Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 26
Ma semaine de vacances est passée vite. Je n’ai pas fait grand-chose, mise à part faire du sport et voir Lyam. Mon petit frère m’a sollicité pour l’aider à la boxe, chose que j’ai fait avec plaisir. Il se reprend petit à petit en main et ça fait du bien à voir. Il est plus que jamais déterminé à avancer pour laisser ces connards derrière lui.
Il ne me reste plus que deux jours de congés. Ce matin j’ai fait une grasse matinée jusqu’à onze heures. Ça fait une éternité que ça ne m’est plus arrivé. Je sursaute presque en voyant l’heure sur mon téléphone. Il faut dire que je me suis couché tard, les épisodes de Lucifer s’enchaînent plutôt bien.
Roxane me demande régulièrement des nouvelles. Je ne lui ai pas encore dit pour Lyam et moi. Cela ne fait que trois jours et j’aime l’idée que nous avons notre petit secret. Mais je sais que je vais lui dire. Sûrement ce soir, d’ailleurs. Ma meilleure amie m’a invité à une soirée chez les jumeaux et Aron ne sera pas là. Il a un match à quatre heures de route d’ici, donc il rentrera tard. Je me suis laissé convaincre. Je ne l’ai pas proposé à Lyam, ne voulant pas l’emmener à un endroit où il ne connaît personne.
Je reçois un message de Victor, il me propose qu’on se fasse un basket avec d’autres gars de l’équipe au terrain habituel. Le rendez-vous est donné pour treize heures. Je prends rapidement une douche puis me prépare.
Il fait tellement chaud que nous sommes obligés de jouer à l’intérieur. L’atmosphère est trop pesante pour être dehors et nous avons la chance d’avoir avec nous le seul de l’équipe qui possède la clé du gymnase. Nous passons un bon moment, à jouer plus par plaisir que par compétition. C’est agréable de se retrouver entre potes et ne pas trop penser à la technique, ni à anticiper les coups. Le ballon me revient plusieurs fois et je tire des trois points comme je n’en ai jamais tiré de ma vie. On dirait bien que la chance est avec moi cette après-midi.
Nous faisons une pause. Je prends mon téléphone.
Lyam : La tondeuse, c’est carrément relou !
J’aurais préféré être avec toi, là : p
Julian : Je comprends ! On se voit après 😊
Lyam : Heureusement, t’es ma seule source de
motivation pour finir cette satanée pelouse.
Julian : mdr bon courage ! : *
Lyam : Merci, à toute 😊
Nous jouons encore une heure et Victor propose à tout le monde :
— Ça vous dit qu’on aille se baigner ? Il fait vraiment une chaleur à crever ! J’ai trop envie de plonger dans l’eau, pas vous ?
— Ouais, grave ! lance un de mes potes.
— Je suis grave chaud ! Tu viens avec nous Julian ?
Comment leur dire non ?
— Euh, nan faut que je rentre, tenté-je.
— Qu’est-ce que t’as de mieux à faire que d’aller à la plage ? se moque gentiment Victor.
Je me vois mal leur dire que j’ai un rencard avec mon copain. Puis, je ne me vois pas leur dire non plus que je vais voir un pote, ils vont me dire de l’emmener avec nous. Je suis dans une impasse. Le sentiment de peur me prend au bide.
— Faut que je rentre, un truc avec mon père.
— Tu fais jamais rien avec lui à part travailler, remarque Victor. Sérieux mec, t’as un rendez-vous ?
Oh merde. Je sens que je vais commencer à rougir si je ne démens pas tout de suite ce qu’il vient de dire.
— Mais nan, qu’est-ce que tu racontes. C’est bon, je viens, j’avais juste la flemme, mens-je.
— Toi, la flemme d’aller à la plage ? C’est nouveau !
Ils me connaissent un peu trop, je crois. Mais bon, j’ai un autre problème actuellement. Je ne vais pas pouvoir voir Lyam et ça, ça m’emmerde. Et pas qu’un peu.
Je me retourne le cerveau pour trouver une excuse potable à lui fournir, et en même temps je ne trouve rien d’acceptable. Il va mal le prendre, j’en suis sûr. Et à sa place, je crois que je le prendrai mal aussi.
Fais chier !
Je prends mon portable et le déverrouille, toujours à la recherche de quoi lui écrire.
Julian : Changement de dernière minute. Je suis
désolé, mais on ne va pas pouvoir se voir tout à
l’heure… Crois-moi, je suis vraiment désolé. On se
voit demain ?
Finalement, je choisis l’option de ne pas fournir d’excuse bancale.
Lyam : Oh, mais pourquoi ? Tout va bien ?
Julian : Ça va. Désolé. Mais on se voit demain
promis !
Je suis sacrément nul pour les excuses, c’est incroyable !
Lyam : Mais t’es sérieux ? Tu annules vraiment
à la dernière minute ?
Oh. Ça risque de ne pas passer. Putain, je me saoule moi-même !
Julian : J’ai pas le choix, vraiment, je suis désolé
Lyam. Promis, je me rattrape demain.
Je ne sais pas pourquoi je ne lui dis pas la vérité. Peut-être parce que je n’ai pas envie d’admettre que je ne suis pas prêt à le présenter à mes potes. Je n’ai pas envie non plus de dire à Lyam que je n’ai pas été capable de tenir tête à Victor. Je souffle bruyamment et me dirige vers la voiture de mes potes. Ils sont tous prêts à partir et n’attendent que moi.
La sonnerie de mon téléphone retentit au moment où je passe la porte du gymnase. Je m’éloigne un peu, leur faisant un signe pour qu’ils ne partent pas tout de suite. Le prénom de Lyam apparaît en gros sur mon écran et je n’ai pas d’autres choix que de décrocher.
— Julian ? T’es sûr que tout va bien ?
— Oui, j’ai juste un empêchement… Je suis désolé, d’accord ?
— Mais t’avais envie autant que moi qu’on se voie non… ?
— Oui, je t’assure que j’en ai envie. Mais là tout de suite, je ne peux pas. Lyam je suis désolé.
— Tu l’as déjà dit ça.
Son ton est froid et je m’en veux de lui mentir. Enfin, techniquement je ne lui mens pas, j’omets juste la vérité.
— Tu vas faire quoi ? demande-t-il après un petit silence.
— Je dois aider mes parents.
— Ah. Bon.
Mes potes s’agitent au loin et je comprends qu’il faut que je raccroche. Je me maudis d’avoir accepté ce basket avec eux.
— Il faut que je te laisse, Lyam. Vraiment, crois-moi je ne peux pas faire autrement… Promis je me rattrape demain. On se voit OK ?
— Je crois que j’ai pas le choix de toute façon. Tu as déjà choisi pour moi…
— Lyam…
— Non, c’est bon, on se voit demain.
Puis il raccroche. J’ai pu ressentir toute sa déception dans sa voix. Mais je suis autant déçu que lui, voire même plus. Je me déçois d’avoir agi ainsi. J’ai l’impression de faire tout de travers.
Le klaxon de la voiture de Victor résonne, je les rejoins alors en tentant d’arborer un sourire sur mon visage.
***
J’ai l’impression de me retrouver deux mois en arrière. Me voilà à attendre Roxane comme la première fois que je suis venu ici. Une cigarette sur le bout des lèvres et le regard rivé sur mon téléphone pour scruter l’heure. Ma meilleure amie, en retard, comme toujours !
Nous allons à la soirée d’Alban et Louis. Encore une fois, je ne connais pas beaucoup de monde et c’est seulement pour Roxane que j’ai accepté de venir. D’ailleurs, j’aurais préféré pouvoir aller chez Lyam qu’être ici. Mais c’était impossible de toute façon puisque ses parents ont des invités ce soir.
Roxane pointe enfin le bout de son nez et s’avance vers moi dans sa robe bleue étincelante.
— Je suis en retard ? ose-t-elle me demander en voyant mon air pincé.
— Eh oui, comme tout le temps Rox !
— Désolée, vraiment !
— T’inquiète, allez viens ! J’ai envie de boire ce soir, dis-je un peu trop vite.
— Euh OK ? Toi, t’as des choses à me raconter !
Nous nous dirigeons vers la porte d’entrée et comme la dernière fois, la musique est déjà forte et l’alcool coule à flots. Bizarrement, ce soir ça ne me dérange pas vraiment. Je prends deux verres et nous serre ce que je trouve sur la table.
Deux cocas. Ça nous servira pour la soif. Le reste de la soirée, je ne veux pas de soft.
Roxane discute avec quelques personnes qu’elle connaît. Rapidement, nous nous mélangeons avec des groupes qui jouent. Comme d’habitude, rien d’intelligent. Mais ce soir, je me mêle à la foule et me prends au jeu. Plusieurs verres y passent et je ne lésine pas sur les doses d’alcool, même s’ils sont mélangés.
— Hey ! Doucement toi, me sermonne Roxane.
— Ça va, dis-je en traînant un peu trop le « a ».
— Hum.
Roxane me retire mon verre des mains, mais aussitôt je le reprends et descends d’une traite le mélange vodka-redbull.
Nous nous éloignons du groupe pour nous retrouver comme la dernière fois dans un petit coin loin du monde.
— Bon alors, raconte-moi ! Qu’est-ce qui t’arrive ?
— J’ai embrassé Lyam !
Elle écarquille les yeux et ne peut s’empêcher de crier :
— Quoi ? Mais quand ça ?
— Mercredi.
— Et tu me le dis que maintenant ?
J’ouvre la bouche, mais elle surenchérit.
— Non, attends, je comprends ! C’est pas grave. Mais je voudrais savoir ce qui te met dans cet état-là, ce soir !
— Bah… Disons que j’ai merdé aujourd’hui. Ouais, déjà, ajouté-je avant qu’elle ne le fasse à ma place.
— Ah ouais, d’accord ! Et qu’est-ce que t’as fait ?
— J’ai annulé notre rendez-vous de cette aprèm.
— Pourquoi ?
Je prends encore une gorgée de mon verre, ça fait trop du bien lorsque le liquide descend dans ma gorge.
— Parce que !
— Julian, ne m’oblige pas à t’interdire de boire s’il te plaît ! J’aimerais qu’on rentre entier et le plus sobre possible !
— Ah bah c’est raté ! m’exclamé-je avec mon plus beau sourire en direction du verre.
Roxane hoche la tête et rigole en même temps.
— Qu’est-ce que je vais faire de toi, hein ? Bon, allez dis-moi !
Je lui raconte alors ce qui s’est passé et elle se pince les lèvres. Je n’aime pas quand elle fait ça, j’ai l’impression qu’elle va me gronder.
— Julian ! Sérieux ! C’était archi nul de lui faire ça ! Et surtout, pourquoi tu lui as pas juste dit la vérité ? Putain, c’est pas compliqué !
— Bah, j’avais peur qu’il le prenne mal…
— Julian, bien sûr qu’il l’a mal pris là. De un, tu annules le rendez-vous une demi-heure avant, de deux tu ne lui dis pas vraiment pourquoi, tu lui mens. Et de trois tu ne lui fais pas confiance pour lui avouer que t’as pas envie de le dire à tes potes de suite ? Rah, qu’est-ce que tu m’énerves des fois !
— Chuuuut…
— Oh ça va, personne ne va nous entendre !
— …
— Quoi ? J’ai pas raison ?
— Si, si. Mais je sais pas, j’ai pas réussi à leur dire.
— Ça, je peux le comprendre. Mais ne commence pas à mentir à Lyam. Il n’a rien fait pour mériter ça.
Je lève mon verre et déclare :
— Promis, demain je lui dis tout !
— Ouais, j’aime mieux ça.
Je bois encore une gorgée. Soudain je me lève et commence à crier haut et fort :
— Ouais ! Je vais lui dire que j’assume ! J’ai un petit copain et j’assume !
— Yeah ! s’exclame Roxane.
— J’ai un copain ! Je sors avec un mec, tu te rends compte ?
Cette fois je crois que je l’ai crié un peu trop fort parce qu’aussitôt j’entends des gens me lancer :
— Mec, ta gueule !
— On s’en branle !
— T’es gay ? Beurk.
OK, je me rassieds instinctivement et croise le regard désolé de Roxane. Je ne réponds rien à ces gens, que je ne connais pas d’ailleurs. Ma tête se met soudain à tanguer de plus en plus et je fais signe à Roxane que j’ai envie de partir.
Nous saluons les jumeaux, ils rient quand ils me voient bien saoul. Je ne relève pas, trop pressé de rentrer dormir.
Il doit être quelque chose comme une heure du matin et Roxane m’accompagne en marchant.
— Allez Julian, tu attaches ta ceinture et on rentre. Je n’ai pas bu, je peux conduire.
— Merci, marmonné-je.
Ma meilleure amie me ramène et je comprends que nous allons chez elle.
— C’est plus safe, tu dors chez moi et tu rentres demain. J’ai envoyé un message à ta mère pour lui dire où tu es.
Je tente d’articuler un « t’es la meilleure », mais ça ressemble plus à un « ailleurs » qu’autre chose. Je m’écroule dans le lit de Roxane, juste après m’être fait violence pour me brosser les dents avant de dormir.
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