Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 7
Mon frère ne sort pas de son silence. Ses bleus ont viré au violet, mais il ne veut toujours rien nous dire de plus. Tout ce que je sais, c’est qu’il doit sûrement avoir de gros ennuis au lycée. Ma mère l’a excusé pour une semaine, si bien qu’il passe ses journées à se morfondre dans sa chambre. Cela fait quatre jours qu’il n’est pas sorti, j’ai mal pour lui. Je suis si maladroit pour lui parler. Je ne sais pas par où commencer. Mais cette après-midi, je suis déterminé à le faire sortir de la maison.
— Alex !
Je toque à sa porte, un peu plus fort que d’habitude.
— Alex ! Viens, on va prendre l’air, on va faire un basket, courir, à la plage, ce que tu veux, mais on sort ! Et c’est non négociable, ajouté-je.
— Va-t’en, s’il te plaît, émet faiblement mon frère à travers la porte.
— Ouvre-moi, au moins, s’il te plaît !
J’entends du bruit et patiente devant sa porte. Il finira bien par m’ouvrir.
— Allez, s’il te plaît Alex, faut qu’on discute.
La clenche de la porte se baisse doucement et l’espoir me gagne. Il entrouvre la porte de sa chambre et je suis soulagé lorsque je me rends compte que ça y est, le dialogue va pouvoir être regagné. Du moins, je l’espère fortement.
— Qu’est-ce que tu veux ? souffle-t-il d’exaspération.
Je rentre dans sa chambre, j’ouvre la fenêtre et les volets, puis je balaie du regard la pièce.
— Ah ouais, quand même ! dis-je en observant le bordel et en ouvrant son armoire. Allez, enfile ça et viens avec moi. Tu es resté suffisamment longtemps là-dedans.
Je lui balance un short et un t-shirt puis lui ordonne de me retrouver en bas d’ici cinq minutes. Je ne lui laisse pas d’autres choix.
Mon petit frère finit par descendre dix bonnes minutes plus tard. C’est vrai que sa tête peut encore faire peur à voir, mais ce n’est pas un prétexte pour ne plus sortir. Ce serait donner raison et laisser gagner ses agresseurs. Et il n’en est pas question !
— On va où ?
— On fait ce que tu veux, du moment qu’on sort ! Basket, course ou plage ?
Il réfléchit un instant et plus je l’observe, plus je ressens le besoin de le protéger. J’aimerais qu’il me raconte ce qui se passe au lycée. Mais pour ça, j’ai d’abord besoin qu’il me fasse confiance. Et même s’il me faisait déjà confiance auparavant, j’ai besoin qu’il sache qu’il peut tout me dire, que je suis là pour lui.
— On va courir ? demande-t-il tout bas.
— Yes ! C’est parti.
Il reste dubitatif devant mon enthousiasme, mais je ne peux qu’être heureux qu’il sorte enfin. Je ne lui demande pas comment il va, c’est évident qu’il ne va pas bien. Mais je veux que nous parlions de tout ça, en terrain neutre. Je veux qu’il se sente suffisamment loin de la maison et du lycée pour se livrer à moi.
Nous sortons, je ne dis rien dans un premier temps, le laissant savourer les rayons de soleil dont il s’est privé pendant ces derniers jours. Alex a l’habitude de courir, il faisait de l’athlétisme jusqu’à l’année dernière. Nous n’avions pas compris pourquoi il a voulu arrêter subitement alors qu’il en faisait depuis ses sept ans.
En à peine quelques minutes, nous atteignons déjà la baie et courons le long de la plage. Il est dix-sept heures, le soleil est encore relativement haut, mais une brise nous permet de respirer convenablement pour la course.
Mon petit frère ne dit toujours rien et je tente alors de lui parler d’abord de la pâtisserie. Il n’est pas très réceptif à ce sujet. Je change de tactique et me dis que si je veux qu’il se confie à moi, je dois lui confier quelque chose en premier.
Je lui parle alors de mon inscription sur Match&Meet. Il écarquille les yeux et semble bien plus intéressé qu’avant :
— Toi ? Sur un site de rencontre ?
— Tu connais le site ?
— Ouais, enfin de nom. Je n’y suis jamais allé dessus, hein. Mais pourquoi tu t’es inscris ?
— Rectification, c’est Roxane qui m’a inscrit !
— Mais frère, tu l’as laissée faire ? s’étonne-t-il.
— Oui… Enfin, elle a beaucoup insisté ! Et j’ai cédé.
— Et alors ? s’intéresse-t-il. Tu as parlé avec des meufs canons ?
— Non, enfin oui, peut-être.
— C’est oui ou non ?
On s’arrête pour faire une pause. Alex étire ses jambes et je lui réponds :
— Je parle à une fille depuis quelques jours. Elle est cool, parce qu’elle est différente. Disons qu’elle m’a pas parlé de cul dès le premier message et qu’elle est… originale.
Il rit et cela me fait plaisir de le voir insouciant quelques instants.
— C’est cool. Tu me la montres ?
— J’ai pas mon téléphone avec moi, mais après ouais si tu veux.
— Elle est comment, alors ?
— Euh… dis-je en hésitant, ne sachant pas comment la décrire. Je sais pas, elle est blonde. Mais je m’en fous du physique.
— T’es bien le seul mec qui s’en fout du physique sur un site de rencontres, toi !
— Peut-être…
— Nan, mais sérieux, t’en as pas trouvé une avec qui coucher et hop ?
— Et hop quoi ? Alex, t’es sérieux ? Depuis quand tu penses à ça toi ?
Il baisse les yeux et je me rattrape :
— Désolé, je voulais pas dire ça. Mais ça me fait bizarre, tu grandis, merde ! Et non, c’est pas ce que je cherche, ça m’intéresse pas du tout.
— Attends, t’as jamais… ? me demande-t-il.
— Si ! Tu te souviens avec Zoé, mais bon, c’était pas dingue.
— T’as pas aimé ? s’enquiert-il de me demander.
— T’es trop curieux, toi ! Ça te regarde pas, rigolé-je en lui ébouriffant ses cheveux marrons et il émet une grimace. Pardon, je voulais pas te faire mal, dis-je en reculant.
Il se touche le visage, là où le plus gros bleu se trouve. Puis je sens qu’il se renferme déjà.
— Bon, Alex. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Dans un soupir, il relève les yeux vers moi, ils se remplissent de larmes, mais elles ne coulent pas. Ses yeux bleus sont encore plus beaux au soleil.
— C’est depuis l’année dernière.
— Attends, quoi ? Qu’est-ce qui est depuis l’année dernière ? Explique-moi…
— OK, mais tu dis rien aux parents.
Il attend en me regardant, je hoche la tête pour l’inciter à continuer. Il s’assied dans le sable et je l’imite.
— Ça dure depuis l’année dernière, ils sont cinq, commence mon petit frère. Tu les connais pas, je crois. Y en a un qui est arrivé en début d’année, et il a embarqué plusieurs gars dans son groupe. Au début, j’étais pote avec eux et je me suis vite rendu compte qu’il rabaissait tout le monde autour de lui. J’ai commencé à ne plus traîner avec eux. Mais ça lui a pas plu.
— Alex… T’aurais dû m’en parler plus tôt, dis-je stupéfait de l’entendre me raconter une histoire pareille.
— C’est pas facile, OK ? s’énerve-t-il d’un coup.
— Pardon, pardon. Oui, je pense. Mais dis-moi, ils font quoi exactement ?
— Tout… et n’importe quoi. Ils inventent des trucs sur moi, ils partagent des trucs à mon insu. Ils me prennent en photo même aux toilettes…
Il fait une pause, je sens une boule me bloquer la gorge et je n’imagine pas ce que ça doit être pour Alex de tout me raconter. Je m’en veux de n’avoir rien vu.
— Julian, j’ai personne.
— Comment ça ? Et tes potes, ceux avec qui tu vas au skate ?
— Y’a pas de potes, m’avoue-t-il honteux.
Oh putain.
— Oh, dis-je. Et les bleus, cette fois c’était quoi ? ajouté-je ne sachant que demander de plus.
J’aurais un tas de questions à lui poser, mais elles seraient mal venues et j’ai juste besoin de savoir pour cette fois. Le reste, je préfère ne pas être au courant, sinon j’irais leur casser la gueule tout de suite. Mais je veux savoir pourquoi il est rentré recouvert de bleus et pourquoi son œil ne s’ouvrait plus.
— Ils ont insulté la famille, lâche mon frère en regardant la mer au loin. Et ils m’ont poussé contre les crochets dans les vestiaires. Puis ils ont frappé, j’ai répondu, mais ils étaient cinq. Et on ne s’attaque pas à Calvin.
Le vent remplit le silence qui s’abat sur nous, je ferme mes poings, prêt à me lever et à trouver ces connards. Au moins, j’ai un nom.
— Pardon ?
— Crois-moi, tu veux pas savoir ce qu’ils ont dit. Mais je pouvais pas laisser passer cette fois.
— Et personne n’a rien entendu ? Personne ne t’a défendu ?
— Je suis toujours le dernier à sortir…
— Putain.
Je me lève d’un bond, j’ai besoin de courir, je dois me défouler. J’ai envie de tout défoncer pour lui.
— Je suis tellement désolé Alex. Ça n’arrivera plus, OK ?
— Julian, ne fais rien. N’y va pas. Ne va pas les voir, je t’en supplie.
Je comprends les raisons qui le poussent à me dire ça, mais je ne peux pas rester là à ne rien faire. Pourtant je me calme, il faut que je sois présent pour mon frère, cela ne servirait à rien qu’on soit tous les deux amochés par ces bâtards.
Je me remets en route, il me suit et nous ne disons rien sur le chemin du retour. Ce n’est que lorsque nous arrivons à quelques mètres de la maison, sur le trottoir, que je m’arrête.
— Alex, écoute-moi. Je suis là, papa et maman sont là aussi.
Il lève les yeux au ciel à l’évocation de papa, mais je poursuis :
— Oui, quoi qu’on en dise, papa est là et il te soutient, j’en suis sûr. Si ça se reproduit, tu le dis. Je ne veux plus que tu restes dans le silence. Ce n’est plus un secret. Alex, c’est du harcèlement. Et ils ne gagneront pas. Tu m’appelles au moindre truc, compris ?
— Et tu vas faire quoi ?
— Être là pour toi. Sache que je suis là, et tu peux me parler. La famille passera toujours avant tout, ne nous fuit pas.
— Ouais…
Je le prends furtivement dans mes bras, et lui chuchote :
— Ça va aller, OK ?
***
Mes potes du basket font une soirée et je n’ai pas eu le courage de leur dire que je ne viendrai pas. J’ai accepté, en les prévenant que je rentrerai avant minuit, puisque je bosse le dimanche. Ils n’ont pas bronché, heureux que je vienne quand même. J’ai invité Roxane puisqu’elle était seule, son petit ami étant parti chez ses grands-parents pour le week-end.
Elle était ravie de venir avec moi et à présent, bien éméchée, elle s’amuse comme une folle. Assise à côté de moi, elle m’encourage lorsque c’est mon tour de jouer au billard. Nous sommes chez Victor et sa maison est digne d’une villa dans l’émission « Ma maison de ouf » qu’on pouvait voir sur MTV. Il possède trois billards différents et quatre étages tous aussi grands les uns que les autres. Sa piscine est très grande et sa terrasse est aménagée avec une cuisine extérieure. Il y a une salle de cinéma et une pièce spéciale pour les jeux, avec flipper, table de ping-pong ou encore une table spéciale pour jouer au poker.
Je rentre une boule dans un trou et Roxane applaudit en manquant de renverser son verre sur sa jolie robe rouge. Ma meilleure amie se fait accoster plus d’une fois et je vois qu’un gars du basket n’est pas insensible à ses origines asiatiques. Je sens qu’il agace Roxane :
— Bon, tu dégages ou je crie ! hurle-t-elle au-dessus de la musique.
— Wow, calme-toi meuf ! Je voulais juste savoir si tu voulais danser.
— J’ai l’air d’avoir envie de danser, bouffon ?
Elle me fait rire, mais je m’approche d’eux, pour que le gars en question ne s’énerve pas davantage devant la répartie de Rox.
— Parle-moi autrement, OK ? beugle-t-il.
— Eh, elle t’a demandé de t’en aller, mec, interviens-je.
Il tourne les talons et s’éloigne sans un mot de plus. Roxane quant à elle, en rajoute :
— Ouais, c’est ça, casse-toi ! Et me touche plus le cul, connard !
— Eh, eh. T’as bien trop bu, encore une fois, dis-je en lui retirant son verre de la main et en fusillant du regard le mec en question.
Elle sourit et je m’assieds à ses côtés en attendant mon tour de jouer. Mes potes discutent entre eux à propos de leur prochaine interro, et je ne les écoute que d’une oreille, puisque ça ne me concerne pas.
— Bon, tu as continué de parler avec cette… comment elle s’appelle déjà ? Lé… Léia ?
— Léna. Et oui, on a un peu parlé.
Le sourire de Roxane s’étire un peu plus et elle se tourne vers moi.
— Oh, c’est cool ça ! Vous allez vous rencontrer ?
— Doucement, t’emballe pas quand même !
— Bah quoi ? Si elle te plaît ! T’as eu d’autres photos ? Vous avez beaucoup parlé ?
— Elle est sympa, oui.
— Sympa ? C’est tout ce que tu as à me dire, après le message qu’elle t’a envoyé l’autre fois ?
— Ouais… On a pas mal discuté.
— Mec, ce que tu peux être coincé et rabat-joie ! « Elle est sympa, oui », m’imite-t-elle en exagérant ma voix.
Elle se moque gentiment de moi, mais en même temps je me rends compte que je suis pathétique.
— C’est à toi ! m’interpelle Victor.
— Yes !
Je me lève, sans quitter des yeux ma meilleure amie. Puis je me concentre une minute sur le coup que j’ai à jouer. Je positionne ma queue de billard de façon à rentrer directement une boule rouge. Roxane m’encourage encore une fois et en un seul coup je rentre la boule en direct. Le second tir est raté et je m’installe de nouveau sur la chaise à côté de Roxane.
— Bon, tu vas m’écouter : séduis-là ! Elle aura envie de te rencontrer et d’en apprendre plus sur toi.
— Je suis pas vraiment dans ce délire…
— Julian, si tu veux sortir avec quelqu’un, faut que tu y mettes du tien ! Il doit y avoir du désir, du plaisir et du sexe putain !
J’éclate de rire.
— Moins fort Rox !
— Quoi ? C’est le mot sexe, qui te pose un problème ? Mais je suis sûre que ta belle Léna, elle pense à ça aussi, hein !
Je ne réponds rien, gêné par ce qu’elle vient de dire. Pour être honnête, je n’y pense pas tant que ça. Ce n’est pas la première chose à laquelle je pense lorsque je vois une fille et j’ai encore moins envie de le faire avec quelqu’un que je connais à peine.
— Sexe, sexe, sexe ! C’est bon, t’arrêtes de rougir, maintenant ?
Je détourne la tête, elle se moque clairement de moi, mais je dois l’admettre, cela me met mal à l’aise.
— Et toi, ça va avec Aron ? changé-je de sujet.
— C’est ça, change de sujet Julian ! Ça va très bien oui !
C’est de nouveau à mon tour de jouer et je l’abandonne pour un moment.
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