Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 27

 

Un bruit sourd me sort de mon sommeil. J’émerge doucement, mais c’est comme si j’avais un tambour dans la tête. Ça tourne encore un peu et je me remémore les événements de la veille. Je me redresse dans le lit, observe où je suis et les paroles de ces mecs me reviennent à l’esprit. Dans un souffle bruyant, je me laisse retomber. Je prends conscience que je suis dans le lit de Roxane. Mais elle n’est pas là. Je suppose qu’elle doit être réveillée depuis un moment si j’en crois l’heure qu’affiche mon téléphone sur la table de nuit.

Il est onze heures. J’ai dormi aussi longtemps que ça ? Ça me paraît presque impossible. Visiblement l’heure a tourné plus vite cette nuit. Je me frotte les yeux et sors du lit. Des bruits de vaisselles me parviennent jusqu’au premier étage. J’enfile mon jeans avant de descendre.

La lumière du jour m’éblouit. Je plisse les yeux en prenant l’escalier. Connaissant la maison de ma meilleure amie par cœur, je me faufile jusqu’à la cuisine. La mère de Roxane est visiblement en train de ranger le lave-vaisselle et sursaute lorsqu’elle me voit.

— Oh Julian ! Je ne t’ai pas entendu descendre, pardon. Tu as bien

dormi ?

— Oui ça va, merci. Vous allez bien ?

— Dis donc jeune homme, depuis quand tu me vouvoies ?

— C’est vrai, désolé je suis un peu mal réveillé, avoué-je en étirant

mes bras vers le bas.

— Tu veux prendre un petit-déjeuner ? demande-t-elle joyeusement.

— Je veux bien, merci. Elle est où, Roxane ?

Elle s’active à sortir une brioche du placard et du jus de fruits, tout en me répondant :

— Elle est debout depuis un moment, mais elle préférait te laisser

dormir. Dure soirée apparemment, se moque-t-elle gentiment de moi en me faisant un clin d’œil.

— Oui, on peut dire ça. Merci, dis-je en attrapant le verre sur la table.

— Roxane est descendue, je crois qu’elle est au sous-sol.

— D’accord, merci.

— Je peux aller lui dire que tu es réveillé, pendant que tu déjeunes, si

tu veux, propose la mère de Roxane.

— Non, ça va. Je vais aller la voir, te dérange pas pour moi.

Elle me gratifie d’un sourire et continue le rangement des assiettes. Je mange doucement, savourant la part de brioche et le jus de clémentines qu’elle m’a servi. La maman de Roxane est toujours aux petits soins lorsque je suis là.

Je trouve la porte qui mène au sous-sol et je me demande bien ce que Roxane peut y faire. Nous ne sommes que rarement descendus, et les seules fois étaient pour chercher de vieilles choses dans sa cave.

— Roxane ? T’es là ?

Je n’entends pas de réponse, je réitère donc ma question et avance prudemment. La lumière brille, si bien que je suis le petit couloir pour voir où il me mène. Je fais quelques pas et entends une voix lointaine.

Je m’approche encore, à petits pas. La voix est plus claire et distincte.

Une voix que je connais.

Il y a une petite vitre, je me penche pour y voir plus clair et soudain j’entends très nettement :

— … C’était Talk love with April, à la semaine prochaine. N’oubliez

pas, vous êtes forts.

Non ?

J’ai du mal entendre, ce n’est pas possible. Non. Roxane ne peut pas être…

Elle me voit et se fige directement. Elle coupe son micro et sort d’un geste brusque de la petite pièce dont les murs sont verts. On dirait qu’ils sont faits de moquette.

— Julian ?! Qu’est-ce que tu fais ici ?

Roxane semble paniquée et ferme la porte derrière elle, comme si elle ne voulait pas que je découvre ce qui se cache derrière.

— Je suis réveillé. Ta mère m’a dit que je te trouverais ici.

— Euh oui. Viens on monte, ça va tu as bien dormi ?

Je ne compte pas la laisser s’en sortir ainsi, je reste donc sur place, ne la suivant pas.

— Roxane ? Tu vas me dire ce qui se passe ici ? Est-ce que j’ai bien

entendu… ?

— Tu as entendu quelque chose ? Mais non, j’écoutais juste une vidéo.

— Euh, me prends pas pour un con quand même. J’ai bien vu le micro

dans la salle, dis-je perplexe.

Elle se frotte la nuque et fuit mon regard. Je ne sais pas si ce que je pense est vrai, mais si Roxane est April des podcasts que j’écoute depuis plusieurs mois maintenant, j’estime que j’ai le droit de savoir.

— Dis-moi la vérité, c’est toi qui es derrière les podcasts ?

— Quels podcasts ?

Elle est clairement gênée, je la connais par cœur. Je sais qu’elle essaie de me faire croire qu’elle ne sait pas de quoi je parle, or elle le sait très bien, et ça se voit.

— Rox ! grondé-je.

— Quoi ? Oui bon… peut-être.

— Comment ça peut-être ?

— Il se pourrait que j’aie lancé ce podcast uniquement pour toi et que

je t’aie fait croire qu’il était connu…

Je n’en reviens pas de ce qu’elle me dit et pourtant je cherche encore des réponses.

— T’es sérieuse ? Mais il est connu, non ? Enfin je ne suis pas le seul à

l’écouter ? Mais attends, waouh tu fais des podcasts ?! Et pourquoi tu ne m’as rien dit ?

— Si je ne t’ai rien dit, c’est parce qu’au début je voulais que tu

écoutes ce que j’avais à te dire. Si ça venait de quelqu’un d’autre, peut-être que tu l’écouterais davantage… Et finalement quand j’ai mis Talk Love with April sur Spotify, il y a de plus en plus de monde qui ont fini par l’écouter et surtout par me suivre sur les réseaux sociaux…

— Mais tu es complètement dingue ! Pourquoi est-ce que tu ne m’en as

jamais parlé ? Et tu as fait ça quand ? la questionné-je abasourdi par la nouvelle.

Roxane fait une pause et s’avance vers moi. Elle me regarde droit dans les yeux et me dit :

— Julian, j’ai fait ça pour toi, tu te sentais seul et tu avais besoin

d’espoir, de croire en l’amour… Je l’ai fait un peu sur un coup de tête et finalement le truc a pris un peu malgré moi. Je me suis laissée prendre au jeu et je n’avais plus envie de m’arrêter. J’ai commencé il y a deux ans, je crois. Je ne voulais pas te le dire parce que tu avais l’air de bien aimer… J’avais peur que tu sois déçu si tu savais que c’était moi.

— J’en reviens pas, sérieux, Rox !

Je prends une minute pour digérer la nouvelle et je réalise tout le chemin qu’elle a fait. Parce que mine de rien, le compte Instagram de Talk Love with April a presque cinq cent mille followers et le podcast est énormément repartagé. Je réalise alors que je ne lui en veux pas tellement, en fait je suis super fier d’elle !

— Mais Roxane, tu te rends compte de ce que tu as fait ? C’est fou,

vraiment ! Tu as créé un vrai truc, une vraie identité et tu aides énormément de gens avec tes textes… Dont moi, je l’avoue. J’adore l’écouter…

— Merci Julian, si tu savais à quel point je redoutais le moment où tu

serais au courant…

— Tu ne comptais jamais me le dire ? m’étonné-je.

— Je ne sais pas, avoue-t-elle en baissant les yeux.

Je prends conscience soudain que je ne l’ai jamais reconnu. Enfin je n’ai jamais fait le lien avec sa voix.

— Mais pour ta voix, tu as fait comment ? Parce que je te connais

quand même depuis longtemps et je ne reconnais pas du tout ta voix sur le podcast !

— Ah ça ! rit-elle.

— Allez, dis-moi tout maintenant !

Elle prend une grande respiration et passe devant moi. Je la suis et nous entrons dans la petite salle réservée à ses enregistrements. C’est tout petit, il n’y a presque pas de place pour deux. Elle s’installe derrière le micro et me fait signe de m’asseoir sur l’autre chaise.

Je prends place et l’écoute attentivement.

— Écoute et tu verras, annonce ma meilleure amie.

Elle allume alors un ordinateur portable et appuie sur des boutons un

peu partout. Une lumière rouge s’allume sur une espèce d’enregistreur et je suis sidéré.

La voix est modifiée en direct. Je reconnais bel et bien celle d’April.

Enfin, techniquement c’est celle de Roxane, mais sacrément modifiée.

Heureusement que je suis assis, parce que je suis littéralement sur le

cul après cette nouvelle. J’ai du mal à y croire. Mais en même temps, je me dis que c’est évident. Les épisodes correspondaient parfois étrangement à ma situation personnelle. Je me disais que comme tout, on a tendance à s’autocentrer et à se dire que c’est pour soi… Mais finalement, elle écrivait bien en pensant à moi. En fait, elle s’est inspirée de ce qui m’arrivait.

Perdu dans mes pensées, je n’écoute pas réellement ce qu’elle me dit et

lui demande de répéter.

— Je disais que je suis désolée de ne t’avoir rien dit. J’espère que tu ne

m’en veux pas trop.

Je ne peux bien entendu pas lui en vouloir. Elle a créé un sacré truc !

— Je t’en veux pas ! Je suis juste vraiment surpris, enfin je ne m’y

attendais vraiment pas, c’est tout.

— Je sais…

— Mais c’est trop cool ! Attends, tu es connue ! m’exclamé-je.

— Oui, enfin pas vraiment. C’est « April » qui est connue, dit-elle en

mimant les guillemets avec ses doigts.

— C’est vrai, mais quand même !

Elle me regarde et soudain ses yeux s’illuminent.

— Mais oui, c’est complètement fou ! Regarde, s’enthousiasme-t-elle

en sortant son téléphone.

 

Nous passons la fin de matinée à regarder ses réseaux sociaux et à

analyser les statistiques d’écoute. Je suis impressionné par tout ce qu’elle a accompli. Une chose est certaine, j’écouterai désormais ses podcasts avec un regard nouveau. Mais il faut bien l’avouer, elle est très douée pour cela. Roxane a une voix douce et puissante à la fois, bien qu’elle soit un peu modifiée, cela reste son intonation et sa diction. Elle a aussi un talent pour l’écriture parce que tous ces textes viennent d’elle…

J’en oublie presque mon téléphone et lorsqu’on remonte dans sa

chambre, je le débranche du chargeur et le déverrouille. Je pose mes yeux sur l’écran et découvre trois messages non lus de Lyam.

Lyam : Hey. Tu es bien rentré ?

 

Lyam : Je n’ai pas eu de réponse… J’espère que

tout va bien.

Lyam : Julian, réponds-moi s’il te plaît.

Le dernier date d’il y a une heure. Je m’empresse de lui répondre, les

mains moites. J’ai peur qu’il m’en veuille encore pour hier après-midi.

Julian : Salut, je suis trop désolé, je suis rentré

KO. J’ai dormi chez Roxane. Pardon de ne pas

t’avoir envoyé de message, j’avais plus de batteries.

Je suis trop nul, vraiment désolé j’aurais dû te

prévenir.

Lyam : C’est pas grave. Je suis rassuré de voir

que tu vas bien.

 

Julian : Ça va, je crois que j’ai abusé sur l’alcool

hier soir. Et toi, ça va ?

Lyam : La prochaine soirée que tu fais, je veux la

passer avec toi ☹

Lyam : Et oui ça peut aller.

Julian : Je peux faire quelque chose pour que tu

ailles mieux ? Promis, la prochaine on la passe

ensemble.

 

Lyam : On peut se voir aujourd’hui ?

 

Julian : Bien sûr ! Cette après-midi ?

 

Je suis interrompu par l’arrivée de Roxane dans la chambre. Elle me

propose de manger chez elle ce midi, mais je décline son invitation. Il faut que je rentre chez moi pour prendre une douche et être présentable pour Lyam.

Lyam : Oui ! Mets des vêtements dans lesquels

tu es à l’aise, je t’emmène quelque part.

Mais qu’ai-je fait pour mériter un homme pareil ?

Même après une dispute il me prépare une surprise. Je rentre me

préparer et une pointe d’excitation s’empare de moi à l’idée de le revoir. Je sais qu’il va falloir que j’y mette du mien également pour me faire pardonner pour hier. Mais une chose est sûre, je meurs d’envie de l’embrasser à nouveau.

 

Lyam m’emmène dans son studio de danse. Il n’y a personne et il en

profite souvent le dimanche pour s’entraîner en solo. Je suis touché qu’il m’emmène dans son antre, dans son lieu favori et dans lequel il s’exprime à cœur ouvert à chaque pas de danse.

— Viens, assieds-toi ici et regarde. Je veux que tu voies tout ce que je

ressens quand je suis avec toi.

Lyam me surplombe, tellement attirant dans son jogging noir et t-shirt

blanc. Il est très musclé et cela se voit, même à travers son haut. J’obéis à sa demande et ne dis rien, attendant qu’il commence.

Il retire ses chaussures et connecte son téléphone à l’enceint. La

chanson débute et il se positionne au milieu de la salle, face à moi. Il enchaîne les pas, la musique l’emporte et il respire les paroles. Chaque mouvement a l’air naturel et pourtant tout est calculé. Mais ses déplacements sont fluides. Cela n’a rien à voir avec la sensation que j’ai ressenti pendant la vidéo qu’il m’a montrée.

Non. Là tout est réel. Il danse devant moi, pour moi.

Et mon cœur se remplit d’amour au moment où le refrain démarre.

Lyam y met toute son âme. Il danse avec son cœur, avec ses tripes, il y met tellement de lui. Ça se voit, ça se ressent. Il est habité par la musique, cela le transporte dans un autre monde. Un monde où tout n’est que sensations. La chanson est si belle. Même sur son visage, on peut voir qu’il vit sa chorégraphie.

Il saute, tourne, balance ses bras de droite à gauche, déplace ses pieds

de manière précise et exécute des mouvements à la perfection. À la fin de la chanson, il plonge son regard dans le mien et c’est à ce moment-là que je comprends. Cet homme fait naître en moi des sentiments inconnus, il met à rude épreuve tous mes sens et je prends conscience que mon cœur bat pour lui à cet instant même. Lyam est un rêve, en même temps un espoir et une illusion.

Je me lève et applaudis de toutes mes forces. Il coupe la musique

suivante de son téléphone puis s’approche de moi.

— Voilà ce que je ressens, quand tu es près de moi.

Enfin, il m’embrasse. D’un baiser doux et langoureux. Ce n’est ni

rapide ni long, mais nous savourons ce baiser comme si c’était le premier.

— C’était merveilleux, Lyam, chuchoté-je à quelques centimètres de sa

bouche.

Il étire ses lèvres en un bref sourire et m’embrasse encore une fois.

Nous restons là, un long moment avant de s’écarter. Je m’excuse encore pour hier et il me dit que c’est déjà oublié.

Je caresse doucement sa main. Il m’explique alors comment il a conçu

cette chorégraphie, en collaboration avec sa prof de danse.

L’intensité de ce moment me prouve à quel point Lyam est fait pour

moi. Il me sort de ma zone de confort à la fois parce qu’il me montre à quel point l’amour peut être beau, mais aussi parce que je réalise qu’il devient important à mes yeux. Et j’ai tellement peur de devenir dépendant de lui, alors que je constate évidemment que nous possédons nos propres passions, nos propres atouts et que notre relation en est justement que plus forte.

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