui vient le message.

— C’est Lyam, tu devrais lui expliquer.

— Non ! Surtout pas !

— Bien sûr que si, mec ! Si lui ne te comprend pas, qui le fera ?

— Peut-être, mais j’ai pas envie de lui en parler. Il va penser que c’est à cause de lui.

— Si je peux me permettre, tu n’es pas gay à cause de lui ou grâce à lui. C’est toi, c’est tout et puis ça ne te définit pas entièrement. Enfin merde, tu restes mon frère, Julian, tu restes exactement la même personne. Je suis pas d’accord pour dire que des choses devraient changer maintenant.

— Va leur dire ça à eux… dis-je fatigué.

— Je sais ! J’irai bien leur casser la gueule, mais là tout de suite, j’ai plus important à faire. Sérieux Julian, t’es pas tout seul. Et je sais pas, Lyam saura te soutenir sûrement mieux que moi aussi…

Un autre message apparaît. C’est vrai que je ne lui ai pas répondu depuis un très long moment, mais je n’ai pas envie qu’il apprenne ce qui s’est passé. Peut-être que je ferais mieux de tout arrêter. Tout s’emmêle dans ma tête, je ne sais même plus que penser.

— C’est clair que tout le monde n’approuve pas l’homosexualité, mais les choses changent et tu as la possibilité de faire changer les mentalités aussi. Alors ne les laisse pas gagner, tu ne déranges personne, ne te terre pas en solitaire. Tu as le droit d’avoir une vie, au même titre que tout le monde sur cette putain de terre !

Je n’avais jamais vu mon frère aussi remonté qu’aujourd’hui. Cela le touche énormément qu’on s’en soit pris à moi et je suis également touché qu’il le prenne à cœur.

— Merci Alex… articulé-je.

— Mais me remercie pas ! Juste, crois-moi. Parce que tu n’as pas l’air d’y croire toi-même. Toi là, dit-il en me pointant du doigt, tu as le droit d’aimer qui tu veux. Tu as envie de sortir avec une fille ? OK. Tu veux essayer avec un mec, parce que tu l’aimes ? Bah fonce ! Lyam et toi avez l’air de vous être bien trouvés… Alors, ne laisse pas l’avis des autres tout gâcher.

Il prend mon téléphone pour écrire quelque chose. Je n’y prête que peu d’attention. Quelques larmes tombent encore sur mes joues, mais cette fois parce que mon frère m’émeut énormément. Il défend ce qu’il pense et devant moi en plus, cela me touche tellement.

— Je sais… Mais ce n’est pas facile.

— Y’a rien qui est facile dans la vie, crois-moi je suis bien placé pour le savoir.

J’en viens presque à oublier ce qu’il a vécu pendant ces derniers mois et je m’en veux de me montrer aussi égoïste. C’est vrai que je ne suis pas le seul à qui ce genre de choses est arrivé et même si ce n’est pas pour les mêmes raisons, ça ne devrait plus arriver tout court.

Tout ça me fait réfléchir, et je n’ai pas envie de m’apitoyer sur mon sort alors que certainement d’autres personnes ont vécu bien pires. Alex a vécu pire pendant des mois. Et moi, je suis là, ça m’arrive une fois et je suis effondré.

Je reçois un énième message de Lyam. Cette fois je regarde la notification et ce que j’y lis me laisse sans voix.

Lyam : OK, j’arrive tout de suite.

Le stresse monte immédiatement en moi, j’ai envie de lui répondre que non, il ne peut pas venir et je lis alors la conversation. Je comprends que mon frère vient de lui demander de rappliquer rapidement chez moi parce qu’il y a un problème.

Je fusille Alex du regard, enfin de l’œil valide. Il se redresse pour se lever et répond :

— Bah quoi ? Il fallait bien que quelqu’un lui dise. Julian, il a l’air de beaucoup compter pour toi, alors ne le laisse pas de côté.

Nous ne disons plus rien et soudain je réalise.

Oh non, non, non !

Lyam va se pointer chez moi. Mes parents sont là. Ça ne va pas faire bon ménage.

Je me lève rapidement, prends appui sur le lavabo parce que ma tête me lance, mais quelques secondes plus tard je suis hors de la salle de bain. Ma mère attendait devant, avec des compresses et du matériel de soins.

— Ne t’en va pas ! J’ai pas fini de te soigner !

— Fais vite s’il te plaît, m’avoué-je vaincu.

En deux trois mouvements, ma mère finit de désinfecter les plaies et me demande de tenir une compresse sur l’arcade. J’entends une voiture dans la rue. Je me précipite dehors et trouve le 4x4 de Lyam devant ma maison.

Je cours jusqu’à lui et lorsqu’il sort de la voiture, Lyam ouvre grand les yeux et sa bouche forme un « o ».

— Merde Julian ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

— On peut partir d’ici ? me précipité-je de lui demander.

— Oui, oui, bafouille-t-il.

Il remonte dans la voiture et je grimpe avec lui. Il démarre quelques secondes plus tard, nous bouclons nos ceintures alors qu’il roule et Lyam me pose plein de questions :

— Tu peux me dire ce qui t’est arrivé ? Tu peux m’expliquer pourquoi est-ce qu’on doit partir et surtout où est-ce qu’on va ?

— Roule, n’importe où. On peut pas aller chez moi, mes parents ne sont pas au courant, Lyam.

— OK. Mais qu’est-ce qui s’est passé, sérieusement ?

Je reprends ma respiration et tente de calmer mon cœur qui bat à toute vitesse.

— Bon, on peut aller chez moi, si tu veux, propose Lyam.

— Comme tu veux, dis-je.

Il n’arrête pas de tourner la tête pour me scruter, mais je ne peux m’empêcher de le sermonner :

— Regarde la route !

— Oh ça va ! Tu vas me dire ce qui t’arrive oui ou merde ?

— Fais chier !

Je n’arrive pas à le lui dire, les mots sont bloqués dans ma gorge et ne veulent pas sortir.

— Commence par le début, chéri.

Il vient de m’appeler chéri ?

— C’était au basket, commencé-je en me tournant vers lui.

— Au basket ? Mais pourquoi ?

— Ils ont vu la photo…

Il freine brusquement à un feu rouge et je lui ordonne encore une fois de faire plus attention à la route.

— Quelle photo ?

— Celle que tu as mise en fond d’écran sur mon téléphone.

— Ah.

— Oui… Et un des gars n’a pas trop apprécié…

— Comment ça ? En quoi ça le dérange ?

Je sens qu’il bouillonne de l’intérieur, il redémarre la Volvo et moi, je me fais violence pour raconter encore une fois cette histoire. Après l’avoir fait avec mon frère, je pensais ne plus devoir verbaliser cette scène.

— Ils m’ont frappé, c’est tout.

— Mais putain, pourquoi ?

— Parce que je suis gay ! crié-je violemment et en larmes.

Une voiture arrive en face et Lyam freine, mais la voiture ne réagit pas. Il n’a pas le temps de répondre qu’elle nous fonce droit dessus. Je peux sentir toute la panique qui le gagne et d’un coup, je suis pris d’une peur viscérale.

— Lyam ! m’égosillé-je.

Il tourne un coup de volant sec à droite, afin d’esquiver au mieux la voiture d’en face.

Un coup de volant. Mais c’est trop tard.

Le choc est violent. L’impact est latéral. Lyam n’a pas pu freiner à temps, nous percutons le véhicule d’en face, qui lui a réussi à s’arrêter. Le côté conducteur de la voiture s’enfonce dans la berline grise et soudain Lyam est vivement secoué. Les airbags s’enclenchent, et l’impact arrive avec force, sans que nous puissions l’éviter.

Je n’entends plus qu’un bruit sourd et tout est désormais flou autour de moi.

Dans ce silencieux chaos, j’aperçois une petite lueur bleue. Puis, les sirènes me ramènent à l’inévitable.

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