Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 18

 

Victor s’invite chez moi alors que je rentre à peine de chez Roxane. Il vient pour jouer à un jeu de la NBA sur la console. Depuis quelque temps nous en parlons, et il est enfin disponible. Mais je n’avais pas forcément prévu que nous allions y jouer ensemble. Il m’a juste prévenu par message qu’il allait venir et je me suis précipité chez moi, mais il n’est pas encore arrivé.

En attendant, j’allume ma console et commence le téléchargement du jeu. Victor sonne, je me précipite dans les escaliers pour lui ouvrir. Mes parents regardent la télé. Mon père se lève pour voir qui c’est, puis lorsqu’il voit Victor, il lui dit bonjour d’un ton peu aimable.

Mon père dans toute sa splendeur.

— Viens, on monte, dis-je à l’attention de Victor.

— Je te suis !

— Bon, j’ai commencé par télécharger le jeu, ça devrait bientôt être fini.

— Cool, j’ai grave hâte de voir à quoi ressemble l’édition 2021.

— Ouais, on va voir ça.

Nous rentrons dans ma chambre et je ferme la porte derrière moi. Nous nous installons devant l’écran puis je lui tends une manette.

— Tu veux boire un truc ?

— Ce que t’as, n’importe.

— Une bière ?

— Ouais, parfait.

Je descends nous chercher deux bières et lorsque je remonte, le téléchargement est terminé.

La soirée passe finalement très vite, et alors que nous avions dit qu’il ne resterait qu’une heure, il est déjà vingt-trois heures.

Victor décide de rentrer chez lui, et je le raccompagne. Je remonte dans ma chambre. Il est tard, je ne vais pas dormir beaucoup cette nuit, encore une fois. Il faut que je songe à faire des siestes si je veux garder la forme.

Je retire mon jeans, mon t-shirt et m’affale sur mon lit, vêtu uniquement de mon caleçon. J’attrape mon téléphone sur ma table de nuit et le déverrouille.

Oh putain, non !

Lyam !

J’ai oublié le rendez-vous en FaceTime avec Lyam sur Match&Meet. J’ai au moins dix notifications provenant de l’appli. Des appels en absences, et des messages non lus. Mais quelle idée j’ai eu de mettre mon téléphone en silencieux ? Et puis je me rappelle que s’il avait sonné alors que Victor était là, cela aurait été gênant de lui dire qui est Lyam.

Mais merde, j’ai oublié Lyam ! Il va croire que je ne voulais finalement pas lui parler. Je m’en veux, ce n’est pas dans mes habitudes de mettre des faux plans aux gens. Mais, je n’y ai sincèrement pas pensé de la soirée. Ce soir, mon esprit était accaparé par le jeu et je n’ai pensé à rien d’autre.

Je n’aime pas ce que je ressens. J’ai aucune excuse valable à lui fournir, si ce n’est que j’ai passé la soirée à jouer avec un pote.

Mmh, il ne va pas vraiment apprécier mon excuse.

Mais qu’est-ce que je suis con ! J’ouvre les messages sur Match&Meet, et je vois que j’en ai plein d’autres en attente. Ce sont toutes des filles. Bizarrement, je ne ressens aucune envie de leur écrire, aucune envie de construire un truc avec l’une d’entre elles… Non, tout ce dont j’ai envie c’est de me faire pardonner à Lyam.

L’ironie du sort me frappe en plein visage. Et dire que cet appel avait pour but que je lui pardonne son mensonge… Et voilà qu’à présent, je me sens coupable de ne pas lui avoir répondu, alors que nous avions convenu d’un rendez-vous. Je me sens totalement con et je lis ses messages :

Lyam : Hello ! Ça va ? C’est toujours bon pour

s’appeler ce soir ?

 

Lyam : Tu ne m’as pas répondu, mais j’imagine

que c’est OK.

Lyam : Je t’appelle dans dix minutes…

 

Lyam : Appel vidéo manqué.

 

Lyam : Julian ? Est-ce que tout va bien ?

Lyam : Appel vidéo manqué.

Lyam : Tu me fais peur. Est-ce que tu as décidé

de tout arrêter ?

 

Lyam : Je croyais que tu me laisserais une

dernière chance…

 

Lyam : Appel vidéo manqué.

Lyam : J’abandonne, je suis sincèrement désolé

Julian de t’avoir menti. Je ne savais pas comment

faire d’autre… Je me sentais seul et voilà que j’ai fait

n’importe quoi en venant sur un site de rencontre

hétéro. Mais je te promets que rien n’était calculé.

Julian, j’ai adoré nos conversations, nos

innombrables heures de délires et notre Netflix

Party…

Lyam : Je suis désolé. J’espère que tu me

pardonneras un jour. Au revoir Julian.

 

Je me sens horriblement mal. Un sentiment de culpabilité s’empare de moi en grandissant dans mon ventre. Jamais je n’aurais pensé que de simples messages puissent me mettre dans un tel état. Je me couche dans mon lit, tends mon téléphone au-dessus de ma tête, souffle un bon coup et je me lance dans la rédaction de mon message :

Julian : Lyam, je me sens con. Pardon. J’ai

complètement oublié notre rdv, je n’ai aucune

excuse. Je suis simplement désolé. Je sais qu’on

dirait que les rôles sont inversés, mais me laisserais-

tu une seconde chance pour me rattraper ? Je suis

prêt à t’écouter, je suis prêt à entendre tes raisons. Ce

message peut te sembler maladroit, mais je… ne sais

plus comment t’écrire. Je ne sais pas si ce que je

dirais sera bien ou nul, j’ai peur de dire quelque

chose de mal, quelque chose qui te ferait fuir…

Enfin, c’est ironique quand je pense que c’est moi qui

suis parti. Bref, je suis désolé et j’espère qu’on

pourra discuter de vive voix. Je t’appelle demain à

20h. Bonne nuit, Lyam.

Lyam : Qui serais-je pour ne pas te laisser une

seconde chance ? Je suis soulagé de lire ton

message. Ne te pose pas de questions, laisse-toi vivre. Je te parle demain, dors bien. Bonne nuit,

Julian.

 

Son message me fait esquisser un léger sourire et le soulagement que je ressens me fait perdre le peu d’équilibre que je pensais avoir dans ma tête.

Merde, comment un message peut-il me rendre ainsi ? C’est moi qui pars en courant lorsqu’il m’avoue qu’il n’est pas Léna et aujourd’hui je cours après lui par message ? Ce ne serait pas un peu le monde à l’envers ?

Je crois que j’ai besoin de dormir, pour me remettre les idées en place. Rien ne va plus. Comment est-ce possible qu’un homme puisse me rendre autant à fleur de peau ? Mes sentiments s’emmêlent, mes pensées ne sont plus rationnelles et je m’endors en me disant que peut-être, l’amour est universel.

 

***

 

Il est presque vingt heures et je suis sur l’appli Match&Meet afin de ne pas louper notre rendez-vous, cette fois. Je n’ai pas arrêté d’y penser de la journée, à tel point que même ma mère m’a trouvé dans la lune lorsque je renflouais le rayon des croissants au beurre.

Les secondes passent et soudain j’appréhende notre conversation. Je me demande si je vais réussir à lui parler, si notre relation sera similaire à celle que j’avais avec la « Léna virtuelle » ou si cela change tout à présent. J’ai peur, ça me fout les jetons de savoir que c’est Lyam. Ça me met en vrac de me dire que j’ai parlé à un mec pendant tout ce temps, et ça me trouble encore plus de penser qu’en fait, j’aime ça.

La luminosité de mon téléphone se met au maximum et soudain il sonne. La photo de Léna s’affiche en grand sur mon écran et je ne peux réprimer une grimace.

Je fais glisser mon doigt sur l’icône verte pour décrocher et pose mon téléphone devant moi, sur mon bureau.

— Allô ? Julian ? Tu m’entends ?

Je respire un bon coup, et laisse mon stress de côté.

— Salut. Oui, parfait, et toi ?

— Oui, super.

— OK.

— …

Un petit blanc s’installe, je ne sais pas si je dois commencer la conversation et finalement, nous entamons une phrase en même temps. Je lui laisse la priorité et lui dis de parler en premier.

— Comment ça va ?

— Bien et toi ? lui retourné-je la question.

— Ça va aussi. Je… je tenais à m’excuser. Je ne sais pas par où commencer, mais…

Il ne finit pas sa phrase, alors je me sens obliger de rétorquer une chose dont Roxane aurait tout à fait été capable de me dire :

— Commence par le début, une chose après l’autre et ça ira, je crois…

Il sourit à moitié et regarde droit dans sa caméra. Si bien que je ne peux qu’admirer ses beaux yeux bleus en amande. Il a le teint bronzé et ses cheveux marron tombent en bataille sur son front. Ses lèvres forment un demi-sourire qui lui va très bien, cela lui donne un côté mystérieux et mignon à la fois.

— Tu as raison. Alors je vais d’abord t’expliquer pourquoi je me suis inscrit sur Match&Meet avec les photos de Léna ?

— Pour commencer, je crois que c’est déjà bien, oui.

— J’ai eu une longue relation, enfin elle a duré moins d’un an, mais la plus longue pour moi. Bref, et lorsque nous nous sommes séparés, ça a fait un grand vide dans ma vie. Je me sentais seul, j’avais besoin de parler avec quelqu’un. Mais les sites de rencontres gay sont… un peu mal fréquentés, ou bien je n’ai pas été sur les bons, je ne sais pas. Un jour, j’ai vu une publicité à la télé, qui parlait de Match&Meet. Tu sais leur slogan…

— Si vous n’aimez pas vos imperfections, quelqu’un les aimera pour vous, disons-nous en totale symbiose. Oui, je connais, ajouté-je.

— Bah tu vois, ça m’a fait tilt. Et Léna m’a proposé de m’inscrire, pour que je puisse ne serait-ce que parler avec des gens. Je me sentais vraiment seul, perdu et j’avais envie de…

— Est-ce que tu avais envie de sortir avec un mec en te faisant passer pour une fille ? Enfin, je ne te suis pas vraiment là…

— Julian, à la base, c’était pour le fun, enfin juste pour discuter, pour passer le temps et je me suis dit que je pourrais avoir de bons délires avec les filles. J’ai toujours eu plus de potes meufs que mecs, donc…

— D’accord.

— Et je l’avoue, j’avais envie de séduire… de recevoir des beaux messages, de rigoler avec quelqu’un, de parler de tout et de rien, d’apprendre à connaître de nouvelles personnes…

— Mais est-ce que tu te rends compte que moi je pensais parler à une meuf ?

— Oui, je sais… Et d’ailleurs, sur Match&Meet, les comptes sont vérifiés, donc j’avais besoin d’être une vraie personne, dit-il en imitant des guillemets avec ses doigts. J’ai alors demandé à Léna si je pouvais me faire passer pour elle. Et tu sais, elle est carrément démente cette fille, elle a tout de suite accepté, elle s’en fout.

— Je vois…

— Mais Julian, je sais que ce n’est pas commun et que j’aurais pu tomber sur n’importe qui de totalement hermétique à la situation. Mais les choses ont pris de l’ampleur, plus on parlait, plus tu me plaisais… Oui, Julian, tu me plais. Et la rencontre, mais mon dieu ! J’étais pas bien, tu pensais que c’était Léna et c’est normal que tu croyais ça, mais ça me bouffait de l’intérieur pendant toute la soirée. J’ai bien vu que Léna te répondait à côté, mais je ne pouvais rien dire, rien faire de plus…

— Lyam, ce que je veux que tu comprennes, c’est que j’ai toujours cru que j’aimais les filles, dis-je apeuré.

— Et ce n’est plus ce que tu crois aujourd’hui ? me demande-t-il, une lueur d’espoir dans les yeux.

— Bordel, je sais plus ce que je crois aujourd’hui !

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