Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 25

 

Décidément, Lyam s’insinue dans mes pensées, de jour comme de nuit. Quoi que je sois en train de faire, mon cerveau dérive vers lui. Son cadeau m’a beaucoup touché, il est tellement généreux. Nous avons finalement passé un super moment tous les quatre au centre commercial. Ce n’était pas prévu, mais nous avons fini la soirée ensemble à manger dans un bar à tapas. Roxane s’entend vraiment bien avec Léna, et Aron nous a rejoints. Lyam et moi avons pu passer un moment rien que tous les deux et nous avons convenu de nous voir aujourd’hui. Il finit les cours à quinze heures. Cela me laisse donc du temps pour moi avant.

Même si cela fait à peine douze heures que nous nous sommes quittés, je ne fais que penser à Lyam. Il est dix heures du matin, mon frère est au lycée et mes parents en train de s’occuper du jardin. J’ai décidé de prendre mon temps et d’aller courir avant midi. Une bonne course me permettra de me vider l’esprit.

 

Je n’arrive pas à m’expliquer pour quelles raisons je suis tant attiré par Lyam. Bien que je n’aie jamais ressenti de grosse attirance pour les filles auparavant, à aucun moment un mec ne m’a fait cet effet-là. J’ai l’impression d’être un autre homme, d’avoir changé ma perception des choses. Et pourtant, il y a un petit rien qui m’empêche de me jeter à l’eau. J’aimerais faire le premier pas, mais c’est comme si mon cerveau se retenait. J’ai l’impression de foncer droit dans l’inconnu. Et en fait, c’est un peu ce qui se passe. Je ne sais pas vers où je vais et cela m’effraie. Pourtant, tout mon être me pousse à sauter le pas. Lyam est patient, doux et vraiment à l’écoute. Il mérite d’être avec quelqu’un qui saura dans quoi il s’embarque… Tandis que moi, je ne m’y connais rien, je ne suis sûr de rien… Mais je sais une chose, mon cœur bat plus vite lorsque je pense à lui, lorsqu’il est à côté de moi ou même lorsque je reçois un message de sa part.

Et si pour une fois, j’arrêtais de réfléchir et que je me laissais juste aller ?

Je m’arrête pour faire une pause et comme si l’univers se moquait encore une fois de moi, je reçois justement un message de Lyam. Mon cœur saute de ma poitrine.

Lyam : Tu sais, j’ai remarqué à quel point c’est

difficile pour toi toute cette situation. Mais j’aimerais

te dire que tu es parfait tel que tu es. N’essaie pas de

te changer, n’essaie pas d’être quelqu’un d’autre…

Julian, je te trouve incroyable. Hier, alors qu’on était

tous les 5, j’avais qu’une seule envie : être seulement

avec toi. Et je sais qu’on va pouvoir l’être ce soir.

J’aimerais seulement que tu comprennes que tu peux

être totalement toi, avec moi. Il n’y a pas besoin de

filtre, pas de retenue… Juste, sois entier, sois toi. Je

sais que tu vas te dire que ce message est un peu

bateau, mais j’avais besoin que tu saches tout ça.

Julian : Ton message n’est en rien bateau.

 

Lyam :… Et tu en dis quoi ?

 

Julian : Et j’en dis que tu dois lire dans mes

pensées…

Lyam : Pourquoi ça ?

 

Julian : Pour rien. Merci Lyam. Tu es incroyable.

Je reprends ma course à petites foulées et mon téléphone vibre encore une fois.

Lyam : On se voit toujours à 15h ?

Julian : bien sûr ! j’ai hâte

Lyam : Ah, encore fâché avec les majuscules ?

x)

Julian : mdr non, j’écris vite parce que je cours

 

Lyam : Je veux une photo de toi après la

douche !

 

Julian : je le savais !

 

Je fourre mon téléphone dans ma poche et cours sur le chemin retour. Son message m’a complètement retourné. Et il me donne du courage. Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de croire en tout ce qu’il dit. J’ai envie de lui donner une chance, pas seulement parce que c’est le seul gay que je connaisse, mais parce que justement il sait trouver les bons mots. Il a une patience inouïe avec moi et rien que pour cela, il mérite bien plus que de simples messages.

Il y a un minuscule moment où parfois on entraperçoit qui on est, et ce moment est arrivé. Je n’ai plus peur, parce qu’il rend la chose normale. Et que deux mecs qui sont ensemble, c’est la même chose que Roméo et Juliette. Les liens qu’on ressent sont les mêmes.

 

En sortant de la douche, je repense à notre conversation. Je ne peux m’empêcher de rougir en pensant à cette fameuse photo que je lui avais envoyée il y a quelque temps, aussi à la sortie de la douche. Je lui en envoie une autre et il répond par des emojis en cœur.

Je descends dans la cuisine pour préparer le repas et la conversation que j’entends me sidère. Je reste derrière la porte et écoute :

— Mais il a l’âge de sortir avec une fille non ? interroge ma mère.

— Oui. Oh tu sais, à mon avis c’est un Don Juan mon fils ! s’exclame mon père d’un air moqueur.

— Impossible. Il ne ramène jamais de filles à la maison !

— Pas besoin de les ramener à la maison pour être avec elles, pouffe-t-il.

— Luke ! Sérieux !

— Bah quoi ? J’ai été jeune avant lui, et je te signale que si on ne se voyait pas en cachette, on ne se serait jamais mis ensemble ! T’en fais pas, je suis sûr que Julian court après tout ce qui bouge.

— J’en serais pas fière à ta place, le sermonne ma mère.

Je n’en reviens pas qu’ils parlent de moi ainsi. Je n’ai jamais été du genre à faire la fête tous les samedis et encore moins à sortir tout le temps. Je ne comprends même pas comment mon père peut penser ça. J’en ai suffisamment entendu et j’entre bouillonnant à l’intérieur de moi. Ils se taisent à peine ils m’ont vu.

— Ah mon chéri ! Tu es là ! Tu veux manger quelque chose ?

— Oui, il y a quoi ?

— J’ai préparé un tajine de poulet. Ce sera prêt dans dix minutes, OK ?

Mon père fait semblant — ou pas — de lire le journal et ne m’adresse pas la parole.

C’est quoi son problème ? À part penser que je « saute sur tout ce qui bouge » ?

J’acquiesce et prépare la table en attendant.

 

***

 

Je rejoins Lyam à la sortie de ses cours, enfin dans une rue parallèle à son université. Je le vois se diriger vers moi, et je ressens cette petite appréhension, ce moment où tu ne sais pas comment saluer la personne en face de toi.

Je lui fais la bise ? Je ne fais rien ? Je lui fais un baiser sur la joue ? On s’embrasse ? Non, on ne va pas s’embrasser pour notre première fois comme ça, dans la rue ? Je suis perdu !

Finalement, Lyam choisit pour moi, car nous nous étreignons.

— Hey.

— C’était bien tes cours ? demandé-je par curiosité.

— Comme deux heures de marketing, ironise-t-il.

— Je vois ! Tu veux aller où ?

— Je ne sais pas, tu as une idée ?

— Tout dépend de ce que tu as envie de faire ?

— On fera tout ce que tu voudras !

Lyam me fait face, et sourit franchement. Je réfléchis alors à ce que nous pouvons faire à cette heure-ci et plusieurs idées me viennent en tête.

— D’accord, j’ai plusieurs idées, tu me dis ce que tu préfères. On peut aller au musée d’art contemporain, à la plage ou à Surfside et on se balade ?

— Tu viens de me donner une idée ! Tu es déjà allé à Surfside ?

Nous continuons de marcher jusqu’à la voiture de Lyam.

— J’y vais rarement, mais je sais que tu habites là-bas.

— Oui ! On peut aller au « Paseo de las tortugas » !

— Qu’est-ce que c’est ?

Nous montons dans sa voiture où il fait une chaleur affreuse. Il démarre et le tableau de bord indique trente-six degrés. Il enclenche la climatisation. Nous partons alors en direction de Surfside.

— C’est une avenue avec des grandes statues de tortues multicolores, pour sensibiliser les gens à la protection des tortues. C’est toute une histoire sur les plages de Surfside, t’en as jamais entendu parler ?

Cela ne me dit rien, alors il m’explique que les tortues sont une espèce menacée, mais encore plus là-bas. Il y a énormément de monde sur les plages, si bien que les tortues ne peuvent pas pondre leurs œufs et rester près de leurs bébés. Il existe plusieurs associations qui aident pour la protection de ces petits reptiles. L’exposition relève de l’art public et la démarche des associations est en train de payer. En Floride, il est interdit de jeter quoi que ce soit sur les plages, en raison des étouffements des tortues ou autres animaux.

Nous arrivons sur l’avenue, c’est grand et le temps est magnifique. Nous discutons de choses et d’autres jusqu’à ce que j’aperçoive lesdites statues. Elles font un mètre cinquante de haut, sont principalement jaunes et bleues, mais toutes différentes. Nous marchons l’un à côté de l’autre et je sens que nous sommes proches. Nos mains se frôlent à plusieurs reprises. Il n’y a que mon cœur qui le ressent à chaque fois, il manque un battement lorsque ses doigts touchent les miens.

Lyam s’arrête à un stand de glace. Je dois admettre qu’elle est bienvenue tant la chaleur est écrasante.

— Quel est ton parfum de glace préféré ? me questionne Lyam.

— Caramel ou chocolat !

— Va pour une caramel, chocolat alors !

— Et toi, tu prends quoi ?

— La même chose ! me dit-il avec un clin d’œil.

— Pas très original, dis donc !

— Qui a dit que j’avais envie d’être original ? On ne change pas une équipe qui gagne !

Je rigole et lorsque nous avons chacun notre glace, nous marchons jusqu’à trouver une place à l’ombre sur un banc situé à côté d’un gigantesque palmier.

— Elle est super bonne ! m’exclamé-je alors que je la mange le plus vite possible pour qu’elle ne fonde pas.

— Les meilleures de Surfside !

Un silence s’installe entre nous pendant que nous mangeons, mais il n’est pas dérangeant. Au contraire, je me sens serein à ses côtés. Je sais que nous avons encore plein de choses à nous dire.

— Tu fais toujours du basket ? me questionne-t-il.

— Oui, j’ai un entraînement demain d’ailleurs.

— Ça va, ça se passe bien ?

— Oui, l’équipe est assez cool. On s’entend bien et surtout on joue bien, rigolé-je.

— C’est le plus important !

— Et toi, j’ai oublié de te demander ! C’est quand ta représentation ?

— C’est dans un mois, j’ai encore le temps pour m’entraîner.

— Tu vas tout déchirer, j’en suis sûr !

Nous échangeons un sourire et je termine ma glace. Après avoir pris une grande respiration, je me dis qu’il est temps que je lui parle, à cœur ouvert.

— Lyam…

— Généralement, quand on commence par mon prénom, c’est que j’ai fait une connerie, alors je t’écoute ?

C’est idiot, mais il me fait rire.

— Non, non ! Je voulais te dire merci pour ton message de ce matin…

— Ah ça ! C’est rien, tu sais.

— Si, au contraire. C’est énorme pour moi. Je crois que je vais arrêter de me poser plein de questions… Je m’en suis posé tellement depuis tout ce temps que…

— Julian, tu t’en poses encore ! Pas la peine, je comprends…

— Tu comprends quoi ?

— Ça.

Et il m’embrasse. Là. Tout de suite. Maintenant. Il presse ses lèvres sur les miennes et je ferme les yeux. Son contact est doux, tendre et délicat. Je lui rends son baiser et lorsqu’il se recule j’ouvre enfin les yeux. Je remarque qu’il les ouvre lui aussi, et nous plongeons notre regard l’un dans l’autre. J’ai l’impression de regarder la mer, il a les yeux aussi bleus que celle-ci, si bien qu’on pourrait s’y noyer.

— Parfois un acte vaut mille mots, Julian.

— C’est vrai…

— Et je mourais d’envie de faire ça depuis notre rencontre à la soirée de Match&Meet.

— Oh.

— Oui, c’est… Comment t’expliquer ?

Et pour toute réponse, je me penche vers lui et l’embrasse à mon tour.

— Décidément, on est doué pour se couper la parole ! sourit-il lorsque je recule de quelques centimètres de son visage.

Je me redresse sur le banc et pose une main sur la sienne.

— Quelqu’un m’a dit qu’il fallait que je sois juste moi. Alors me voilà.

Il baisse les yeux, comprenant que je fais référence à son message de ce matin. Puis, d’un geste doux, il pose sa main sur ma joue.

— Et c’est tout ce que je te demande.

Ses lèvres rencontrent de nouveau les miennes et nous passons un long moment à nous embrasser. Nous sommes à l’abri des regards sur ce banc, non pas que cela me dérange qu’on nous voie, mais ce n’est pas très décent de s’embrasser ainsi en public. Et puis, il faut bien avouer que même si je saute le pas, cela ne veut pas dire que j’ai envie de le crier sur tous les toits.

— Est-ce que ça veut dire qu’on est…

— Ensemble, me coupe-t-il. Oui. Si toi aussi tu en as envie.

— Oui.

Pour toute réponse il me prend dans ses bras et je hume son odeur dans le creux de son cou. Son parfum m’enveloppe, tout autant que ses bras. Je ressens un millier de choses au fond de mon ventre. Ça y est, je les ressens les petits papillons dont tout le monde parle.

 

Nous nous baladons au bord de l’océan, parlons de musique. Il aime le rap, tout comme moi et nous échangeons nos dernières trouvailles en matière de chansons peu connues. Nous avons énormément de points communs, mais également beaucoup de différences. C’est ce qui fait notre richesse, nous avons toujours quelque chose à nous raconter. Notre curiosité nous amène à nous intéresser à chaque fois à ce que nous avons à dire.

 

— On se revoit quand ? me demande Lyam lorsque nous arrivons près de chez moi.

— Tu as cours cette semaine ?

— Oui, et j’ai des partiels vendredi… m’apprend-il d’un air triste.

— Oh… Alors on se voit samedi ? proposé-je enthousiaste.

— Ça me va ! À quatre heures si ça te dérange pas ? Parce que je dois aider mon père pour passer la tondeuse.

— Pas de soucis, c’est parfait !

Nous nous quittons, des cœurs plein les yeux et notre premier baiser en tête. Je ne peux pas m’empêcher de lui en faire encore une dizaine avant de sortir de la voiture. Je me surprends moi-même à adorer ça. Il est vrai que c’est difficile de ne pas comparer avec mes précédentes relations… Mais c’est quand même beaucoup mieux avec lui qu’avec les filles !

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