Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 6

 

Ça fait trois jours que Léna ne m’a pas répondu, après son dernier message. Pourtant, sa proposition de jeu m’a vraiment intrigué. Je pensais qu’elle allait répondre immédiatement après mon message, mais je m’aperçois que Léna n’est pas quelqu’un qui répond vite. C’est dommage, la conversation avait pourtant bien démarré.

 

Comme chaque matin, le réveil est difficile, mais je me lève quand même de bon cœur pour aller travailler. J’adore voir la tête des clients lorsqu’ils hésitent entre mes macarons ou mes choux à la crème. Ce matin, j’ai prévu de réaliser d’abord les brioches et ensuite je m’attellerai aux macarons. Je sais que mes fondants au chocolat sont très appréciés eux aussi. Ceux que je préfère sont ceux avec une fraise à l’intérieur, saupoudrés de quelques amandes effilées. Les saveurs mélangées sont gourmandes et délicates à la fois.

Mon père est toujours sur le qui-vive, comme tous les matins et il se dépêche de mettre au four les baguettes. Ça sent bon le pain frais, je ne me lasserai jamais de cette odeur.

Ce matin, j’ai apporté mon smoothie au travail et j’en bois quelques gorgées entre deux pétrissages de pâtes à brioches. Décidément, ma mère est la meilleure pour faire les smoothies ! Même Roxane en raffole, c’est dire.

En parlant d’elle, je suis heureux d’avoir rencontré Aron, il me semble être un bon gars pour elle et les voir heureux ensemble m’a fait réaliser que moi aussi, j’ai envie de tout ça. J’aimerais quelqu’un avec qui partager tous les bons moments, comme les mauvais, mais surtout quelqu’un à mes côtés. J’ai envie d’être présent pour cette personne, de pouvoir ressentir un soutien et l’apporter à l’autre. La complicité naissante entre ma meilleure amie et lui est flagrante et je l’admets, ça donne envie.

 

Alors que j’ai les mains dans la farine, mon père m’interpelle :

— Julian ! Quelqu’un te demande à la boutique.

— Moi ? m’étonné-je.

— Bah oui toi ! Magne-toi, on a du pain sur la planche ! s’exclame-t-il avec un léger sourire satisfait.

Je lève les yeux au ciel en m’essuyant les mains. Cette expression prend tout son sens lorsqu’on travaille dans une boulangerie-pâtisserie, mais cela fait des années qu’il l’a dit à tout va et ça en devient moins amusant avec le temps.

Je tapote mes mains sur mon tablier et me demande réellement qui pourrait me demander à cette heure-ci. Il n’est que sept heures et demie, cela me semble bizarre.

— Julian, te voilà, déclare ma mère. Regarde qui est là !

— Oh salut ! dis-je en voyant Victor.

Ma mère connaît Victor puisque nous sommes souvent ensemble pour les entraînements, et je sais qu’elle aime tous mes amis. Peu importe ceux qu’elle rencontre, on dirait qu’ils font toujours partie de la famille pour elle.

— Il fallait que je te voie, tu ne réponds pas à tes messages ! se plaint-il.

— Désolé, je bosse, m’excusé-je. Mais quel message ? l’interrogé-je.

— Hier soir on t’en a envoyé un sur le groupe, pour savoir si tu venais à l’entraînement, il a été décalé, au lieu de demain, on le fait aujourd’hui à dix-sept heures. Et puis, j’en ai profité pour acheter ça.

Il agite un sachet de macarons devant mes yeux et ça me fait plaisir qu’il vienne goûter mes pâtisseries. Néanmoins, je n’ai pas du tout vu de message stipulant que l’entraînement était déplacé. Mais il faut dire que je n’ai pas été sur mon téléphone depuis hier soir. Il ne doit plus avoir de batterie à cette heure-ci.

— Oh, ouais je serai là. Merci de m’avoir prévenu !

— Pas de soucis ! Si t’arrives à prévenir Jordan, ce serait cool ! Il n’a pas répondu non plus.

— J’ai pas son numéro.

— OK, j’essaie de le prévenir alors, au pire tant pis. À plus !

Il s’en va en remerciant ma mère et je retourne dans l’arrière-boutique.

Les clients affluent ce matin et je suis heureux de voir que la boulangerie marche toujours aussi bien. Ils reviennent, signe qu’ils sont satisfaits de la qualité des produits et de ce que nous proposons.

Je continue le pétrissage de ma pâte, et la matinée passe très vite, à coup de fouet, de glaçage et de chocolat fondu.

 

***

 

L’entraînement m’a achevé ce soir, nous avons énormément couru, plus que d’habitude. Je profite donc du coucher de soleil pour sortir sur ma terrasse, une cigarette au coin des lèvres. En l’allumant, je décide de relancer Léna sur Match&Meet. Elle est la seule qui ait su autant titiller ma curiosité et j’ai envie de lui parler. C’est étrange comme sensation, je ne la connais pas, mais je ressens le besoin de lui envoyer un message, d’établir une connexion. Alors que l’application se lance, je vois que Laura, la fille qui dessine bien, m’a envoyé un message.

Laura : Salut, merci pour le match. Si t’as envie, on

pourrait se faire un rendez-vous en FaceTime ? Qu’est-

ce que tu en dis ?

Ah ouais, elle est cash elle !

Laura n’y va pas quatre chemins, je ne sais pas si j’apprécie. Je n’arrive pas à déterminer si j’ai envie de lui parler en face à face, même si c’est en visio. Je ne saurais pas du tout quoi dire et ce serait bizarre de se parler pour la première fois comme ça. Non, je ne suis pas convaincu. Je lui réponds gentiment que je ne préfère pas et que pour l’instant les messages c’est mieux. Elle voit mon message, mais je ne reçois aucune réponse. Bon, je ne sais pas si elle m’écrira de nouveau…

J’écris alors à Léna :

Julian : Hello Léna. Pas de nouvelle ? Tu as trouvé

le prince charmant et ça y est tu réponds plus ? 😊

Je n’explique pas mon feeling avec elle, j’ai presque l’impression de la connaître. Je m’autorise à lui écrire d’une façon dont j’aurais peur de le faire avec d’autres personnes. Elle répond instantanément :

Léna : Hello ! Oh désolée, j’avais beaucoup de

choses à faire ! Les entraînements de danse, c’est pas

tous les jours facile.

Julian : Je comprends ! C’est pas grave. Tu fais

quoi comme danse ?

Léna : Je fais de la danse contemporaine. Depuis

10 ans. 

Julian : Depuis que tu as 10 ans ou depuis

10 années ? 

 

Léna : Les deux 😊 J’ai 20 ans, donc ça fait 10 ans,

depuis que j’ai 10 ans. 

Je rigole devant mon écran, c’est vrai que je n’ai pas réfléchi une seconde avant de lui répondre et que ça me paraît évident maintenant. Quel con !

Julian : Ah oui ! C’est cool ! Et pourquoi avoir

choisi la danse ? 

Léna : Parce que je me sens libre. En totale

adéquation avec mon corps, mes mouvements et ça

dégage beaucoup de sentiments… 

Julian : C’est beau ce que tu écris. 

Je ne sais pas quoi écrire de plus, j’espère seulement ne pas avoir arrêté la conversation.

Léna : Merci. 

Julian : Tu as des vidéos de toi qui danses ? 

Elle met plus longtemps à répondre. Merde, je n’aurais peut-être pas dû lui demander ça. Elle va croire que je veux une vidéo d’elle pour la regarder. Ce n’est pas du tout mon intention, je veux simplement voir son art. Je renvoie un message :

Julian : Pour découvrir, je crois que je n’ai jamais

vu de danse contemporaine ! 

Je me rattrape comme je peux, j’espère qu’elle ne l’a pas mal pris.

Léna : Ouais, je peux t’envoyer ça, y’en a

quelques-unes sur la chaîne YouTube de mon école. 

Julian : Cool ! 

Ouf, elle n’a pas trouvé ça bizarre, du moins elle ne me l’a pas dit si c’est le cas.

Elle m’envoie un lien et je démarre la vidéo. J’adore. C’est tellement beau et c’est vrai que ça dégage beaucoup d’émotions. Elle danse accompagnée d’un autre danseur et ensemble, ils se complètent sur le rythme de la musique. Je lui écris alors en lui donnant mon avis, ce à quoi elle répond :

Léna : Merci. Maintenant que tu as pu en voir plus

sur moi… À mon tour de demander quelque chose ! 

Julian : Je t’écoute ? 

 

Léna : Envoie-moi une photo de toi 😊

Je me prends en selfie et lui envoie en instantané. Mes cernes sont visibles sur la photo, j’ai l’air un peu fatigué, mais je n’en ai rien à faire.

Léna : Ta boucle d’oreille, j’adore !

Je souris bêtement derrière mon téléphone, ravi de voir que c’est ce qu’elle a choisi de relever sur la photo. Puis je reçois un autre message de sa part, le téléchargement s’effectue et je découvre un joli cliché de Léna.

Elle s’est prise en photo à travers son miroir, on peut la voir assise sur son lit. La coque de son téléphone face au miroir. Ses cheveux blonds sont attachés en un chignon et elle sourit légèrement. Je ne peux pas voir ses yeux, qui sont rivés vers son téléphone. Elle porte un t-shirt noir et un long collier en or pend sur sa poitrine. On dirait qu’il y a quelqu’un à côté d’elle, mais je ne peux pas du tout discerner la personne. J’aperçois seulement un bout de vêtement, et il se peut même que ce soit le sien, je ne sais pas.

Julian : Tu es très jolie.

Nous continuons à échanger, d’abord en parlant de nos passions respectives, de la danse et du basket puis de la pâtisserie et ça finit en bataille de blagues nulles. Je ne vois pas le temps passer, si bien qu’il est déjà vingt-deux heures et que ça fait au moins deux heures que nous discutons.

La discussion se tarit un peu et je lance un épisode de mon podcast préféré, les écouteurs dans les oreilles, la lumière éteinte. Je ferme les yeux et m’imprègne des mots qui résonnent en moi.

 

Une image contenant texte, Police, nombre, symbole Description

générée automatiquement

« … Le courage, une qualité qu’on peut inventer sur un coup de tête. Parfois, les êtres humains vous rendent différents, enfin un être humain vous rend différent. Parce qu’il révèle qui vous êtes, au plus profond de vous. Cela ne sert à rien de lutter, laissez-vous guider par cette personne. L’impact positif qu’une personne peut avoir sur vous est précieux. Ne fuyez pas, restez, ancrez vos deux pieds dans le sol, regardez cette personne dans les yeux et rendez-vous compte de la chance que vous avez de l’avoir. Cette personne vous rend différent, mais vous la rendez différente aussi. Regardez-là, regardez-là vraiment, avec ses défauts, ses qualités, mais regardez-là et aimez-là. Ne fuyez plus, soyez vous-même. L’amour est partout, l’amour est en chacun de vous, l’amour est universel. Il saura vous rendre tout ce que vous lui donnez. Soyez courageux, prenez des risques et vivez. Je vous assure, vivez votre vie telle que vous l’imaginez, telle que vous la voulez. Vivez pour vous, vivez pour l’autre. Et plus que jamais, aimez-vous. 

C’était Talk Love with April, à la semaine prochaine. N’oubliez pas, vous êtes forts. »

OceanofPDF.com