Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 5

 

Je me suis promis de parler à mon frère au petit-déjeuner, mais il est midi et il n’est toujours pas réveillé. Je suis allé le voir deux fois, sa porte n’était plus fermée à clé, mais il dormait. Préférant ne pas le déranger, je l’ai laissé dans son sommeil.

Un message de Léna me sort de mes pensées, je prends mon téléphone et ouvre la dernière notification.

Léna : Ca va. Oh ! C’est cool ! Moi c’est Léna,

j’ai 20 ans aussi. Ta photo est super cool ! Tu habites

à Bal Harbour ? 

 

Julian : Merci. La tienne aussi 😊 Oui ! Et toi ?

Léna : J’habite à Surfside, c’est juste à côté.

 

Je suis ravi de voir qu’elle n’est pas loin. Puisqu’elle n’a pas renseigné sa ville sur son profil, je pensais qu’elle habiterait loin, je ne sais pas pourquoi. Une idée me trotte dans la tête, je me demande vraiment pour quelle raison elle peut être inscrite. Cela m’intrigue beaucoup et je ne peux m’empêcher de lui poser la question.

 

Julian : Ah oui ! Je joue souvent là-bas 😊 Je

peux te demander pourquoi tu es sur le site ? C’est

pas écrit sur ton profil…

 

Léna : Lassitude… Disons que les mecs que je

rencontre ne me correspondent jamais…

J’aime sa réponse, même si elle est assez énigmatique. Elle n’a pas mis deux minutes à répondre, et cela me fait sourire. Et en même temps sa phrase laisse un suspense qui pique ma curiosité. Elle ne me retourne pas la question et ayant un élan de courage, je réponds :

Julian : Oh je vois. Eh bien, peut-être que je peux

répondre à tes critères de sélection ?

Léna : Je n’ai pas de critères… Pour moi, c’est le

feeling et le naturel… Si on peut se parler et se faire

confiance dès le début, c’est un point crucial. 

 

Julian : Totalement d’accord avec toi ! Je déteste

mes potes qui enchaînent les filles… Alors c’est pas

quelque chose que je ferai. La confiance est la chose

la plus importante.

C’est drôle parce que je ne me reconnais pas lorsque je lui écris. On dirait que l’écran me donne une audace que je n’aurais pas pendant une soirée avec une fille inconnue. Les messages sont fluides et naturels. Pour une raison que je n’explique pas, j’ai justement l’impression de pouvoir lui faire confiance. C’est totalement contradictoire avec ce que je pouvais penser. D’habitude, je me méfie des autres sur Internet. Mais j’ai l’impression que c’est différent avec Léna.

 

Je descends aider ma mère à préparer le repas de ce midi et mon père rentre de la boulangerie. Il a l’air exténué, ce qui ne change pas de d’habitude, il souffle et nous dit bonjour.

— On passe à table, s’écrie ma mère à l’attention de mon petit frère toujours cloîtré dans sa chambre. Tu veux bien le chercher, je crois qu’il ne m’a pas entendue ?

— Ouais, j’y vais.

Je monte et alors que je suis sur la dernière marche des escaliers, sa porte s’ouvre, signe qu’il avait entendu l’appel. Je lève les yeux sur lui, et je m’arrête net pour le dévisager.

Oh non.

Ce que je vois ne me plaît pas du tout. Alex est recouvert de bleus sur le visage et les bras. Un œil à peine ouvert, il émet un léger rictus pour me saluer.

— Alex ! Qui est-ce qui t’a fait ça ? demandé-je plus inquiet que jamais.

Je m’approche de lui, mais il passe à côté de moi, sans prendre le temps de répondre à ma question. Il dévale les escaliers et je le suis.

— Alex ! Attends-moi !

 

À peine il est devant mes parents qu’ils s’écrient en même temps :

— Alex, qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Il baisse les yeux et s’assied sur une chaise. Les poings fermés, il pose les coudes sur la table et ne répond rien.

Je prends place à côté de lui et échange des regards affolés avec ma mère. Mon téléphone vibre dans ma poche, ça doit être Léna, mais elle attendra. J’ai plus urgent pour le moment. Même si ma curiosité me démange, je résiste et me concentre sur mon frère.

— Bon, tu vas répondre à ta mère ? s’énerve mon père.

— Chéri, laisse-le prendre son temps, le calme-t-elle. Alex, raconte-nous.

Je retiens mon souffle, le voyant bouger, je n’attends qu’une chose : qu’il nous dise ce qui lui est arrivé. Je prie intérieurement pour que ce ne soit pas ce à quoi je pense.

— Bon, Alex ! T’as foutu quoi encore ?

Mon père ne peut pas s’empêcher de lui rentrer dedans comme ça. Il est toujours obligé d’être oppressant et désagréable.

Mon frère relève sa tête et nous fait face, si bien qu’on peut observer plus longuement ses bleus. Ma mère émet un petit cri de stupéfaction lorsqu’elle se rend compte de l’étendue des dégâts sur ses pommettes.

— C’est rien, dit enfin mon petit frère.

— Tu te fous de notre gueule ? vocifère notre père.

— Luke ! gronde ma mère.

Elle redirige son attention envers Alex et je m’impatiente à mon tour :

— Alex, dis-nous qui t’a fait ça.

— Je me suis battu, souffle-t-il.

— Mais on le voit bien ! Maintenant tu vas nous dire pourquoi et avec qui ! Alex, t’as une tête déglinguée. C’est pas arrivé tout seul, rajoute encore mon père.

Ma mère visiblement agacée par son comportement ne relève pas et enchaîne :

— Alex, tu dois nous le dire, c’est grave ce qui est arrivé là. Explique-nous au moins… J’aimerais comprendre. Tu nous expliques et je vais te soigner.

Elle le prend dans ses bras et mon frère craque contre sa poitrine.

Ça me fend le cœur, voir Alex dans cet état me touche énormément. Je refoule mes sentiments et m’approche d’eux en posant une main sur l’épaule fragile de mon petit frère.

— Ils… ils m’ont frappé, sanglote-t-il.

— Oh putain, marmonnai-je. Qui ?

— Des gars… du lycée.

— Mais pourquoi ? demandé-je stupéfait.

Il ne répond pas et c’est tout ce que nous réussissons à tirer de lui. Pour ne pas changer, mon père se lève d’un bon et en rajoute une couche :

— Et t’as pas été capable de te défendre ? Putain, mais t’aurais au moins pu leur en coller une ! Un homme ne se laisse pas faire comme ça ! T’as vu ton état ? Mon fils ne se laissera plus marcher dessus, t’entends ? rugit-il en s’adressant à nous. T’es pas une tapette ! Défends-toi, merde !

Il se rassied ensuite pour manger son plat de spaghettis, comme s’il ne venait pas d’insulter son propre fils. C’est toujours pareil avec lui, ses mots dépassent sa pensée, mais le mal est fait. Je sais qu’Alex gardera en lui ces mots pour plusieurs semaines, si ce n’est pas pour toujours. Ma mère lui fait les gros yeux, mais n’ajoute rien. Il n’y a rien à dire de plus. Elle entraîne mon frère vers la salle de bain pour appliquer de la crème apaisante. Je les accompagne et sachant que je ne tirerai rien de plus de lui pour l’instant, je décide de le laisser tranquille. Mais avant ça, je m’assure de lui faire comprendre qu’il peut me parler, quand il veut.

— Merci, répond-il simplement.

 

Le message de ce midi était celui de Roxane. Ma meilleure amie me propose de la retrouver sur la baie pour me présenter Aron, son petit ami. J’accepte volontiers et nous convenons de nous retrouver en début d’après-midi.

En attendant, je me pose sur mon lit et navigue sur Match&Meet. Il y a encore des messages non lus, je les checke un à un. Mais ils sont tous remplis de fautes d’orthographe et d’abréviations du type « cc » ou de « sa va ». Non, ça ne va pas du tout ! Comment peut-on encore écrire comme ça à cet âge-là ? Pour ce qui est des matchs, encore une fois c’est bien plus réjouissant. J’ai trois filles en attentes de réponses. Je clique sur la première, elle est jolie, enfin normale quoi. Son profil m’annonce qu’elle a trente ans. Bon, dix ans de plus ça fait un peu beaucoup pour moi. Je ne match pas, et passe à la suivante. Une certaine Camila, ses yeux sont d’un bleu incroyable, elle indique avoir trois chiens. J’adore les animaux. Et sa localisation a l’air proche de chez moi. Je scrolle et découvre ses goûts musicaux : les années 80.

Mmh, je ne sais pas si ça va le faire, ça.

Ma conscience me dit que ce n’est pas bien de juger sur ce genre de détails. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ces soirées où mes parents m’ont emmené de force quand j’étais plus jeune et où il ne passait que des chansons des années 80 en France. J’en ai bouffé des démons de minuits et du Daniel Balavoine, du France Gall, du Julie Pietri ou encore du Jean-Jacques Goldmann ! Ma mère est une grande fan de Jean-Jacques Goldmann, donc ses chansons j’en ai assez écouté.

C’est décidé, je ne match pas ! Je rigole tout seul devant mon écran et continue avec la troisième, elle s’appelle Laura et sa photo est originale. C’est un dessin d’elle, enfin je pense qu’il s’agit d’elle. Je parcours son profil et découvre avec stupéfaction qu’elle est militaire de carrière. Waouh ! Elle a vingt-deux ans et son profil est sympa. Elle aime la randonnée, est sportive et son passe-temps préféré est le dessin. Il y a quelques-unes de ses œuvres et je dois l’admettre, elle dessine très bien. Je suppose alors que sa photo de profil est un autoportrait. Je clique sur le cœur pour créer le match. Je n’envoie rien, ne sachant qu’écrire en premier.

 

Il fait très chaud dehors et j’ai prévu le coup en mettant déjà un short de bain. Je pense que l’eau sera à une température assez chaude pour que nous puissions se baigner. Je fourre une serviette dans mon sac à dos et sors rejoindre Roxane et son copain.

La plage est seulement à quelques pas de chez moi, si bien qu’en cinq minutes je suis déjà arrivé. J’aperçois Roxane au loin, ses cheveux sont attachés en deux nattes et elle est déjà en maillot de bain. Ses origines laotiennes ressortent énormément lorsqu’elle attache ses cheveux. Ses yeux légèrement bridés se rehaussent lorsqu’elle me voit et j’avance vers eux.

— Aron, je te présente Julian, mon meilleur ami ! déclare-t-elle.

— Salut, dis-je en tapant dans la main d’Aron en guise de salutation.

Il fait de même et nous discutons de banalités pendant un moment. Nous allons marcher au bord de l’eau et je mets les pieds dans les premières vagues de l’océan. Roxane me raconte leur rencontre plus en détail et Aron a l’air très sympa. Il est beau gosse, ses cheveux blond doré font ressortir son bronzage et il a de grands yeux bleus. Je dirais qu’il doit mesurer un mètre quatre-vingt-dix. Je suis à peine plus petit que lui. Il est musclé, son torse nu laisse apparaître des abdos en béton et un véritable charme. Je continue de l’observer jusqu’à ce que Roxane me rappelle qu’elle me parlait :

— Eh, tu m’écoutes ?

— Oui, pardon, tu disais ? demandé-je en posant mes yeux sur elle.

— Je disais à Aron qu’on t’a inscrit sur Match&Meet !

— Oh j’étais inscrit il y a quelque temps ! lance Aron.

— Ah ouais ? Et comment t’as trouvé l’appli ? le questionné-je.

— C’était cool… Bon j’ai trouvé personne dessus, mais d’un côté, heureusement puisque j’ai rencontré Rox, donc… dit-il en faisant un clin d’œil à son attention.

Rox ? Depuis quand d’autres personnes ont le droit de l’appeler comme ça ? Ça a toujours été le surnom que moi seul emploie. J’ai conscience que cette remarque est égoïste, que ça ne m’est pas réservé, mais j’ai un pincement au cœur. Je vais perdre l’exclusivité sur ma meilleure amie. Et même si nous avons une relation purement amicale, je suis quelqu’un qui a du mal à partager…

— Oui, je comprends.

— Et alors, tu as parlé à des filles ? s’empresse de me demander Roxane.

— Je parle à une fille, oui, et il y en a plusieurs avec qui j’ai eu des « matchs », lui avoué.

— Je veux tout savoir ! Montre-là moi ! Et les autres aussi !

— C’est pas grand-chose, tu sais, déclaré-je en sortant quand même mon téléphone.

Je lui montre et elle est tout excitée, presque plus que moi.

Alors qu’elle navigue sur Match&Meet à ma place et qu’elle regarde les profils avec qui j’ai « matché », j’entends mon téléphone vibrer et elle a l’air encore plus intéressée par celui-ci.

— Quoi ? la sondé-je en haussant un sourcil.

— Mmh, un message !

Aron rit et secoue la tête. Quant à moi je tente de lui prendre mon portable de ses mains, mais c’est peine perdue. Elle lit le message à voix haute :

 

Léna : Moi non plus j’enchaîne pas les filles 😉

ça te dirait qu’on fasse un jeu ?

— Ouuuh ! braille-t-elle avec un sourire espiègle.

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